EHSLe nouveau blogue d’Hélène Vadeboncoeur, Ph.D., chercheuse dans le domaine de la santé et électrohypersensible

Je m’étonne toujours quand j’entends des sceptiques dire : « Oui, mais c’est parce que ceux qui se disent électrohypersensibles[1] savent que leur compteur[2] vient d’être changé et donc ils s’imaginent ensuite qu’ils ont des symptômes. » Eh bien, contrairement à ce qu’insinue ce jugement facile, ce n’est pas le cas.

Les électrohypersensibles sont des personnes dont l’organisme subit des effets biologiques à plus ou moins brève échéance après une faible ou forte exposition aux radiofréquences (RF) de type micro-ondes émises par les équipements de technologie sans fil. Et ils ne s’en aperçoivent pas toujours, ou pas avant un certain temps. Trois à dix pour cent de la population serait déjà atteinte de cette intolérance aux ondes, selon le chercheur et oncologue français Dominique Belpomme, et ce pourcentage pourrait augmenter, avec la multiplication des sources de radiofréquences tant en ville qu’en région rurale.

Trois ans de recherches

Pour ma part, cela m’a pris près de trois ans pour faire le lien, après l’apparition de malaises pour la plupart jamais éprouvés auparavant et dont je ne comprenais pas l’origine. Je ne connaissais rien des champs électromagnétiques (CEM) jusqu’au printemps 2014, alors que des projets de tours de téléphonie sans fil s’annoncèrent pour la région semi-rurale où j’habite. Par curiosité, je suis allée à une soirée d’information sur le sujet. Ayant trouvé cela intéressant, j’ai proposé un article fouillé à l’éditeur d’une publication locale[3].

Ce printemps-là, j’éprouvais divers malaises dont je ne comprenais pas la provenance : sensations d’étourdissement parfois accompagnées de confusion mentale, faibles sensations d’engourdissement, en particulier d’un côté du corps; palpitations cardiaques qui duraient longtemps, maux de tête, insomnie, larmoiement des yeux, irritabilité. Il a fallu que je me retrouve à l’urgence de l’hôpital – le côté droit de mon visage étant devenu très engourdi pendant deux heures – pour que je décide de prendre le taureau par les cornes : je voulais comprendre ce qui m’arrivait! Tous les tests faits ce jour-là à l’urgence pour voir si j’aurais fait un caillot au cerveau – l’hypothèse évoquée par les médecins – s’avérèrent négatifs.

L’essentiel carnet de bord

J’ai donc commencé à tenir un carnet de bord des malaises éprouvés et de mes activités quotidiennes : où elles avaient lieu, les sources d’émissions et la durée de mon exposition. Puis j’ai fait venir un électricien spécialisé en mesure et correction des CEM pour vérifier les niveaux d’électrosmog[4] dans notre maison. Les mesures prises le confirmèrent, et m’apprirent que nous avions… un compteur électrique émettant des radiofréquences, depuis le printemps 2012, année où nous avions agrandi la maison! Et nous avons découvert que l’antenne de notre connexion Internet sans fil émettait des niveaux élevés de radiofréquences, tout comme notre téléphone sans fil.

Très sceptique au départ, mon conjoint accepta — en voyant les niveaux de RF sur l’appareil de mesure de l’électricien — qu’on atténue les CEM auxquels nous étions exposés. Nous avons demandé à Hydro-Québec de remplacer son compteur numérique par un compteur sans émissions de RF, dit « non communicant ». Puis nous sommes partis en vacances dans sa famille, à Vancouver, où les domiciles de six de ses frères et sœurs comportaient des appareils sans fil en nombre et puissance supérieurs aux nôtres. Pendant notre séjour là-bas, j’éprouvai tellement de malaises que j’eus peur de ne pas m’en sortir vivante! En plus, j’ai eu plusieurs épisodes de sensations d’oppression respiratoire, comme lorsqu’on est en altitude. Et des engourdissements d’un côté du corps, comme avant mon départ. Rien de rassurant. Mais je tins bon.

