La Californie savait les compteurs « intelligents » nocifs

La Californie savait les compteurs « intelligents » nocifs

 

« Il y a vraiment des gens qui ressentent de la douleur (ou autre symptôme) liée aux CEM », écrivait l'ancien président de la CPUC Michael R. Peevey dans un courriel saisi par le procureur général de la Californie. ©Emfsafetynetwork.org

« Il y a vraiment des gens qui ressentent de la douleur (ou autre symptôme) liée aux CEM », écrivait l’ancien président de la CPUC Michael R. Peevey dans un courriel saisi par le procureur général de la Californie. ©emfsafetynetwork.org

Conseillé secrètement par l’ancien médecin responsable des études sur l’électrosmog à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à l’institut de recherche des compagnies d’électricité américaines (EPRI), l’État américain offre l’option du compteur mécanique non émetteur de micro-ondes qu’Hydro-Québec prétend non disponible.

• Partenariat entre l’industrie et l’OMS
• L’hypersensibilité électromagnétique
• Sur la nocivité des compteurs à RF

Les gens devenus intolérants aux champs électromagnétiques (CEM) devraient pouvoir conserver leur compteur électromécanique (analogique) plutôt que de se faire imposer un compteur « intelligent » électronique (numérique) émetteur de radiofréquences (RF), avouait en 2010 l’ancien président de la Commission des services publics de la Californie (CPUC) dans un courriel saisi grâce à un mandat de perquisition. La missive de Michael Peevey était adressée à nul autre que Brian K. Cherry, vice-président du grand fournisseur d’énergie Pacific Gas & Electric (PG&E), de San Francisco. En janvier 2015, des enquêteurs du bureau du procureur général californien ont saisi leurs ordinateurs dans le cadre d’une enquête criminelle. Les deux hommes sont soupçonnés de collusion et de corruption dans la nomination d’un magistrat favorable à une demande de hausse de tarif générant des revenus de 1,3 milliard $. (Lire Former CPUC President Loretta Lynch–Flanked by Physicians and Researchers–Delivers Searing Indictment of Smart Meters and EMF Risks at Mountain View Wireless Summit.

Le compteur « intelligent » Focus de Landis+Gyr installé par Hydro-Québec.

Le compteur « intelligent » Focus de Landis+Gyr installé par Hydro-Québec.

Depuis le début de leur déploiement en 2006 un peu partout dans le monde, les gouvernements et les services publics d’électricité, d’eau et de gaz ont toujours prétendu que les compteurs intelligents ne présentaient aucun danger pour la santé publique. Et ce, malgré les milliers de plaintes d’usagers et de médecins qui rapportent une foule de cas de symptômes d’hypersensibilité électromagnétique (HSEM) aggravés ou apparus après l’installation de ces émetteurs de micro-ondes pulsées (lire les témoignages déposés par des Québécois à la Régie de l’énergie du Québec). Or, le 3 septembre 2010, Peevey écrivait à Cherry au sujet de ces compteurs dits de nouvelle génération : « Il y a vraiment des gens qui ressentent de la douleur (ou autre symptôme) liée aux CEM, et plutôt que de les voir devenir hystériques, je les laisserais discrètement tranquilles. »

Le compteur électromécanique (analogique), non émetteur de micro-ondes.

Le compteur électromécanique (analogique), non émetteur de micro-ondes.

Au début de ce message, il confiait : « Si c’était ma décision, je laisserais n’importe qui le désirant conserver son vieux compteur analogique, s’il prétendait être affecté par les champs électromagnétiques ou souffrir d’un autre problème de santé lié à l’électronique et pouvait produire une lettre de médecin l’affirmant (ou exprimant une inquiétude concernant cette probabilité). J’instituerais une telle politique discrètement et seulement sur une base individuelle. » Devant l’aveu de Michael Peevey, le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle, « redemande avec insistance qu’une enquête de santé publique indépendante basée sur ces nouvelles informations et révélations. » Au bureau de la ministre déléguée à la Santé publique du Québec, Lucie Charlebois, rien de neuf. « La position concernant les compteurs intelligents reste la même », affirme son attachée de presse, Alexandra Bernier. Selon elle, l’option de retrait offerte par Hydro-Québec est suffisante. Pourtant, elle n’aide en rien les gens vivant dans des immeubles à logements dans lesquels sont situés plusieurs compteurs car ils doivent convaincre leurs voisins de payer des frais de retrait.

Un expert déboulonne les avantages prétendus des compteurs intelligents L’industrie et les gouvernements prétendent que les compteurs et réseaux « intelligents » permettant le transfert d’information sans fil présentent plusieurs avantages pour le consommateur. Parmi ceux-ci, la détection de panne et le rétablissement de service plus rapides, la possibilité de branchement et de débranchement à distance, l’encouragement à l’économie d’énergie grâce à l’information en temps réel sur le profil de consommation. Ces compteurs et réseaux favoriseraient aussi l’émergence des énergies renouvelables (solaire, éolienne, etc). Mais dans les faits, tout cela est une supercherie et les compteurs intelligents ne profitent qu’aux fournisseurs de services publics, selon l’auteur du rapport Getting smarter about the smart grid, l’expert en télécommunications américain Timothy Schoechle. On ne parle pas ici d’un écolo radical. Depuis 1990, ce pionnier de la domotique est secrétaire du comité international ISO/IEC JTC1 SC25 WG1 de normalisation des systèmes électroniques domestiques. Selon lui et plusieurs autres experts, partout où ils ont été installés, les compteurs intelligents sont associés à des hausses de factures, à l’instauration de la facturation différenciée dans le temps (tarif plus élevé en période de pointe et plus bas hors pointe), à des atteintes à la vie privée (partage des données sur nos habitudes de vie), ainsi qu’à des risques accrus de piratage et d’incendie. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs Québécois veuillent conserver leur compteur mécanique en le barricadant ou en empêchant Hydro-Québec d’y accéder lorsqu’il est situé dans leur habitation. Selon Marie-Michelle Poisson, porte-parole du mouvement Refusons les compteurs, Hydro-Québec ne considère que les compteurs non communicants installés et non ces refus quand elle affirme que moins de 1 % des Québécois ont refusé l’installation d’un compteur intelligent. « Hydro-Québec n’a jamais fourni de chiffres permettant de comparer le nombre de compteurs à installer avec le nombre effectivement installés pour un territoire donné. La société d’État a réussi à déployer le total du 1,7 million de compteurs autorisés de la phase 1 seulement parce qu’elle a élargi le territoire de déploiement de cette phase en incluant Lanaudière et les Laurentides (désignées au départ par la phase 2-3) afin d’éviter les quartiers centraux de Montréal, où les compteurs se retrouvent regroupés à l’intérieur de domiciles et sont très difficiles d’accès. Dans notre quartier pilote de Villeray, le taux de refus était d’environ 35 %. Or le rapport de suivi porte sur les mois d’octobre novembre et décembre 2014 a enfin été publié avec deux mois de retard. Nous y apprenons que les demandes d’option de retrait ont presque triplé dans les trois derniers mois, passant de 12 722 à 31 710 demandes, ce qui porte le nombre de demande de retrait à 6 000/mois en moyenne, malgré toutes les difficultés rencontrées pour obtenir la communication avec le service à la clientèle qui ont été rapportées au mois de décembre 2015, Hydro-Québec ne faisant rien pour faciliter les démarches auprès de sa clientèle.

