Une pédiatre pas comme les autres

 

Professeur de neuropédiatrie à l'Université Harvard, Dr Martha Herbert est une spécialiste de l'autisme.

Professeur de neuropédiatrie à l’Université Harvard, Dr Martha Herbert est une spécialiste de l’autisme.

La génétique n’est pas une condamnation, dit Dr Martha Herbert, professeur de neuropédiatrie à l’Université Harvard et experte des causes multifactorielles de l’autisme. « Il y a des cas où un gène particulier peut avoir un impact puissant, mais c’est un biais qui dépend du paysage épigénétique, dit-elle pour parler de l’impact potentiel de l’environnement. C’est comme un ballon qui roule et descend une colline. Il peut y avoir des vallées et des bosses qui le feront tourner à droite ou à gauche, façonnant les possibilités. Ce n’est jamais comme si vous alliez avoir un effet absolument exact. »

Selon elle, nous avons beaucoup plus de pouvoir pour contrer l’explosion récente des maladies chroniques infantiles que la plupart des médecins le reconnaissent. (Lire notre article Maladies chroniques infantiles : la voie du rétablissement, sur les solutions qu’elle recommande aux parents.) Prenons l’autisme, son champ d’expertise. « On constate une courbe ascendante depuis les année 1980 et 90. Bien sûr, il y a ce débat qui s’envenime à savoir si on observe de réelles hausses ou si on est seulement plus conscients des symptômes. Je crois que c’est un débat ridicule car il est évident que si les gens sont plus à l’écoute, ils remarqueront les comportements plus subtils des autistes. Mais c’est aussi un débat politique, car si des facteurs environnementaux contribuent à la maladie, des gens dont les intérêts sont menacés ne veulent pas que cette connexion soit établie. »

Quant aux gens qui ne sont pas en conflit d’intérêts, selon elle un autre facteur les plonge dans le déni ou le scepticisme par rapport à l’origine environnementale des maladies. « Pour la plupart d’entre eux, il est simplement trop horrifiant d’accepter que nous pourrions nous causer des torts à nous-mêmes ainsi qu’à d’autres espèces et que les autorités dans lesquelles nous avons investi notre confiance ne nous protègent pas. Nous sommes tous dans le même pétrin de l’hyperconsommation et de la culture jetable. Chacun veut son nouveau jouet numérique et tous ces biens dont nous n’avons pas vraiment besoin. »

Au chapitre du cancer, cette maladie a augmenté d’au moins 1 % par année chez les enfants depuis 30 ans et l’augmentation fut de 40 % en 16 ans (1998-2014) au Royaume-Uni. La principale cause est la pollution de l’air, selon le professeur Denis Henshaw de l’Université de Bristol. Et il faut tenir compte des polluants émergents comme les perturbateurs endocriniens et les radiofréquences, selon Dr Herbert. « Un de mes amis travaille pour une agence environnementale et il souligne qu’il faut être prudent avec les nombreux produits chimiques reconnus comme dangereux. Le problème, c’est qu’il se fait très peu de bons tests toxicologiques sur les produits chimiques. Un autre ami sénateur m’a dit que les villes n’ont l’obligation de tester qu’environ 20 des 1200 produits chimiques dans l’eau, cela varie d’un endroit à l’autre. »

Et quels sont les principaux polluants dont on devrait s’inquiéter?

« Je ne sais trop comment vous répondre. Il existe de nombreuses façons de classer les effets directs et indirects des polluants sur le système nerveux. Le mercure et plusieurs autres produits neurotoxiques ont des effets directs qui ciblent des procédés critiques pour les fonctions ou le développement cérébral. Que savons-nous vraiment sur la manière dont les polluants interfèrent avec les communications entre molécules ou bloquent le fonctionnement des enzymes? Les effets indirects sont par exemple des changements oxydatifs et l’inflammation qui endommage les mitochondries [qui produisent l’énergie dans le corps]. Ces changements favorisent des dommages collatéraux [comme le cancer] qui m’inquiètent. Les stratégies de recherche sont trop réductionnistes et restrictives. Elles nous poussent à rechercher des effets spécifiques et à ignorer les dommages collatéraux. Il y a quelques années, un neurotoxicologue réputé et bien intentionné disait qu’après de nombreuses années à travailler avec des cliniciens de l’autisme, il en est venu à la conclusion qu’une fois que vous avez subi une exposition toxique, vous ne pouvez rien y faire. Je pense que c’est vraiment une forme particulière d’ignorance! La plupart des chercheurs veulent être politiquement corrects ou ne sont pas des cliniciens. Même la plupart des cliniciens ne lisent pas assez. » 

Les parents ne doivent pas perdre espoir car le cerveau et les autres organes fonctionnent mieux lorsque le corps est désintoxiqué, explique Dr Herbert.

