Changer d’air et contrôler l’humidité (réservé)

Changer d’air et contrôler l’humidité (réservé)

 
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© Lifebreath

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Comment assurer une bonne qualité d’air à l’année tout en optimisant l’humidité relative?

En collaboration avec André Fauteux

Aujourd’hui, nos maisons sont tellement étanches qu’elles ne respirent plus naturellement assez pour maintenir une qualité d’air acceptable. En réduisant l’infiltration et les fuites d’air, l’étanchéité économise l’énergie, accroit le confort et réduit les risques de condensation et donc de moisissures dans l’enveloppe du bâtiment. Le prix à payer, c’est qu’il faut mettre la maison sur respirateur artificiel : l’échangeur d’air. Celui-ci assure un minimum de salubrité et déshumidifie en hiver parce qu’il remplace l’air vicié et humide par de l’air extérieur, plus sain et généralement plus sec en hiver. Pour réduire les coûts de chauffage de cet air froid, les échangeurs d’air modernes sont devenus des ventilateurs récupérateurs de chaleur (VRC). Certaines personnes disent que les ventilateurs récupérateur d’énergie (VRE), qui récupèrent à la fois la chaleur et l’humidité, seraient une meilleure solution. Qu’en disent les entrepreneurs et comment choisir un appareil?

VRC ou VRE?

Cette question préoccupe de plus en plus de consommateurs et de spécialistes. Les opinions divergent, car il y a plusieurs façons de gérer l’humidité.

D’abord un rappel : qu’il soit VRC ou VRE, et même s’il est muni de filtres pour empêcher l’entrée de poussières grossières, la fonction de l’échangeur d’air n’est pas d’épurer l’air des particules fines qui sont les plus nocives. « Pour filtrer les petites particules de pollution, ça prend des filtres hyper efficaces qu’on ne trouve pas dans les échangeurs d’air. La capacité des ventilateurs n’est pas assez puissante pour offrir ce niveau de filtration », prévient Jimmy Roy, directeur général d’Enviro Confort. Il est toujours possible cependant de greffer un épurateur d’air central (par exemple de type HEPA pour High Efficiency Particulate Arrestor) au VRC ou de placer un modèle portable, par exemple, dans la chambre d’une personne asthmatique.

Au Québec, 90 % des échangeurs d’air vendus sont des VRC, affirme Claude Gauthier, directeur des ventes chez Thermo-Stat. À moins de vouloir fermer les fenêtres pour filtrer le pollen avec un épurateur central, la plupart des spécialistes recommandent d’éteindre le VRC durant la saison chaude. « En été, on ne se sert pas d’échangeurs d’air, ils sont conçus pour l’hiver », affirme Steven Bourbonnière, estimateur et gérant de projet chez Climatisation BS. « La raison pour ne pas faire fonctionner un VRC en été est de ne pas accroitre le niveau d’humidité à l’intérieur en puisant dans l’humidité abondante à l’extérieur sous notre climat », explique André Dupuis, ancien rédacteur en chef du magazine Inter-mécanique du bâtiment (IMB) publié par la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec  (CMMTQ). « Si la maison est climatisée et qu’un VRC fait entrer de l’air chaud et humide, le climatiseur va devoir contrer le VRC », explique Claude Gauthier. Si la maison n’est pas climatisée, on ouvre les fenêtres au besoin, reprend Steven Bourbonnière.

Si on veut échanger l’air sans ouvrir les fenêtres, le VRE devient la solution pour empêcher l’humidité d’entrer dans la maison. En effet, en plus de récupérer la chaleur, sa fonction est justement de récupérer une partie de l’humidité dans l’air pour la renvoyer d’où elle vient. D’ailleurs, « 10 % des gens achètent un VRE parce qu’ils veulent déshumidifier sans climatiser », selon Claude Gauthier. Inversement, en hiver le VRE permet de garder l’humidité dans la maison, ce qui fait dire à Alexandre Hébert, gérant de projet chez Miville, « qu’au Québec, on ne devrait installer que des VRE. En hiver, les gens qui ont un VRC ajoutent souvent un humidificateur. Ils achètent donc un ventilateur qui consomme du courant et qui envoie l’humidité dehors et ils repayent pour une bouilloire pour remplacer l’humidité qu’ils ont jetée dehors ! », déplore M. Hébert.

Bref, même s’il coute plus cher à l’achat qu’un VRC, le VRE permet de contrôler l’humidité tout en échangeant l’air, évitant ainsi d’avoir des systèmes qui se combattent. En été, par temps chaud et humide, le VRE remplira la fonction pour laquelle il a été conçu : récupérer l’humidité de l’air qui entre et la renvoyer dehors avec l’air sortant.