« Le dernier trimestre a vu le nombre moyen de demandes de retrait passer à 6000 demandes par mois. Cela nous permet d’estimer que le nombre total de 38 000 demandes de retrait aura été atteint au alentour du 31 janvier 2015 (nombre qui sera disponible dans le prochain rapport de suivi couvrant les mois de janvier, février et mars 2015). Ce nombre représente un taux de refus absolu de 1% de la clientèle en regard du nombre total de 3.8 millions de compteurs résidentiels de nouvelle génération à installer. L’atteinte de ce seuil fatidique de 1% coïncide avec la date de démission de M. Georges Abiad, ex-directeur du déploiement des compteurs « intelligents ».

Le compteur non communicant offert par Hydro-Québec dans le cadre de son option de retrait, le Centron C1S d'Itron.

Le compteur non communicant Centron C1S d’Itron offert par Hydro-Québec dans le cadre de son option de retrait.

Depuis 2008, PG&E a installé sur des bâtiments californiens neuf millions de compteurs de marque Focus fabriqués par la compagnie suisse Landis+Gyr, les mêmes qu’installera Hydro-Québec d’ici 2017. Finalement, ce n’est qu’en 2013 que la CPUC, qui réglemente les activités d’entreprises privées de services publics, a permis officiellement aux gens qui le désirent de se faire installer un compteur électromécanique, non émetteur de RF. Offerte depuis 2012, l’option de retrait de PG&E rend possible l’usage d’un compteur à roulette de marque GE remis à neuf, moyennant des frais d’installation de 75 $ et de relève de 10 $ par mois (ou de 10 $ et de 5 $ respectivement pour les ménages à faible revenu). Curieusement, l‘option de retrait d’Hydro-Québec concerne plutôt la pose d’un compteur numérique « non communicant » (non émetteur de RF), le modèle américain Centron C1S d’Itron. Les frais sont de 85 $ pour l’installation et de 5 $ par mois pour la relève.

Bien que la plupart des personnes électrohypersensibles voient leurs symptômes diminuer après la pose du compteur non communicant, certaines se plaignent de réactions à l’interférence électromagnétique qu’il génère, comme le fait tout appareil électronique (incluant l’éclairage fluorescent, les rhéostats, les onduleurs, etc.). « Les compteurs électromécaniques, que l’on reconnaît à leur disque qui tourne et à leurs cadrans, ne sont plus fabriqués en Amérique du Nord depuis 2010, affirme Hydro-Québec sur son site Web. La décision de les remplacer n’est donc pas un choix, mais une nécessité. » Pourtant, cela n’a pas empêché PG&E d’installer plus de 50 000 compteurs analogiques remis à neuf!

À titre de président de la CPUC, Peevey devait trancher impartialement l’épineux dossier des compteurs dits  intelligents qui transmettent les données de consommation par l’intermédiaire de radiofréquences de type micro-ondes (902-928 megahertz et 2,4 gigahertz). Or, parmi les plus de 65 000 courriels saisis par les autorités, plusieurs confirment qu’il était de mèche avec l’industrie. (Il fut d’ailleurs précédemment président de la compagnie d’électricité Southern California Edison.) Il n’a pas respecté son devoir de neutralité en échangeant des courriels jugés « inappropriés » avec Cherry et d’autres cadres de PG&E, qui furent d’ailleurs congédiés pour cela, affirme Sandi Maurer, directrice de l’EMF Safety Network, groupe de pression californien qui a diffusé plusieurs des courriels saisis qu’elle a obtenus grâce à la loi d’accès à l’information. « Ils ont discuté des problèmes de compteurs intelligents en privé, violant leurs propres règles de procédure, écrit Mme Maurer. Peevey croyait que PG&E devait faire quelque chose à ce sujet. Mais au lieu de réglementer cette compagnie pour assurer la sécurité publique, il a reporté sa responsabilité légale à PG&E. Il a écrit: ” Si c’était ma décision ”. En tant que commissaire responsable du dossier, c’était sa décision. Et il l’a retardée pendant des années,  jusqu’à ce que tous les anciens compteurs analogiques aient été remplacés. »

Leeka I. KheifetsPartenariat entre l’industrie et l’OMS

La confidence faite par Michael Peevey au sujet des électrohypersensibles s’appuyait probablement sur une source bien informée : un courriel daté du 15 septembre 2010 indique que la CPUC était conseillée par l’épidémiologiste Leeka Kheifets, professeure de santé publique en résidence à l’Université de la Californie à Los Angeles. Ex-employée et consultante auprès de l’industrie électrique, celle-ci connaît très bien les effets des CEM sur la santé. En effet, elle a dirigé des études sur le sujet, d’abord à l’Electric Power Research Institute (EPRI, l’institut américain de recherche sur l’électricité), puis à l’Organisation mondiale de la santé! Elle est bien connue comme étant une personne qui minimise les risques sanitaires des CEM, du moins en public. La Dre Kheifets est la principale responsable des avis de santé publique nationaux sur les CEM, calqués parfaitement sur l’argumentaire des compagnies d’électricité et de télécommunications. « Parmi toutes les personnes que je connaisse, Leeka Kheifets est celle qui a fait le plus pour miner la recherche sur les CEM », affirme l’épidémiologiste américain Samuel Milham, premier chercheur à conclure à un risque accru de leucémie chez les travailleurs surexposés aux CEM. La Dre Kheifets n’a pas répondu à nos courriels et messages téléphoniques, pas plus que la CPUC et PG&E.

