Les aventures d’une chimico-électrosensible patenteuse

Ce texte est une petite épopée personnelle en gestion de l’environnement; il relate les mesures employées par une personne “envirosensible” aux prises avec deux chantiers de construction et détaille le système qu’elle invente pour pouvoir respirer. Au terme de l’aventure, un nouveau défi de nature électromagnétique cette fois, se pose sur l’un des bâtiments, défi auquel on doit remédier rapidement. Le texte s’achève sur un cri du cœur sur le sort des hypersensibles et leurs problèmes de logement, suivi d’une note d’optimisme malgré tout et d’une contribution pour les plus démunis.

Photos de Jean-Louis Lavallée et Jacinthe Ouellet

« Vous allez me trouver ridicule, mais… je crois que je ne pourrais pas vivre sans respirer ». Ainsi s’exprime le personnage de Becky dans le célébrissime téléroman « Le cœur a ses raisons ».

En effet, comme il serait pratique de pouvoir cesser d’inhaler quand l’air devient autre chose que ce qu’il devrait être.

S’il est une leçon que j’ai apprise au cours des quelques trente années passées avec cette condition de chimicosensibilité, c’est d’éviter les compromis face aux agents que l’on a identifiés comme nuisibles dans le lieu que l’on habite. Le déni, le scepticisme ou la simple négligence à se protéger adéquatement peuvent conduire à long terme à des résultats désastreux. J’en ai hélas été témoin chez mes pairs. Dans toute la mesure du possible, on doit mettre en place des mesures d’élimination, de protection ou de mitigation des irritants. L’effort en vaut la peine, et on a parfois de belles surprises.

Omniprésent formaldéhyde

Curieusement, la mousse isolante d’urée formaldéhyde (MIUF) a été bannie de l’intérieur de nos murs mais on introduit volontiers le formaldéhyde dans nos maisons comme ingrédient de la résine d’urée formol utilisée dans plusieurs types de produits en bois d’aggloméré : meubles et armoires en panneaux de particules, moulures en fibres de moyenne densité, planchers stratifiés (« flottants ») en fibres de haute densité, contreplaqué de feuillus, etc. Le contreplaqué d’extérieur, quant à lui, serait fait de résineux (conifères) et collé à la résine de phénol formol, plus résistante à l’humidité et sensée être moins émissive, mais non inoffensive pour les hypersensibles.

Selon Santé Canada, « la présence de formaldéhyde dans l’air intérieur est très courante. Il peut causer une irritation des yeux, du nez et de la gorge et peut aggraver les symptômes d’asthme, surtout chez les enfants. (…) Lorsqu’il est présent à des niveaux élevés dans l’air, tel que ceux trouvés dans les milieux de travail, on le détecte par son odeur piquante et il est associé au cancer des voies nasales. »

Si cette odeur piquante indique un niveau élevé de formaldéhyde, cela signifie que ce gaz était présent à un niveau important dans la presque totalité des armoires de mélamine (dont certaines âgées) que j’ai pu échantillonner.

Santé Canada a démontré que le formaldéhyde se dégage de plus de 90 % des produits de bois composite sélectionnés et testés, et le dégagement de la substance augmente lorsque les températures et les taux d’humidité sont élevés. Le ministère compte publier en 2020 un règlement sur les émissions de formaldéhyde provenant des produits de bois composite.

À une époque où je me voulais plus « tolérante », j’avais habité un logement âgé de trois ans, avec planchers flottants et armoires de cuisine standard. Assaillie de plusieurs symptômes, je suspectai ces matériaux et appris à sceller les armoires ainsi que le plancher de ma chambre à coucher, lequel fut recouvert de papier pare-vapeur Scutan puis de panneaux de plexiglas de 4’ x 8’. Âgés et sans odeur, ils se révélèrent fort utiles dans des logements subséquents, où l’opération fut répétée aussi souvent que nécessaire.

La veille du déménagement vers un nouveau logis, toutes les protections furent retirées et dès la nuit suivante, les symptômes revenaient en force. Je trouve ce genre d’expérience intéressante et instructive – pour peu qu’elle ne se prolonge pas trop! – et décisive pour la future gestion de cette condition de santé, l’hypersensibilité environnementale, reconnue comme un handicap par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ).

