Comment régler les problèmes d’humidité au sous-sol (réservé)

Comment régler les problèmes d’humidité au sous-sol (réservé)

 

Radon SCHL

Source : Le radon – Guide de réduction pour les Canadiens © Santé Canada/SCHL

En collaboration avec André Fauteux

Normalement, dans une maison bien conçue et construite, une série de protections empêchera la pluie de s’infiltrer par la toiture et par les murs hors sol et enfouis. Mais si l’une de ces barrières n’est plus fonctionnelle, l’eau trouvera les interstices pour se frayer un chemin. Si celui-ci n’est pas visible à l’œil nu, on pourra le découvrir par le biais d’un détecteur d’humidité vendu en quincaillerie, d’une thermographie infrarouge qui mesure les diverses températures de surface, ou d’un test d’infiltrométrie qui permet de déceler des failles dans l’enveloppe du bâtiment où l’air et l’eau peuvent s’infiltrer. Voici donc les principaux problèmes à corriger.

À la source, l’infiltration d’eau remonte aux précipitations que reçoivent la maison et le terrain adjacent. La première protection consiste à empêcher l’eau de pluie de ruisseler le long des murs. Sur la maison, la pluie est collectée par les gouttières, mais si celles-ci se déversent près du mur, l’eau ruisselant le long de celui-ci pourrait engorger le substrat autour du drain agricole posé au périmètre des semelles et dont la fonction est justement d’éloigner l’eau des fondations. Ce pourrait être la goutte d’eau qui fait déborder le vase et qui sape l’étanchéité du mur ou diminue l’efficacité du drain. Une simple et peu coûteuse précaution consiste donc à éloigner les descentes de gouttières le plus possible des murs.

Un surplus d’arrosage des plates-bandes le long des murs présente les mêmes risques. L’idéal est de séparer les deux d’une bande de pierre concassée d’au moins 16 po (40 cm) de profondeur qui drainera l’eau en plus d’éviter les éclaboussures de terre contre les murs. Attention aussi aux systèmes d’arrosage automatique qui se déclenchent même s’il a plu la veille et que le sol est déjà bien humide. Dans le même ordre d’idées, il faut nettoyer périodiquement les feuilles et autres matières organiques tombant dans le remblai et le drain vertical des margelles de fenêtres, pour éviter tout dommage causé par l’eau qui s’accumulera dans le puits en période de pluie hivernale.

Pente et drain de périmètre

La pluie qui tombe sur le terrain doit aussi être détournée des murs. C’est pourquoi le sol qui les entoure doit présenter une pente de drainage d’au moins 5 %. Dans la pratique, André Bourassa préconise plutôt d’aménager une pente de 10 % pour tenir compte de la compaction du sol qui tendra à réduire la pente au fil des ans. Le sol doit aussi être composé de granulats pour permettre à l’eau de percoler en profondeur jusqu’au drain au lieu de demeurer en contact avec le mur.

Le drain de périmètre doit acheminer l’eau vers un point d’évacuation situé en contrebas et disponible pour recueillir l’eau. « En milieu rural, le drain envoie l’eau dans un fossé, mais si au printemps celui-ci est plein d’eau, il n’évacuera rien », observe M. Bourassa. De même, si de fortes pluies ou les crues printanières ont fait monter le niveau de la nappe phréatique au-dessus du drain, il faudra aider avec une pompe l’évacuation de l’eau vers un puisard. Il peut être précautionneux d’équiper la pompe d’une alimentation électrique de secours, car les orages sont parfois accompagnés de panne de courant.

31 Sump Hole Sealed Cover Copie

© Santé Canada/SCHL

En dernier recours, si les débordements de nappes phréatiques se produisent fréquemment et requièrent le fonctionnement continuel de la pompe de puisard, on peut envisager de rehausser la dalle de béton au-dessus de la nappe. Mais cela diminuera d’autant la hauteur du plafond. (N’oubliez pas de sceller le puisard avec un couvercle étanche afin d’empêcher l’infiltration d’humidité et de gaz souterrains tel le radon dans l’air intérieur, en plus d’éviter qu’un jeune enfant n’y tombe.)