Le Dr Michel Plante d'Hydro-Québec représente aussi l'industrie du cellulaire. Photo : journalacces.ca

Médecin à l’emploi d’Hydro-Québec, le Dr Michel Plante représente aussi l’industrie du cellulaire. ©journalacces.ca

Alors qu’elle œuvrait à l’OMS, son patron Mike Repacholi et elle travaillaient main dans la main avec les compagnies d’électricité, a révélé Microwave News en octobre 2005. Repacholi avait invité six de leurs représentants pour assister Kheifets dans la mise à jour de sa monographie no 238 de critères d’hygiène environnementale sur les CEM, publiée en 2007. Parmi les six « observateurs » internationaux qui ont contribué à la rédaction et aux corrections finales du document, on comptait un Canadien, le Dr Michel Plante. Ce médecin de famille de formation est responsable de la protection de la santé des travailleurs et du public depuis 1983 à Hydro-Québec, et plus récemment consultant auprès des compagnies de téléphonie cellulaire. Or, c’est sur les avis biaisés de l’OMS que nos gouvernements disent que l’exposition à long terme à de faibles doses de RF est sans danger, malgré que ces ondes radio aient été classées « peut-être cancérogènes » (groupe 2B) en 2011 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), un organisme rattaché à l’OMS, sur la base d’un  risque doublé de cancer du cerveau au bout d’au moins dix ans d’utilisation, chez les utilisateurs intensifs du téléphone cellulaire, soit ceux qui s’en servent 30 minutes et plus par jour en moyenne, souvent du même côté de la tête. D’ailleurs, le taux de survie des gens atteints d’un gliome (un cancer du cerveau agressif) diminue en fonction de l’augmentation du nombre de minutes d’usage d’un téléphone sans fil domestique ou d’un cellulaire.

L’aveu de Michael Peevey est éloquent. Il confirme une fois de plus que les gouvernements et les services publics sont des partenaires qui se concertent pour harmoniser leur double discours au détriment de la santé publique. Un discours que ce dossier propose d’analyser à la lumière des faits. Ceux-ci révèlent des fissures importantes dans le maquillage de la vérité élaboré par les façonneurs d’image de ces partenaires au sujet des compteurs à RF. En fait, ces appareils sont nocifs et peuvent bel et bien déclencher ou aggraver des problèmes de santé qui n’ont rien de psychosomatique (lire L’intolérance électromagnétique élucidée). Comme nous le verrons plus loin, les milliers de très brèves salves quotidiennes de micro-ondes émises par les compteurs peuvent parfois faire plus de dommages que celles provenant de téléphones portables et d’antennes. Les faits illustrent également combien il est injuste de forcer les gens à payer des frais d’option de retrait pour se protéger d’un polluant qu’on leur impose, d’autant plus injuste pour ceux qui vivent en appartement, puisque cette situation exige qu’ils paient davantage pour se protéger des émissions des compteurs de leurs voisins ou sinon qu’ils déménagent.

Le physicien Paul Héroux dirige le programme de santé au travail à la faculté de médecine de l'Université McGill.

Le physicien Paul Héroux dirige le programme de santé au travail à la faculté de médecine de l’Université McGill.

Et au-delà des effets à court terme, les recherches les plus récentes incitent un nombre croissant d’experts de l’épidémiologie du cancer à proposer que les RF devraient plutôt être classées « probablement cancérogènes » (groupe 2A), voire « cancérogènes » (groupe 1), selon l’oncologue suédois Lennart Hardell : deux études, l’une signée en 2011 par l’équipe du physicien Paul Héroux, de l’Université McGill, et observant des cellules cancéreuses exposées à des champs magnétiques domestiques (60 hertz, classés 2B en 2001), et une seconde publiée ce mois-ci et portant sur des souris exposées à des RF, ont démontré que ces deux types de radiations favorisaient la croissance des tumeurs. Et c’est sans mentionner les nombreux autres effets imperceptibles des RF, comme les dommages génétiques, reproducteurs, cérébraux et autres documentés dans des études scientifiques depuis plus de 50 ans. Juste entre 2007 et 2012, environ 1 800 nouvelles études furent publiées à ce sujet, selon le site bioinitiative.org du rapport indépendant le plus complet en la matière.

Première étude médicale

Les compteurs « intelligents » furent installés pour la première fois en 2006, en Australie. C’est là qu’une médecin de famille de Melbourne, Frederica Lamech, elle-même rendue malade par les émissions des compteurs de ses voisins, a récemment signé la toute première étude médicale au monde portant sur les effets sanitaires aggravés ou apparus après l’installation de ces appareils. Son étude fut publiée le 20 novembre 2014 dans la revue scientifique Alternative Therapies in Health and Medicine. Elle a analysé les principaux symptômes d’électrohypersensibilité dont se sont plaints 92 résidants de Melbourne sur le site Stop Smart Meters Australia. Parmi ces 92 personnes, 48 % se plaignaient de problèmes de sommeil, 45 % de maux de tête, 33 % d’acouphènes et autres bruits dans les oreilles, 32 % de fatigue et 30 % de troubles cognitifs, comme des problèmes de concentration, d’orientation ou de mémoire. Le même genre de symptômes dont souffrait cette médecin.

