Ce 6 juin décédait d'une pneumonie Lee R. Raymond, cet ingénieur chimique qui a fait carrière chez Exxon, d'abord à titre de chercheur à partir de 1963, puis de président en 1987 et chef de la direction de 1993 à 2005. 

« Quand on y repensera dans cent ans, mille ans ou dix mille ans, la seule chose qui méritera d'être retenue à son sujet sera le rôle déterminant qu'il a joué pour freiner la lutte contre le changement climatique », écrivait cette semaine sur son blogue l'auteur et militant écologiste Bill McKibben qui écrit sur le sujet depuis 1989.

En effet, une enquête publiée par Inside Climat News en 2015 a révélé ce que Raymond et ses collègues savaient déjà dès 1982, en publiant ce document d'information « réservé au personnel d'Exxon et ne devant pas être diffusé à l'extérieur ». Les chercheurs d'Exxon y reconnaissaient que, malgré les nombreuses incertitudes qui subsistaient, pour enrayer le réchauffement climatique, « il faudrait réduire considérablement la consommation de combustibles fossiles ». À défaut, « certains événements potentiellement catastrophiques doivent être pris en compte », indiquait ce guide, citant des experts indépendants. « Une fois que les effets seront mesurables, ils pourraient ne plus être réversibles. » Le rapport précisait que « l'humanité dispose d'une marge de manœuvre de cinq à dix ans avant que la nécessité de prendre des décisions difficiles concernant l'évolution des stratégies énergétiques ne devienne critique ».

Et Exxon a cru ses chercheurs, note McKibben, puisque l'entreprise « a commencé à construire des plates-formes de forage plus hautes pour contrer la montée du niveau de la mer, et à repérer les zones de l'Arctique qui pourraient s'avérer idéales pour le forage pétrolier une fois que ces plates-formes auront contribué à faire fondre la glace », comme l'a rapporté en 2015 le quotidien Los Angeles Times.

Pourtant, Raymond a joué un rôle de premier plan, alors qu’Exxon contribuait à la création de la Global Climate Coalition, première de nombreuses organisations de désinformation climatique, ajoute McKibben : « Il est devenu, à bien des égards, le porte-parole de l’antiscience : en 1997, alors que le monde s’apprêtait à assister aux premières négociations mondiales sur le climat à Kyoto, il a prononcé un discours dont l’importance n’a peut-être d’égale que celle du témoignage initial de [l'expert de la NASA James] Hansen. S'exprimant à Pékin devant le Congrès mondial du pétrole, il a affirmé que le climat mondial se refroidissait, qu'il n'y avait aucun moyen de savoir si le CO₂ en était responsable, et qu'en tout état de cause, « il est hautement improbable que la température au milieu du siècle prochain soit sensiblement différente, que des mesures soient prises dès maintenant ou dans vingt ans ».

Le climatoscepticisme encore à la mode

Je suis toujours irrité par les soi-disant écolos qui nient l'évidence des changements climatiques meurtriers causés par la combustion humaine effrénée de produits pétroliers, tout en pourfendant les limites des énergies alternatives et des véhicules électriques.
Ils aiment citer les climatosceptiques amateurs et la poignée de scientifiques du climat (généralement financés par les pétrolières) qui contestent le consensus établi depuis plusieurs années par 97 % des plus de 2 500 experts du climat et par 99 % des études sur le sujet.
L'inaction pour ralentir les changements climatiques explique malheureusement pourquoi l'on observe déjà une hausse des températures planétaires moyennes de 1,5 degrés Celsius (°C) par rapport à l'ère préindustrielle, ce qui exigera d'investir des milliards de dollars en adaptation au climat, sans oublier les milliards requis pour atteindre la carboneutralité en sortant du pétrole (sauf exceptions) d'ici 2050.
En 2021, 69 % de l'humanité pouvait adopter une mode de vie qui réussirait à limiter à 1,5 °C le réchauffement climatique, selon une étude mondiale publiée en 2022 et rapportée dans cet article de Lloyd Alter, auteur du livre Living the 1.5 Degree Lifestyle sur les changements de comportements qu'il a adoptés. Or, dans un article publié sur son blogue en octobre 2025, Alter était pessimiste quant à l'impact des changements individuels après avoir lu le rapport A Climate for Sufficiency: 1.5 Degree Lifestyles de l'institut Hot or Cool, dirigé par le principal artisan du concept de mode de vie de 1,5 °C, Lewis Akenji.

Ce dernierexplique, tout comme Alter, que peu de gens peuvent se permettre de travailler dans une petite maison urbaine performante entourée de pistes cyclables et de tramways électriques. « Les modes de vie ne se résument pas à des choix individuels ; ils s'inscrivent dans des infrastructures, des systèmes d'approvisionnement et des institutions qui enferment les sociétés dans des aspirations consuméristes et des trajectoires à fortes émissions. »

Pour stopper à la fois les comportements et les politiques destructrices pour le climat et la société, il faut reconnaître les bienfaits des alternatives écologiques, font-ils remarquer. « La transformation sociétale doit permettre de mettre en avant les avantages : les bienfaits pour la santé liés à une meilleure alimentation et au recours aux modes de transport actifs, ainsi que les avantages découlant d’un gain de temps et de possibilités accrues en matière d’interactions sociales, de développement des compétences et de participation à des activités enrichissantes. » Voici les recommandations d'Akenji quant à ce que vous pouvez faire dès aujourd'hui pour ralentir les changements climatiques.

Source : https://lloydalter.substack.com/p/a-climate-for-sufficiency-is-a-sobering