Un handicap à gérer

Personne ne remet en question les mesures qu’une personne vivant avec une quelconque incapacité physique décide de prendre pour s’assurer un maximum de confort à l’intérieur de ses limites. Pourtant, plusieurs croient que les hypersensibles « exagèrent ». Mais un animal ou un enfant qui réagit à des facteurs environnementaux n’est pas en mesure d’exagérer, pas davantage qu’un adulte qui dort ou a le nez bouché! Divers polluants peuvent nous affecter, que l’on en perçoive ou non l’odeur (pensons au monoxyde de carbone inodore). Une fois que l’on a pu identifier nos réactions à un produit spécifique dont l’odeur est détectable, on peut par la suite, avec ces mêmes symptômes, savoir à quel type de polluant on a affaire, même sans le sentir – ce qui permet de gérer adéquatement la situation.

Cette condition de santé est certes une épreuve mais elle ne comporte pas que du passif. Je ne cesse de m’émerveiller devant la subtilité du système nerveux, l’harmonie et la communication entre les divers systèmes corporels et surtout cette fabuleuse faculté de détection qui ne cesse de s’affiner, amenant parfois des symptômes distincts selon le type de contaminant et même de bande de fréquences électromagnétiques.

Les nécessités de survie ont agi comme un stimulant de la créativité et divers « patentages » se sont élaborés au fil des besoins, permettant de freiner ou ralentir la dégradation de ma santé en milieu non adapté. C’est une expérience gratifiante, quand cela fonctionne! Cela dit, je suis très consciente que toutes les personnes hypersensibles n’ont pas la possibilité de se lancer dans le genre de projets décrits ici. J’espère néanmoins que le partage de ces trucs, certains plus simples que d’autres, s’avérera utile.

Il y a bois… et bois

L’été 2019 aura été pour moi le théâtre d’expériences nouvelles qui ont nécessité des mesures exceptionnelles. En vedette : composés organiques volatils (COV) de bois, formaldéhyde, diésel, solvants et autres, le tout à l’extérieur, près de mes fenêtres.

Vers la mi-juillet, le propriétaire de mon logis décide de se construire un garage de deux étages sur la propriété, à faible distance de la façade de la maison. Toutes les fenêtres ouvrantes se trouvent de ce côté, à l’exception de celle de la cuisine sur le mur opposé, du côté du vent dominant (ouest). En prévision des émanations du chantier, cette fenêtre est donc mise à profit pour aérer le rez-de-chaussée et pour en tirer de façon mécanique l’air qui alimentera la chambre à coucher à l’étage, en particulier la nuit, car il faut ventiler sous le lit baldaquin qui sert de protection contre les micro-ondes émises par les tours de cellulaires, les compteurs intelligents et les Wi-Fi des voisins. Par temps chaud, cette petite brise dans le lit est fort agréable. L’équipement nécessaire est peu coûteux : un ventilateur de salle de bains silencieux (moins de 1.5 sone), sur lequel on installe une prise électrique (fiche mâle). À la sortie d’air de 4’’ de l’appareil, on branche un tuyau d’aluminium flexible de la longueur nécessaire (une ou deux sections de 25’). On coince le ventilateur dans la fenêtre et le tour est joué.

Du moins le croyais-je. Mais un samedi matin de fin juillet, réveillée par la scie à chaîne du voisin du côté de la fenêtre de cuisine, je vois chuter une majestueuse épinette. Plusieurs arbres matures seront ainsi abattus. Me doutant que le vaillant homme voudra sans doute brûler tout ce bois, je m’enquiers de son projet : un garage de deux étages!

Deux chantiers de garages, un devant, un derrière, donnant sur les seuls murs fenestrés de la maison : voilà le menu estival et automnal.

C’est la déchiqueteuse qui sera mise à profit pour se défaire de la grande quantité d’arbres coupés chez le voisin. Au terme de cette journée de travail, l’air est envahi par une très forte odeur de résine de conifères. Trop intense : la fenêtre doit être fermée et la ventilation arrêtée.