« Souvent, plusieurs mécanismes de désintoxication fonctionnent plus ou moins bien pour affronter les dommages collatéraux, par exemple pour réduire l’inflammation. Il faut lire le livre phare Chemical Exposures : Low Levels and High Stakes [Expositions chimiques : faibles doses et enjeux élevés, Ashford & Miller, 1997]. Historiquement, la médecine environnementale a été marginalisée. C’est l’héritage laissé par mon collègue bien intentionné dont je vous parlais plus tôt. C’est vraiment un bon gars, un des meilleurs, mais il n’a aucune idée de l’énorme littérature scientifique dans ce domaine. Des chercheurs courent à droite et à gauche et sourcillent quand on en parle ; d’autres ignorent totalement ces connaissances. Il y a un énorme besoin de formation car rien ne les aide à voir les avenues d’intervention potentielles. C’est terrible de constater le nombre de personnes qui ne vont pas vraiment aussi bien qu’elles le pourraient si elles n’étaient pas hypothéquées par la pollution. »

La neuropédiatre rêve du jour où la prévention des maladies environnementales deviendra une priorité de recherche.

« Présentement, quand je participe à un événement organisé par mon département ou mon institution, je m’ennuie. Une étude internationale a prédit qu’en 2048, il n’y aura plus aucun poisson vertébré sur la planète. Alors pourquoi diable veut-on faire tous ces essais de médicaments? Je suis en mode de profonde réévaluation sur l’usage de mon temps, à cause de l’échelle de la crise environnementale actuelle. Le problème des changements climatiques n’évoque pas toute l’ampleur de celle-ci. »

L'autisme touche aujourd'hui environ un enfant sur 68! www.sciencedaily.com/releases/2016/03/160331154247.htm

L’autisme touche aujourd’hui environ un enfant sur 68! www.sciencedaily.com/releases/2016/03/160331154247.htm

Et est-il vrai que l’on a définitivement écarté toute possibilité que la vaccination massive ait contribué à l’épidémie d’autisme?

« Ce serait si facile si on pouvait dépeindre une situation si horrible en noir et blanc. Mais on ne peut en aucune façon dire qu’une intervention médicale est sécuritaire pour tout le monde. Il est toujours possible qu’il y ait des effets secondaires inconnus. Nous intervenons sur le système immunitaire tout en découvrant des choses surprenantes. Il y a 15 ans, nous croyions encore que le cerveau était complètement protégé des polluants par la barrière hématoencéphalique. On sait aujourd’hui que c’est faux [plusieurs études indépendantes ont démontré que les radiofréquences la rendent plus perméable, rapporte le Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques non ionisants]. Il y a encore beaucoup de ces faussetés qui sont aujourd’hui considérées comme des faits, mais les gens qui les colportent s’abstiennent seulement de bien lire la littérature scientifique. Ils agissent comme si on pouvait exclure définitivement un risque; c’est irresponsable. J’ai été très troublée, en 2004, quand l’Institute of Medicine (US) Immunization Safety Review Committee a affirmé [en p. 145 de sa revue de la littérature sur la sécurité de l’immunisation] qu’il n’était plus nécessaire de poursuivre les études physiologiques sur le thimérosal [l’agent de conservation à base de mercure soupçonné de contribuer à l’autisme], seulement des études épidémiologiques. Je ne vois pas comment un gouvernement peut dire aux chercheurs quelles études ils doivent effectuer. Il possède l’autorité mais est influencé par l’argent, il y a un agenda », celui de ne pas nuire au commerce. Or comme c’est souvent le cas, cet avis du gouvernement américain était fondé sur des études qu’il avait lui-même financées et qui avaient des failles méthodologiques importantes, selon un article publié en février 2015 dans la revue scientifique Clinica Chimica Acta.

Les maladies émergentes ne présentent pas que des défis scientifiques, c’est aussi une question très politique, selon l’un des magazines favoris du Dr Herbert.

« Il y a quelque mois, un article paru dans The Nation, sur le virus Zika, disait que l’épidémie était le résultat de l’étranglement systématique des agences de santé publique à travers le monde. Les gouvernements sont si dépendants de l’influence corporative, notamment des compagnies pharmaceutiques. Le réflexe de sur-prescription est une des raisons pour lesquelles les autorités ont mis tant de temps à répondre à la crise des pathogènes résistants aux antibiotiques. » En effet, l’article de The Nation affirmait que les pays qui restreignent l’usage des antibiotiques n’ont que peu ou pas de problèmes avec les microbes résistants aux médicaments.

Dr Herbert raconte qu’elle a découvert que plus de 550 études lient l’autisme à l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM).

