Les « maisons tournesols »; cet attribut m’est venu spontanément en lisant que, pour l’architecte montréalais Owen Rose « …enraciné dans son milieu, chaque projet tend vers le soleil ». Revégétaliser la ville, c’est son créneau, mais qu’en est-il lors d’une crise, bien implantée, du logement?

« Quand j’ai commencé à pratiquer l’architecture, j’étais très axé sur l’écologie, me dira-t-il d’entrée de jeu. Au fur et à mesure, avec ma pratique, j’ai remarqué que s’il était important d’être écologique, il fallait aussi répondre au besoin communautaire. On a fait des projets écolos tout en évoluant selon le constat de la réalité très sociale; notre travail avec les coops d’habitations et les OBNL [organisme à but non lucratif] d’habitations nous a rendus conscients des problèmes de crise de logements. Ça, c’est un peu mettre la table : il y a l’écologie et le social, mais le social a pris une large part dans notre pratique. » 

La transformation d’un entrepôt de Rosemont en logement unifamilial d’un étage avec mezzanine a permis de profiter de l’orientation sud-ouest de la façade arrière, pour dégager une cour arrière et faire entrer la lumière naturelle. rosearchitecture.net/#/rsidence-blanger-sylvestre/

Natif de Vancouver et établi à Montréal depuis 1996, Owen Rose a vu venir cette crise exacerbée par la pandémie, l’immigration massive ainsi que la hausse des taux d’intérêt et autres facteurs qui ont ralenti la construction d’habitations individuelles et collectives. « C’était prévisible, alors, comment dédier une part de nos pratiques aux besoins sociocommunautaires? Comment travaille-t-on pour améliorer leur cadre de vie? Faire des projets sociaux avec des budgets serrés est un défi, il faut donner une valeur ajoutée à leur projet pour que le groupe, la coop, l’OBNL s’en sortent valorisés par la qualité de l’architecture acquise grâce à l’expérience. »

Dans un contexte de restriction budgétaire, l’équipe de rose architecture travaille plus que jamais sur des projets de logements coopératifs, des OBNL entre onze et une quarantaine d’unités. « Quand on parle de projet d’envergure, pour le logement social, on parle de financement public : plusieurs projets de coops sont en attente de financement en janvier. »

la restauration de La Coop La Jurande visait à assurer la pérennité de vieux bâtiments. rosearchitecture.net/coop-la-jurande

Attendre le financement, et pour cause. Un projet de rénovation de 14 logements, telle la Coop La Jurande, réalisé entre 2016 et 2019 sur le Plateau-Mont-Royal, disposait d’un budget de 1 200 000 $. Avec la hausse des coûts des matériaux et de la main-d’œuvre, aujourd’hui il en faudrait presque le double pour le reproduire. Le trésorier de la Coop La Jurande, Jean-Luc Raymond, se rappelle : « C’est pour son expérience dans l’accompagnement de projets de groupes communautaires ou de coopératives d’habitation que M. Rose fut sélectionné, et pour son contact simple et respectueux. Sur toute l’évolution du projet, on a pu apprécier l’écoute d’Owen Rose, sa capacité à bien comprendre les besoins de la coopérative, ses aptitudes de vulgarisation. Il a su démontrer son intégrité face aux exigences de sa profession. Sur ce projet qui s’est étalé sur plusieurs années, de la conception à la réalisation finale, Owen Rose a toujours été disponible et a toujours livré un accompagnement de qualité même après la fin officielle du projet. »

Il s’agissait d’un projet de restauration : « Il faut faire une distinction importante entre une nouvelle construction et le maintien de l’actif de ce qui est existant », précise Owen Rose. À cet égard, Montréal nécessite beaucoup de travail. Beaucoup de coops établies dans les années 80 ont maintenant besoin de mises à niveau, de réhabilitation. « Si on néglige ce travail, les bâtiments dépériront, prévient l’architecte. On ne veut pas perdre ces bâtiments, donc pour pallier la crise du logement, la pratique est divisée en deux : des nouvelles constructions et l’entretien des bâtiments existants. »

Élaborer des projets de minimaisons, est-ce une option d’après vous? « Oui, mais c’est surtout pour les propriétaires individuels. Actuellement, nous travaillons sur deux chalets. Avec les propriétaires, on cherche à déterminer l’essentiel des espaces, on travaille beaucoup sur l’optimisation du nombre de pieds carrés, parce que le coût des 2 x 4 ne descendra pas… C’est facile de toujours vouloir plus grand, plus grand, plus grand… On réfléchit beaucoup pour arriver à faire plus petit tout en comblant les besoins. »

Agrandissement d’un triplex par l’ajout d’une salle à manger et le réaménagement complet du rez-de-chaussée en priorisant l’entrée de la lumière et l’utilisation du bois. rosearchitecture.net/#/residenceduplessis/

La tendance est à l’optimisation

Croit-il que la tendance à bâtir des petits châteaux se réorientera vers des dimensions plus raisonnables? « À moins d’une grosse récession, les prix ne diminueront sûrement pas beaucoup, alors moi, je vois la tendance potentielle; considérant les prix en général et les prix éventuels de l’énergie, la tendance s’oriente vers l’optimisation. On n’a pas besoin de bâtir aussi gros, mais avec une meilleure rationalisation des espaces. Construire avec une meilleure performance thermique, de façon écologique, économique par rapport à la consommation énergétique. C’est l’idée qui, je crois, s’imposera : meilleure qualité, meilleure durabilité, plus petit et durable à long terme, moins cher d’entretien. Je souhaite que ça rationalise le gaspillage. C’est un geste en soi écologique : on construit une maison confortable qui n’est pas un manoir ou un palais royal; donc, moins de matériaux fait en sorte de consommer moins. »

