Écoconstruction : les leçons d’un pionnier (réservé)

Benoit Lavigueur, écoconstructeur émérite, dirige la firme Belvedair.

Benoit Lavigueur, écoconstructeur émérite, dirige la firme Belvedair.

Avec une centaine de maisons basses consommation à leur actif, l’écoconstructeur Benoit Lavigueur et son entreprise Belvedair ont su tirer plusieurs leçons précieuses de leurs chantiers.

La principale : « Je dis aux gens de ne pas reproduire la moitié des choses que j’ai faites en 2008, dans ma propre maison de Sainte-Martine que nous faisons visiter à des centaines de personnes! », confie-t-il.

Voici ces leçons en vrac.

• « Toujours installer du triple vitrage, car c’est, après l’étanchéité, l’élément qui affecte le plus les pertes de chaleur d’un mur. »

• Éviter les dalles radiantes hydroniques dans une maison hyper performante : « Comme il n’y a presque pas de pertes de chaleur, ça ne vaut pas la peine de payer 8 000 $ pour un système trop lent à réagir qui ne marche presque jamais. Les dalles apparentes, je ne suis pas convaincu de leur utilité. C’est frais au toucher, mais je ne les ai jamais assez chauffées pour ressentir la chaleur. Même avec une sonde de température au plancher, c’est trop variable selon l’ensoleillement ou l’ouverture des portes et fenêtres. Quand il y a du soleil, il y a risque de surchauffe, car il faut que la dalle se refroidisse assez pour que le système de chauffage s’arrête. Et les planchers radiants hydroniques, c’est la seule cause des appels de service de mes clients. Ils m’appellent pour deux choses : soit pour m’inviter à souper ou pour se plaindre du plancher radiant, comme d’une pompe qui a rendu l’âme! Une pompe, tôt ou tard, ça lâche. C’est comme une auto, on ne peut pas le prévoir, ça peut arriver dans cinq ans ou dans vingt ans. »

• « C’est la même chose pour les récupérateurs d’eau de pluie et les systèmes solaires thermiques ou photovoltaïques (PV). Il s’agit de mécanique ou d’électronique : plus t’en as dans un bâtiment, plus ça demande de l’entretien. Mon chauffe-eau solaire m’a coûté plus de 1 000 $ en réparations depuis quatre ans. Jamais un client ne m’a rappelé pour un problème d’isolation ou d’étanchéité. » Pourtant, RNCan calcule qu’un kilowatt de PV produit des kWh à meilleur coût qu’en économisant l’isolation des murs  au-delà de R-39. « Le problème avec le PV, répond Benoit Lavigueur, se trouve dans le fait que même si le prix des panneaux diminue, celui de la quincaillerie, des batteries, de l’onduleur, de la main d’œuvre pour l’installer et l’entretenir ne diminue pas. Mais il est vrai qu’il ne vaut pas la peine de mettre plus de R-39 dans les murs. »

• « Sortir le chauffage au bois des maisons hyper performantes. Les plus petits appareils produisent trois fois trop d’énergie pour les besoins de chauffage de la maison. Les gens se montrent toujours déçus de cette réponse; nous aimons tant le chauffage au bois au Québec. La cheminée crée un pont thermique assez impressionnant et diminue l’étanchéité, ce qui occasionne des frais de chauffage supplémentaires. De plus, avoir un foyer dans une maison augmente les primes d’assurance de 80 $ par année. »

La toilette Proficiency offre l'un des meilleurs rapport qualité/prix sur le marché.

La toilette Proficiency offre l’un des meilleurs rapport qualité/prix sur le marché.

• « J’ai aussi enlevé ma toilette à compost. La moitié des gens les aiment et la moitié demandent pourquoi on devrait payer 2 000 $ de plus. Aujourd’hui, je préfère installer une toilette Proficiency qui ne consomme que trois litres d’eau par chasse, et que tout le monde adore. Pour économiser l’eau, j’ai acheté au prix de 70 euros [environ 100 $ CAN] un compteur électronique français, Amphiro A1, qui s’installe sur la pomme de douche. Il s’actionne par une microturbine hydroélectrique et nous dit combien d’eau et d’énergie on consomme. Le plus drôle, c’est que la moitié des gens le veulent et la moitié disent qu’ils ne veulent pas se sentir coupables, car le compteur affiche une image d’un ours polaire sur une banquise : si on consomme trop, la banquise fond et il tombe dans l’eau! Heureusement, je ne me suis jamais rendu là. Moi et ma blonde sommes déjà assez économes en eau, mais grâce à ce compteur, on a réussi à réduire davantage notre consommation. »

• Bâtir à l’épreuve des idiots. « Comme je n’ai pas d’emprise sur les personnes que mes sous-traitants engagent, je préfère réaliser une enveloppe à l’épreuve des erreurs. Pour le projet Missisquoi, nous avons utilisé comme pare-vapeur un panneau d’isocyanurate aluminisé ou un contreplaqué scellé au ruban, comme c’est la norme en Europe, et un pare-air extérieur avec une membrane Tyvek insérée entre deux panneaux de fibre de bois Sonoclimat ECO4. »

• Réduire les champs électromagnétiques. En bon parent et éducateur, Benoit Lavigueur a tranché : il déconseille le sans-fil, et sinon, recommande des routeurs Wi-Fi dotés d’un interrupteur. « Pour éviter que mes clients ne deviennent électrosensibles, j’applique toutes les règles de base pour réduire l’électrosmog. Je fais toujours poser des connexions internet filées avec du câble éthernet RJ45. Que le client le veuille ou non, je lui dis que je vais en mettre quand même. C’est la meilleure façon d’éduquer les gens! Nous offrons également le blindage des têtes de lit avec des moustiquaires métalliques. »

Vous aimeriez aussi
Un nouveau paradigme dans la science des champs électromagnétiques
La passion de Nicolas
Le pionnier du bois brûlé écolo Yakisugi
Première nord-américaine : enfin des nattes de chanvre québécois

Laisser un commentaire