Est-il possible de réagir aux senteurs naturelles de bois? Certainement. Selon les essences, les arbres émettent différents COV qui indisposent certaines personnes. Pour ma part, les conifères sont généralement mes amis, je bois de la tisane de sapin et j’aime l’odeur de ces arbres. Mais les planches de pin nu m’indisposent, et cette première expérience avec l’odeur très prononcée et constante de cette montagne de copeaux d’arbres fraîchement abattus, confirme que le dosage fait la différence. La forme aussi : transformé en planches, copeaux ou huiles essentielles, l’arbre n’est plus sous sa forme naturelle à dégagement très modéré de COV (terpènes et autres). Il s’agirait donc d’une « intolérance partielle ».

Pendant ce temps, mon propriétaire a monté l’ossature du garage. Pas trop méfiante, je laisse les fenêtres ouvertes encore à ce stade quand le chantier est arrêté et que cesse la coupe de planches. Mais quand les murs de contreplaqué sont en place et que le vent tourne à l’est ou au nord-est, soit environ deux jours par semaine, des malaises apparaissent. Parfois l’odeur de contreplaqué est perceptible dans la maison, parfois non. Je dois me rendre à l’évidence : les réactions ressemblent à celles vécues dans le logement âgé de trois ans décrit plus haut. C’est donc la colle de ces panneaux qui m’affecterait et probablement aussi les COV du bois.

Je déplace mon système de ventilation et pose le ventilateur dehors, au sol (sur un plexi), sur le côté de la maison dénué de fenêtre. Le tuyau entre à l’intérieur par une fenêtre avant. Cela fonctionne, selon l’humidité et la direction du vent.

Mais le débit d’air est très faible et il faut trouver une solution pour ventiler davantage et en tout temps. On est en été et la maison n’est pas très saine au départ. Il faudrait aller chercher l’air dans un secteur du terrain libre d’émanations et acheminer cet air vers l’intérieur de la maison.

Les bons tuyaux

Le garage du voisin sera surdimensionné et situé très près de mon logement (à environ 6 m), vis-à-vis de la fenêtre ouest (cuisine). Je marche sur le terrain et évalue jusqu’où se rendent les senteurs de copeaux. Même s’ils vont être enlevés, je peux ainsi déterminer les limites de dispersion des futures émanations diverses du chantier : diésel des camions et pelle mécanique, murs du garage, goudron du futur toit en bardeaux, etc. Fort heureusement, nous sommes dans la nature, le terrain est profond sur le côté de la maison. À environ 200 pieds (60 m) selon un estimé sommaire, seule l’odeur des fleurs sauvages subsiste.

Je dois donc trouver cette longueur de tuyau pour pomper l’air pur dans la maison, à l’aide d’une machine que je possède déjà ou peut-être d’un ventilateur plus puissant. À expérimenter.

Le défi : zéro dépense, car mon budget de survie est limité. Je rédige une demande d’équipement en commandite en échange d’un article sur ce site et l’envoie à quelques personnes, dont André Fauteux qui la relaie à quelques contacts susceptibles d’y répondre. Et on y répond : François Vanasse de Airia Brands, fabricant des produits Lifebreath (épurateurs d’air et ventilateurs récupérateurs de chaleur), que j’avais rencontré dans le passé pour des opérations de ventilation, effectue quelques demandes pour moi et j’en fais de mon côté. M. Vanasse me fournit 35 pi de tuyau d’aluminium flexible de 6’’ de diamètre, 10 pi de tuyau de 8’’ ainsi qu’un puissant moteur de ventilation.

Par ailleurs, l’un de mes coups de fil donne un résultat au-delà de mes espérances.

Roger Demers se dit semi-retraité et très heureux dans la mission qu’il s’est donné de rencontrer les gens chez eux et de les informer. Ex-propriétaire de Roger Demers Climatisation à Sherbrooke, il poursuit sa collaboration avec la compagnie par sa présence très généreuse, même auprès d’une personne telle que moi, qui n’achèterai pourtant aucun service de cette entreprise. Mon projet l’intéresse.

