« Nous avons tous une immense dette de gratitude envers Franz [Adlkofer], écrivait au moment de son décès, en 2022, la fondatrice de l'Environmental Health Trust, Devra Davis. Il a fait preuve de courage et de détermination, et n'a jamais abandonné son combat pour faire émerger la vérité scientifique. Les travaux menés par son équipe de recherche ont essentiellement confirmé les premières observations réalisées en 1994 par Henry Lai et Vijay Singh, qui montraient que des niveaux très faibles de rayonnements radiofréquences pouvaient endommager l'ADN à l'intérieur des cellules d'un certain nombre d'animaux. Ces conclusions ont depuis été corroborées par le Programme national de toxicologie. »
En 2021, Microwave News rapportait qu'une cour d'appel allemande a ordonné à Alexander Lerchl de cesser de diffamer Adlkofer et ses coauteurs de deux articles démontrant que les ondes émises par les téléphones portables peuvent endommager l'ADN et potentiellement causer le cancer.
Publié en 2012, le texte suivant du Dr Adlkofer était l'annexe no 5 d'un rapport britannique sur les technologies sécuritaires pour les écoles : http://wifiinschools.org.uk/resources/safeschools2012.pdf
Aucune technologie n'a connu une diffusion aussi rapide et aussi large dans la vie quotidienne des gens que les communications sans fil. En seulement 30 ans, le nombre d'utilisateurs de téléphones mobiles est passé de zéro à environ cinq milliards dans le monde. Si l'utilisation des téléphones mobiles relève du libre choix des individus, leur exposition au W-LAN [Wi-Fi] et à d'autres applications sans fil est quant à elle largement obligatoire. Les enfants scolarisés sont particulièrement concernés, cette technologie ayant été privilégiée par rapport aux ordinateurs filaires. Nos connaissances sur les effets néfastes potentiels des champs électromagnétiques radiofréquences étant encore assez limitées, il est évident que l'humanité mène actuellement la plus grande expérience biophysique de son histoire, dont l'issue est incertaine.
En mai 2011, cette incertitude a été renforcée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui a classé les champs électromagnétiques radiofréquences comme « potentiellement cancérigènes pour l'homme ». Cette décision s'appuyait principalement sur les résultats d'études épidémiologiques qui ont observé, après une utilisation intensive et à long terme (> 10 ans) de téléphones mobiles, un risque accru de tumeurs cérébrales exactement du côté de la tête où le téléphone mobile était utilisé. Les résultats d'expériences sur des animaux, bien que d'importance mineure, ont appuyé cette décision. Cependant, les résultats de la recherche fondamentale qui ont montré des changements dans la structure et les fonctions des gènes dans des cellules humaines et animales isolées ainsi que chez des animaux vivants après exposition, et qui auraient donné plus de poids aux observations épidémiologiques, n'ont pas été pris en compte. S'ils avaient été inclus dans l'évaluation, la classification n'aurait pas été « potentiellement cancérigène », mais plutôt « probablement cancérigène ».
Le plus grand dilemme vient du fait que le grand public est confronté à deux points de vue différents, l'un représenté par la politique et l'industrie, l'autre par un nombre croissant de chercheurs indépendants. Les gens ordinaires n'ont soit aucune idée des effets probablement néfastes des rayonnements radiofréquences, soit une confiance totale dans les limites d'exposition qui, selon leurs gouvernements, protègent de manière fiable contre tout risque pour la santé. Ils ne savent pas que les limites d'exposition sont basées sur une pseudo-science censée créer le cadre juridique nécessaire à une industrie des télécommunications qui souhaite utiliser les nouvelles technologies sans être entravée par des considérations médicales. À cette fin, les limites d'exposition ont été fixées sur la base de considérations physiques acceptant uniquement l'existence d'effets biologiques liés à l'augmentation de la température. L'apparition d'effets biologiques bien en dessous des limites d'exposition, démontrée entre-temps dans de nombreuses études, a été totalement négligée. Le cerveau humain contient des centaines de milliards de cellules vivantes qui fonctionnent et communiquent entre elles sur la base de mécanismes électrochimiques. Il a été démontré à maintes reprises que ces mécanismes peuvent être facilement perturbés par les champs électromagnétiques. Cependant, il est bien connu que les conclusions qui sont en contradiction avec les politiques industrielles nécessitent des décennies de recherche et de discussion avant d'être finalement acceptées.
Pour un médecin comme moi, la conclusion qui s'impose à partir de l'état actuel des connaissances est qu'une approche préventive est nécessaire depuis longtemps et ne doit plus être retardée.
En tant qu'organisateur et coordinateur de l'étude REFLEX financée par l'UE et menée entre 2000 et 2004 par 12 groupes de recherche de sept pays européens, j'ai dû constater que les rayonnements radiofréquences bien en dessous des limites d'exposition présentent, contrairement à nos attentes, un potentiel génotoxique, ce qui contredit la fiabilité des limites d'exposition actuelles. Nos résultats concordent avec ceux rapportés dans de nombreux autres articles scientifiques, qui sont désormais plus d'une centaine. À ce jour, aucune de ces conclusions n'est prise en compte dans la politique de radioprotection de la plupart des pays du monde. Fort de mon expérience acquise au cours de plus de 20 ans de recherche dans le domaine des champs électromagnétiques, j'en suis venu à la conclusion que la corruption institutionnelle est responsable (1) de l'état encore déplorable des connaissances sur les effets biologiques des champs électromagnétiques et (2) de l'aveuglement de la plupart des gouvernements face à l'accumulation croissante de données qui appellent à l'acceptation du principe de précaution. Le manque de connaissances est dû au financement sélectif de la recherche par les gouvernements et l'industrie et à la volonté des scientifiques engagés d'adapter leurs conclusions aux besoins des autorités qui les financent, tandis que l'aveuglement des gouvernements est le résultat du lobbying dans les coulisses du pouvoir politique (https://www.ethics.harvard.edu/publications/captured-agency-how-federal-communications-commission-dominated).
Nos enfants sont certainement les plus touchés par une attitude aussi irresponsable. Cela s'explique par la plus grande sensibilité des tissus juvéniles aux rayonnements radiofréquences et, surtout, par leur longue espérance de vie qui laisse suffisamment de temps à toute tumeur pour se développer. Reste à voir combien de temps la vérité sur les effets des rayonnements radiofréquences sur la santé humaine pourra être occultée en niant les faits.
L'histoire nous enseigne que les alertes précoces sont trop souvent suivies de prises de conscience tardives, qui peuvent coûter la vie à un grand nombre de personnes, victimes de maladies et de décès prématurés.


