Hubert Chamberland : Amener de l’eau au moulin de l’écologie

« Je suis allé en Afrique à plusieurs reprises et j’ai souvent vu des femmes qui partent à pied le matin chercher de l’eau potable à quelques kilomètres. Le contenu de la cruche qu’elles rapportent, c’est tout ce qu’il y aura pour la maisonnée pendant 24 heures. Et nous, qu’est-ce qu’on fait en se levant le matin? On pisse dans l’eau potable ! De toute évidence, il y a quelque chose qui cloche… »

C’est Hubert Chamberland qui parle. Architecte et urbaniste, il est également président du Comité de concertation et de valorisation du bassin de la rivière Richelieu, et président-fondateur du Réseau des bassins versants d’Amérique du Nord (ROBAN).

L’eau est la référence sur laquelle il base ses actions professionnelles et bénévoles. « Connaissez-vous une activité humaine qui ne concerne pas l’eau ? Il n’y en a pas. L’eau joue un rôle dans tout, et tout l’affecte. Mais parce qu’on vit dans un pays qui en possède énormément, on semble oublier à quel point elle est précieuse et menacée. Regardez ce qui se passe dans l’exploitation du gaz de schiste : on veut procéder avant même de savoir quel impact ça aura sur l’eau. Comme si on n’avait pas de temps à perdre avec ce  » détail « . »

La construction attaque également le territoire de l’eau, et ce dès le premier coup de pelle : « Creuser un trou perturbe un secteur de la nappe phréatique. S’il n’y a que quelques maisons, le système se réorganise facilement. Mais quand il y en a 100, 1 000 ou 10 000 dans un territoire donné, on détruit la nappe. Est-ce qu’on en est conscient ? L’étalement urbain, c’est une catastrophe écologique. Et une bonne partie de la Montérégie est en train d’y passer. »

Epremier : l’enveloppe

Cela dit, M. Chamberland continue son travail d’architecte – des bâtiments publics, mais aussi quelques maisons. Surtout des maisons à pignons qui possèdent une parenté évidente avec ces vieilles résidences néo-Queen Anne qui ornent les rives du Richelieu et dont l’une lui sert de bureau. Je lui ai demandé qu’elles étaient ses priorités, sur le plan écologique, pour la construction résidentielle? « D’abord et avant tout, l’enveloppe du bâtiment, c’est-à-dire un isolant efficace et des fenêtres performantes. C’est élémentaire, mais c’est encore ce qui fait la plus grande différence. Personnellement, je ne crois pas qu’une maison puisse être  » trop isolée « .

Évidemment, la fenestration doit obligatoirement être pensée en fonction de l’ensoleillement. C’est pourquoi l’on ne devrait pas trouver d’un côté et de l’autre d’une même rue des résidences dont la façade est identique. Ça n’a pas de sens… « Si l’on veut mieux profiter de l’énergie solaire, il faut aller vers les moyens de captage : photovoltaïque, à liquide ou à air chaud. Mais je dois vous dire que, pour le chauffage, je préfère nettement les systèmes simples, ceux qui ne passent pas par une transformation de l’énergie. Or les capteurs photovoltaïques sont plutôt compliqués parce qu’ils servent à transformer la lumière en électricité et qu’ils exigent des piles – pas encore très performantes d’ailleurs. Les capteurs à liquide sont nettement plus simples. Mais le système le plus élémentaire, c’est le capteur solaire chauffe-air. Celui que j’ai utilisé au Centre d’interprétation des énergies renouvelables, l’Esolair, a été conçu par une entreprise québécoise, MC2 Énergie. Il s’agit d’une boîte vitrée et plate que l’on fixe sur le mur sud du bâtiment (ou sur le toit si la pente est de plus de 45 degrés) et à l’intérieur de laquelle l’air qui circule est simplement réchauffé puis transféré dans le bâtiment par un ventilateur. On ne fait pas plus simple, mais ça fonctionne ! En plus, c’est abordable. »

Pour compenser

« Par ailleurs, comme je suis conscient que toute construction détruit la nature, je vais vouloir compenser cette destruction en réduisant l’impact négatif des fonctions de la maison sur l’écologie du voisinage. Il est évident que les nouvelles constructions, par exemple, doivent être conçues pour un rejet zéro des eaux pluviales. Elles devraient aussi comporter les installations nécessaires pour fabriquer du compost. » M. Chamberland, par contre, ne manifeste pas un grand enthousiasme pour le système de certification LEED – quasi vénéré de nos jours – et il ne se gêne pas pour le dire. Selon l’architecte, le principe même de ce programme est un non-sens, même si l’objectif est de réduire l’impact négatif de la construction sur l’environnement. « Pour obtenir la certification, il faut absolument accumuler des points, c’est-à-dire installer des matériaux ou des systèmes considérés  » bons pour l’environnement « . Si, par exemple, vous couvrez un plafond avec des tuiles acoustiques faites de rebut, ça vous donne des points. Sauf que le plafond en question n’a pas nécessairement besoin de tuiles acoustiques, ou de quoi que ce soit d’autre. Il pourrait rester nu. LEED incite donc à l’accumulation, alors qu’on devrait gagner des points quand on élimine des matériaux, quand on rationalise, quand on fait plus avec moins… » « Faire plus avec moins », c’est une devise qui pourrait convenir à M. Chamberland.