Lors d’une première visite, j’ai pu mesurer l’étendue de son expérience et la richesse de ses connaissances. « N’utilisez pas de tuyau flexible, dit-il, les souris vont les percer et nicher dedans! » Vrai, j’en avais eu la surprise lors d’une visite au cabanon. Entreposez vos tuyaux flexibles dans la maison!

Pour mon projet, il m’explique la technique dite du « puits canadien » qui consiste à creuser une tranchée d’environ 1 mètre de profondeur et d’y enfouir le tuyau qui amène l’air à un échangeur. L’air puisé est rafraîchi par la terre en été et protégé du froid en hiver par la couche de neige.

Je suis locataire, donc pas de tranchée. Il faut se procurer du tuyau rigide, en acier ou en aluminium.

1. Tuyau extérieur et cheminée.

Et le miracle se produit. Grâce aux contacts de M. Vanasse, un bon matin, un livreur sonne à ma porte pour venir déposer une palette chargée de 40 sections de 5’ de tuyaux d’aluminium rigide, 6 coudes et 2 adaptateurs, gracieuseté de M. Michel Sornin de l’entreprise rougemontoise Le Matériel Industriel Ltée, fabricant de composantes pour la ventilation et le chauffage Les tuyaux sont ouverts. Il s’agit de les refermer en les « clippant » puis de les embouveter l’un dans l’autre.

Il faut éviter de déposer ce long assemblage de tuyaux sur le sol, où l’humidité les envahirait. Même entourés de ruban, les joints ne sont pas parfaitement étanches, m’explique M. Demers. Après différentes expériences, j’opte pour les poser sur des pots à plantes remplis de pierres. La hauteur est suffisante par rapport au sol, et elle permettra aux tuyaux d’être recouverts et isolés par la neige en hiver. À l’extrémité, se dresse une cheminée dont le bout est recourbé vers le bas, en guise de protection contre les précipitations (photo 1).

Choix de l’appareil qui aspirera et redistribuera cet air : l’épurateur à précipitation à flux turbulent (PFT) Lifebreath. acquis dans les années ’90 (grâce à M. Vanasse!), un haut boîtier de métal dans lequel s’insèrent huit filtres à particules plissés, Je laisse l’appareil sans filtres et m’en sers pour puiser l’air et l’amener où je veux à l’aide de tuyaux branchés à l’entrée ou à la sortie, créer une pression positive ou négative lorsque nécessaire, etc. Muni d’une prise avec mise à la terre, il s’est avéré un allié précieux et versatile au fil des ans.

2. Sortie d’air du propulseur et tuyau vers l’étage.

Défi zéro dépense relevé (hormis pour le ruban à conduits et d’aluminium). Après une semaine de travail acharné, des effluves de fleurs sauvages s’exhalent des deux sorties d’air. Une en fait, celle de l’appareil, subdivisée pour les besoins des deux étages de la maison. Le tuyau de 6’’ flexible qui monte à l’étage obstrue partiellement la sortie ronde de 6’’ du propulseur, qui est suffisamment puissant pour qu’une partie de l’air se dirige dans ce tuyau malgré l’espace libre juste au-dessus de son site de connexion avec l’appareil (photo 2). On peut augmenter le débit d’air à l’étage en obstruant partiellement ou totalement cet espace.

Purification ou ventilation

On m’a demandé pourquoi je n’utilise pas simplement des purificateurs d’air au charbon. D’abord, il faut changer l’air d’une maison, pas seulement le recycler dans une machine. Ensuite, le charbon a sa propre odeur; enfin, l’air extérieur porteur de COV circulerait dans la maison avant de se rendre à l’appareil. Le charbon s’avère toutefois indispensable pour les situations urgentes : entrée soudaine de fumées, gaz ou autres polluants; incidents à l’intérieur, comme la combustion accidentelle de plastique. Ainsi, lorsque le voisin a appliqué son scellant sur la dalle de béton du futur garage, un vent de 30 km/h soufflait pile en direction de ma fenêtre (que j’avais ré-ouverte temporairement une fois les copeaux disparus). À 8 h du matin, l’odeur de solvant a envahi la maison. Étape 1 : on met un masque avec filtre au charbon; 2 : on ferme les fenêtres; 3 : on démarre les purificateurs au charbon. 4 : si la source du contaminant n’est pas connue, on sort avec le masque et on cherche à trouver sa provenance, pour pouvoir gérer la suite.

