Dalles en terre battue : la méthode Eco-Sense

Dalles en terre battue : la méthode Eco-Sense

 

 La construction d’un plancher en terre est un processus très créatif et les méthodes et matériaux sont plutôt variés. L’ingrédient primordial est le plaisir que vous y prendrez. Si vous essayez de réussir absolument une couleur ou une texture en particulier, vous serez déçu. Alors laissez-vous un peu aller, expérimentez et soyez créatif. Il n’y a pas d’erreur dans le domaine, seulement un apprentissage. Le temps de séchage, d’au moins 1 à 2 mois, dépendra de plusieurs de facteurs dont température, épaisseur, ventilation et humidité.

Voici des recette qui complètent le dossier paru dans notre numéro d’automne 2011.

Les matériaux

• Argile : n’importe quelle terre glaise locale ou de l’argile à poterie ou kaolin, idéale pour la couche de finition parce qu’elle est non gonflante et rétrécit donc moins en séchant. Silicate d’alumine pur, le kaolin fissure très peu mais est plus facilement lessivé par la pluie. Il se vend à la poche chez certains fournisseurs de poterie tel, à Laval. Ces magasins ont aussi parfois des blocs d’argile durcie à donner. Il suffit de les réhydrater. L’illite est une autre forme d’argile qui gonfle peu et colle bien.

• Sable : grossier pour les couches de base et de plus en plus fins à mesure qu’on approche de la couche de finition. Vous pouvez tamiser votre propre sable trouvé près de chez vous ou en acheter chez un paysager.

• Fibres : réduisent le craquèlement, ajoutent texture, force et beauté. Pour les couches de base, plus épaisses, de la paille mélangée au motoculteur pour les grandes quantités. Les petites quantités sont mélangées dans une chaudière, au malaxeur à tige (drill mixer) et additionnées de paille coupée.

Pour les couches de finition, un fumier de cheval dûment tamisé et aéré ou de la paille coupée et tamisée.

• Carbonate de calcium (craie) : fine poudre de marbre blanc. Peu onéreuse et vendue en quincaillerie. Manufacturé par Imasco Minerals. Facilite l’application de la couche de finition, et donne un fini plus lisse. Non essentiel.

• Huile de lin bouillie : pour la couche de finition. Vendue notamment chez Artdec et chez Lee Valley.

• Solvant de terpène naturel d’extrait d’orange : sert à diluer l’huile de lin et l’aide à pénétrer d’avantage. Tout comme pour l’huile de lin, il faut bien ventiler en l’utilisant car tout solvant peut être allergène et incommodera particulièrement les hypersensibles, dont les asthmatiques. Vendu chez Eco-House qui fabrique aussi un solvant hypoallergénique.

• Huile de cire dure : Fini écologique disponible notamment chez Hardwax Oil, Naturhaus et  et Osmo. « Ça augmente vraiment la durabilité, dit la Britannico-Colombienne Anne Baird, consultante en construction écologique. J’aime le produit Osmo. Nos planchers résistent à notre gros chien et aux milliers de personnes qui ont visité notre maison. Pour notre part, habituellement nous enlevons nos souliers. »

• Cire d’abeille : peut être mélangée dans diverses proportions à l’huile de lin et au solvant. Peu chère, mais peu expérimentée : selon les quantités utilisées, elle peut rester collante ou disparaître vite. Vendue notamment chez Livos et Distribution L’abeille.

• Pigments : oxydes de fer et autres pigments vendus chez divers détaillants tels Les décorateurs de Montréal et Kama Pigments et les fournisseurs de poterie.

• Colle à bois blanche : colle d’ébéniste utilisée pour certains mélanges ou faire adhérer une couche à la suivante.

Les outils

• Les mains

• Truelles de plâtrier (japonaise de grand format) et autres spatules.

• Couvercles de yogourt avec les bords coupés (servent de disques à polir).

• Papier sablé sec-mouillé très fin (# 400).

• Malaxeur à tige (drill mixer). Deux types: genre mixette pour briser les mottes et à pales pour mélanger la couche de finition.

• Chaudières de 5 gallons.

• Gros demi-barils pour l’argile.

• Pelles et épuisettes.

• Tamis ou grillage pour tamiser, ¼ po et moins.

• Brosse à peinture pour la barbotine et l’huile de lin.

