Remplacer vos meubles rembourrés d’avant 2015 peut, en un peu plus d’un an, réduire de moitié les niveaux de retardateurs de flamme nocifs dans votre corps. C’est ce que révèle une étude menée par le département californien de la santé publique.
« Il s'agit de la première étude démontrant les bienfaits mesurables pour la santé de la mise à jour de la norme californienne de 2014 sur l'inflammabilité des meubles. Cette norme revisitée a permis de rendre les meubles plus résistants au feu sans avoir recours à des retardateurs de flamme », explique la biochimiste Arlene Blum, directrice de l’Institut Green Science Policy (GSP) qui a initié cette étude publiée ce 1er février dans la revue scientifique Environmental Pollution.
Depuis 2015, la grande majorité des meubles neufs vendus au Canada sont exempts de ces produits chimiques, suivant le mouvement amorcé aux États-Unis. « C'est une avancée majeure, énonce Mme Blum, car les retardateurs de flamme utilisés dans les meubles américains avant 2014 sont liés à des risques de cancer, à des perturbations hormonales et à des troubles du développement neurologique et de la reproduction. Des études épidémiologiques ont démontré que les enfants américains perdaient en moyenne quatre points de quotient intellectuel en raison de leur exposition au pentaBDE, l'un des retardateurs de flamme les plus couramment utilisés dans les meubles. Les personnes en présentant les niveaux les plus élevés avaient 300 % plus de risques de mourir d'un cancer que celles en présentant des niveaux plus faibles. »
L’étude s’est appuyée sur des travaux antérieurs démontrant une diminution des concentrations de retardateurs de flamme dans la poussière après le remplacement du vieux mobilier. Les chercheurs ont comparé des échantillons d'urine et de sérum sanguin prélevés auprès de 25 participants avant le remplacement du mobilier et environ un an après, ainsi qu'auprès d'un groupe témoin de 28 personnes sur une période similaire. Le sérum a été analysé pour détecter la présence de 19 polybromodiphényléthers, et l'urine, pour détecter la présence de trois métabolites d’ignifugeants organophosphorés. Les chercheurs ont découvert qu’il avait fallu en moyenne 1,4 an pour que leur concentration chute de moitié dans le groupe de remplacement contre 2,6 à 5,2 ans dans le groupe témoin n’ayant pas remplacé de vieux mobiliers.
Au milieu des années 1970, les recherches menées par Arlene Blum et Bruce Ames, à l'Université de Californie, à Berkeley, avaient révélé qu’un retardateur de flamme chloré appelé Tris, alors utilisé en grande quantité dans la plupart des pyjamas pour enfants, était un mutagène et probablement un cancérigène. Trois mois après la publication de leur article dans la prestigieuse revue Science, en 1977, les vêtements de nuit pour enfants contenant du Tris ont été interdits aux États-Unis. Trente ans plus tard, Mme Blum a fondé le GSP après avoir découvert que le même Tris était de retour dans les canapés et divers produits pour bébés américains dont les matelas, les chaises hautes et les sièges d’auto.
Pendant des décennies, la norme californienne TB 117 (adoptée en 1975) dictait de facto le marché nord-américain. Elle exigeait que la mousse des meubles résiste à une flamme nue, ce qui obligeait pratiquement tous les fabricants à saturer leurs mousses de produits chimiques ignifuges.
En 2013, la Californie a révisé sa norme pour devenir le standard TB 117-2013 privilégiant la résistance à la combustion lente (ex. : une cigarette allumée sur le tissu) plutôt qu'à la flamme nue. Devenue obligatoire en 2015, ce standard permet aux fabricants d'atteindre les objectifs de sécurité incendie en utilisant des barrières physiques (ex. : des couches de polyester) plutôt que des additifs chimiques. Le 30 septembre 2014, cet État imposait la divulgation de la présence, ou de l’absence, de retardateur de flamme sur une étiquette qui depuis doit être apposée sur les « produits couverts », cela inclut les meubles rembourrés et la mousse de polyuréthane flexible. Comme la plupart des fabricants nord-américains produisent des modèles uniformes pour tout le continent, cette mesure a poussé l'ensemble de l'industrie (incluant le Canada) à éliminer ces substances pour demeurer compétitif et transparent.
Si vous possédez un meuble fabriqué après 2015, il devrait comprendre cette étiquette conforme à la norme TB 117-2013.
Si la case « NO added flame retardant chemicals » est cochée, votre meuble est sain.
Pour en savoir davantage : https://www.theguardian.com/us-news/2025/dec/24/flame-retardant-furniture-toxic-chemicals-study
Photo par James Andrews/Getty Images/iStockphoto