Évidemment, une maison n’est pas étanche et même en fermant les fenêtres, l’air extérieur s’y introduit avec plus ou moins de force selon les vents, différences de température intérieure/extérieure, pression atmosphérique, etc. Il faut donc demeurer prudent et à l’écoute des symptômes au cas où l’odeur des contaminants ne serait pas pleinement perceptible. Le purificateur d’air devient alors une mesure de précaution pour les situations plus corsées ou incertaines.

Aménager ou déménager

On pourrait se demander à juste titre pourquoi l’auteure de cet article ne déménage pas, tout simplement. D’abord, il y a des irritants partout, en l’absence de projets domiciliaires adaptés; mais la réponse pourrait tenir en un mot : radiofréquences. Elles ont fait avorter plusieurs tentatives de départ. Si on est aux prises avec les deux formes de sensibilités, chimique et électromagnétique, alors on a intérêt à disposer d’un budget de taille comparable à celle de cette double problématique. Ce qui, hélas, n’est pas le cas de nombre d’entre nous.

Lorsqu’on ne peut vivre en multi-logements et que le budget est limité, le choix de résidences unifamiliales en location est plus que restreint et la qualité souvent douteuse, surtout au plan des moisissures dont les sources sont si nombreuses. Que l’on songe seulement aux sous-sols, vides sanitaires ou dalles de béton sans pare-vapeur, non chauffées et avec sous-planchers non ventilés.

La maison que j’habite possède un pare-vapeur d’aluminium et un toit de métal qui agissent comme protection contre les micro­ondes. En ajoutant des moustiquaires d’aluminium dans les fenêtres, les ondes cellulaires n’y entrent pas; l’Acoustimeter (appareil sonore de mesure des radiofréquences) est silencieux. Mais elle est très mal isolée et présente des problèmes de moisissures. Les détails sur la mitigation de celles-ci allongeraient trop cet article; en l’absence de rénovations appropriées, des mesures de confinement et de scellement ont été appliquées mais la situation demeure toutefois imparfaite et la ventilation continue est indispensable.

Changement de saison

3. Serpentin de chauffage de tuyau de 4’’ dans son enveloppe (contenant) de moustiquaire; manchon de 8’’ (à gauche).

Et puisque la maison a besoin d’être aérée en hiver, pourquoi ne pas ajouter une étape et utiliser le chauffage existant pour préchauffer cet air extérieur apporté par le tuyau, ce qui réduira les coûts d’électricité? Dans un logement précédent, j’avais déjà fabriqué une sorte de serpentin au-dessus du calorifère avec du tuyau flexible de 4” de diamètre. Un bon système : la sortie d’air frais était près de mon visage pendant que je faisais la vaisselle, ce qui m’évitait de respirer l’air moins salubre de cette portion du logement. C’est ce que j’appelle la « technique du scaphandre ». Cependant, l’air froid de l’extérieur amenait l’humidité intérieure à se condenser sur la paroi du tuyau, laquelle pouvait se couvrir de givre par grand froid. Cette fois, je glisserai le tuyau de 4” à l’intérieur de l’autre de 8”, dont l’extrémité ouverte sera positionnée au-dessus du Convectair, qui réchauffera ainsi l’air dans l’espace entre les deux tuyaux, à l’intérieur du plus gros (photo 3). C’est efficace sur plus de la moitié de la longueur de tuyau vers son entrée dans la maison.

Moment de vérité : à une température extérieure ressentie de -13 °C, je démarre l’appareil : cela fonctionne, l’air qui en ressort est tiède! La merveilleuse odeur ozonée de la neige, si unique, se répand doucement dans les lieux. Le tuyau flexible de 6” qui monte à l’étage semble avoir retenu le parfum de la verge d’or… Et tous les tuyaux, rigides et flexibles, ont été mis à profit.

