La présidente du Rassemblement ÉlectroSensibilité Québec (RESQ) est découragée de voir ses membres hypersensibles aux champs électromagnétiques (CEM) craindre de se rendre à l'hôpital. Ils ne redoutent pas seulement que le Wi-Fi leur déclenche une migraine, des palpitations, un sentiment de brûlure ou d'autres symptômes handicapants décrits notamment sur le site de l'organisme médical Physicians For Safe Technology. Ils craignent aussi même d'être internés, m'expliquait Sylvie Robitaille cette semaine par courriel.
« Les démarches du RESQ pour aider les personnes lors des hospitalisations se sont avérées infructueuses malgré la documentation transmise et malgré des diagnostics émis par les docteurs Laurier Pierre Auger, Barry Breger et Louis Jacques. Je me suis butée à des refus car les directeurs des services, les médecins, les infirmières et les travailleurs sociaux s'informent auprès de l'INSPQ et auprès du Collège des médecins du Québec qui nient cette condition. Ces organismes invitent les intervenants à considérer que les personnes atteintes d'électrohypersensibilité (EHS) sont en état de psychose. Alors on leur attribue un psychiatre qui prescrit des médicaments antipsychotiques, ce qui empire les symptômes des personnes électrohypersensibles. Nous avons aussi fait des démarches auprès du service en ligne Info Santé. Sa directrice nous a expliqué que cette condition n'est pas reconnue et que notre offre pour les informer de la situation n'était pas recevable vu la position de l'INSPQ et celle du Collège des médecins. » (Lire l'article La souffrance incomprise des électrosensibles, sur le site de Radio-Canada.)

Lire son article Microwave Radiation Affects the Heart qui parle d'enfants qui ont fait des arrêts cardiaques après l'installation du Wi-Fi dans leur école et l'écouter sur la chaîne https://www.youtube.com/@C4STorg/
En Ontario, la situation est tout autre depuis 2021, alors que l'Hôpital Women's College de l'Université de Toronto tenait un symposium sur les effets sanitaires des CEM émis par les technologies de communication sans fil. « Si nécessaire, un écran de protection contre les ondes radio peut être installé dans la chambre du patient afin de bloquer les champs électromagnétiques », mentionne notamment le manuel sur l'accessibilité en matière de sensibilités environnementales publié en 2023 par le groupe ontarien Quinte Health. Celui-ci promet un environnement sans Wi-Fi aux personnes atteintes d'EHS dans ses quatre hôpitaux régionaux totalisant 2 600 employés et 335 lits.
Pour en savoir davantage sur le diagnostic et le traitement de l'EHS, écouter la conférence de l'urgentologue britannique Erica Mallery-Blythe, 31e allocution présentée dans le cadre de l'EMF Medical Conference de 2021.
Un handicap reconnu
L'EHS est reconnue par les militaires depuis la Deuxième Guerre mondiale sous d'autres appellations, soit la maladie ou le syndrome des micro-ondes, rapportait en 2015 le Dr David O. Carpenter, ancien doyen de l'École de santé publique de l'Université d'Albany, dans un historique de cette condition. Les pays nordiques européens reconnaissent d'ailleurs depuis 2000 que les symptômes d'intolérance électromagnétique « disparaissent dans les environnements non électriques ». Le Conseil des pays nordiques classait alors les hypersensibilités environnementales parmi les maladies professionnelles dans son adaptation de la classification internationale des maladies. « C'est l'environnement qui est déficient et qui doit être adapté », affirme le neuroscientifique suédois Olle Johansson, un pionnier des effets néfastes des CEM émis par les écrans cathodiques sur la peau dans les années 1990. Lire sa présentation faite lors de l'atelier sur l'EHS organisé en 2004 à Prague par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En mai 2025, une étude marquante financée par le gouvernement français concluait pour la première fois que les personnes électrohypersensibles sont plus vulnérables au cancer ou aux maladies neurodégénératives en raison d'une mauvaise gestion de cassures à simple brin ou double brin de l'ADN. Nos ministères de la Santé n'en tiennent pas compte.