« En 2003, une amie qui publiait le Wild Duck Review est devenue effrayée par les CEM. Je n’avais aucune idée de ce dont elle parlait. Je me suis promis d’y voir. J’ai des décennies d’expérience dans la théorie des systèmes hiérarchiques et j’avais développé un cadre d’étude génétique et environnementale pour mon livre The Autism Revolution. J’ai appliqué ce cadre pour réviser la littérature scientifique concernant les CEM et l’autisme. J’ai été abasourdie par ce que j’ai découvert : plusieurs problèmes causés par les CEM sont les mêmes que l’on constate dans l’autisme, des problèmes cellulaires et organiques que nous considérons comme des stresseurs, comme la peroxydation des lipides et la dysfonction des mitochondries. Si les lipides dans vos membranes cellulaires et organiques sont peroxydées par le stress oxydatif, de mauvaises choses se produisent, comme des récepteurs et canaux qui pourraient ne pas fonctionner adéquatement, il peut y avoir des fuites ioniques. Ça nuit à la calibration exquise de l’organisme. Je recommande le livre Healing is Voltage, de l’ophtalmologiste Dr. Jerry Tennant. Il est devenu très malade et fut alité 16 heures par jour durant presque sept ans à cause d’une infection virale transmise par le laser qu’il utilisait en opérant un patient. Il est devenu un expert dans le domaine du voltage corporel [qui est lié à son potentiel hydrogène ou pH]. Il dit qu’un corps sain peut maintenir une différenciation électrique entre l’extérieur et l’intérieur des cellules. Si votre voltage corporel naturel [en courant continu] est optimal, tous vos systèmes de défense fonctionnent mieux. Sinon, vous serez composté par les microbes! »

D’où l’intérêt de tester le pH (potentiel hydrogène) de son urine avec du papier indicateur du pH vendu dans les magasins d’aliments naturels et de s’alcaliniser notamment en faisant de l’exercice et en mangeant des aliments alcalins. Comme l’explique Dr Tennant dans son livre, quand le corps est alcalin, ses molécules sont anti-oxydantes car elles ont un surplus d’électrons à partager : un pH alcalin idéal de 7,35 à 7,45 équivaut à un voltage corporel en courant continu de -25 à -35 millivolts (mV), le voltage négatif étant un donneur d’électrons alors que le voltage positif en enlève et acidifie le corps. Pour leur part, les lignes directrices d’évaluation pour les chambres, publiées par I’Institut international de bau-biologie et d’écologie, recommandent de réduire autour des lits les champs électriques du courant alternatif créé par l’homme afin de maintenir le voltage corporel la nuit sous 10 mV (mesurable avec un lecteur de voltager corporel en courant alternatif, tel l’appareil UNI-T UT39A). Comme le dit l’auteur de ces lignes directrices, l’ancien journaliste allemand Wolfgang Maes : « Ne jamais confondre les champs de courant continu (sans fréquence) avec les champs de courant alternatif (avec fréquences et électricité sale), l’exposition à court terme et à long terme, les faibles expositions et les fortes expositions, le jour et la nuit, la thérapie et la vie de tous les jours. Il y a beaucoup de thérapies médiales avec les champs électriques et magnétiques, et bien sûr elles fonctionnent car ces champs ont des effets sur les systèmes biologiques (et techniques). » Le problème, c’est que notre corps n’a pas développé de mécanismes pour gérer l’exposition chronique à l’électrosmog synthétique et que le corps est plus vulnérable la nuit. De même, l’exposition chronique à la pollution chimique lui complique aussi la vie, explique Dr Herbert.

« En avril dernier, j’ai publié ma recherche post-doctorale sur les chevauchements entre l’autisme et diverses maladies chroniques comme le cancer, diverses conditions métaboliques et les maladies cardiaques. On ne peut pas se limiter à un seul mécanisme moléculaire menant à la maladie, elle est multifactorielle. Nous sommes des êtres anciens mais nous n’avons pas développé de mécanismes pour nous adapter aux nouveaux polluants. Ceux-ci peuvent causer de l’inflammation au cerveau, une condition excitotoxique qui laisse trainer des substances chimiques nocives. Le cerveau n’a aucune méthode intrinsèque lui permettant de différencier entre les impulsions nerveuses générées par le stimulus environnemental lui-même et le bruit émis par tous les produits excitotoxiques (les dommages collatéraux), comme les cytokines pro-inflammatoires qui stimulent le système nerveux. On devient stupide parce qu’on ne peut pas filtrer ces substances. Pensez au téléphone cellulaire qui affiche une réception de signal de deux barres alors qu’il en faut cinq pour avoir une bonne connexion. C’est une bonne métaphore pour le cerveau. Avec seulement deux barres, la communication est faible, il y a de l’électricité statique et il ne peut pas traiter l’information adéquatement. »

Que répond Dr Herbert aux parents qui veulent protéger et promouvoir la santé de leurs enfants?