À l’usage, je constate que le Convectair doit toujours fonctionner au maximum pour que l’air soit suffisamment tiède. La pièce devient parfois inconfortable et les tuyaux du serpentin sont trop chauds. Plusieurs solutions peuvent se combiner, comme allonger le serpentin et baisser le chauffage; éloigner un peu les tuyaux du chauffage et recouvrir le montage d’un abri de papier d’aluminium épais qui reflète la chaleur. Une autre opération s’avère très avantageuse : une légère perforation du tuyau de 4’’ près de son entrée dans la maison (photo 4) fait en sorte que l’air chaud du secteur du Convectair est aspiré dans le manchon de 8’’ vers cette ouverture, ce qui a un triple effet : réchauffer les deux tuyaux dans la zone froide près de l’entrée, mélanger de l’air chaud intérieur avec l’air froid de l’extérieur propulsé dans la pièce, et prévenir toute humidité et développement de moisissures à l’intérieur des deux tuyaux (le 4’’ et son manchon de 8’’). Le résultat est satisfaisant : manchon et tuyau sont tièdes, de même que l’air distribué.

4. Ouverture dans le tuyau à l’entrée (manchon repoussé pour les fins de la photo).

 

Il va de soi que l’on doit renoncer à l’esthétique, mais l’effet visuel de tous les aménagements chimico et électro dans cette maison semble saisissant pour les visiteurs : en 2016, j’étais parmi un groupe de personnes qui donnaient une entrevue sur l’électrosensibilité à un étudiant au doctorat avec Mme Louise Vandelac, sociologue spécialisée en environnement et professeur à l’UQAM. Impressionnée par tous ces aménagements, elle suggéra d’en faire une vidéo. Ce qui devrait se faire ce printemps, je l’espère (si vous êtes intéressés à participer à ce projet, contactez-moi).

Pas de répit!

Tout cela dit et fait, ou fait et dit, un bon matin de décembre, j’aperçois par ma fenêtre de cuisine, le profil d’une embase vide pour un futur compteur intelligent sur le nouveau garage du voisin, lequel, comme je l’ai expliqué, est très près de mon logement (environ 20 pi ou 6 m). Situation préoccupante : y aura-t-il aussi un routeur Wi-Fi dans le garage? La panne de 5 jours du début novembre ne m’avait pas procuré le répit de symptômes d’électrosensibilité que j’escomptais : le voisin avait sa génératrice, si bien que mon Acoustimeter demeurait très bruyant à l’extérieur en raison des équipements (Wi-Fi, téléphone sans fil, etc.) de sa maison, située pourtant à plus de 200 pi (60 m) de chez moi. J’ai pu ainsi confirmer que la principale source de mes symptômes se situe chez ce voisin.

Armée de courage, je m’en vais lui proposer d’installer à mes frais un écran métallique de mon côté de l’embase de son compteur. Très irrité, il me dit qu’il y aura aussi un routeur Wi-Fi dans le garage pour pouvoir connecter son cell, qu’il brandit avec vigueur. « Man, des ondes y en a partout, jette ta machine pis change-toi les idées! » (Propos censurés…)

Me voilà avisée. Je savais que malgré les avantages de la maison, le Wi-Fi y fait son chemin quand même, l’application Wi-Fi d’un cellulaire l’évalue mieux que l’Acoustimeter. Et le corps mieux encore que les deux autres. Ce corps devenu si sensible faute de nid approprié.

5. Mur de moustiquaire contre les radiofréquences.

On se remet au boulot, vite avant que n’arrive le nouveau compteur. On monte un revêtement de moustiquaire sur le mur extérieur de la maison, à hauteur du rez-de-chaussée (photo 5). Il sera à la fois maintenu en place et mis à la terre par une tige de cuivre de 10 pi (3 m). L’étage, qui comporte une seule grande pièce de ce côté, sera blindé de l’intérieur.

