Mythes sur les voitures hybrides et électriques : le top 10

Daniel Breton, chroniqueur spécialisé en VÉ et ancien ministre de l’Environnement du Québec.

Par Daniel Breton et Jacques Duval. Tiré du livre L’auto électrique… et plus!, Éditions de l’Homme, 2018, 264 pages.

Au fil des nombreuses années où j’ai écrit sur les véhicules hybrides et électriques, j’ai été confronté à plusieurs mythes propagés par des médias, des médias sociaux, des concessionnaires, et par toute une armée de gens qui n’y connaissaient rien.

Voici donc mon top 10 des mythes que je tiens (une fois de plus) à déboulonner. 

Concept de la Urban EV de Honda qui s’apprête à lancer une voiture électrique. © Honda

Mythe no 1 : Une voiture électrique, ça coûte très (trop) cher

Si les véhicules hybrides et électriques coûtent généralement plus cher à l’achat ou à la location, le coût total de propriété (coûts d’acquisition + coûts d’entretien +  coûts d’énergie +  coûts d’assurances +  valeur de revente) montre que ces véhicules coûtent à peu près la même chose que les autos à essence, et qu’ils peuvent même coûter un peu moins cher.

Par exemple, une Honda Civic, une Toyota Corolla, une Hyundai Ioniq hybride et une Nissan Leaf coûteront à peu près le même prix sur une période de cinq ans (voir le chapitre intitulé « Combien coûte une voiture hybride ou électrique ? »).

Batterie et moteur de la Leaf EV. © Nissan

Mythe no 2 : Les batteries ne durent pas longtemps et coûtent cher à remplacer

J’entends répéter ce mythe depuis plus de 15 ans. D’abord, il est important de savoir que les batteries des véhicules hybrides, hybrides rechargeables et électriques sont généralement protégées par une longue garantie d’au moins
8 à 10 ans ou d’au moins 160 000  km. Qui plus est, ces 20 dernières années nous avons découvert que les batteries durent généralement aussi longtemps, voire plus, que les véhicules eux-mêmes.

S’il faut remplacer les batteries, par exemple en cas d’accident, leur prix varie en fonction de leurs composants chimiques et de leur capacité. Par exemple, une batterie NiMH (véhicule hybride) coûte maintenant généralement moins de 2 500 $; et le prix d’une batterie Li-ion (qu’on trouve dans de plus en plus de véhicules hybrides et dans la très grande majorité des véhicules hybrides rechargeables et 100 % électriques) variera selon sa capacité (de 4 000  à 25 000 $).

À 25 000  $, il s’agit là d’une très grosse batterie de voiture de grand luxe très chère. Mais sachez qu’en cas d’accident, le moteur à essence d’une voiture de grand luxe à essence coûtera tout aussi cher à remplacer. Car le moteur à essence d’une Porsche 911 est beaucoup plus onéreux que celui d’une Toyota Yaris, n’est-ce pas ?

De plus, le prix des batteries diminue constamment. Celle de ma vénérable Honda Insight, qui coûtait jadis 10 000  $, coûte maintenant moins de 2 000  $. Le prix des batteries des voitures neuves d’aujourd’hui diminuera donc lui aussi, ce qui ne sera pas le cas du prix des moteurs à essence.

Daniel Breton et sa petite famille se sont rendus jusqu’en Gaspésie en Chevrolet Bolt, sans aucune difficulté de recharge. © Daniel Breton

Mythe no 3 : Une voiture électrique, ce n’est bon que pour la ville

Ce mythe est attribuable à l’autonomie plutôt limitée des premières voitures électriques, mais cette réalité est de moins en moins vraie. En effet, de plus en plus de véhicules peuvent maintenant parcourir 200, 300 et même
400 km en conditions hivernales et jusqu’à 600 km en été. Qui plus est, le choix de plus en plus important d’hybrides rechargeables fait en sorte que vous n’êtes vraiment plus limité aux courtes distances ou à la conduite urbaine.