Mais il y a un hic, souligne Martin Holladay, éditeur du site Web américain Green Building Advisor. En été, un déshumidificateur retire plus d’humidité qu’un VRE, et en hiver, si votre air est trop sec (en bas de 30 % d’humidité relative), c’est qu’il y a trop de fuites et d’infiltration d’air et qu’il vaut mieux étanchéifier davantage la maison. Selon ce journaliste, en climat froid, le VRE est seulement préférable à un VRC dans les maisons spacieuses dont l’air est sec parce qu’on y génère peu d’humidité par rapport au grand volume d’air.

OMH Rimouski

© Office municipal d’habitation de Rimouski

Pourquoi parle-t-on d’humidité relative (HR)? La CMMTQ explique : « L’HR est un pourcentage qui indique la quantité de vapeur d’eau qui se trouve dans l’air relativement à la quantité maximale d’eau que l’air ambiant, à cette température, peut contenir. Ainsi, lorsque l’air à une température donnée contient toute la vapeur d’eau qu’il lui est possible de contenir, il a une HR de 100 %. Si le taux d’humidité dépasse 100 %, la vapeur d’eau commence à se condenser. Si l’air ne contient que la moitié de l’humidité qu’il peut contenir à une température donnée, alors l’HR est de 50 %. Étant donné que l’air chaud peut contenir davantage de vapeur d’eau que l’air froid, l’HR d’une ambiance variera au gré des changements de température même si la teneur réelle en vapeur d’eau dans l’air ambiant demeure constante. Par exemple, si l’air ambiant se refroidit, l’HR grimpe. » À l’opposé, en hiver, un pied cube d’air avec sa vapeur d’eau qui entre dans la maison va se dilater en se réchauffant. Ces gouttelettes d’eau vont donc être réparties dans un plus grand volume, ce qui revient à dire que l’air sera plus sec; l’humidité relative aura diminué.

Et l’hiver

Pour éviter que l’humidité relative chute sous 30 % en hiver, les experts en science du bâtiment recommandent plutôt de colmater les fuites et les infiltrations d’air, d’utiliser le mode recirculation du VRC par grands froids et d’échanger l’air pendant 20 minutes par heure en temps normal.

Claude Gauthier rappelle le bon usage de la ventilation en hiver. « Un échangeur d’air doit marcher entre +5 °C et –18 °C, recommande-t-il. En hiver, s’il fait –20 °C, même si le système récupère la chaleur, l’air entre dans la maison à 5 °C degrés. Il faut chauffer cet air, ça augmente la facture de chauffage. » Par grands froids, certaines personnes éteignent leur VRC ou le mettent en mode recirculation pour éviter que l’air ne devienne trop sec. En général, à moins d’être nombreux dans une petite maison et de générer beaucoup d’humidité et de polluants, réduire l’échange d’air au plus fort de l’hiver ne devrait pas compromettre la qualité de l’air intérieur outre mesure. Raison : l’étanchéité des maisons n’est jamais parfaite et ne stoppe pas la totalité des infiltrations et des exfiltrations d’air. Surtout, l’échange d’air naturel est amplifié par grands froids, car la grande différence de température entre l’intérieur et l’extérieur — souvent de 40 degrés C ou davantage — se traduit par une plus grande différence de pression qui favorise les déplacements d’air. Et en général, un échange d’air ponctuel suffit pour assainir l’air intérieur. « Je fais démarrer mon VRC dès que je n’ouvre plus les fenêtres régulièrement, probablement fin septembre, jusqu’à la fin du printemps. D’autre part, je n’ai pas à me soucier de la température en hiver, puisqu’il n’assèche pas trop la maison en fonctionnant 20 minutes par heure », relate André Dupuis.

Pour résumer, dans le quatrième article de son excellente série sur la ventilation résidentielle publiée par IMB en 2013, l’expert en bâtiment Mario Canuel conseillait ceci aux entrepreneurs concernant l’usage du VRC :

«  • Prendre connaissance du manuel de l’utilisateur de l’appareil et, au besoin, demander des explications et des conseils à l’entrepreneur et au fabricant ;
• Éduquer tous les occupants sur les divers modes de fonctionnement de l’appareil ;
• Adapter régulièrement le mode de fonctionnement de l’appareil aux activités, habitudes et horaires des occupants et procéder aux réglages selon les recommandations suivantes :
• En été, mise à l’arrêt de l’appareil lorsqu’on utilise les fenêtres;
• En automne et au printemps, fonctionnement en mode continu ou par intermittence en échange avec l’extérieur et en basse vitesse ;
• En hiver, fonctionnement en mode intermittent en échange avec l’extérieur en basse vitesse et fonctionnement ponctuel en mode recirculation ou arrêt du système par temps très froid et lorsque l’air ambiant est trop sec ;
• En tout temps, fonctionnement ponctuel en échange avec l’extérieur en haute vitesse pour évacuer les contaminants, les vapeurs de cuisson, les odeurs de nettoyage et de bricolage et pour évacuer les excès d’humidité des bains et douches (seulement lorsque l’humidité de l’air ambiant n’est pas trop basse). Mise à l’arrêt du système lorsque la maison est inoccupée. »

Aluminium ou plastique?