Dre Frederica Lamech

Dre Frederica Lamech

Selon la Dre Lamech, ces symptômes « recoupent presque entièrement « ceux rapportés en 1972 par le chercheur de la Marine américaine Zorach Glaser dans une recension de 2 300 études portant sur les effets biologiques associés à l’exposition aux RF. Et des proportions similaires de gens se sont plaints des mêmes symptômes dans le cadre d’un sondage réalisé en 2011 par le docteur en statistique Ed Halteman. Son étude s’est faite sur 318 Américains disant souffrir de malaises qu’ils associaient à ces compteurs sans fil. Et ces mêmes symptômes sont également les plus communément liés à l’exposition aux RF, affirme l’Association médicale autrichienne dans sa Directive pour le diagnostic et le traitement des problèmes de santé et de maladies liés aux CEM (syndrome des CEM), publiée en 2012. « Ce syndrome a été décrit pour la première fois par des chercheurs russes dans les années 1950, qui l’ont appelé maladie des micro-ondes », écrit la Dre Lamech. Selon le neurochirurgien australien Vini G. Khurana, ce phénomène touche particulièrement les gens passant plusieurs heures par jour à moins de 10 pieds (3 m) d’un compteur « intelligent.

L’hypersensibilité électromagnétique (HSEM)

Avec la mode du tout-au-sans-fil, la HSEM est un phénomène en progression depuis l’an 2000. Déjà entre 3 et 5 % de la population a reçu un tel diagnostic, selon le Comité économique et social européen (CESE), et en 2004, 9 % des Allemands et 11 % des Britanniques s’en disaient atteints, rapporte le Dr Gerd Oberfeld, du département de santé publique de Salzbourg, en Autriche. EHSLe 23 janvier 2015, le CESE, organisme consultatif de l’Union européenne, plaidait pour le maintien du principe de précaution en la matière même si aucun lien causal hors de tout doute n’a été établi entre l’exposition aux radiofréquences et la HSEM, « d’autant plus que des recherches supplémentaires sont encore nécessaires pour recueillir des informations probantes concernant les incidences potentielles sur la santé d’une exposition de longue durée. » Bien que contesté pour sa trop grande mollesse par les groupes européens de défense de personnes électrohypersensibles, cet avis affirmait néanmoins : « L’exposition aux champs électromagnétiques ne cesse d’augmenter en raison de l’expansion que les technologies afférentes ont connue ces dernières années. Il peut en résulter non seulement des problèmes de santé mais aussi des restrictions dans l’accès à de nombreux lieux publics et privés (bibliothèques, hôpitaux ou transports publics), notamment lorsque les bâtiments concernés ont été pourvus d’équipements pour la diffusion de la technologie sans fil. Il peut arriver, dans certains cas, que les gens touchés se heurtent à l’incompréhension ou au scepticisme du monde médical, qui n’aborde pas ce syndrome de manière professionnelle et, dès lors, ne procède pas comme il le faudrait à un diagnostic et à un traitement adéquats. Face aux grandes divergences de fond qui existent entre les avis scientifiques, il importe de renforcer l’indépendance des instances qui interviennent dans la détermination des seuils d’exposition. »

Pour sa part, en recommandant l’application du principe de précaution en matière de CEM, la directrice de l’Agence européenne pour l’environnement, Jacqueline McGlade, a écrit en 2009 : « Nous avons noté que dans le cadre de débats antérieurs sur le danger pour la santé présenté par des substances comme l’essence au plomb et le méthylmercure, les scientifiques ” sonneurs d’alerte ” souffraient fréquemment de la discrimination à leur égard, de la perte de fonds de recherche, et des attaques personnelles indues à leur intégrité scientifique. Il serait surprenant que ce ne soit pas déjà une caractéristique de la controverse actuelle sur les CEM… »

L'oncologue Dominique Belpomme souhaite que la pollution et la destruction de la nature soient considérées comme de véritables crimes et donc sanctionnées pénalement.

L’oncologue parisien Dominique Belpomme, président de l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (artac.info).

L’oncologue parisien Dominique Belpomme, qui traite la plus importante cohorte mondiale – plus de 1 000 patients atteints de HSEM –, organise d’ailleurs un colloque sur le sujet auquel La Maison du 21e siècle assistera, les 18 et 19 mai prochain à Bruxelles. « Nous savons avec certitude que l’hypersensibilité électromagnétique n’est pas psychosomatique, m’avait-il confié en entrevue en décembre 2010. Les CEM provoquent des effets majeurs dans le cerveau. Le plus important d’entre eux est l’ouverture de la barrière hématoencéphalique. Cela permet au mercure, aux organochlorés et à d’autres polluants de pénétrer dans le cerveau, où ils causent diverses maladies neurodégénératives. »

Aussi, le Dr Belpomme est convaincu que l’OMS devra réviser son avis sur le sujet, publié en décembre 2005. Celui-ci concluait : « La HSEM est caractérisée par divers symptômes non spécifiques qui diffèrent d’un individu à l’autre. Ces symptômes ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable. Quelle qu’en soit la cause, la HSEM peut être un problème handicapant pour l’individu touché. Il n’existe ni critères diagnostiques clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier ses symptômes à une exposition aux CEM. En outre, la HSEM ne constitue pas un diagnostic médical… »

C’est cette absence de reconnaissance médicale officielle qui fait hésiter les médecins québécois à poser ce diagnostic, au risque de se faire taper sur les doigts par leur Collège des médecins. Pourtant, un médecin spécialiste de médecine communautaire et de médecine du travail rattaché à la Direction de santé publique de Montréal, Louis Jacques, n’a pas hésité à le faire récemment dans le cas d’Estelle Servanin, une Montréalaise gravement malade. Dans mon éditorial de l’automne 2014, j’ai raconté ses mésaventures de façon anonyme à sa demande, pour protéger son identité et celle de son médecin. Intéressée par mon texte, la journaliste Claire Frémont, du magazine télévisé La Facture, a convaincu Mme Servanin et le Dr Jacques de raconter sa triste histoire dans un reportage diffusé en février 2015 sur les ondes de Radio-Canada. Voici une lettre du physicien Paul Héroux, professeur de toxicologie à la faculté de médecine de l’Université McGill, qui soutient sa demande de remboursement de peinture et de textile blindants afin de la protéger contre les CEM.