À son bureau, à sa maison et dans les résidences qu’il conçoit, par exemple, les climatiseurs n’ont pas leur place, mais les échangeurs d’air non plus. « On aime mieux ouvrir les fenêtres. » Pas très porté sur les gadgets, l’architecte fait encore ses plans à la main et confie à quelqu’un d’autre le transfert sur support informatique quand nécessaire (il se sert plutôt de l’ordinateur pour écrire). C’est qu’il a le compas dans l’oeil et peut rapidement faire un croquis à l’échelle. « C’est comme ça que j’ai appris à travailler et j’aime encore le faire comme ça. D’ailleurs, c’est bien pratique sur un chantier quand on a besoin d’expliquer quelque chose aux ouvriers. »

Pierre Dansereau : source d’inspiration

Hubert Chamberland a étudié l’architecture à l’Université de Montréal à la fin des années 1960, ce qui lui a permis d’avoir comme professeur puis comme directeur de thèse, en urbanisme, nul autre que Pierre Dansereau, celui que l’on appelle le « père de l’écologie au Québec ».

« Je voulais faire ma thèse sur l’impact de la disposition et du recyclage des déchets solides sur l’aménagement urbain. Or, ce n’était pas un thème à la mode à l’époque, et la faculté a d’abord refusé mon sujet. C’est Pierre Dansereau qui l’a défendu. Par la suite, il m’a demandé de travailler sur l’étude écologique qu’il a menée de la zone de l’aéroport international à Mirabel, un des premiers grands projets d’impact écologique à être réalisés au Québec. Ce fut une aventure fascinante et vous comprendrez que l’influence de ce grand homme a été déterminante pour l’orientation de ma carrière. »

Pour travailler selon les règles du développement durable, M. Chamberland se repose sur un principe : assurer l’équilibre de l’écosystème. « On sait qu’un écosystème peut se régénérer, mais pas s’il a été perturbé au-delà du seuil critique. Or ce seuil-là n’est pas facile à identifier ou définir. D’une part, il varie selon les éléments en cause – air, eau, faune, flore, terre –, ainsi que selon les milieux, les régions… Mais ce qui complique encore les choses, c’est que tous ceux qui ont un mot à dire là-dessus ont rarement le même point de vue… »

Dans sa cour, en tout cas, M. Chamberland a bien l’intention de mettre toutes les chances du côté de l’écologie. D’où son implication de longue date au sein du Comité de concertation et de valorisation du bassin de la rivière Richelieu (Covabar). Rappelons que c’est l’une des 33 « rivières prioritaires » du Québec, selon la Politique nationale de l’eau du Gouvernement, et que son bassin versant comprend, au Québec, 65 villes et municipalités. (La plus grande partie du bassin est située aux États-Unis, autour du lac Champlain.)

L’organisation du Covabar représente bien la complexité des rapports que la société entretient avec l’eau, puisqu’en font partie des représentants des municipalités, des syndicats agricoles, des chambres de commerce et d’industrie, des organismes environnementaux et autres structures régionales. « Ce grand comité, dit M. Chamberland, existe pour faire une bonne gestion de la ressource eau. Ce qui veut dire prendre des décisions susceptibles de la valoriser plutôt que de la détruire. Comme vous voyez, cela implique tous les acteurs de la société. »

Hubert Chamberland : 450 467-8962

À lire : Le cerveau des bassins versants d’Amérique du Nord à Québec

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1 Response

  1. Anonyme

    Oui ya plus simple pour le solaire: déménager au Mexique. Ici je chauffe ma piscine et ma maison pour $40 par année et une corde de bois. Solaire ‘cheap’ en polyéthylene sur le toit et 330 jours d’ensoleillement par année. Par contre, ici on ne pissa pas dans l’eau potable!!! L’eau est rare et on fait attention. $300 par année. Les crétins qui ont des plantes ‘du nord’ payent cher leur fantaisie. Avec nos bougainvilliers et autres plantes autochtones, on n’a pas de problème. Hubert, t’es et tu seras toujours mon idole!!!

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