La prévalence de l'EHS « se situe entre environ 5 et 30 % de la population générale pour les cas légers, entre 1,5 et 5 % pour les cas modérés et à moins de 1,5 % pour les cas graves », selon un article paru en 2019 dans le Journal of Environment and Health Science.
L'EHS est moins connue que la sensibilité chimique multiple qui était cette semaine au cœur de la conférence internationale RÉSILIENCE 2026 organisée par l'Association pour la santé environnementale du Québec (ASEQ). « Toutes les provinces, sauf le Québec, ont des hôpitaux qui sont sans parfum », déplorait le 6 mai dans les médias le directeur de l'ASEQ, Michel Gaudet.
L'EHS se répand surtout depuis l'an 2000, avec la popularité croissante de la téléphonie cellulaire, du Wi-Fi et autres technologies sans fil et « intelligentes » émettant des CEM de hautes, extrêmement basses (EBF ou ELF en anglais) et ultra basses fréquences (UBF ou ULF). « Les effets biologiques et sanitaires non thermiques liés à l'exposition aux CEM des ondes de communication sans fil sont induits par les pulsations, la modulation et la variabilité des ondes ELF/ULF, et non par les CEM de l'onde porteuse RF seule (non modulée), qui ne peuvent produire qu'un effet de chauffage à des intensités suffisamment élevées, ce qui est rarement le cas dans l'environnement », explique une nouvelle étude de Panagopoulos, Litovsky et Chamberlin publiée dans la revue Electromagnetic Biology and Medicine.
L'obligation d'accommodation
En vertu des chartes des droits de la personne, les employeurs et fournisseurs de services doivent accommoder les personnes hypersensibles à l'environnement qui ne peuvent travailler ni vivre en société à cause de leur handicap. Dans une publication sur les politiques sans parfum mise en ligne le 23 mars, la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) réitérait l'engagement pris par le Canada en 2010, en ratifiant la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, un traité international. « La Loi canadienne sur les droits de la personne protège les personnes qui ont une hypersensibilité environnementale comme elle protège les personnes ayant n’importe quel autre handicap contre la discrimination, explique la CCDP. En tant qu’employeur ou fournisseur de services sous réglementation fédérale, vous avez l’obligation légale de répondre aux besoins de vos travailleurs, de vos sous-traitants, de vos clients et des usagers ayant une hypersensibilité environnementale, jusqu’à la limite de la contrainte excessive. » « Il peut donc arriver qu'une mesure d'adaptation ne soit pas possible parce qu'elle coûterait trop cher ou comporterait des risques sur le plan de la santé ou de la sécurité », nous a expliqué un porte-parole de la CCDP par courriel.
L'année dernière, un rapport accablant publié par l'Organisation des Nations Unies (ONU) ciblait le Canada. Le Comité des droits des personnes handicapées de l'ONU affirmait alors que le Canada « marginalise, discrimine et stigmatise » les personnes handicapées, dont les personnes atteintes de sensibilité chimique multiple. « Le travail de mise à jour de notre Politique sur l’hypersensibilité environnementale était déjà entamé et s’est finalisé après la publication des observations des Nations Unies dans le cadre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées », explique le porte-parole de la CCDP.
Pourtant, une seule page du site de la CCDP, publiée en 2023, traite de l'EHS, en mentionnant son lien avec la sensibilité chimique multiple (SCM ou MCS, acronyme de Multiple Chemical Sensitivity) : « Des personnes ont à la fois une sensibilité chimique multiple et une hypersensibilité électromagnétique. Elles sont sensibles aux signaux Wi-Fi. Elles ont de la difficulté à sortir de chez elles. » Deux rapports publiés en 2007 par la CCDP, concernant les points de vue juridique et médical sur les hypersensibilités environnementales, sont introuvables sur son site, ayant été archivés.