De retour chez nous, après trois jours, mes symptômes avaient entièrement disparu : je me sentais tellement mieux! Pendant notre absence, le CEM de notre domicile avait en effet été corrigé par l’électricien. Il avait en particulier corrigé la mise à la terre, rectifié des branchements de câblage erronés contribuant à accroître le champ électrique dans certains murs, installé des biorupteurs pour couper l’électricité au besoin dans des secteurs tels notre chambre, la nuit. De plus, le compteur électrique avait été changé, et nos deux chattes étaient, à notre étonnement, devenues beaucoup plus calmes[5].

Origines de mon électrohypersensibilité 

Je commençai alors à lire sur les symptômes d’électrohypersensibilité (EHS). Je n’avais pas voulu le faire avant, car, comme scientifique (j’ai une maîtrise en santé publique et un doctorat en sciences humaines appliquées, sur l’humanisation de la naissance), je ne voulais pas influencer la prise de données dans mon carnet de bord! Je m’aperçus alors que les divers malaises éprouvés depuis le printemps 2012 — moment où notre compteur mécanique fut remplacé par un compteur numérique émetteur — étaient probablement aussi des symptômes d’EHS. D’autant plus que plusieurs malaises s’étaient manifestés pour la première fois alors que, pendant nos rénovations, nous séjournions chez des amis qui avaient l’Internet Wi-Fi – ce que nous n’avions pas chez nous – , des téléphones sans fil… et un compteur émetteur situé à côté de la porte d’entrée de la cuisine, comme j’ai pu le vérifier après coup.

J’en ai déduit que j’étais probablement devenue électrohypersensible, à mon insu, depuis 2009. C’était l’année où l’antenne réceptrice-émettrice de notre fournisseur d’Internet avait été posée sur un mur extérieur de notre salon. Entre 2009 et 2012, les symptômes que j’ai peut-être eus ne furent ni assez nombreux, ni assez frappants pour que je les remarque. En 2012, une tour de téléphonie cellulaire fut érigée à deux kilomètres de chez moi, ce qui intensifia le CEM ambiant.

La découverte à l’été 2014 de cette nouvelle donne dans ma vie, l’électrohypersensibilité, alors que je n’avais jamais été allergique à quoi que ce soit auparavant, me causa tout un choc. Je continuai à tenir un journal jusqu’à l’été 2015, qui vient de s’achever, journal enrichi par la prise de mesures fournies par le lecteur de radiofréquences que je m’étais procuré en cours d’année[6]. Mes notes confirmèrent la survenue des mêmes malaises à la suite d’une exposition – autre que passagère –  à des sources significatives d’émissions de radiofréquences. Je continuai donc à tenter de passer le moins de temps possible à proximité de sources d’émissions, telles l’Internet Wi-Fi, les cellulaires, les téléphones sans fil, les compteurs intelligents, les fours micro-ondes…

Finalement, au printemps dernier, un médecin confirma que je souffre d’électrohypersensibilité.[7] C’est donc de ce syndrome qu’il sera principalement question dans ce blogue, au cours des mois qui viennent, à partir de mon expérience personnelle et de ce que j’apprends depuis un an, de lectures d’études scientifiques, de conférences auxquelles j’ai assistées. Il sera aussi question, ici et là, des autres effets biologiques possibles de la technologie sans fil. Par exemple du lien établi entre l’utilisation d’un téléphone cellulaire et une forme de cancer du cerveau, et qui a conduit le Centre international de recherche sur le cancer, rattaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à classer en 2011 les radiofréquences comme « peut-être cancérogènes ».

J’ai déjà hâte d’écrire mon second blogue sur ce sujet que je trouve passionnant, même si être électrohypersensible n’est pas toujours facile et que cela me force à transformer ma vie! En espérant que ce sera le point de départ d’échanges sur le sujet avec vous qui me lisez. (Vous pouvez d’ailleurs m’écrire vos questions et commentaires dans la boîte de commentaires située au bas de cette page.) Au plaisir de partager avec vous nos découvertes mutuelles.

[1] Remarquez l’expression « se dire », utilisée même par les autorités en santé.

[2] Variantes : « que l’Internet Wi-Fi a été installé », etc.