Le drain évacuera l’eau à condition également qu’il ne soit pas obstrué par des racines, encombré par des sédiments, colmaté par l’action des bactéries ferrugineuses, éclaté par le gel… Auxquels cas il faudra excaver et le remplacer. André Bourassa recommande un drain rigide, installé les trous en bas pour éviter l’entrée des sédiments. Et tant qu’à refaire le drain, pourquoi ne pas installer des cheminées d’accès pour en faciliter le nettoyage?

La protection suivante contre les infiltrations d’eau consiste à imperméabiliser le mur à l’aide d’un bris hydrique. Si le site de l’infiltration d’eau à travers les fondations est clairement visible et limité à une ou quelques fissures mineures, on peut le sceller en collant une membrane sur la fissure de l’extérieur ou par l’injection d’une résine époxy de l’intérieur ou idéalement de l’extérieur, si possible. Mais si le mur recèle d’autres faiblesses, il faudra refaire l’étanchéité complète. Ken Ruest et André Bourassa s’accordent pour dire que les enduits de goudron ne sont pas efficaces à long terme, car ils seront dégradés par les gels successifs et les bactéries du sol. Tous deux préfèrent les membranes (élastomère autocollante ou de polyéthylène haute densité). Qu’elles soient autoadhésives ou non, posées au chalumeau, liquides et appliquées au rouleau ou en aérosol et appliquées au fusil, l’important est de soigner les jonctions.

Ken Ruest propose toutefois une solution artisanale moins coûteuse qui peut suffire à résoudre les infiltrations d’eau dues à une mauvaise pente du terrain sans avoir à creuser jusqu’au bas du mur. La première étape consiste à creuser un trou dans le sol le long du mur, sur une profondeur d’un pied et une largeur de quatre pieds, en créant une pente positive vers l’extérieur. Le mur et le fond du trou sont ensuite recouverts de n’importe quel type de membrane de plastique qui servira à dévier l’eau de la maison sous le niveau du sol. Le tout est rempli avec du remblai et remis en état pour accueillir le gazon ou d’autres plantes. « Sur certains terrains, c’est difficile de créer une pente positive, explique M. Ruest. Cette approche permet d’en créer une sans relever le niveau du sol fini près de la maison, évitant ainsi le besoin d’avoir recours à des margelles aux fenêtres, etc. »

Cosella Dorken DELTA MS Copie

© Cosella-Dörken

Le journaliste et expert en rénovation montréalais Jon Eakes propose sa recette idéale : « Le meilleur des sous-sols est réalisé à l’extérieur avec une membrane à structure d’air dotée d’excroissances qui créent un espace d’air qui est en fait une couche de drainage d’humidité contre le béton. L’air n’y circule pas, mais si l’eau contourne la membrane elle-même, comme elle n’applique aucune pression hydraulique sur le mur de fondation, l’eau tombe simplement dans le drains périmétriques et s’éloigne. Une telle membrane est placée à l’extérieur du mur sous le niveau du sol avec les les petites excroissances en contact avec le béton ou la maçonnerie. Si vous souhaitez ajouter de l’isolation extérieure, il s’agit d’un débat non réglé quant à l’endroit où installer la membrane à structure d’air. En général, elle est installée directement contre le béton puis recouvert de l’isolant. Les critiques disent que cela réduit l’efficacité de l’isolation — certains disent peut-être jusqu’à 10 %. Si l’isolant est installé en premier et que la membrane est placée sur les panneaux de mousse, les critiques disent que la pression du sol provoquera l’apparition partielle des excroissances dans la mousse, ce qui réduira l’efficacité de drainage de la membrane. Vaut mieux suivre les différentes recommandations des fabricants pour respecter leurs conditions de garantie. »

Imperméabilisants cristallins

Et que penser des produits cristallins comme le Xypex? « Ils ne travaillent que sur du béton coulé, et non sur du mortier, explique Jon Eakes, journaliste montréalais expert en rénovation. Ce n’est pas le revêtement qui rend le mur étanche, mais plutôt une réaction chimique qui commence sur l’interface Xypex / mur et qui s’infiltre dans le mur. Cette réaction provoque la croissance des cristaux à l’intérieur du béton lui-même. En fait, le Xypex est juste un catalyseur de cette croissance qui utilise le béton comme substance de croissance des cristaux qui remplissent alors ses pores et bloquent tout passage d’eau. La chose intéressante est que lorsque le béton reste humide, les cristaux continuent de croître jusqu’à ce qu’ils aient traversé le mur, créant de six à huit pouces de matériau imperméable à l’eau pour protéger votre fondation. Voilà pourquoi il s’agit d’un traitement commun pour les murs des tunnels fluviaux ou les réservoirs d’eau en béton. Le problème réside dans le fait qu’il n’empêche pas l’eau de se déplacer à travers une fissure. La surface doit être bien scellée pour se trouver libre de fissures avant le démarrage. 