Mythe no 4 : On ne peut pas faire de longs voyages en voiture électrique

Outre la plus grande autonomie des véhicules électriques, un facteur qui a changé la donne quant aux longs déplacements est la quantité croissante de bornes de recharge rapide qu’on trouve un peu partout sur les routes du Québec et d’Amérique du Nord. Par exemple, je suis allé l’an dernier en vacances aux Îles-de-la-Madeleine (1 200 km entre Montréal et le traversier de Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard), sans aucun problème et dans un temps à peu près similaire à ce que j’aurais mis en véhicule à essence.

Pour savoir où s’arrêter pour « faire le plein », il faut connaître le réseau de bornes de recharge rapide. Après avoir téléchargé les principales applications pour téléphones intelligents (le Circuit électrique, ChargeHub, PlugShare, ChargePoint), vous obtiendrez des informations sur les endroits où vous pourrez vous brancher, sur le niveau des bornes (de 1 à 3 + Tesla) et leur disponibilité.

Mythe no 5 : Une voiture électrique, c’est aussi polluant, voire plus, qu’une voiture à essence

Contrairement à ce qu’affirment certaines personnes, une voiture à essence est toujours plus polluante sur l’ensemble de son cycle de vie (extraction, assemblage, utilisation, mise au rancart) qu’une voiture partiellement ou entièrement électrique, et ce, partout en Amérique du Nord.

Si cela a été démontré on ne peut plus clairement pour le Québec, où l’on produit de l’électricité renouvelable à 99 % (voir la publication, en 2016, d’une analyse faite par le CIRAIG pour Hydro-Québec*), rouler à l’essence demeure le choix le plus polluant, même aux États-Unis (c’est ce que révèlent les données fournies par le département américain de l’Énergie), où la production d’électricité est moins propre qu’au Québec.

Ainsi, la page Web intitulée Alternative Fuels Data Center** indique les diverses sources de production d’électricité (mazout, gaz naturel, nucléaire, eau, soleil, charbon, vent, biomasse, etc.), selon les pourcentages respectifs de chaque État américain, et les émissions polluantes comparatives des quatre types de véhicules (100 % électriques ; hybrides rechargeables ; hybrides ; et à essence – du type Toyota Camry quatre cylindres, alors qu’une majorité d’Américains se déplacent plutôt en VUS et en pick-ups). Il faut souligner que le calcul des émissions polluantes comprend le cycle de vie complet des véhicules et un kilométrage annuel d’environ 20 000 km.

Lorsqu’on prend le temps d’analyser les données, État par État, on obtient les résultats suivants :

Liste des États américains où une voiture électrique est moins polluante qu’une voiture hybride ou qu’une voiture à essence :

Alabama, Alaska, Arizona, Arkansas, Californie, Connecticut, Delaware, District de Columbia, Floride, Géorgie, Idaho, Illinois, Iowa, Kansas, Louisiane, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Mississippi, Montana, Nebraska, Nevada, New Hampshire, New Jersey, New York, Caroline du Nord, Oklahoma, Oregon, Pennsylvanie, Rhode Island, Caroline du Sud, Dakota du Sud, Tennessee, Texas, Vermont, Virginie, Washington, Wisconsin.

Résultat : 39 États + le district de Columbia =  87 % de la population américaine.

Liste des États américains où une voiture hybride est moins polluante qu’une voiture électrique ou à essence :

Colorado, Hawaii, Indiana, Kentucky, Missouri, Nouveau-Mexique, Dakota du Nord, Ohio, Utah, Virginie-Occidentale, Wyoming.

Résultat : 11 États =  13 % de la population américaine.

Liste des États américains où une voiture à essence est moins polluante qu’une voiture hybride ou électrique : 0 État =  0 % de la population américaine.

La Model 3. © Tesla Motors

Mythe no 6 : Une voiture électrique, ce n’est pas performant

Tesla a déboulonné ce mythe depuis quelques années déjà en construisant des voitures qui font la barbe à pas mal tout ce qui roule à l’essence, qu’il s’agisse de Porsche, de Ferrari ou de Lamborghini. Avec son Roadster 2, qui fera le 0-100 km/h en moins de 2 secondes…, et dont l’autonomie avoisinera les 1 000 km !!!…, le constructeur californien repoussera les limites actuelles.

