Une commission scientifique internationale appelle à une action urgente pour protéger la santé des enfants contre les champs électromagnétiques (CEM) non ionisants soupçonnés cancérogènes qui sont émis par les antennes-relais, téléphones et autres appareils de communication sans fil, lignes à haute tension et infrastructures électriques.

Les limites d'exposition fixées par les pouvoirs publics ne tiennent pas compte des données scientifiques actuelles et réclame des mesures de protection renforcées dans les établissements scolaires, déclarait le 9 septembre la Commission internationale sur les effets biologiques des champs électromagnétiques (ICBE-EMF), un consortium indépendant regroupant de scientifiques, de médecins, d'ingénieurs et d'experts en santé publique du monde entier.

« Les rayonnements sans fil et l’exposition à d’autres champs électromagnétiques non ionisants constituent des enjeux cruciaux pour la santé environnementale des enfants, expliquent les auteurs de cet appel. Des études ont fait état de nombreux effets indésirables, notamment le cancer, le stress oxydatif, des répercussions génétiques, une altération de la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique, des lésions spermatiques, des modifications structurelles et fonctionnelles du système reproducteur, des troubles cognitifs, d’apprentissage et de mémoire, des perturbations du sommeil, des altérations de l’EEG et d’autres effets neurologiques. »

« Les enfants peuvent être plus vulnérables que les adultes aux effets des rayonnements sans fil sur la santé, car ceux-ci pénètrent plus profondément et présentent des taux d’absorption plus élevés dans certaines régions du cerveau des enfants, et parce que leur cerveau et leurs systèmes physiologiques, encore en développement, sont plus sensibles aux substances toxiques présentes dans l’environnement. »

Cet appel arrive alors que le ministère de la Santé américain s'apprête à lancer lundi prochain une consultation nationale sur les effets sanitaires des CEM et que la France, qui a notamment interdit le Wi-Fi dans les garderies en 2015, lançait cet été un appel à projets de recherche sur les effets des radiofréquences sur la santé (mécanismes d’action au niveau moléculaire et cellulaire, effets physiologiques et sanitaires des radiofréquences, hypersensibilité électromagnétique et caractérisation des expositions.

Chez nous, nos gouvernements font comme si les dangers des faibles expositions aux CEM à long terme n'existaient pas, bien qu'ils soient connus des militaires depuis l'invention du radar et que les champs magnétiques domestiques sont associés à un dédoublement du risque de leucémie chez les enfants surexposés. « Malheureusement, personne n’est en mesure de répondre à vos questions », répond Richard Daigle, conseiller en communication à l'Institut national de santé publique du Québec. Pourtant, en 2011, alors que les radiofréquences étaient classées 2B ou « peut-être cancérogènes » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’ancien expert provincial en matière de santé environnementale dénonçait le refus de Québec de protéger les enfants contre une exposition excessive aux champs magnétiques (classés 2B en 2002), qu’il confirmait être l’une des « causes probables » de la leucémie infantile.

« Quand quelque chose pointe les enfants qui sont les personnes les plus sensibles, il faut les protéger », nous expliquait alors le Dr Claude Tremblay en entrevue. De 2002 à 2008, cet épidémiologiste et toxicologue fut responsable de la table nationale de la santé environnementale du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

 À Santé Canada, on reprend les prétentions de la Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), un organisme maintes fois dénoncé pour ses biais scientifiques et ses conflits d'intérêts avec les industries électrique et de télécommunication et qui a motivé les experts indépendants à créer l'ICBE-EMF. Le Ministère fédéral affirme, concernant les champs magnétiques domestiques : « Les expositions aux CEM de fréquence extrêmement basse dans les résidences, les écoles et les bureaux au Canada se situent bien en deçà des limites recommandées dans les lignes directrices de l’ICNIRP. Vous n’avez pas à prendre de précautions pour vous protéger de ces types d’expositions. » Et concernant les radiofréquences émises notamment par les appareils Wi-Fi : « D'après les données scientifiques actuelles, le niveau de radiofréquences émis par les appareils Wi-Fi n'a pas d'effet néfaste pour la santé... Vous n'avez pas besoin de prendre des mesures de précaution puisque les niveaux d'exposition aux CEM de radiofréquences provenant du réseau Wi-Fi sont bien en deçà des limites de sécurité canadiennes. »