• Petit rouleau pour l’huile de cire dure

• Motoculteur et pieds.

La technique de construction

Elle est assez simple. Le faux-plancher ou plancher brut est composé de cob, un mélange qui s’exécute soit aux pieds soit au motoculteur. Voici la recette : 30 % d’argile, 70 % de sable (avec ou sans roches, enlever les trop grosses à la main) et un peu de paille (pas du foin!).

Il est normal que le sous-plancher fissurera en séchant. Il doit être assez grossier. Égalisez à peu près. Certains préfèrent l’esthétique d’un fini en vagues. « C’est agréable sous les pieds et il y en a de toutes façons », dit l’autoconstructrice Hélène Dubé.

La couche de finition peut être faite de toutes sortes de mélanges. Très fine, elle a de 1/8 po à 3/8 po d’épaisseur. Voici la recette de base du fournisseur de finis écologiques Eco-Sense, du Nouveau-Brunswick :

• 15 tasses de kaolin. Si vous utilisez de l’argile ordinaire, assurez-vous de l’étendre sur une couche très dure et fine.

• 2 cuillères à thé d’huile de lin (optionnel).

• 2 tasses de carbonate de calcium (rendra le plancher plus dur mais poreux).

• 3 pelletées de sable fin.

• 8 tasses de fumier de cheval, sec (ou frais) et léger. Il est très important d’en briser les fibres : les grumeaux de fumier ne sont pas les bienvenus dans une couche de finition.

Mélangez et ajustez cette couche de finition sable/argile/eau : si le mélange est trop mouillé, ajoutez un peu de fumier.

Le mélange devrait être épais, quasiment trop pour être brassé. Il vous faudra un peu de temps avant d’atteindre la bonne consistance. Les matériaux ne sont pas uniformes et les résultats ne sont donc jamais les mêmes. Il vaut mieux faire plusieurs chaudières à la fois.

N’oubliez pas que ce produit, bien que non-toxique, est naturel et organique : la vie (bactéries, moisissures) y est possible tant qu’il est mouillé. Il faut donc l’utiliser dans les deux jours ou le conserver au frais. Si vous l’utilisez plus tard, mélangez à nouveau parce que l’argile se dépose au fond. De même, si vous utilisez du fumier et le laissez tremper quelques jours, les tannins (pigments) se sépareront du fumier… Mélangez bien et admirez les diverses couleurs de votre plancher.

Variantes

• Utiliser du sable blanc tamisé pour obtenir une couche encore plus fine. Notez que l’huile de lin foncera toujours le plancher comme si le plancher était mouillé.

• Utiliser du kaolin de couleur.

• Utiliser plus de fumier pour obtenir une texture semblable à du liège.

• Utiliser de la paille coupée pour des reflets dorés.

Trucs

• Ajouter 1/8 tasse de javellisant par chaudière aide à conserver le mélange frais jusqu’à 5 jours.

• Tous les mélanges doivent être identiques, sinon le plancher aura un aspect différent chaque fois.

• Ajouter plus de fibres aide à éliminer les fissurations.

• Plus la couche de finition est mince, moins il y aura de fissures.

• Appliquer la dernière couche d’un seul coup. Faire le mélange la nuit précédent l’application.

• Toujours appliquer une couche de barbotine (terre liquide complètement dispersée dans l’eau) sur le sous-plancher afin que la couche de finition adhère bien.

En séchant, la couche de finition passera par une phase à l’aspect de cuir : il peut s’agir de minutes ou d’heures selon l’humidité et donc le temps de séchage. C’est le temps d’utiliser la truelle métallique pour faire disparaître toutes les marques et lisser le tout. Problème : vous ne pouvez pas encore marcher sur le plancher! Si vous manquez cette opportunité parce qu’il est trop grand et inaccessible, il y a un plan B : vous devrez humidifier le plancher le lendemain à l’aide d’une éponge humide afin de le lisser en marchant dessus.

Finition du plancher

Le plancher doit être propre, sans cheveux ni aucune parcelle de quoi que ce soit. L’idée est de faire en sorte que l’huile de finition pénètre le plus profondément possible. L’huile de lin s’oxyde, ce qui signifie qu’elle réagit à l’air et durcit en un fini solide.