Même dans le créneau des véhicules plus accessibles aux humbles citoyens que nous sommes, nous pouvons constater que les accélérations des voitures 100 % électriques sont généralement supérieures à celles de leurs rivales à essence, à cause du couple plus élevé et surtout instantané.

La Highlander hybride 2019. © Toyota

Mythe no 7 : Une voiture hybride ou électrique, ce n’est pas pour les grosses familles

Si cette affirmation était valide dans le passé, elle ne l’est plus. En effet, avec l’arrivée de véhicules plus spacieux (pouvant accueillir jusqu’à huit personnes) tels que les Chrysler Pacifica hybride, Toyota Highlander hybride, Volvo XC90 PHEV ou même Tesla X, les familles nombreuses peuvent maintenant faire leur choix parmi un nombre croissant de véhicules hybrides, hybrides rechargeables et électriques.

Mythe no 8 : Une voiture électrique, c’est moins fiable

En fait, ce mythe est si faux que c’est plutôt l’inverse qui est vrai. En effet, de nombreuses études menées ces dernières années ont établi que les véhicules hybrides et électriques sont généralement plus fiables que leurs équivalents à essence***.

Il est d’ailleurs assez particulier de constater qu’après à peine plus de cinq ans sur le marché de masse, les voitures électriques sont généralement plus fiables que les voitures à essence dont la technologie est produite en série depuis un siècle !

La LEAF EV 2019. © Nissan

Mythe no 9 : Une voiture électrique, ça ne marche pas en hiver

Si les véhicules hybrides et électriques perdent de leur efficacité en hiver (consommation d’énergie plus élevée, donc autonomie moindre), il est bon de rappeler que les véhicules à essence sont confrontés aux mêmes enjeux.

Une voiture 100 % électrique peut voir son autonomie diminuer de 50 % dans les pires cas…, tout comme une voiture à essence. Sachez en effet que, quand il fait -20 degrés Celsius, la cote de consommation d’une auto à essence peut passer de 7 L/100 km à 11 L/100 km, ce qui représente une hausse de 40 % et donc une diminution équivalente de son autonomie.

Évidemment, faire le plein de sa voiture à essence prend moins de temps que recharger sa voiture électrique lorsque vous êtes sur la route, mais n’oubliez pas que plus de 90 % des recharges faites par les propriétaires de voitures électriques ont lieu à la maison. « Faire le plein » de sa voiture électrique prend ainsi moins de temps lorsqu’on est à la maison.

Là où une voiture hybride ou électrique tire particulièrement bien son épingle du jeu, c’est quand il s’agit de démarrer par temps froid. En effet, dans ces conditions, ce type de voiture se met en marche beaucoup plus constamment et facilement qu’une voiture à essence ou diesel. Avec ma voiture hybride, et plus récemment avec ma voiture électrique, il m’est arrivé à plusieurs reprises de survolter des voitures à essence qui ne démarraient pas.

De plus, le préchauffage est en équipement de série sur la plupart des véhicules électriques ou hybrides rechargeables, ce qui permet de réchauffer l’intérieur du véhicule et de le dégivrer tout en étant branché à une prise de courant ou à une borne de recharge. Cela diminuera d’autant la demande en énergie une fois sur la route, car vous prendrez place à bord d’une voiture déjà chaude, et son autonomie en sera donc beaucoup moins affectée… tout en ne polluant pas.

© Fotolia

Mythe no 10 : Une voiture électrique, ce n’est pas cool

En fait, ce sont ceux et celles qui affirment cela qui ne le sont pas !

* www.hydroquebec.com/developpement-durable/centre-documentation/pdf/analyse-comparaison-vehicule-electrique-vehicule-conventionnel.pdf

** www.afdc.energy.gov/vehicles/electric_emissions.php

*** Auto.lapresse.ca/auto-ecolo/201710/19/01-5140616-les-voitures-electriques-plus-fiables-que-les-autres-selon-consumer-reports-.php

+

La voiture électrique: une partie de la solution, par Daniel Breton, Le Devoir, 3 décembre 2018.

 

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