« Faites de chacun de vos choix un choix sain. Évitez les aliments transformés et le sucre. Le but est de n’en consommer aucun, alors planifiez à l’avance. Un article paru récemment dans la revue JAMA Internal Medicine a révélé un fait troublant : dans les années 1960, l’industrie du sucre a payé des chercheurs de Harvard pour semer le doute sur les études liant le sucre et les maladies cardiaques et pour diriger l’attention vers les gras saturés et le cholestérol. Il n’y a aucune raison médicale d’utiliser des édulcorants artificiels ou naturels autres que les fruits et légumes. Je n’utilise même pas de miel, les produits végétaux sont préférables. »

Et que pense-t-elle de la diète sans gluten ni caséine (la protéine du lait animal)?

« Il y a de plus en plus de données démontrant que le gluten perturbe la barrière hémato-encéphalique et la barrière hémato-intestinale. Ça ouvre la porte pour vous exposer à des produits nocifs que l’on évite normalement. Une personne souffrant d’un problème immunitaire ou psychologique ne devrait jamais s’exposer au gluten, écrivait l’expert de la maladie coeliaque Alessio Fasano dans un article paru en 2009 dans Scientific American. »

Pourtant, en 2014, le magazine L’actualité faisait sa Une en titrant : Gare à la mode du sans gluten, disant qu’elle pourrait être dangereuse.

« Cela n’a pas de sens!, répond Dr Herbert. L’industrie fabrique des incertitudes, lisez le livre Doubt is their product. »

Que pense-t-elle des médecines douces?

« Je ne lis pas assidument la littérature dans ce domaine, mais j’ai une amie homéopathe qui recommande le livre Cough cures, du médecin Gustavo Ferrer et de l’infirmière Burke Lennihan, sur les meilleurs remèdes naturels et les médicaments vendus sans ordonnance pour traiter la toux. Je suis un peu familière avec les écrits du biophysicien James Oschmann sur la médecine énergétique. Je vous recommande aussi The Molecular Vision of Life, par l’historienne de la science Lilly Kay, relatant 100 ans d’histoire et la manière dont la fondation Rockefeller a financé le passage de la biologie physique à la biologie moléculaire. » 

Ce livre décrit « le rôle des centres de pouvoir privés dans l’élaboration du programme scientifique et les dimensions politiques de la recherche « pure ». Il avance également un argument qui fait réfléchir : les bases cognitives et sociales du génie génétique et des projets de génome humain ont été ainsi posées par les architectes américains de la biologie moléculaire ». Dr Herbert croit-elle que c’est une autre façon de détourner l’attention du public des impacts de la pollution?

« J’ai écrit l’introduction du livre de Bobby Kennedy Junior, Thimerosal: Let the Science Speak. L’essentiel, c’est qu’il ne devrait y avoir de mercure dans aucun produit médical, que ce soit un vaccin ou un amalgame dentaire. Mais le déni est puissant. Le gouvernement fait les choses à l’envers, il protège davantage l’industrie. C’est drôle, ça me rappelle le journal parodique The Onion, la source de mon meilleur matériel. Vous savez, les normes de l’US EPA limitant les émissions industrielles de mercure ont été rédigées par l’industrie. Selon The Onion, la mission première de l’Agence de protection de l’environnement semble plutôt être la protection de son financement. Elle est remplie de fonctionnaires qui ne font que brasser du papier et répondre au téléphone. On paralyse leur faculté de raisonnement. »

« Les maladies chroniques complexes sont généralement multifactorielles. Les points faibles génétiques peuvent créer une vulnérabilité – mais l’usure du système vient d’un grand nombre d’expositions nocives et de facteurs de stress. J’inclus l’autisme dans la catégorie des maladies chroniques complexes en raison des milliers d’études actuellement publiées dans la littérature scientifique documentant la physiopathologie, comme le stress oxydatif, le dysfonctionnement de la bioénergétique des mitochondries et des réponses immunitaires / inflammatoires qui recoupent ce que nous constatons dans d’autres maladies chroniques. Pour toutes ces conditions, le point de bascule n’est pas seulement l’insulte environnementale elle-même, mais la façon dont elle submerge le système : l’organisme a été poussé au bord du précipice par une accumulation préalable d’agressions environnementales qui ont progressivement dégradé le cerveau et les systèmes corporels. »

– Dr Martha Herbert, tiré de l’introduction de Thimerosal: Let the Science Speak, édité par Robert F. Keendy Jr.

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