Selon les travaux en cours et non encore publiés du Dr Belpomme, il est clair que l’exposition aux champs électromagnétiques provoque des signes de souffrance cérébrale chez les personnes devenues intolérantes à ces radiations à force d’expositions répétées et prolongées. Des tests d’urine et sanguins ainsi que des échographies Doppler ont révélé qu’elles vivent des troubles de vascularisation cérébrale, que plusieurs d’entre elles ont des taux élevés d’histamine et de protéines de stress, que la plupart ont un taux de mélatonine (hormone anticancer) trop bas, et que 30 % ont des niveaux d’anticorps et de protéines qui indiquent un choc thermique.

Sur la nocivité des compteurs à RF

Ces découvertes, qui seront bientôt publiées dans une revue scientifique, n’intéressent guère le gouvernement du Québec, comme en témoigne son avis de santé publique sur les compteurs « intelligents » publié en mars 2012 : « À la lumière des connaissances scientifiques actuelles concernant les RF et la santé, et en tenant compte des niveaux d’exposition extrêmement faibles de RF provenant des compteurs de nouvelle génération d’Hydro-Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux [MSSS], en collaboration avec les directeurs de santé publique des Agences de la santé et des services sociaux, tient à informer la population que les RF émises par ces appareils ne posent pas de risques pour la santé. »

Le Dr Claude Tremblay

Le Dr dr Claude Tremblay

Ce genre d’avis est fondé sur des demi-vérités et relève plus de la stratégie politique que de la science, selon le Dr Belpomme. D’ailleurs, l’ancien responsable de la table nationale de la santé environnementale du MSSS, le Dr Claude Tremblay, à la fois toxicologue et épidémiologiste, m’a déjà confirmé que les rapports de l’Institut national de santé publique étaient parfois édités par le personnel politique avant d’être publiés.

Les compteurs nouvelle génération, dit l’avis du MSSS, « sont conçus pour émettre, à toutes les quelque 50 secondes, un signal RF qui dure environ 60 millièmes de seconde. Ils émettent donc près de 1 700 signaux par jour et l’intensité moyenne des RF à laquelle est exposée une personne se tenant à un mètre d’un compteur est d’environ 50 μW/m2 (50 microwatts par mètre carré, valeur moyenne calculée sur une période d’intégration de six minutes)… Ces niveaux d’exposition sont minimes comparativement à la norme de 6 000 000 μW/m² de Santé Canada. (Ils) sont également négligeables par rapport à l’exposition moyenne quotidienne à toutes les sources de RF présentes dans notre environnement, qui serait de 130 μW/m² (de 14 à 881 μW/m²), selon une récente étude suisse menée chez 166 participants suivis nuit et jour pendant une semaine. »

À Hydro-Québec, l’ancien responsable du projet de lecture à distance, Georges Abiad, a affirmé au journal Progrès Villeray : « Par jour, la somme de toutes les secondes donne moins de cinq secondes. En parallèle, le système fait de la synchronisation de façon intermittente; à chaque fois ce sont des millièmes de seconde. Dans le pire des cas, lors d’un déploiement lorsque la communication est la plus fréquente, le niveau d’exposition est de 20 000 à 50 000 fois inférieur aux normes de Santé Canada. Sur la base d’une heure, on se situe entre 0,5 et 2 secondes. S’il y avait un doute quant à un risque pour la santé, on n’irait pas de l’avant. »

Or, il faut d’abord comprendre que les lignes directrices de Santé Canada sur l’exposition aux RF, précisées dans son Code de sécurité 6, visent seulement à éviter l’échauffement des tissus après une exposition de six minutes. Comme les limites prescrites par la plupart des pays, elles reposent sur les recommandations de l’International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP), regroupant des ingénieurs et chercheurs liés à l’industrie. Elles sont basées sur des analyses de risques bâties sur des châteaux de cartes, selon l’expert australien Don Maisch. Jugées désuètes dès 1991 par trois organismes fédéraux américains, ces lignes directrices ne tiennent pas compte des effets non thermiques à long terme, dont l’électrohypersensibilité et le cancer. « Les ingénieurs ont accepté une responsabilité de normalisation pour laquelle ils n’étaient pas équipés pour l’assumer », expliquait Paul Héroux dans une conférence que cet ancien employé d’Hydro-Québec a prononcée à Québec le 21 janvier 2015 (on peut la visionner ici). « Mais les ondes avaient une grande importance stratégique pour eux. Ils montraient un grand enthousiasme pour les possibilités militaires, techniques, scientifiques et commerciales de l’usage de ces radiations… Or, les Soviétiques [qui avaient adopté des limites d’exposition jusqu’à mille fois plus sévères basées sur le principe de précaution, tout comme les Italiens, les Suisses, les Chinois, etc.] ont jugé que les ondes perturbaient le système nerveux et qu’il fallait être prudent. »

La émissions réelles epri average duty cycle

Ensuite, il est important de comprendre que la densité de puissance émise par les compteurs atteint en fait jusqu’à 65 000 μW/m² : l’intensité de 50 μW/m2 citée par le MSSS et Hydro-Québec est trompeuse car il s’agit d’une moyenne comptabilisant comme zéro tous les moments où le compteur n’émet pas. Hydro-Québec calcule qu’en moyenne les compteurs émettent moins de 0,1 % du temps (0,36 secondes sur une période de 6 minutes), nous a expliqué un ingénieur en électricité tenant à conserver l’anonymat. En effet, en page 77 d’un rapport publié en 2011 par l’EPRI, on apprend que 99 % des compteurs n’émettent pas plus de 0,355 % du temps et que la moyenne absolue est de 0,068 % (donc près de 0,1 %).