Il vente fort, je suis en haut de l’escabeau, les bras en l’air à accrocher le grillage après le câble d’Internet, devant l’embase qui me nargue… Un ras-le-bol fait irruption, et je sais que je ne finirai pas cet article uniquement dans l’ultra-positivisme et la belle aventure d’une originale sculpture de tuyaux. C’est une énorme quantité de travail, je ne suis pas en forme, et cette constante bataille pour survivre m’arrache un cri du cœur : le sort fait aux hypersensibles au Québec est i-nac-cep-ta-ble. Bien sûr, le monde va de travers et tous doivent assumer une certaine charge, mais ne pas exister est un fardeau très particulier. Tel que mentionné au début du texte, la CDPDJ nous reconnaît, mais les principes d’accommodement sont souvent mal connus ou peu appliqués, résultant en une absence généralisée de soins et de services, à commencer par le logement.

Même si tous mes aménagements m’aident beaucoup, j’ai parfois l’impression d’essayer de colmater une forteresse trouée et assaillie de toutes parts. Ils m’ont sans doute gardée en vie depuis 3 décennies avec cette condition, mais ils n’ont pas complètement empêché celle-ci de se détériorer. Et ils m’ont coûté cher au fil des ans, en l’absence d’admission au Programme d’adaptation du domicile (PAD) de la Société d’habitation du Québec (SHQ) dont nous sommes exclus, mais qui est accessible aux hypersensibles ailleurs au Canada (PAREL de la Société canadienne d’hypothèques et de logement/SCHL, dont le PAD est une adaptation).

Formation continue et doctorat en gestion des courants d’air

Ce n’est pas fini ici. Au printemps, ce sera la mise en place du revêtement de bardeaux d’asphalte du toit du garage de mon propriétaire (le voisin a opté pour le métal, j’applaudis), toit qui se trouve juste à hauteur de mes fenêtres d’étage en raison des talus. L’odeur de goudron envahira l’air, surtout quand le soleil plombera sur le toit – j’en ai fait l’expérience dans le passé. Au lieu du propulseur actuel, il faudra utiliser le puissant moteur donné par M. Vanasse et tenter de créer une pression positive qui pourra bloquer l’entrée des polluants quand le vent n’est pas trop fort, mais nuira à la ventilation, aux nécessaires courants d’air.

Pour créer une pression positive, on bloque toutes les issues, sauf une fenêtre scellée au pourtour d’un ventilateur ou autre équipement par lequel on force l’entrée d’air extérieur dans le logement. L’air s’accumule et exerce une pression qui empêche l’entrée des contaminants extérieurs. Cette technique peut s’avérer très utile dans les multi-logements où circulent fumées, parfums et autres polluants, et où la lutte contre le vent est moins intensive que dans une maison unifamiliale avec tous ses murs exposés. L’air extérieur doit évidemment être d’une qualité acceptable. Cependant, cette approche ne permet pas à l’air de circuler aussi bien que dans une ventilation par entrée et sortie d’air sur des murs opposés; s’il y a des moisissures dans le logis, elle peut s’avérer contre-productive.

Mais en hiver, la ventilation par fenêtres étant restreinte de toute façon, je suis bien contente d’aller chercher l’air à l’autre bout du terrain la fin de semaine, quand les motoneiges passent en procession pour se rendre à la piste voisine, Quelle pestilence, ces moteurs à deux temps! Heureusement, j’ai l’immense privilège de n’être polluée que très rarement par des poêles à bois, je n’ai jamais habité de meilleur emplacement à cet égard. Rien de parfait donc, mais rien de totalement imparfait non plus. Des poêles à bois à proximité d’un logis sont un véritable calvaire en hiver, alors qu’on voudrait tant respirer l’odeur unique de cette saison et l’air pur exempt de moisissures.

L’hiver se poursuit et je réalise que, quand le système est arrêté, de l’air froid semble poussé vers l’intérieur via le tuyau. Me rendant à son extrémité extérieure en raquettes, je longe le long tuyau rendu invisible, enfoui sous la neige et je constate que même la cheminée est presque entièrement submergée par les fortes chutes de février. En repoussant un peu la neige sous la cheminée, je découvre un vaste trou d’air, où elle semble avoir fondu. Comment? L’air chaud sort de la maison et a fait fondre la neige, en même temps qu’entre de l’air froid par le même tuyau??