205 MAX OPEN Copie

© Lifebreath

Le cœur d’un VRC, c’est le noyau, constitué de plaques d’aluminium ou de polypropylène en forme de cube. C’est là que se produit le transfert de chaleur entre l’air entrant et sortant. Lorsque l’air vicié chaud traverse le noyau, sa chaleur est transférée aux plaques qui la restituent à l’air froid qui traverse ces dernières dans l’autre sens (mais les deux flux ne se touchent et ne se contaminent pas). « L’aluminium transfère mieux la chaleur que le plastique », estime Steven Bourbonnière. « Un noyau de récupération en aluminium est théoriquement plus efficace, mais s’il est plus petit, l’efficacité sera la même », rétorque Jimmy Roy. Cependant, « les noyaux en aluminium sont plus ajourés et plus faciles à nettoyer que les noyaux en plastique. On ne peut pas passer une brosse, on peut juste les faire tremper dans l’eau », argumente encore Steven Bourbonnière. Quoi qu’il en soit, les échangeurs les plus efficaces récupèrent jusqu’à 91 % de la chaleur. Voir la liste complète des modèles offerts et leurs performances (à -20 °C) sur le site du Home Ventilating Institute. Incluant les VRE, on compte une cinquantaine de produits Venmar qui sont au-dessus de 65 %, une quarantaine de vänEE jusqu’à 84 %, près de 90 Lifebreath jusqu’à 82 % et les 18 modèles Zehnder oscillent entre 69 et 91 %!

vänEE ou Aldes ou …?

Outre pour l’efficacité de la récupération de chaleur, l’important sera de choisir l’appareil qui réponde le mieux aux besoins de l’habitation, déterminés selon le nombre de pièces et d’occupants. Il faudra ensuite s’assurer d’équilibrer les entrées et sorties d’air. Et d’installer l’appareil selon les règles de l’art. « On veut entrer autant d’air qu’on en sort pour ne pas mettre la maison en pression positive ou négative », explique Steven Bourbonnière. Les débits doivent donc être équilibrés sans dépasser un écart de 10 %, par exemple de pressurisation pour éviter de créer une dépressurisation qui aspirerait la fumée d’un foyer ouvert.

Chaque marque décline une gamme d’appareils qui génèrent un débit d’air variable pour répondre à la diversité des habitations. Alexandre Hébert juge que la gamme vänEE offre un bon rapport qualité/prix pour les VRE. Climatisation BS vend essentiellement des appareils Lifebreath et vänEE. « Pour la certification Novoclimat, je travaille avec vänEE, les chiffres pour le balancement sont plus précis », ajoute Steven Bourbonnière. « Nous, on a choisi Aldes pour le rapport qualité/prix et la qualité de l’isolation et des moteurs. Ce qui brise, c’est toujours les moteurs », observe Jimmy Roy. Et les VenMar? Ce sont les mêmes appareils que les vänEE mais vendus dans le circuit de la grande distribution. « Il n’y a pas vraiment de différence, ils ont les mêmes numéros de pièces, remarque Claude Gauthier. Sauf que les Venmar, c’est généralement le public qui les installe. » Somme toute, la différence n’est pas autant dans la machine que dans les conseils offerts par le fabricant et le savoir-faire de l’installateur.

 

Pour en savoir davantage

Ventilateurs récupérateurs de chaleur (Ressources naturelles Canada)

Le ventilateur récupérateur de chaleur (SCHL)

Ventilation résidentielle (Partie 1 de 4), Les erreurs les plus fréquentes en conformité et qualité des installations, magazine IMB, février 2013.

Ventilation résidentielle (Partie 2 de 4), Les erreurs relatives à la conception et au choix des composantes des systèmes, magazine IMB, mars 2013.

Ventilation résidentielle (Partie 3 de 4), Les erreurs relatives à la mise en place des systèmes de ventilation, magazine IMB, mai 2013.

Ventilation résidentielle (Partie 4 de 4), Les erreurs relatives à la mise en place, l’équilibrage, l’utilisation et l’entretien des systèmes de ventilation, magazine IMB, juin 2013.

Les erreurs à éviter lors de l’équilibrage des débits d’air, magazine IMB, mars 2017.

La nouvelle règlementation du Code de construction sur la ventilation (Écohabitation)

Les chroniques Habitation de la firme Legault-Dubois

Installation d’un ventilateur récupérateur de chaleur jumelé à un système de chauffage à air pulsé (Régie du bâtiment du Québec)

 

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