Antennes : l’exemption des pompiers californiens envoie tout un message au monde

Antennes : l’exemption des pompiers californiens envoie tout un message au monde

 
2.52

Susan Foster

Susan Foster

En Californie, les pompiers se plaignent depuis longtemps de symptômes souvent handicapants causés par les émissions de micro-ondes provenant des tours de téléphonie cellulaire installées sur leurs casernes. À leur demande, le parlement californien les a d’ailleurs déjà exemptés pour des raisons de santé de l’application du projet de loi SB 49 sur la technologie sans fil 5G (de cinquième génération). Récemment adoptée par les élus californiens, cette loi vient d’être bloquée par le gouverneur Jerry Brown, suite à une campagne citoyenne lui demande d’y apposer son veto dans l’intérêt de la santé publique. Divers quotidiens californiens avaient réclamé ce même veto pour une autre raison : cette loi aurait donneé carte blanche aux compagnies de télécommunications pour installer des petites antennes (small cell) sur n’importe quel terrain public, par exemple sur les immeubles et les lampadaires, et ce pour un prix dérisoire.

Voici notre traduction d’un commentaire de Susan Foster, auteure médicale et pompier honoraire du service d’incendie de San Diego. Depuis 2000, Susan collabore avec des pompiers sur l’impact des antennes sur leur santé, leur sécurité et leurs procédures. En 2004, elle a organisé une étude sur le cerveau de pompiers californiens décédés et fut l’auteure de la résolution 15 adoptée par l’ IAFF (International Association of Fire Fighters) demandant un moratoire sur l’installation des antennes cellulaires sur les casernes. Son commentaire est paru le 26 juin 2017 sur le blogue du professeur Dariusz Leszczynski, intitulé Between a Rock and a Hard Place.

5G RussellPour en savoir davantage sur les dangers de la 5G, lire A 5G Wireless Future : Will it Give us a Smart Nation or a More Unhealthy One?, du Dr Cindy Russell, vice-présidente du Santa Clara County Medical Association, paru en janvier-février 2017 dans le magazine The Bulletin, publié par cette même association. (AF)

 

L’exemption des pompiers pour raisons de santé envoie un message au monde
Par Susan Foster

Les tendances commencent souvent en Californie, se répandent à travers les États-Unis et fréquemment font le tour du monde. Ainsi en va t-il de la technologie sans fil et de la politique poussant son expansion sans contrôle à travers nos communautés. Les prochains jours signifieront peut-être un changement de politique à partir duquel aucun retour en arrière n’est possible. Les pompiers, toujours en première ligne lorsqu’il s’agit de santé et de sécurité, ont un message pour chacun de nous de par leur attitude proactive.

Une proposition de loi est en attente devant la législature de Californie qui sera débattue dans deux commissions le 28 juin. Si cette proposition devient loi le premier janvier 2018, presque toutes les tours de téléphonie cellulaire pourront être érigées sans aucun contrôle local exercé sur les entreprises de télécommunication. Dans une démonstration de force de puissance corporative et d’influence des élus, un amendement de dernière minute fut ajouté à la proposition de loi pour accorder une permission permanente aux grandes et grosses tours, juste avant le vote, permettant des tours de n’importe quelle forme et hauteur d’être érigées sans que ni les villes ni les résidents n’aient leur mot à dire. Même si les gens veulent toute la connectivité du monde, aucun d’entre eux ne veut se réveiller avec une tour émettant vers ou surplombant sa maison.

Avant cet amendement expansif, projetant ainsi la proposition de loi de mauvaise à orwellienne [du Britannique George Orwell, auteur du roman 1984 sur un régime totalitaire], la proposition de loi sénatoriale 49 était conçue pour permettre le déploiement rapide de petites tours de téléphonie cellulaire installées toutes les cinq à dix maisons sans  aucune des procédures de zonage qui ont été garanties depuis 20 ans par la loi fédérale américaine de 1996 relative aux télécommunications. Ce déploiement fait partie de l’infrastructure nécessaire pour la 5G — la cinquième génération de technologie sans fil.

La 5G est une onde de longueur millimétrique, dont les effets ont été peu testés sur les humains et jamais dans une configuration d’exposition constante (24/7) comme ce sera le cas des petites cellules émettrices, situées juste devant les habitations, écoles, hôpitaux et lieux de travail. Les ingénieurs ont trouvé des façons d’amplifier et de cibler la technologie 5G pour lui permettre de pénétrer les barrières à la connectivité avec une plus grande facilité. La 5G va émettre de très hautes fréquences, requérant la proximité des tours ou des antennes entre elles pour assurer la connectivité permanente.

Nous ne savons toujours pas exactement ce que la 5G fera. Cependant, en général, vous pouvez penser en terme de voitures sans conducteurs, « l’Internet des objets » signifiant la connectivité tous azimuts de vos appareils entre eux, ainsi que le fait que votre routeur Internet domestique deviendra une tour de communication cellulaire. C’est super si vous êtes amoureux de la technologie.