Mais s’il est vrai que la plupart émettent leurs micro-ondes pulsées une ou deux fois par minute (typiquement aux 30 à 50 secondes), ils communiquent tous constamment entre eux pour relayer l’information au fournisseur d’électricité et certains émettent 190 000 fois par jour (deux fois par seconde) pour gérer les messages envoyés au réseau maillé de lecture à distance, tel qu’indiqué en page 5 d’un témoignage déposé par PG&E devant la CPUC le 1er novembre 2011. Ainsi un compteur sur 88 296 émet 13,9 % du temps, selon le rapport d’EPRI, ce qui expliquerait pourquoi certains compteurs sont plus nocifs que d’autres, sans mentionner le fait que des centaines de routeurs sont installés sur des poteaux et des immeubles un peu partout à travers la province pour recevoir les données des compteurs et les relayer à Hydro-Québec. Bref quand on accepte qu’on nous installe un compteur intelligent, on joue en quelque sorte à la roulette russe, surtout que la tolérance du système nerveux à l’exposition aux ondes varie d’un individu à l’autre et que l’exposition chronique la réduit.epri 2011 p45 tablea 4-1

Il faut des appareils très sophistiqués et rapides – donc très coûteux – pour mesurer, enregistrer et compter les émissions des compteurs intelligents qui ne durent que des fractions de seconde. Publié en page 45 du rapport de l’EPRI mentionné ci-haut, le tableau 4-1 (ci-contre) est incompréhensible pour le commun des mortels. Notre ingénieur nous a expliqué qu’il indique qu’à un mètre de distance, la densité de puissance maximale du compteur L+G Focus équivaut à 1,084 % de l’exposition maximale permise par la commission fédérale des communications (FCC) américaine aux ondes de 900 MHz. Cette limite est la même que celle permise par le Code de sécurité 6 de Santé Canada : 6 millions de μW/m2. Multipliez 6 000 000 par 1,084 % et vous obtenez la densité de puissance réelle mesurable à un mètre d’un compteurs intelligent : 65 040 μW/m². Pour sa part, à la page 36 de cette réponse d’Hydro-Québec soumise à la Régie de l’énergie, le Centre de recherche industrielle parle de crêtes à 55 milliwatts par mètre carré (mW/m²), ce qui équivaut à 55 000 μW/m² (voir ce tableau des équivalences des mesures de CEM).

« Depuis l’an 2000, nous recommandons une limite préliminaire de 0,6 volt par mètre [960 μW/m²], car les bases scientifiques sont insuffisantes pour l’abaisser », nous a expliqué par courriel une sommité en matière d’effets des micro-ondes sur la santé, le Dr Michael Kundi, directeur de l’Institut de médecine environnementale de l’Université de Vienne, en Autriche. Considérée comme sécuritaire en 2007, mais pas dans les études les plus récentes sur les gens vivant près d’antennes relais, cette valeur limite était proposée dans la nouvelle loi française sur l’exposition aux CEM. Elle fut abandonnée pour faciliter son adoption, car il est désormais difficile de la respecter en milieu urbain.

Bref, si la proportion d’électrohypersensibles ne cesse d’augmenter, c’est que des millions de personnes sont déjà exposées à des doses de RF jugées dangereuses par les plus grands experts indépendants. « Les gens ont des maux de tête, car 65 000 μW/m² à un mètre, c’est énorme, affirme notre ingénieur. Les compteurs intelligents transmettent toujours à cette puissance de 65 000 μW/m² pour deux raisons : Hydro-Québec utilise la bande sans licence de 902-928 mégahertz que n’importe qui peut utiliser. Le signal doit donc être plus fort que les émissions d’autres appareils; et il doit se rendre le plus loin possible, jusqu’à 3 km à la campagne. »

Par ailleurs, les émissions et le cycle de service sont appelés à augmenter quand la seconde puce-antenne de ces compteurs, qui utilisera la bande 2,4 gigahertz utilisée notamment par le Wi-Fi, sera activée pour communiquer avec les cartes Zigbee intégrées aux nouveaux appareils électroménagers. Enfin, selon les experts, le plus dangereux n’est pas la dose instantanée reçue mais le fait que ces ondes pulsées soient émises de façon intermittente 24 heures sur 24. Chez les gens vivant à proximité de plusieurs compteurs ou à moins de quatre mètres d’un seul compteur, la dose peut dépasser celle reçue d’un routeur Wi-Fi ou d’un cellulaire utilisé avec prudence (le CIRC recommande l’usage d’une oreillette et du texto le plus souvent possible).

C’est l’exposition chronique, même à de très faibles doses, qui épuise le système nerveux de gens déjà surexposés à d’autres sources de RF et qui auraient auparavant subi des atteintes cérébrales (exposition aux pesticides, aux moisissures, aux métaux lourds, tels que les amalgames dentaires au mercure, etc.), selon des experts comme le Dr Roy Fox, ancien directeur du Nova Scotia Environmental Health Centre (lire L’électrohypersensibilité due à des agressions répétées au cerveau). De plus, les compagnies d’électricité n’informent pas le public que la documentation des fabricants de compteurs affirme qu’il ne faut jamais se tenir en deçà de 8 po (20 cm) d’un tel appareil pour respecter la norme de 6 000 000 μW/m² (niveau de micro-ondes très dangereux, notamment pour les yeux d’une personne qui se rapprocherait pour lire le compteur). Enfin, rappelons que l’alimentation à commutation des compteurs électroniques fait en sorte qu’ils génèrent beaucoup d’interférence nocive.

La suite des choses

Jusqu’ici, les grands médias ne se sont pas intéressés aux courriels de Michael Peevey portant sur les compteurs à RF et les personnes intolérantes aux CEM. Un professeur de médecine américain, qui préfère taire son nom car il commence à peine un sondage scientifique sur la HSEM, m’a confié par courriel : « Parmi les 150 questionnaires du sondage remplis jusqu’à présent par des personnes qui déclarent être électrohypersensibles, les compteurs intelligents sont le principal déclencheur de cette condition qui, une fois développée, affecte généralement la sensibilité à d’autres sources de CEM, et ils semblent être la plus grande source de bouleversement dans la vie de personnes touchées. Pour celles qui sont les plus touchées, une option de retrait sur leur propre domicile ne suffirait pas, puisque leurs voisins ont encore un compteur intelligent. »

À l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), on souligne la portée limitée des études comme celle de la Dre Lamech basée sur l’autodéclaration de symptômes. « Nous constatons que la méthode de sélection des participants, le type de questions posées, l’absence d’un groupe témoin et l’absence de mesures d’exposition limitent grandement l’apport de cette étude, observe Mathieu Gauthier, conseiller scientifique à l’INSPQ. De plus, nous nous serions attendus à ce que la discussion mentionne les nombreuses autres recherches publiées sur ce sujet au cours des dernières années. »