[3] Vadeboncoeur, H. (2014) « Champs électromagnétiques et santé publique », Journal Le Saint-Armand, 11(5) :6-9, avril-mai 2014

[4] Selon l’Office fédéral de l’environnement de la Confédération suisse, « le terme générique « électrosmog » est souvent employé pour désigner tous les champs électriques et magnétiques générés par la technologie. Le mot « smog » désigne une pollution indésirable de l’atmosphère. À la différence de ces polluants, le rayonnement électromagnétique est généré délibérément, du moins en partie, puisque, dans le cas de la téléphonie mobile et de la radiodiffusion, il sert de support à la transmission d’informations. »

[5] L’électricien avait remarqué que, outre le champ magnétique élevé, le champ électrique était très élevé au niveau du plancher.

[6] Il s’agit de l’Acoustimeter de EMFields, modèle AM-10 qui mesure les radiofréquences se situant entre 200 MHz et 8 GHz.

[7] Au Québec, contrairement à d’autres provinces canadiennes (Ontario, Nouvelle-Écosse), l’électrohypersensibilité n’est pas reconnue par le gouvernement provincial. Par contre, en juin 2015, le comité permanent de la Santé de la Chambre des communes a recommandé « que le gouvernement du Canada continue de prendre des accommodements raisonnables en cas de manifestations d’intolérance au milieu, comme l’hypersensibilité électromagnétique, conformément à ce qu’exige la Loi canadienne sur les droits de la personne »

Quelques médecins québécois, au fait des études scientifiques sur les effets biologiques des RF/micro-ondes, acceptent des demandes de consultation à ce sujet et ont émis ce diagnostic, bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie reconnue par l’OMS. En 2005, cet organisme affirmait que les symptômes attribués à l’hypersensibilité électromagnétique sont réels et peuvent être parfois très handicapants, mais il n’a pas été prouvé hors de tout doute qu’ils sont déclenchés par l’exposition aux CEM. Sauf que depuis les années 60, on sait qu’une exposition à des équipements de technologie sans fil – les radars depuis la Seconde Guerre mondiale – entraînait ce qu’on appelait alors « la maladie des ondes ». Et, depuis, des chercheurs tels, au Canada, Magda Havas, de l’Université Trent en Ontario, ou Paul Héroux (faculté de médecine de l’Université McGill) ou, en France, l’oncologue Dominique Belpomme, ont confirmé que les CEM dont les ondes émises par la technologie sans fil peuvent avoir des effets biologiques nuisibles[1]. D’ailleurs, en septembre dernier, un groupe d’experts indépendants réunis par le Dr Belpomme demandait à l’OMS de reconnaître les hypersensibilités chimique et électromagnétique comme des maladies à part entière.



 
Paul Héroux Ph.D. : http://arxiv.org/abs/1209.5754v1 À noter : M. Héroux n’a pas encore publié sur le sujet des RF mais il voit les mêmes effets sur les cellules cancéreuses qu’avec les champs magnétiques de 60 Hz.
 
Dr Dominique Belpomme : Ce chercheur oncologue poursuit une étude sur les biomarqueurs (ex : résultats de tests sanguins, de scans du cerveau) associés à l’électrohypersensibilité. Lire ici sa présentation faite en mai dernier, à Bruxelles, dans le cadre du 5e Colloque de l’Appel de Paris qu’il a présidé.

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9 Responses

  1. Francine

    Savez-vous s’il existe diverses facons de se protéger des ondes? Car même si on veut se progéter à tout prix, les ondes sont partout.

    Lors de la sortie de compteur intelligent, j’ai vu sur internet des cages qui coupaient les ondes, selon vous, est-ce crédible?

    Je porte un collier avec une pierre d’amazonite qui aide le système nerveux…

    Y a-t-il d’autres facons de se protéger réellement?

    Merci de votre article très intéressant! J’ai hâte de vous lire à nouveau.

    1. Daniel Lareau

      Bonjour

      J’ai essayé les cristaux et autres pierres et cela n’a pas réellement fonctionné. Pour couper les ondes des compteurs il y a la peinture au graphite Y shield, des tissus spéciaux et le moustiquaire d’aluminium.

