Les fabricants d'électroménagers sont déconnectés de leur marché : les fonctionnalités intelligentes des appareils connectés à l'Internet ne constituent le principal facteur d’achat que pour 2,7 % des consommateurs — se classant 8e sur 11 options — et les acheteurs de moins de 35 ans n’en veulent pas plus que leurs grands-parents. La fiabilité à long terme (46 %) et le rapport qualité-prix (26 %) dominent la décision d’achat, suivis de la fiabilité d'une marque (8 %) et la facilité d’utilisation (4 %). 

C'est ce que révèle un sondage national mené du 12 au 14 mai 2026 auprès de plus de 5 600 consommateurs américains par la firme Curion. Voici quelques exemples de leurs réponses : 

« Je n’ai pas besoin du Wi-Fi dans mes ustensiles de cuisine. »

« Débarrassez-vous de ces gadgets numériques qui tombent toujours en panne. »

« Je ne comprends pas pourquoi il faut que tant d’appareils soient connectés. »

Photo de Melissa Genest qui a volontairement choisi un frigo non connecté (sans Wi-Fi) pour sa nouvelle maison autoconstruite.

Des surcoûts aux gains douteux

Les fabricants d'électroménagers ne cessent de vanter les nombreux bénéfices apportés par les appareils connectés : efficacité énergétique, diagnostic automatique, contrôle à distance, optimisation par l'intelligence artificielle, etc. Toutefois, ces appareils sont plus coûteux, plus complexes à utiliser, dépendent d'une connectivité internet sans fil (Wi-Fi), sont dotés de senseurs et autres éléments électroniques qui peuvent briser et coûtent cher à réparer, deviennent vite obsolescents, n'offrent pas toujours des gains rentables et présentent des risques pour la vie privée et la sécurité, selon la firme de pièces d'électroménagers américains HnkParts.  

De plus, comme ces appareils sont dotés de puces-antennes communiquant par ondes radio, ils augmentent l'exposition des familles, dont les enfants, les femmes enceintes et les autres personnes plus vulnérables, au rayonnement de champs électromagnétiques (CEM) de radiofréqences (RF), dont les micro-ondes pulsées et polarisées qui sont plus bioactives que les ondes naturelles. Or, en 2018 les CEM de RF furent démontrés cancérogènes chez les rats dans deux études majeures, publiées par le programme national américain de toxicologie et par l'institut Ramazzini d'ItalieSelon les conseillers scientifiques du gouvernement suisse, ces preuves animales de cancérogénécité justifient d'adopter une approche de précaution face aux CEM des technologies sans fil puisque les humains sont exposés à une foule d'autres substances pouvant causer le cancer : « Le fait que les animaux des deux études aient été exposés pendant toute leur durée de vie est pertinent, car cela reflète une exposition à long terme chez l'être humain », expliquait en novembre 2018 un numéro spécial de l'infolettre de BERENIS, le groupe d'experts suisse sur les champs électromagnétiques et les rayonnements non ionisants.

Alors que les fabricants d'électroménagers continuent d’investir massivement dans des appareils connectés, les consommateurs classent les fonctionnalités « intelligentes » parmi les critères les moins importants. 

« Le résultat le plus frappant va à l’encontre d’une hypothèse fondamentale du secteur, explique Curion : celle selon laquelle les consommateurs plus jeunes, nés à l’ère du numérique, seraient les moteurs de l’adoption des appareils intelligents. En réalité, ce n’est pas le cas. Seuls 3,0 % des consommateurs âgés de 18 à 34 ans ont choisi les fonctionnalités intelligentes — un chiffre statistiquement indiscernable des 1,9 % enregistrés chez les 65 ans et plus. La génération qui a grandi avec les smartphones et qui a tout connecté souhaite retrouver ces fonctionnalités dans ses appareils électroménagers à un taux pratiquement nul, identique à celui de ses grands-parents. Lorsqu’on leur a demandé de citer un seul critère principal, ces mêmes jeunes consommateurs ont choisi la fiabilité (51 %) et le rapport qualité-prix (25 %) — les mêmes priorités que tous les autres groupes d’âge. »

Les consommateurs rejettent la technologie

« Le discours sur l’innovation et la réalité des consommateurs vont dans des directions opposées », a déclaré Tomás Gilbert, directeur des études de marché stratégiques chez Curion. « Les marques consacrent d’énormes budgets de R&D à des fonctionnalités que les consommateurs n’ont pas demandées et, dans certains cas, qu’ils rejettent activement — tandis que les éléments qui motivent réellement l’achat et le réachat — la durabilité, le rapport qualité-prix et l’assistance humaine — sont traités comme des détails secondaires. La leçon à en tirer n’est pas que les consommateurs rejettent la technologie. C’est qu’une fonctionnalité n’a d’importance que si elle remplit une fonction concrète mieux que ce qu’ils possèdent déjà. Lorsqu’elle ne le fait pas, elle est perçue comme un élément supplémentaire susceptible de tomber en panne. »

« C’est là que le travail préparatoire prend toute son importance », ajoute Keren Novack, présidente de Curion. « Avant de commercialiser un produit, une marque doit savoir à quel besoin il répond et si cela vaut véritablement la peine pour un consommateur de remplacer ce qu’il possède déjà chez lui. Les marques qui s’imposeront dans la prochaine étape de cette catégorie ne seront pas celles qui proposent les appareils les plus intelligents. Ce seront celles en lesquelles les consommateurs auront le plus confiance pour les faire entrer chez eux. »

 

 

Le sondage de Curion a révélé que la « crainte de la complexité » arrive en dernière position (0,9 %) parmi les obstacles au renouvellement d'un appareil. « Non pas parce que la complexité n’est pas une préoccupation, mais parce que de nombreux consommateurs semblent avoir déjà totalement écarté les produits compliqués de leurs choix. »