Il faut idéalement en appliquer trois à huit couches. La diluer avec un solvant (tel celui d’Eco-House à base d’agrumes) aide à sa pénétration. Un plancher chauffé absorbe l’huile rapidement et quelques couches peuvent être appliquées en un seul jour. Utiliser une brosse de peintre épaisse. Il vaut mieux l’appliquer sur un plancher chaud. Assurez-vous que la pièce soit bien ventilée et portez un masque si nécessaire. Plus votre plancher comportera de fibres, plus il absorbera d’huile.

Au moins les deux premières couches doivent être d’huile de lin pure. Plus le plancher est chaud, moins de solvant sera nécessaire. Si des flaques se forment, épongez-les avec un chiffon. Ne laissez pas vos chiffons à l’intérieur. L’autocombustion spontanée est un des dangers de l’huile de lin.

Quand le plancher n’accepte plus d’huile, vous pouvez le cirer. Appliquez l’huile de cire dure au rouleau.

Source : Earthen floors and counters – Workshop notes, Anne et Gord Baird.

Et chez les Es-Cargo?

Hélène Dubé et Alain Neveu vivent sur un plancher de terre depuis l’automne 2007. Ils ont débuté par la couche de drainage de 10 cm de gravier, suivi d’une membrane contre le radon et l’humidité.

Le 23 juillet 2011, ils étaient fins prêts pour faire une première couche de cob d’environ 7 cm. Quelques jours plus tard, ils ont bien rigolé lorsque quelques brins d’herbe se sont mis à pousser à cause des grains de blé qui restaient dans la paille du mélange. Début septembre, lorsque ce fut bien sec, ils y allèrent d’une deuxième couche de cob de 3-4 cm.

Un mois plus tard c’était au tour de la couche de finition, qui a été faite en 2 couches superposées simultanément : 1.5 cm de mortier naturel (argile et sable tamisé, sans fibres) et 0.5 cm de mortier teinté à l’oxyde de fer. Il faut plus de pigment pour teinter dans la masse, mais ça évite que la couche grise apparaisse à l’usure aux endroits plus passants. Avant de huiler, ils ont vaporisé d’autres pigments de couleurs pour ajouter des marbrures au fini.

En novembre, une première couche d’huile de lin bouillie achetée en quincaillerie a causé des maux de tête et crises d’asthme dont ils vont se souvenir longtemps. Hélène nous explique ainsi : « L’huile de lin bouillie ne l’est pas du tout, pour simplifier, ils font semblant en y ajoutant un tas de produits toxiques. Il faut absolument se procurer des huiles fabriquées de façon artisanale, même si elles sont 10 fois plus chères. » Quatre couches supplémentaires d’huile de finition pour plancher de bois ont imperméabiliser et protéger le tout.

À noter:

  1. Pour augmenter la masse thermique de la maison, nous n’avons pas isolé sous la dalle. Ça donne un plancher trop froid pour marcher pieds nus en hiver, mais la sensation est plus chaude que sur le plancher de béton à la même température.
  2. Nous n’avions pas encore terminé les murs, ce qui a passablement sali le plancher, mais nous avons lavé et refait une couche d’huile.
  3. Nous avons aussi dû réparer des trous causés par des accidents : entre autre un speaker qui a été échappé! Ça paraît un peu, mais ça ajoute du cachet.
  4. Ça a craqué un peu, surtout qu’on n’a pas réussi à faire la dernière couche en une journée, mais ça ne nous dérange pas.
  5. Nous avons fait des tests de mélange et de couleurs pour trouver les pourcentages d’argile, de sable et de pigment pour la couche finale.
  6. C’est un plancher somme toute fragile, un peu comme un plancher de pin, comparé à un en chêne : il faut être délicat avec les chaises et ne pas porter de talons hauts.

Sites d’Hélène et Alain : es-cargo.qc.caterrabatir.ca

L’usage de la terre crue en dalle offre de multiples avantages. D’un bel aspect rustique,elle régule très bien l’humidité et est assez dense pour apporter une bonne inertie à la maison. Son bilan carbone est excellent puisqu’il s’agit d’un matériau local, n’ayant pas besoin d’être cuit et totalement recyclable. Voici un article paru dans le magazine français La Maison écologique qui complète le grand dossier de notre numéro d’automne 2011. >> Découvrez l’article au complet en cliquant sur l’icône PDF ci-dessous

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