« Le Xypex coûte cher, je ne l’utilise donc qu’en rénovation lorsque le mur a vraiment besoin d’étanchéité. Je ne prends généralement pas la peine d’imperméabiliser un mur, j’éloigne plutôt l’eau de surface à l’extérieur avec les gouttières, les tuyaux de descente, l’aménagement paysager. J’estime que cela règle 80 % de tous les problèmes de sous-sol humide. L’idéal, en construction ou après coup, est d’ajouter une membrane d’étanchéisation et d’imperméabilisation créant un vide d’air le long du mur pour drainer toute infiltration d’eau et un drain de périmètre fonctionnel. Si la nappe phréatique s’avère le problème, vous ne devriez pas avoir creusé un sous-sol en premier lieu, seulement une très bonne pompe de puisard vous aidera. Le problème avec les produits d’imperméabilisation des murs de fondation réside dans leur probable fuite par des joints ou des fissures. Aucun bateau ne flotte toujours sans entretien. Alors je préfère éloigner l’eau des fondations. Aucun bateau en cale sèche n’a jamais coulé. »

Dalle et sol exposé

Quant aux planchers de sous-sol, une membrane de polyéthylène étanche, agissant comme pare-vapeur et bris hydrique, devrait toujours être posée sous la dalle de béton et sur l’isolant (R-5 au minimum). En plus de garder la dalle au sec et d’éviter de charger l’air d’humidité, elle réduira aussi l’infiltration de radon dans l’air intérieur. Deuxième cause (représentant 16 %) des cancers du poumon après le tabagisme, ce gaz radioactif issu de l’uranium très répandu dans le sol tue environ mille Québécois par année, soit de deux à trois fois plus que les accidents routiers. Avant de couler une nouvelle dalle, toujours poser un drain de captation du radon – obligatoire en construction neuve. Lire les détails dans Le radon – Guide de réduction pour les Canadiens, publié par Santé Canada et la SCHL.

Radon Guide Sc Copie

© Santé Canada/SCHL

Le radon devrait être mesuré dans toute maison de faible hauteur, selon Santé Canada. Si jamais sa concentration dépasse 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3), ce qui est le cas d’environ une maison québécoise sur dix, le Ministère recommande alors de raccorder ce drain à un ventilateur qui dépressurisera l’air sous la dalle pour prévenir l’accumulation de radon dans la maison. Aux États-Unis, le seuil d’action est de 150 Bq/m3. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le risque de cancer du poumon « augmente de 16 % par augmentation de 100 Bq/m3 de l’exposition au radon », rapporte le Journal de l’environnement.

Si le sol est en terre battue, Ken Ruest recommande de le niveler et de le recouvrir d’une membrane pare-vapeur étanche. En donnant au sol une légère pente, en cas de fuite de la plomberie ou autre dégât, l’eau sera canalisée en un seul point sur la membrane au lieu de former des poches dispersées. Mais cela ne suffira pas pour en faire un sous-sol utilisable.

32 Joint Mur Plancher Copie

© Santé Canada/SCHL

Penser humidité dès la conception

Remédier aux problèmes d’humidité dans le sous-sol d’une maison déjà bâtie, c’est bien, mais prévenir dès la conception et la construction, c’est encore mieux. La première chose à faire, avant même de concevoir les plans, est de s’enquérir du risque d’inondation du terrain. S’il est bordé par un lac ou une rivière sujets à débordements réguliers ou si la nappe phréatique se trouve à deux pieds sous le niveau du sol, le site ne s’avère guère propice à la construction. « Ce sera difficile de maintenir un niveau d’hygiène satisfaisant. On ne devrait pas habiter dans des endroits comme ça », estime André Bourassa. Si le terrain est d’un attrait irrésistible, pour éviter de se battre contre les inondations récurrentes et de s’en remettre constamment à la pompe d’un puisard, il faut construire au-dessus de la nappe phréatique, voire ne pas construire de sous-sol, conseille Ken Ruest.