6. Jonction des tuyaux (extérieur/intérieur) et entrée par la fenêtre scellée.

J’appelle M. Ventilation-secours, Roger Demers. Et il a l’explication : le tuyau est une sorte d’autoroute à deux voies : l’air froid circule au bas, tandis que l’air chaud voyage en couche supérieure. L’air chaud s’expand et sort de la maison, l’air froid est attiré à l’intérieur pour le remplacer. Pas gagnant comme situation! Dans l’immédiat, quand la ventilation est arrêtée, je débranche les tuyaux à leur jonction près de l’entrée à l’extérieur, il suffit de glisser l’anneau de plastique (photo 6). Par une fin de semaine douce avec de nombreuses motoneiges, je rebranche et laisse fonctionner le système, et si je l’arrête, soit je débranche dehors, soit je bloque le tuyau avec un chiffon à l’intérieur.

Voilà où j’en suis avec cette expérience-là. À suivre…

Vous vous demandez peut-être si le mur blindé protège efficacement contre le Wi-Fi du garage voisin? Au vu des problèmes importants vécus dans le logement précédent dont le voisin (à 10 m) avait un routeur, je dirais que oui, mieux que j’aurais cru. Mais les conifères y sont pour beaucoup, sous leur forme de remèdes à zéro dépense…

Comme protection supplémentaire, un rideau de fin maillage de cuivre a été installé dans la fenêtre de cuisine. À mon tour de narguer le compteur en faisant la vaisselle…

Tout comme les technologies productrices de radiofréquences et aussi de hautes fréquences transitoires (HFT, fréquences parasites produites par les appareils numériques), l’électrosensibilité et ses manifestations sont des phénomènes complexes et en évolution; on ne peut rien tenir pour acquis. Il est parfois plus difficile qu’avec la chimicosensibilité de cerner exactement la ou les causes des malaises, les sources d’électropollution étant multiples et difficiles à mesurer avec précision. D’où l’urgente nécessité des projets domiciliaires adaptés, en zones protégées. 

Et la suite?

Après 15 ans d’errance d’un logis inadéquat à l’autre (je ne compte plus les déménagements), une lassitude, voire un refus s’installe face à la perspective d’engager une immense dépense d’énergie humaine et financière, seulement pour changer quatre trente sous pour une piastre encore une fois. Ou même une piastre pour un trente sous dans le cas des radiofréquences. Et quand arrivera la perte d’autonomie, où irai-je, où iront ceux et celles que les proches ne pourront prendre en charge?

En ces jours de discours sur le mourir dans la dignité, vivre dans la dignité est inaccessible à toute une frange de la population totalement ignorée. Ils et elles sont nombreux et nombreuses à mériter la médaille du courage et de l’endurance.

Lueur d’espoir : le retour à la terre

J’ai fait la connaissance d’un entrepreneur motivé qui œuvre à mettre sur pied une entreprise de fabrication et de construction d’immeubles en pisé de terre, le meilleur matériau de protection contre les micro-ondes. Le sort des électrosensibles l’intéresse beaucoup. On peut rêver… de maisons de terre et leurs serres attenantes, avec planchers de terre chauffés pour la mise à la terre du corps à l’année longue. Patience, de belles initiatives vont prendre naissance dans notre nouvelle conjoncture.

Les défis auxquels sont confrontés les hypersensibles ayant perdu leurs revenus sont expliqués dans le texte Enjeux matériels de l’hypersensibilité environnementale sur le site www.airetvie.org On y trouve une liste des besoins et équipements qui peut s’avérer utile dans vos démarches de demande d’aide. Le site compte aussi un menu sur les droits de la personne.

Je remercie mes commanditaires, MM. Vanasse, Sornin et Demers, les aidants bénévoles dans l’exécution des tâches du projet et les retouches photos, ainsi que deux généreuses personnes électrosensibles, moins réactives que moi aux équipements informatiques, qui ont tapé une grande partie de ce texte.

En ces temps difficiles, partage et solidarité sont nos meilleures protections.

Jacinthe Ouellet

info@airetvie.org

(819) 674 0576 (messages)

Santé Canada – formaldéhyde :

https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/substances-chimiques/autres-substances-chimiques-interets/formaldehyde.html

La maison (avec la fenêtre verticale) prise en sandwich entre les deux nouveaux garages problématiques.

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