Les effets chroniques non pris en compte

Ce que contestent les experts de l'ICEB-EMF car ces limites, présentées dans le Code de sécurité 6 de Santé Canada, ne visent qu'à éviter l'échauffement des tissus après six minutes d'exposition : « Les limites de sécurité fixées par les pouvoirs publics ne protègent pas les enfants. Ces limites sont restées inchangées depuis plus de trois décennies, bien avant que les enfants ne commencent à utiliser des téléphones portables et à une époque où la plupart des technologies actuelles n’existaient même pas. Les technologies qui façonnent notre avenir ne devraient pas compromettre la santé de la prochaine génération. »

 

Ces experts « appellent les gouvernements du monde entier à adopter des mesures de protection plus strictes et fondées sur la science pour les enfants, en modernisant les normes d’exposition, en réduisant les expositions quotidiennes aux CEM et en mettant en œuvre des politiques concrètes qui privilégient la santé des enfants plutôt que la commodité ».

Recommandations à l’intention des gouvernements

● Actualiser les limites nationales d’exposition aux champs électromagnétiques sans fil, aux champs de fréquence industrielle et à d’autres champs électromagnétiques non ionisants afin de refléter les données scientifiques actuelles et d’assurer une protection contre les effets biologiques.

● Financer des recherches indépendantes sur les effets biologiques et sanitaires cumulatifs à long terme des champs électromagnétiques non ionisants.

● Exiger des tests de sécurité indépendants avant la mise sur le marché et une surveillance indépendante après la mise sur le marché concernant les effets sur la santé des appareils sans fil et émettant des champs électromagnétiques.

● Veiller à ce que les tests de conformité relatifs aux rayonnements sans fil des téléphones portables, des ordinateurs portables équipés du Wi-Fi et d’autres appareils émettant des rayonnements RF tiennent compte de la physiologie des enfants et de la manière dont ils utilisent ces appareils aujourd’hui, en contact direct avec leur corps.

● Suspendre l’introduction de nouvelles technologies jusqu’à ce que des tests de sécurité rigoureux soient effectués avant leur mise sur le marché.

● Informer les familles des données scientifiques solides indiquant des risques pour la santé et les sensibiliser aux moyens de réduire l’exposition aux téléphones portables, aux appareils sans fil, aux appareils électroniques et aux autres sources de CEM.

● Adopter une approche d’atténuation des risques assortie de politiques strictes visant à réduire l’exposition quotidienne des enfants à la maison et à l’école et à limiter leur utilisation d’appareils sans fil.

● Encourager l’innovation dans le secteur pour la conception et la fabrication de technologies plus sûres, notamment des réseaux filaires, des conceptions à faibles émissions et des appareils minimisant l’exposition des utilisateurs.

● La mise en place d’espaces à faibles CEM dans les écoles doit être une priorité.

Les commissaires de l'ICEE-EMF sont des sommités en recherche sur les effets biologiques des champs électromagnétiques. Outre deux ingénieurs en électricité brésiliens, un ingénieur en électronique britannique et le physicien Paul Héroux, professeur de toxicologie des CEM à l'Université McGill, ils comprennent :
• Le toxicologue Ronald Melnick, ancien directeur de l'étude du US National Toxicology Program qui a démontré que les ondes cellulaires sont cancérogènes chez les rats (l'hypothèse prévoyait qu'elles n'étaients pas cancérogènes);

• Dr David Carpenter, docteur en santé publique, directeur de l'Institute for Health and the Environment de l'Université de New York, à Albany. Dans les années 1980, il qui dirigea pour l'État de New York un programme d'études qui a confirmé que les champs magnétiques augmentent le risque de leucémie infantile;

• Le Dr John Frank, professeur de médecine canadien et écossais, sommité en épidémiologie et santé publique;

• Le biophysicien et professeur de médecine turque Suleyman Dasdag, expert de l'impact des rayonnements sur la santé infantile et auteur d'une centaine d'études sur les effets biologiques des CEM;

Joel Moskowitz PhD, directeur du Centre de santé communautaire et familiale à l'École de santé publique de l'Université de la Californie, à Berkeley;

• et Igor Yakimenko, biophysicien ukrainien, directeur du département de Santé environnementale à l'Université nationale de technologies alimentaires et professeur de santé publique à l'Université médicale de Kyiv.