      1. hélène vadeboncoeur

        Bonjour Daniel,
        Merci de votre contribution. Je viens de la lire, après avoir répondu à la lectrice Francine. Oui, ce que vous dites peut couper ou fortement diminuer la pénétration des ondes. En ce qui concerne les tissus, on peut voir en mesurant par exemple à l’intérieur d’un tissu entièrement refermé (sans ouverture) la réduction des ondes. Mais ces tissus et vêtements protecteurs n’ont pas, à ma connaissance, été testés pour en mesurer l’efficacité auprès de personnes électrosensibles, qui doivent les essayer pour voir si cela leur convient.

    2. hélène vadeboncoeur

      Bonjour Francine,
      Merci de votre commentaire. En réponse à votre interrogation, le métal est la matière la plus susceptible de couper, ou en tout cas de diminuer de beaucoup, la pénétration de lieux par les ondes. Lorsque j’ai découvert que j’avais un compteur intelligent, en attendant de le faire changer, j’ai mis sur le mur intérieur correspondant un moustiquaire en aluminium 8′ x 8′, mis à la terre, et les mesures des radiofréquences ‘avant-après’ montraient une réduction de celles-ci. Et j’ai pu voir sur un compteur intelligent un capuchon en papier d’aluminium (3-4 feuilles d’épaisseur) qui a diminué de 1000 fois le niveau de radiofréquences émis. Et oui, la peinture à graphites peut servir à se protéger. Mais la puissance des ondes est de plus en plus grande, et certaines parviennent à traverser les matériaux ‘blindants’.

  2. Daniel Lareau

    Bonjour Hélène
    Je peux certifier par ma propre expérience que ces tissus fonctionnent. Sur les forums des dizaines de gens EHS le confirment ainsi que les cages de Faraday, le &&body grounding&&, la détoxication, les filtres Graham Stetzer et j’en passe. Il faut y aller graduellement car tout ça est nouveau et peut avoir l’effet contraire si mal appliqué.

  3. soso

    bonjour,

    j’aimerai avoir votre avis concernant le 220 absoplug, j’ai envoyé un mail en lui posant cette question && pourriez vous me renseigner si possible, sur la capacité du boitié 220 ABSOPLUG à absorber les ondes du ou des futurs compteurs intelligents (linky)…&&

    il m’a répondu ceci &&Installé dans votre chambre le 220ABSOPLUG évite entre autre que quasiment tous les courants rayonnants Linky ou autres se transforment en ondes électromagnétiques/
    Nous avons effectués ces démonstrations en public lors de nos dernières conférences
    le 20 21 22 Novembre 2015 au Parc des Expositions de Narbonne (pièce jointe).&&

    je mets le lien de son blog : http://www.220absoplug.com/?page=2&p=153

    je sais qu’il faudra refuser ces compteurs, mais ils feront du &&forcing&& comme ils ont fait au quebec et il faudrait aussi penser à se protéger juste au cas où.

  4. Cathia

    Bonjour,
    Que faut-il faire si nous avons la boîte ou panneau électrique dans notre chambre à coucher? Ça peut sembler bizarre, mais il s’agit d’une maison dont les chambres se trouvent au sous-sol ainsi que la salle de bain principale.

    Existe-t-il des panneaux ou des écrans à mettre par-dessus la boîte électrique pour se protéger du rayonnement électromagnétique? Il s’agit d’un panneau de 125 ampères.

    Merci beaucoup,

    Cathia
    P.S. Je vis au Québec.

    1. agfauteux

      Il faudrait mesurer l’intensité du champ magnétique émis en période de chauffage. Il est déconseillé de s’exposer à long terme (ex 8 heures chaque nuit) à un champ dépassant 1 ou 2 milligauss, le taux de leucémie infantile doublant au delà de 3 milligauss. Il est très coûteux de blinder un tel champ (avec du Mumetal), vaut mieux simplement s’en éloigner. Faites aussi inspecter le système électrique par un électricien ou technicien en hygiène électromagnétique pour vous assurer qu’il n’y a pas d’erreurs de câblage générant des champs élevés.

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