Considérant le contexte d’inflation généralisée, quel est l’avantage de recourir aux services d’un architecte qui sont beaucoup plus onéreux qu’acheter un plan ordinaire? « L’objectif, m’assure-t-il, c’est que l’architecte crée une valeur ajoutée, pas juste les dessins; c’est la réflexion sur les bonnes dimensions, sur la durabilité des choix, la qualité de l’enveloppe. Plus le côté humain. Cette réflexion devient malheureusement un luxe réservé à une classe de citoyens au-dessus de la classe moyenne aisée, et c’est désolant. Malgré le ralentissement qui s’ensuit pour la construction unifamiliale résidentielle, nous sommes occupés, nous avons des projets avec des coops d’habitation sociale, des projets communautaires. »

« Pour répondre à la crise climatique et à la crise du logement, nous avons l’obligation de bien faire, et bien faire signifie concevoir le plus écologiquement possible, »  
- Owen Rose

 

Owen Rose

Verdir les villes

Professionnel agrée LEED, l'ancien président du Conseil d’administration du Centre d’écologie urbaine de Montréal a participé à la réalisation de quatre rapports de recherche sur l'implantation des toitures végétales à Montréal et à un guide sur les plantes grimpantes. Mais est-ce conciliable, tous ces beaux aménagements végétaux qui lui tiennent tant à cœur dans un contexte de crise du logement abordable? « Je vais dire oui! s’exclame-t-il en riant. Dans le milieu des coops d’habitation pour la nouvelle construction, on a deux bases. D’abord, on essaie de bonifier [les Exigences techniques du programme] Novoclimat en favorisant les produits non toxiques, les produits du marché local, comme le bois. C’est simple, il faut bien faire avec ce que nous avons, idéalement, mettre de l’avant les produits du Québec! Ça minimise les transports et encourage l’économie locale, ce sont des bienfaits, alors, on continue comme ça. Construire du logement social de qualité, ça coûte beaucoup moins cher à entretenir et ça vieillit beaucoup mieux. Pour une communauté qui a moins d’argent, déjà on a construit quelque chose qui en demande peu à long terme. Ça, c’est la meilleure façon de construire. Parce que la crise climatique, la crise du logement sont ensemble; on ne traite pas l’une sans l’autre. »

« Ensuite, l’excellente nouvelle, c’est qu’avec les multilogements, l’économie d’échelle permet de sortir des budgets qui paient le verdissement! Il y a des avantages de regrouper des dépenses pour dégager cette économie d’échelle! »

Selon lui, le rôle d’architecte est de bien défendre ses priorités malgré les contraintes budgétaires. « Comment peut-on faire en sorte qu’un tel élément ne soit pas écarté parce qu’on voit la valeur à moyen et long terme? Alors, ça devient incontournable, on ne peut pas laisser tomber certains éléments écologiques ou de verdissement, ou d’éléments humains : pour que le projet réussisse sur le plan global, tous doivent rester. »

La qualité de la lumière naturelle est l’une des bases de sa philosophie architecturale. Alors, ses maisons s’orientent vers la lumière, c’est pour réduire la fois la facture de chauffage? « Absolument, mais la lumière joue aussi sur la santé mentale », s’empresse de préciser l’architecte pour lequel le bien-être humain est si important. « Nos trois mots clés sont : bois, lumière et verdure. La verdure a besoin de la lumière, nous avons besoin de la lumière, aussi, on privilégie le plus possible la ventilation naturelle dans une maison, on jumelle avec la lumière naturelle. Il s’agit de se protéger du soleil d’été pour réduire la climatisation et d’introduire une meilleure qualité de l’air à l’intérieur. « La ventilation naturelle doit être transversale, ça sous-entend donc davantage de fenestration ouvrante sur des murs opposés. C’est tout relié. L’objectif, c’est de proposer des designs qui relient tous ces éléments pensés pour que le bâtiment vieillisse et fonctionne bien, qu’il soit à l’épreuve du temps. »

Ce projet visait à améliorer l’accessibilité des espaces de l’organisme communautaire Santropol Roulant. L’agrandissement proposé abrite un nouvel ascenseur qui permet de faire le lien entre le rez-de-chaussée, la terrasse au toit et le potager urbain au toit haut. La nouvelle tour résultante se veut un phare dans son environnement. http://www.rosearchitecture.net/#/santropol-roulant/

La végétalisation des milieux urbains

Montréal boucle la boucle en redevenant une ville de plus en plus verte, se réjouit Owen Rose. « C’est très beau depuis les vingt dernières années. Quand je marche sur les rues du Plateau, il y a des bacs, des fines herbes qui poussent, des tomates… Beaucoup plus de monde jardine. Ça nous rend hyper conscients du cycle des saisons; le printemps arrive, on a hâte de planter notre basilic! Ça nous connecte aussi à la production locale… On a le sentiment que ça nourrit mieux, ça nous réunit. Ça favorise un meilleur voisinage, parce qu’on croise les voisins qui jardinent. C’est très, très profond, la valeur de la végétation et la valeur de ce genre d’agriculture en milieu urbain. C’est au-delà de se nourrir, c’est vraiment une connexion entre soi et les quatre saisons. »