Questionné sur l'absence d'information sur l'EHS sur son site, le porte-parole de la CCDP a répondu : « Dans la Politique sur l’hypersensibilité environnementale, la Commission s’est concentrée sur les sensibilités environnementales menant des personnes à ressentir des effets négatifs sur leur santé lorsque des déclencheurs sont présents dans l’air ambiant. Cela dit, la Commission reconnaît que les handicaps comme des déficiences ou des limitations fonctionnelles sont nombreux et complexes – notamment l’hypersensibilité électromagnétique. »
Pourtant, bien des gens hypersensibles aux produits chimiques le sont également aux ondes. « L'EHS est associée au MCS chez un même malade dans 25 % des cas », selon le Guide pratique à l'usage des médecins publié par l'Association pour la recherche internationale sur l'EHS et le MCS.
Pourtant, l'EHS fut passée sous silence dans le cadre de la conférence RÉSILIENCE 2026. La présidente de l'ASEQ, Rohini Peris, en traitait sur son site Web mais vient d'effacer son article dans lequel elle affirmait : « Les témoignages qui nous sont rapportés ont tous des points en commun. Par exemple, il est fréquent que les personnes souffrantes soient envoyées pour évaluation et thérapie psychiatriques, car la plupart des médecins ne comprennent pas la condition qui les affecte. Cette approche médicale ne résout donc aucunement la condition, et mène souvent les personnes affectées à un sentiment de manque d’estime de soi, de marginalisation et de désespoir. Des médicaments sont parfois prescrits et peuvent engourdir un peu les symptômes, mais les problèmes physiques persistent lors d’expositions aux CEM. »
Depuis une décennie, un projet de logements pour personnes hypersensibles porté par l'ASEQ est bloqué parce que la Société d'habitation du Québec se fie aux avis de l'INSPQ. « L’anxiété chronique permet d’expliquer l’ensemble des symptômes du syndrome SCM », déclarait l'INSPQ en 2021 dans son avis scientifique sur la question. Et dès 2016, un rapport de l'INSPQ sur les effets des champs électromagnétiques de radiofréquences rappelait que l'EHS n'est pas une maladie reconnue par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et citait Santé Canada qui considère qu’il « […] n’existe pas de données scientifiques permettant d’affirmer que les symptômes attribués à l’hypersensibilité électromagnétique sont réellement causés par une exposition aux CEM. »
En 2023, l'Agence française de sécurité sanitaire (ANSES) publiait un rapport technique sur la sensibilité chimique multiple (SCM) et l'EHS. Celui-ci rappelle que la SCM a été définie en 1996 par l’OMS comme « une affection acquise caractérisée par la répétition de symptômes touchant de multiples organes qui surviennent lors de l’exposition à diverses substances chimiques à des concentrations bien inférieures à celles connues pour entraîner les effets sur la population ». Ce même rapport ajoute que la « SCM et l’hypersensibilité aux champs électromagnétiques (EHS) sont regroupées dans un ensemble connu sous le nom d’intolérance environnementale idiopathique ou idiopathic environmental intolerance (IEI) ».
En 2011, la Commission québécoise des droits de la personne et des droits de la jeunesse répondait à une requête de l'ASEQ en affirmant : « La définition du motif handicap dans la Charte des droits et libertés de la personne retenue par notre Commission ainsi que l’interprétation de ce motif par les tribunaux du Québec sont suffisamment larges et ouvertes pour que les personnes qui souffrent d’hypersensibilités environnementales puissent invoquer ce motif. » Bref, un diagnostic médical n'est pas requis pour demander un accommodement raisonnable lorsqu'un handicap empêche une personne de travailler ou de vivre en société. C'est le cas par exemple si des produits parfumés peuvent déclencher des problèmes respiratoires ou neurologiques, comme de l'asthme ou des maux de tête.
Bien que les hypersensibles à l'environnement puissent être accommodés à la pièce, la plupart se butent à une fin de non-recevoir au quotidien. Hormis le rapport accablant du comité de l'ONU faisant suite à une plainte formulée par sa femme, Rohini Peris, Michel Gaudet se souvient d'un seul cas où le gouvernement fédéral aurait été sanctionné en la matière par le Tribunal canadien des droits de la personne. Aucun tribunal québécois ne se serait encore prononcé sur le sujet.