La Dre Lamech trouve le commentaire de M. Gauthier intéressant, puisque son étude est la première sur l’impact des compteurs intelligents sur la santé. « M. Gauthier ne cite aucune étude sur le sujet et je n’en ai trouvé aucune moi-même. » Malgré les limites de sa méthodologie, Frederica Lamech est formelle dans la conclusion de son article : « L’hypothèse voulant que certaines personnes puissent développer des symptômes après une exposition aux RF des compteurs sans fil (…) ne peut être réfutée sans enquête sur les CEM mesurables à leur domicile. »

Pour sa part, l’Académie américaine de médecine environnementale (AAEM), qui demande un moratoire sur l’installation de ces compteurs, tout comme l’Association médicale autrichienne, affirme que la série de cas présentée par la Dre Lamech est scientifiquement valide. « Elle démontre clairement les effets néfastes sur la santé dans la population humaine des émissions de compteurs intelligents. » L’organisme ajoute que la littérature scientifique revue par des pairs démontre de façon « irréfutable » la corrélation entre l’exposition aux champs électromagnétiques comme les RF et des problèmes neurologiques, cardiaques, respiratoires, reproducteurs, immunitaires, le cancer et autres problèmes de santé.

La Dre Lamech ajoute qu’il est d’importance critique de noter que la vaste majorité des participants à son étude ne sont devenus électrohypersensibles qu’après leur exposition aux compteurs sans fil. Cette médecin, tout comme l’AAEM, recommandent que des études plus poussées sur les effets des compteurs intelligents soient lancées, car ces appareils « pourraient avoir des caractéristiques uniques qui abaissent le seuil de développement de symptômes » déclenchés par les CEM. Elle postule que les impulsions intermittentes et imprévisibles de micro-ondes émises par les compteurs intelligents 24 heures sur 24 perturbent les impulsions électriques synchronisées dans les cellules du corps. Des éléments de preuve soumis en 2013 au Parlement britannique indiquaient que les compteurs intelligents « ont mené à des milliers de plaintes de mauvaise santé et symptômes invalidants dans le monde entier », écrit-elle.

L’effet noceboEnfin, on peut constater avec intérêt ce que répondait dans un courriel le vice-président de PG&E, Brian Cherry, à une employée de la CPUC, Carol A. Brown, en juin 2010. Celle-ci venait de lui écrire au sujet des « tristes histoires » de gens empoisonnés aux CEM. Sa réponse : « Le Prozac pourrait être une solution! » Un commentaire qui scandalise Josh Hart, directeur de l’organisme californien Stop Smart Meters : « Suggérer que les gens prennent des produits pharmaceutiques pour traiter des problèmes de santé causés par les compteurs de l’entreprise est infiniment arrogant, dangereux et corrompu. La seule chose qui a toujours aidé les gens qui souffrent des effets sanitaires des CEM est le retrait des compteurs intelligents et autres émetteurs sans fil situés à proximité. »

D’ailleurs les scientifiques sympathiques aux technologies sans fil ou associés aux compagnies d’énergie et de télécommunications affirment souvent que les symptômes liés aux compteurs intelligents seraient déclenchés par l’effet nocebo, soit ici à une peur des ondes. « Il est illogique d’affirmer cela avant d’avoir éliminé toutes les autres possibilités à l’aide de tests », rétorque la journaliste médicale américaine Susan Foster.

Frederica Lamech est aussi catégorique : « À mon avis, les symptômes liés aux compteurs intelligents n’indiquent pas un effet nocebo. Seulement 8 % des cas ont révélé être électrohypersensibles avant leur exposition aux compteurs intelligents, ce qui signifie qu’il est peu probable que les autres avaient une raison de soupçonner que ces compteurs les rendraient malades. Quelques-uns ont raconté avoir appris qu’un compteur intelligent fut installé après qu’ils eurent développé leurs symptômes. Et la majorité ne savait même pas ce qu’était un compteur intelligent ni qu’il s’agissait d’un appareil sans fil. » Et elle ajoute : « Selon mon expérience de médecin, attribuer des symptômes à l’effet nocebo est une pratique paresseuse et dangereuse qui peut parfois mener à des conséquences tragiques (par exemple, après avoir attribué au stress la cause de douleurs thoraciques, voir le patient mourir d’une crise cardiaque). Il est également inapproprié de conclure à l’effet nocebo comme cause de symptômes chez des gens dont on ignore l’historique médical et que nous n’avons pas examinés et évalués convenablement. C’est particulièrement le cas ici, car plusieurs personnes assurent avoir des symptômes identiques ou similaires causés par des expositions élevées aux compteurs intelligents. Ça dépasse les limites géographiques, culturelles et d’âgeIl serait intéressant de demander aux gens qui prétendent qu’il s’agit de l’effet nocebo sur quoi ils basent leur affirmation. Utilisent-ils une approche basée sur des preuves? Quelles sont leurs motivations pour rejeter les symptômes rapportés par les gens? Sont-ils conscients des risques qu’une telle approche de fin de non-recevoir peut avoir? Est-ce que ça les préoccupe? S’ils sont en position d’autorité, reconnaissent-ils que cela n’est pas conforme à leur devoir de sollicitude? »

Le véritable enjeu : l’argent

En fait, si l’industrie et le gouvernement s’efforcent tant à nier le risque que présentent les micro-ondes émises par les compteurs et autres appareils sans fil, c’est qu’ils ont beaucoup à perdre. Les assureurs privés sont bien conscients de ce risque et c’est pour cela qu’ils refusent de le couvrir depuis 2003. Mais nos gouvernements reçoivent des milliards de dollars de revenus annuellement des compagnies de télécommunications sans fil. Et que dire du gouvernement du Québec qui impose le Wi-Fi dans les écoles et loue même les toits de 21 établissements de santé à des compagnies qui y ont érigé 438 antennes, selon un article paru dans Le Devoir en février 2012.