Et pourtant il y a une vague de fond de préoccupations concernant les effets sanitaires inconnus de l’onde millimétrique ainsi que du placement d’autant de tours si proches les unes des autres. Le processus de contrôle local offrait autrefois la possibilité d’une participation citoyenne, même limitée, dans la sélection au choix des sites des tours de téléphonie cellulaire.

Maintenant qu’est lancé la campagne de promotion industrielle amplement financée pour promouvoir cette infrastructure en se soustrayant au contrôle local, cette campagne déclenche l’inquiétude profonde de beaucoup de villes et de défenseurs de la santé. Les lobbies des télécommunications ont contribué à faciliter cette campagne en ciblant les membres des commissions-clefs avec des cadeaux financiers. Certains cadeaux sont directs et d’autres sont intelligemment indirects, tels que le chèque de 25 000 $ d’AT&T au parrain de la proposition de loi sénatoriale Ben Hueso, de San Diego.

En 2015, des journaux locaux ont publié une photographie du sénateur Hueso tenant fièrement un chèque surdimensinoné destiné à son œuvre de charité préférée PIQE (Parents Institute for Quality Education). AT&T était le donateur et le sénateur Hueso était tout sourire, puisque la générosité d’AT&T envers ses électeurs le faisait bien paraître. Cette façon de faire fut répétée encore et encore jusqu’à ce que l’industrie des télécommunications eut obtenu suffisamment de « oui » pour faire adopter la législation supprimant le contrôle de la part des agences de régulation locales et délivrant un chèque en blanc à l’industrie pour qu’elle place elle-même ses tours où elle le souhaite. Ce travail préparatoire est en cours dans de multiples états à travers les États-Unis.

Les élus californiens, favorables à l’industrie, peuvent prétendre ne rien connaître des inquiétudes concernant la santé, mais en fait ils les connaissent. En effet, le parlement californien a déjà exempté les pompiers de l’application de la proposition de loi sénatoriale SB 49 pour des raisons de santé. En Californie, les pompiers se plaignent depuis longtemps de symptômes fréquemment handicapants provenant des tours de téléphonie cellulaire installées sur leurs casernes. Les villes louent souvent des espaces sur les casernes de pompiers pour ajouter de l’argent au revenu municipal. Les pompiers vivent et dorment dans les casernes lorsqu’ils sont de service et ont de ce fait expérimenté des expositions conséquentes aux radiations des radiofréquences.

Les symptômes ressentis par les pompiers comprennent des handicaps neurologiques tels que des maux de tête sévères, de la confusion, une incapacité à se concentrer, de la léthargie, de l’incapacité à dormir, et une incapacité à se réveiller pour les appels d’urgence au 911. Des pompiers ont rapporté se perdre en route pour répondre aux appels du 911, alors qu’ils avaient grandi dans le quartier de l’appel. Un médecin vétéran a oublié où il se trouvait pendant qu’il était au milieu d’une procédure réelle de réanimation cardiaque de base et n’a pu se rappeler comment recommencer la procédure. Avant l’installation d’une tour sur sa caserne, le médecin n’avait fait aucune faute en vingt ans. Une étude pilote de 2004 sur les pompiers de Californie a montré des anormalités du cerveau, des handicaps cognitifs, des temps de réaction allongés, ainsi que des manques dans le contrôle des impulsions nerveuses chez les six pompiers contrôlés. Cette étude mena à l’adoption presque unanime de la résolution 15 par l’association internationale des pompiers (IAFF), à Boston en août 2004. La résolution 15 demandait plus d’études et fut amendée pour imposer un moratoire sur l’installation des tours de téléphonie cellulaires sur les casernes des pompiers à travers les États-Unis et le Canada.

L’IAFF a échoué à financer plus d’études et la loi des États-Unis de 1996 relative aux télécommunications aussi bien qu’une législation équivalente au Canada ont rendu le moratoire caduc. La section numéro 704 de la loi américaine relative aux télécommunications stipule que les inquiétudes environnementales ne peuvent absolument pas être considérées. Les cours de justice ont interprété cette restriction en y incluant la santé. Donc, l’exemption des casernes de pompiers du champ d’application de la proposition de loi sénatoriale 49 est importante et cela aurait du être le cas depuis longtemps. Les tours de téléphonie cellulaire constituent, dans bien des cas, des sources de problèmes cognitifs et d’handicaps physiques pour nos pompiers. Tel que l’esprit de la résolution 15 le soutenait en 2004 et ce que les pompiers de Californie affirment en 2017, si les premiers répondants sont handicapés, la société est à risque.

Puisque l’état de Californie a reconnu qu’il y a un risque sanitaire pour les pompiers, cela pose la question évidente : qu’en est-il pour nous ? Nous devrions tous avoir la permission de conserver un certain contrôle local ainsi que d’avoir autant de poids décisionnel que possible, même limité, pour protéger nos communautés et nos familles. Parce que les pompiers doivent satisfaire à de rigoureux examens physiques et cognitifs avant d’être admis dans un service de combat du feu, seuls les plus forts et les plus intelligents sont sélectionnés. Donc, la majorité de la population de Californie est par nature plus vulnérable et a plus de probabilité de souffrir un dommage encore plus grand à cause de l’intrusion sans retenue de tours de téléphonie cellulaire dans nos voisinages, écoles, parcs, hôpitaux, lieux de culte et lieux de travail.