Si le terrain est propice à la construction d’un sous-sol, quelques autres principes assureront une étanchéité à plus long terme ainsi qu’un meilleur confort. André Bourassa recommande ainsi de couler les empattements de fondation dans une membrane qui empêche l’humidité de monter.

L’idéal pour votre santé et celle de la maison est de conserver le sol en béton scellé, par exemple avec une peinture à faibles émissions gazeuses, pour éviter qu’il ne dégage de la poussière, ou de poser un plancher de céramique. Ces matériaux ne pollueront pas l’air et permettront de facilement déceler et corriger tout éventuel problème d’humidité ou d’infiltration d’eau. Comme ces matériaux sont froids pour les pieds, on améliorera le confort en installant un chauffage radiant et haussant l’isolation de la dalle à R-10 au minimum. Dans ce cas, Ken Ruest rappelle qu’il faut poser dans l’ordre, sur le bris capillaire de pierre concassée, l’isolant rigide résistant à l’humidité, la membrane pare-vapeur et le béton.

Et si on désire un autre couvre-plancher? « Si la dalle de béton est isolée adéquatement et qu’il y a du concassé sous l’isolant et une membrane contre l’humidité sous le béton, tout couvre-plancher peut être utilisé », précise M. Ruest. Sinon, dans un sous-sol très humide, il faut éviter tout revêtement de sol pare-vapeur, comme le vinyle ou la moquette à endos de mousse. En effet, ceux-ci peuvent favoriser le développement de moisissure sur leur endos en emprisonnant l’humidité dans des poches d’air. Le linoléum est putrescible mais perméable à la vapeur, isolant et résilient. Et dans tous les cas, vaut mieux éviter les planchers flottants laminés à âme de particules de bois collées à l’urée formol : l’humidité et la chaleur augmentent les émissions de formaldéhyde irritant et cancérogène. Préférez les planchers laminés certifés CARB (California Air Resources Board), sans formaldéhyde ajouté. Enfin, les faux planchers ont l’avantage d’éloigner les revêtements de sol de la dalle, mais empêchent de détecter et d’assécher une fuite d’eau sans les retirer.

Par ailleurs, si les futurs propriétaires veulent laisser les murs intérieurs bruts, il est judicieux, pour éviter la condensation, de les étanchéifier et les isoler par l’extérieur en prenant soin de ne pas laisser d’espace d’air entre l’isolant et le béton. L’idéal est de poser une membrane imperméabilisante auto-adhésive, un isolant rigide, puis une nappe de drainage.

Outre les murs extérieurs, il faut aussi penser à l’organisation des pièces et des ouvertures. Les petites pièces au sous-sol qui restreignent la circulation d’air devraient être évitées, par exemple. Et André Bourassa fait remarquer que les escaliers menant au sous-sol sont parfois reliés à une porte donnant sur l’extérieur. « C’est la meilleure façon de faire descendre l’air humide pour qu’il se condense sur les murs. »

À vrai dire, ces considérations ne sont pas spécifiques des maisons neuves. Les avoir en tête à l’achat d’une maison déjà bâtie pourrait éviter des désagréments inattendus.

Pour en savoir davantage, lire ces publications de la SCHL
• Construction de maison à ossature de bois
• Efficacité des déshumidificateurs à contrôler l’humidité dans les maisons.

Enquête sur la ventilation des vides sanitaires et stratégies de réduction du taux d’humidité des maisons de Colombie-Britannique
Guide de correction des problèmes d’humidité dans le sous-sol
• L’air et l’humidité : guide du propriétaire – problèmes et solutions

 La moisissure dans les sous-sols aménagés

Les moisissures dans les maisons : raisons de leur prolifération et raisons de nos préoccupations, analyse supplémentaire des données de Wallaceburg : Les études de Wallaceburg sur la santé et l’habitation

Migration de l’eau par capillarité

Rénovation du sous-sol

Vous aimeriez aussi
L’Europe cible certains matériaux naturels et résidus industriels potentiellement radioactifs
En kiosque : notre numéro d’été 2017
Construire en zones inondables, est-ce sensé?
Sous-sols humides : résumé des solutions

Laisser un commentaire