Deux pédiatres expliquent l’impact de la pollution sur l’autisme et le cancer

Dre Martha Herbert, pédiatre neurologique et professeure de médecine à l’Université Harvard.

Selon la neuropédiatre Martha Herbert, qui enseigne à l’Université Harvard, l’autisme est une encéphalopathie dynamique qui varie selon les épreuves environnementales que subit le cerveau. Selon l’auteure d’un livre sur la gestion environnementale de l’autisme (The Autism Revolution – Whole Body Strategies for Making Life All it Can Be), les experts du domaine sont passés « de la conviction que l’autisme est principalement ou entièrement sculpté ou “câblé” in utero à l’idée selon laquelle l’autisme est GÉNÉRÉ de façon continue, de façon instantanée, par un cerveau vulnérable, physiologiquement handicapé, et que les champs électromagnétiques (CEM) peuvent être un défi ponctuel pour un cerveau déjà mis à l’épreuve.

En 2013, elle a cosigné avec Cindy Sage, dans la revue scientifique Pathophysiology, deux articles sur les liens entre l’autisme et les CEM, faisant suite à leur découverte de plus de 550 références sur le sujet, tel que rapporté dans le rapport BioInitiative 2012. Selon Dre Herbert, « les dommages métaboliques/moléculaires pouvant être causés par les CEM sont parallèles aux problèmes que nous constatons dans l’autisme :
• stress cellulaire;
• Réponses protéiques de stress (protéines de choc thermique);
• Dysfonctionnement des membranes et des canaux;
• Dysfonctionnement des canaux calciques;
• Les jonctions entre les cellules se séparent, provoquant des fuites au travers de barrières (comme la barrière hémato-encéphalique et la barrière hémo-intestinale);
• Des altérations / mutations génétiques peuvent être causées par les champs électromagnétiques.
La dégradation des systèmes fonctionnels cellulaires par les champs électromagnétiques est similaire à ce que nous voyons dans l’autisme :
• Dysfonctionnement mitochondrial;
• Régulation de la mélatonine;
dysfonctionnement;
• Fonction immunitaire perturbée;
• Dégradation et même mort des cellules cérébrales;
• Effets sur le métabolisme du glucose dans le cerveau. »

C’est ce qui expliquerait pourquoi le protocole de sevrage électromagnétique du Dr Toryl Jelter est si bénéfique chez les autistes, notamment.

Le pédiatre Ernesto Burgio, expert des origines épigénétiques ou environnementales du cancer.

L’épigénétique du cancer infantile

Propos qui vont dans le même sens que ce que le pédiatre italien Ernesto Burgio me partageait dans le cadre d’une entrevue vidéo réalisée en 2015 à Bruxelles, dans le cadre d’un colloque sur les hypersensibilités environnementales :

« Je suis un chercheur sur l’épigénétique du cancer à Bruxelles, à l’ECERI, acronyme signifiant European Cancer and Environmental Research Institute, avec Dr Dominique Belpomme.

L’épigénétique, c’est une nouvelle façon d’envisager l’ADN et le génome.

L’ADN c’est seulement une partie d’un système beaucoup plus complexe qui s’appelle génome / épigénome, c’est-à-dire un complexe moléculaire dont l’ADN n’est que le dictionnaire.

L’environnement qu’on a sous-évalué pendant des décennies, c’est toutes les informations chimiques, moléculaires, physiques arrivant de l’atmosphère et des chaînes alimentaires jusqu’à l’ADN, provocant ainsi des changements réactifs dans l’épigénome qui change continuellement dans la vie et surtout chez l’embryon et chez le fœtus. C’est peut-être la partie la plus importante de notre vie pour un début biologique puisque toutes nos cellules et nos tissus et nos organes sont en train de se programmer pour s’adapter aux informations arrivant au fœtus.

Alors, vous comprenez que si on donne au fœtus de bonnes informations, c’est-à-dire si la maman peut vraiment se nourrir d’une façon correcte, si elle ne reçoit pas de polluants, si elle ne reçoit pas une exposition continuelle à des champs électromagnétiques, le fœtus va se programmer d’une façon correcte pour toute sa vie. Tandis que, si le fœtus reçoit des informations dangereuses, par exemple les champs électromagnétiques ou des perturbateurs endocriniens pendant la première phase de la vie, le fœtal programming, la programmation du génome peut être faussée, peut être en danger.

Alors, de plus en plus, on pense que l’augmentation des maladies chroniques, par exemple l’obésité, le diabète de type 2 qui est devenue une maladie de jeunes adultes, alors qu’avant c’était une maladie de vieux, et puis l’autisme et des maladies comme l’Alzheimer, le cancer même et surtout toutes les allergies et la maladie cœliaque, sont peut-être en grande partie des maladies dues à une programmation perturbée au début de la vie.

C’est pour ça que maintenant, en étudiant l’épigénétique, on commence à comprendre que ça dépend de nous, c’est-à-dire que les maladies ne sont pas le fruit du hasard. Si les pédiatres, si les gynécologues, si tous les médecins et même les gens en général s’occupant de santé envisagent cette stratégie de prévention primaire et de réduction de l’exposition des mamans et des enfants et du fœtus, je crois qu’on pourra vraiment réduire ces maladies augmentant partout dans le monde.

Il y a des maladies qui, jusqu’à il y a quelques années étaient vraiment très rares. Par exemple, on a vu que le cancer, chez les enfants, est en train d’augmenter en Europe, à peu près de 1 à 2 % chaque année, surtout dans la première année (de vie). Ce qui nous a vraiment étonné, c’est que l’augmentation maximale n’est pas chez les adultes, chez les vieux, comme d’habitude on pensait, mais on commence à voir une augmentation réelle chez les petits enfants. Ce qui nous fait penser que c’est plutôt l’exposition maternelle et donc du fœtus à des perturbateurs qui peuvent être les champs électromagnétiques mais qui sont aussi, c’est sûr, les polluants pouvant donner des altérations épigénétiques et génétiques à ce point là.

On ne peut pas éviter l’exposition, mais l’exposition aux champs électromagnétiques est en train d’augmenter partout. L’exposition des petits enfants à la circulation automobile est en train d’augmenter partout et les chaînes alimentaires sont de plus en plus pleines de pesticides. Si on commence à comprendre que tout cela est dangereux, on peut commencer à le réduire. »

Cette entrevue vidéo, Épigénétique : pollution et cancer infantile, fait partie d’une série d’interviews réalisées dans le cadre du 5e Colloque de l’Appel de Paris disponibles sur notre chaîne Youtube.

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