Or, en octobre 2012, la Cour suprême de cassation italienne a forcé l’Assurance maladie italienne du travail (INAIL) à reconnaître une incapacité de 80 % chez un cadre qui a développé une tumeur au cerveau non cancéreuse après avoir utilisé un téléphone cellulaire de cinq à six heures par jour pendant 12 ans. Selon un texte publié par l’Association santé environnement France, qui rassemble près de 2 500 médecins : « Les avocats d’Innocenzo Marcolini ont appelé à la barre des médecins qui ont affirmé qu’un usage excessif du cellulaire augmentait les risques de développer de telles tumeurs. » Les juges de la Cour suprême ont confirmé la validité des références scientifiques citées par le consultant technique de Brescia et par le Pr Levis, oncologue à l’Université de Padoue et cofondateur de l’Association italienne pour la prévention contre les nuisances des ondes électromagnétiques (A.P.P.L.E.). Ils ont également reconnu la présence de conflit d’intérêts dans ces nombreuses études et institutions, et donc de biais créés par des financements provenant d’entreprises, afin de rejeter les résultats des études scientifiques menées dans ces contextes. Ils ont enfin noté le principe général – applicable à toutes les pathologies et à leurs causes liées aux conditions de travail – selon lequel la « certitude raisonnable » du lien de cause à effet peut dans tous les cas être prise en considération. »

L’impact psychologique de la désinformation

Au Québec, les médecins sont loin d’être aussi bien informés et ils dirigent souvent les électrohypersensibles vers la psychiatrie. Ils devraient parler au Dr Roy Fox, lui-même devenu hypersensible aux produits chimiques avec une centaine de collègues empoisonnés par un produit chimique à l’Hôpital Camp Hill de Halifax. Selon lui, bien que tous les types de traumatismes causent des dommages cérébraux, les hypersensibles à l’environnement ne souffrent pas plus de maladies psychiatriques que les autres malades. Bien que divers exercices de relaxation – notamment de cohérence cardiaque – peuvent les soulager, comme toute personne stressée d’ailleurs, leur traitement de choix est la réduction de leur exposition aux CEM. « Bon nombre de patients hypersensibles tolèrent mal les médicaments, notamment les antidépresseurs et anxiolytiques. Les effets secondaires sont plus fréquents… Certains de nos patients sont affectés psychologiquement, mais il s’agit d’un petit nombre, soit moins de 5 %, ce qui n’est pas plus élevé que dans la population en général. Toutefois, chez les 95 % restants, des facteurs psychologiques peuvent contribuer à leur malaise et limiter leur potentiel de guérison : le stress de l’isolement et les problèmes financiers, par exemple. Lorsque, en réaction à un polluant, le système nerveux est surexcité, il permet la manifestation de l’anxiété. Cependant, tout problème de santé qui compromet l’aptitude du corps à fonctionner d’une manière cohésive et normale constitue un stress qui altère le fonctionnement du système nerveux. Le système nerveux d’une personne qui se sent menacée devient hypervigilant afin d’assurer son autodéfense. Une sensibilité accrue est en réalité un mécanisme de surprotection. La vulnérabilité au stress environnemental varie, et les gens y réagissent différemment. Plusieurs systèmes corporels sont habituellement impliqués et la plupart de nos patients ont reçu des diagnostics multiples. » Des faits bien connus de l’OMS et de l’industrie, même s’il n’y a pas encore de consensus sur les mécanismes biologiques impliqués…

Le mot de la fin revient au professeur Paul Héroux, qui m’a confié recevoir de plus en plus d’appels de détresse de gens incommodés par les compteurs intelligents. Il explique que c’est parce que la vie sur terre ne s’est jamais adaptée à l’électromagnétisme créé par l’humain il y a moins de deux siècles. Comme il le disait en conclusion de la conférence qu’il a prononcée à Québec en janvier dernier : « C’est évident que lorsqu’on déploie des appareils dans une communauté, on a une réticence à réviser ses décisions techniques sur la base d’informations nouvelles sur leurs effets sur la santé. Hydro-Québec ne veut pas changer les plans qu’elle a élaborés depuis cinq ans. Mais c’est encore plus difficile pour la vie de réviser les décisions prises il y a deux milliards d’années. La structure de ses molécules est le résultat d’une évolution à très long terme, et je ne pense pas que ces molécules vont changer rapidement pour accommoder un environnement agressif. (Heureusement), il y a des solutions : la fibre optique et le câble qui prendront du temps à implanter, mais ça pourra se faire à des coûts négligeables ou même négatifs, parce que ces solutions ont une grande valeur en elles-mêmes. Malheureusement, on ne pourra probablement pas protéger tout le monde. On devra créer des zones blanches [libres de toute radiation], comme en Europe. »

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2 Responses

  1. André Bastien

    Étrange coïncidence, je dis à mes amis exactement la même chose que M. Peevey: n’en installons pas à ceux qui n’en veulent pas!

    Sauf que, comme lui, je crois qu’il a été démontré que les compteurs intelligents sont moins dommageables que les fours micro-ondes, les téléphones cellulaires, les routeurs internet sans fil, etc. Quand on se promène à Montréal avec une tablette, on observe que l’on est &&bombardé&& de dizaines de réseau sans-fil (WiFi).

    Donc ceux qui se croient électro-sensibles ne seront pas plus affectés par un compteur intelligent qui communique seulement 1 fois par minute que les WiFi et les cellulaires des voisins qui émettent continuellement.

    Bref, ma stratégie est comme celle de M. Peevey: laissons tranquilles ceux qui n’en veulent pas … ce qui réduirait les protestations.

    Probablement que moins de 5% des gens vont les refuser et dans quelques années, nous pourrons faire une étude épidémiologique ou statistique et statuer si ceux qui ont des compteurs intelligents sont plus malades que ceux qui n’en ont pas.

    Ainsi, dans quelques années, la science aura progressé.

    1. Andre Fauteux

      En fait, très souvent les compteurs déclenchent plus de symptômes que le Wi-Fi, cela dépend de l’exposition (dose en fonction de la distance du routeur et du ou des compteurs, le temps d’exposition, etc.). Certains compteurs émettent à chaque seconde et leur puissance est très élevée (jusqu’à 65 000 microwatts par mètre carré). Donc dans certains cas ils sont pire que le Wi-Fi et le cell utilisé avec prudence et modération. Détails : https://maisonsaine.ca/sante-et-securite/electrosmog/compteurs-intelligents-experts-denoncent-desinformation-flagrante.html#comptintel1

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