Entrevue avec le pédiatre et chercheur italien Ernesto Burgio, de l’European Cancer and Environment Research Institute, sur les origines environnementales (épigénétiques) du cancer infantile, dont l’incidence augmente de 1 à 2 % à chaque année depuis plus de 30 ans.

Texte de son intervention :

« Ernesto Burgio [https://saluscienza.it/relatori/dott-ernesto-burgio], je suis un chercheur.

Je travaille aussi ici, à Bruxelles, à l’ECERI [www.eceri-institute.org], acronyme signifiant European Cancer and Environmental Research Institute avec Dominique Belpomme. Depuis quelques années, on travaille sur l’épigénétique du cancer. Mais, finalement, l’épigénétique c’est une nouvelle façon d’envisager l’ADN et le génome.

Oui, c’est ça, c’est-à-dire, on a compris que l’ADN c’est seulement une partie d’un système beaucoup plus complexe qui s’appelle génome / épigénome, c’est-à-dire un complexe moléculaire dont l’ADN n’est que le dictionnaire, c’est seulement une partie de tout ça.
Ce qui est vraiment très important à comprendre, c’est que l’environnement qu’on a sous-évalué pendant des décennies, c’est justement toutes les informations chimiques, moléculaires, physiques arrivant de l’atmosphère et des chaînes alimentaires jusqu’à l’ADN, jusqu’à l’épigénome provocant ainsi des changements réactifs dans les l’épigénome.

Donc, on a compris que le génome est quelque chose de très actif, qui change continuellement dans la vie et surtout on a compris que dans la première partie de notre vie, c’est-à-dire chez l’embryon et chez le fœtus, l’épigénome est très dynamique.

C’est un système changeant pour s’adapter aux informations arrivant au fœtus, par rapport à ce que la maman mange, boit et respire toute la journée.

Alors, ce qu’on a compris, c’est que justement ce qui se passe dans cette première phase de notre vie, dans la phase embryo-fœtale, dans l’ontogenèse,

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c’est peut-être la partie la plus importante de notre vie pour un début biologique puisque toutes nos cellules et nos tissus et nos organes sont en train de se programmer pour s’adapter aux informations arrivant au fœtus.

Alors, vous comprenez que si on donne au fœtus de bonnes informations, c’est-à-dire si la maman peut vraiment se nourrir d’une façon correcte, si elle ne reçoit pas de polluants, si elle ne reçoit pas une exposition continuelle à des champs électromagnétiques, le fœtus va se programmer d’une façon correcte pour toute sa vie.
Tandis que, si le fœtus reçoit des informations dangereuses, par exemple les champs électromagnétiques ou par exemple des polluants, par exemple des perturbateurs endocriniens pendant la première phase de la vie, le fœtal programming, c’est-à-dire justement la programmation du génome peut être faussée, peut être en danger.

Le fœtus peut se programmer d’une façon incorrecte.

Alors, de plus en plus, on pense que l’augmentation des maladies chroniques, par exemple l’obésité, le diabète de type 2 qui est devenue une maladie de jeunes adultes, alors qu’avant c’était une maladie de vieux.
Et puis, par exemple, l’autisme et des maladies comme l’Alzheimer, le cancer même et surtout toutes les maladies qui sont les allergies et la maladie cœliaque sont peut-être en grande partie des maladies dues à une programmation faussée ou de toute façon perturbée au début de la vie.

C’est pour ça que maintenant, en étudiant l’épigénétique, on commence à comprendre que ça dépend de nous. C’est-à-dire que les maladies ne sont pas le fruit du hasard.

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Mais ce sont justement des réponses à des informations qui sont incorrectes. Donc, à ce point là, si on travaille beaucoup sur la prévention primaire, si on commence à penser que les premiers jours de notre vie sont les plus importants pour tout notre destin biologique, si on commence à faire vraiment de telle façon que le fœtus est préservé et la maman est moins exposée à des tas de polluants et de champs électromagnétiques, on pourra peut-être, on espère beaucoup, si les pédiatres, si les gynécologues, si tous les médecins et même les gens en général s’occupant de santé envisagent cette stratégie de prévention primaire et de réduction de l’exposition des mamans et des enfants et du fœtus, je crois qu’on pourra vraiment réduire ces maladies augmentant partout dans le monde.

Oui, ce qui est en train de se passer, en plus, c’est qu’il y a des maladies qui, jusqu’à il y a quelques années étaient vraiment très rares. Par exemple, on a vu que le cancer, chez les enfants, est en train d’augmenter en Europe, à peu près de 1 à 2 % chaque année, surtout dans la première année.
C’est-à-dire, ce qui nous a vraiment étonné, c’est que l’augmentation maximale n’est pas chez les adultes, chez les vieux, comme d’habitude on pensait, pas seulement chez les vieux, mais on commence à voir une augmentation réelle chez les petits enfants dans la première année surtout. Ce qui nous fait penser que c’est plutôt l’exposition maternelle et donc du fœtus à des perturbateurs qui peuvent être les champs électromagnétiques mais qui sont aussi, c’est sûr, les polluants pouvant donner des altérations épigénétiques et génétiques à ce point là.

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Hé oui, mais pas seulement au travail puisque nous avons sous-évalué le fait que, quand on sort dans la rue, on a respiré pendant des millions d’années en étant des primates, on a toujours respiré de l’oxygène, de l’azote et des molécules qui étaient naturelles tandis que maintenant dès qu’on sort dans la rue, on respire du benzène, on respire des particules, on respire de métaux lourds et tout ça passe chez le fœtus et ça le dérange d’une façon très profonde, c’est-à-dire que justement l’ADN, en train de se programmer, disons, le software de l’ADN, qui est l’épigénome, est dérangé dans sa programmation par rapport à tous ces métaux lourds et toutes ces molécules dangereuses qui sont dans l’air.

Non, non. Moi, je pense qu’il suffirait de réduire l’exposition. On ne peut pas éviter l’exposition, mais l’exposition aux champs électromagnétiques est en train d’augmenter partout. L’exposition des petits enfants à la circulation automobile est en train d’augmenter partout et les chaînes alimentaires sont de plus en plus pleines de pesticides. Si on commence à comprendre que tout cela est dangereux, on peut commencer à le réduire. On ne peut pas, disons, se défendre en revenant des siècles en arrière, ça c’est impossible. Mais, de toute façon, je crois que si on commence à réduire l’exposition maternelle surtout, puisqu’on connaît cette fenêtre d’exposition bien précise, c’est-à-dire que pour toi ou pour moi, être exposé c’est un petit danger mais pour un petit enfant, surtout pour le fœtus, c’est un danger majeur.
Donc, c’est là qu’il faut commencer. »

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