Les pompiers sont loin d’être les seuls à partager cette inquiétude. En 2011, le Centre international de recherche sur le cancer, qui fait partie de l’Organisation mondiale de la santé, a classé les radiations des radiofréquences (des technologies sans fil dans son groupe 2B, c’est-à-dire « peut-être cancérogène », au même titre que le chlordane, le carburant diesel et le plomb. Lisez cette décision ici.

Le programme américain de surveillance toxicologique (National Toxicology Program) a publié un communiqué de presse en mai 2016, avant la conclusion de son étude de 25 millions de dollars, à cause de leurs résultats inattendus de deux types de tumeurs cancéreuses survenus chez des rats exposés aux radiofréquences : des gliomes malins dans le cerveau et des schwannomes dans le cœur. Lisez la conclusion ici.

En 2015, l’Appel international des scientifiques dédiés aux champs électromagnétiques (CEM) fut initialement signé par 190 chercheurs de 39 nations et soumis au secrétaire général des Nations Unies, au directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé ainsi qu’aux pays membres des Nations Unies. Lisez ici cet appel à la protection des humains et des animaux des méfaits des CEM et des technologies sans fil.

Cet Appel demandait urgemment le développement de lignes directrices d’exposition plus protectrices, encourageait les mesures de précautions et appelait à l’éducation du public à propos des risques pour la santé, particulièrement des risques courus par les enfants en croissance et les fœtus en développement.

Les conseillers auprès de l’Appel international des scientifiques dédiés aux CEM ont ensuite envoyé une lettre à la FCC (Federal Communications Commission, É.-U.) pour s’opposer aux changements proposés dans les règles de la FCC qui permettraient le déploiement rapide de l’infrastructure du sans fil de la 5G dans toute la nation.

Ces efforts furent reçus par une sourde oreille. Avant son départ, le président sortant de la FCC, Tom Wheeler, annonçait que la 5G « redéfinissait la connectivité en réseau pour les années à venir ». Lorsqu’il lui fut posé la question des inquiétudes concernant la santé, la réponse de Wheeler ressemblait plus à celle du président de la puissante CTIA (Cellular Telecommunications and Internet Association), le groupe de pression du sans-fil qu’il dirigeait avant de prendre la direction de la FCC.

Wheeler a dit qu’il n’y avait pas de temps pour étudier la 5G parce qu’il y avait des milliards de dollars à faire en infrastructure. Pour résumer, la 5G est une fabrique d’argent et la santé n’est rien.

Les pompiers ont combattu et justement obtenu l’exemption les protégeant pour raisons de santé. Ils sont les gardiens de la société. Ils méritent d’être protégés, mais aussi que la population qu’ils protègent.

La seule façon dont la justice peut être rendue maintenant est au travers d’une rénovation de la proposition de loi sénatoriale 49 ou de sa défaite. Le message au reste des États-Unis et vraiment au monde entier est dans les actions des pompiers de Californie : ils ont fait beaucoup de pressions pour se protéger afin qu’ils puissent en retour mieux protéger chacun de nous.

Il y a un dicton souvent entendu parmi les pompiers : « Premiers arrivés, derniers partis. » Les pompiers de Californie ont pris le risque d’avoir des isotopes radioactifs injectés dans leur sang et ont soumis leurs cerveaux à des tomographies (bombardement d’électrons) pour que nous puissions apprendre ce qui est arrivé à leurs cerveaux lorsqu’ils furent exposés aux tours de téléphonie cellulaire adjacentes à leurs casernes. Ils ont risqué la colère de leurs chefs et celle de certains chefs du syndicat de l’IAFF. Ils ont risqué de perdre des promotions et, dans leurs actions récentes de pression contre les tours de télécommunications du réseau monstrueux de FirstNET sur leurs casernes, ils ont risqué des millions de dollars qu’ils avaient reçus en cotisation syndicales. Ce faisant, ils ont réussi ce que personne d’autre n’a fait. Ils ont reçu une exemption pour raison de santé de la part du parlement de Californie. Ils sont les premiers à entrer dans la bataille pour des raisons de santé face aux radiations émises par les tours de téléphonie cellulaire. Ils ouvrent la voie pour nous. Maintenant, c’est à notre tour de devenir nos propres avocats.

Ce qui commence en Californie ne reste pas en Californie. Cela se répand à travers la nation et s’envole vers le monde. Cette tendance, malheureusement, arrive une vitesse vertigineuse.

Vous aimeriez aussi
5G : la santé publique est teintée d’exemples où les intérêts économiques ont primé
Les ondes radio sont cancérogènes, selon une sommité du cancer
Un parent médecin témoigne en faveur de lois sur l’usage du sans fil
Électrosmog : la ministre de la Santé trompée par ses fonctionnaires?

Laisser un commentaire

Oui Non