Crise du climat : il faudra s’adapter

Inondations au Saguenay en 1996, tempête de verglas en 1998, glissements de terrain et avalanches à divers moments : dans le sud du Québec, la durée, la fréquence ou l’intensité accrues des événements de pluie représentent les « principales craintes » pour les infrastructures et les bâtiments à l’égard des changements climatiques, dont les effets se font déjà sentir. C’est ce que conclut le rapport Savoir s’adapter aux changements climatiques, publié en février dernier par le consortium Ouranos. Cet organisme privé à but non lucratif sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques regroupe 250 scientifiques et professionnels. C’est la principale source en simulation du climat régional en Amérique du Nord.

Bien que, lorsque considérés isolément, les événements climatiques extrêmes ne puissent pas être attribués au réchauffement global, le consensus est que les changements climatiques augmenteront leur fréquence et leur intensité. Les températures plus clémentes et l’accroissement des cycles de gel-dégel, observés depuis plusieurs années, dessinent déjà une tendance préoccupante dans la Belle Province. « Les pertes et les dommages causés par des événements climatiques sont en effet significatifs et semblent en augmentation », affirme ce rapport de 138 pages. Ce dernier s’en tient aux faits sur lesquels un consensus est établi; il ne tient pas compte d’autres effets possibles tels que l’augmentation possible des incidents géologiques. Or, selon le Britannique Bill McGuire, professeur de géologie à University College London, la fonte accélérée des glaciers causée par les changements climatiques ne fera pas que hausser le niveau de la mer. « La perte de glace fait rebondir la croute terrestre ce qui provoque des tremblements de terre, ce qui déclenche des glissements de terrain sous-marins, ce qui cause les tsunamis », expliquait-il à l’Agence de presse Reuters en septembre 2009, dans le cadre d’une conférence qu’il organisait sur le sujet à Londres. Malheureusement, les impacts néfastes des changements climatiques risquent d’être bien plus graves que les effets positifs comme la réduction des besoins de chauffage en hiver.

Voici un résumé des impacts auxquels il faudra s’attendre. (Et pour savoir comment adapter votre maison aux aléas du climat, lire notre dossier Changements climatiques : téméraires et tricheurs, prudence! dans notre numéro d’été 2011.)

Hausse des températures
Dans le sud de la province, on constate depuis quelques dizaines d’années que les températures journalières moyennes ont augmenté de 0,2 à 0,4 degrés Celsius (°C) par décennie. Et cette hausse va en s’accélérant, selon le rapport d’Ouranos. Cela « risque d’affecter l’efficacité, la durée de vie et la sécurité des infrastructures et des édifices », en particulier le grand nombre de ceux-ci qui ont dépassé leur vie utile. Sans parler des effets sur les communautés qui dépendent des forêts, lesquelles seront davantage la proie des ravageurs et des incendies, dont les superficies sont appelées à doubler d’ici 50 ans. La hausse des températures est plus élevée dans les régions nordiques (en Russie, où les feux de forêt ont fait rage l’été dernier, la hausse a atteint 10 °C!). Selon Statistique Canada, « la moyenne des températures annuelles au pays a augmenté de 1,4 °C au cours des 60 dernières années », rapportait La Presse le 24 mars 2011. Or, la hausse a atteint 2,2 °C dans le Grand-Nord, comparativement à 0,74 °C en moyenne sur l’ensemble de la planète entre 1906 et 2006. Selon un rapport du programme de recherche sur les changements climatiques financé par l’administration Bush, les températures globales moyennes pourraient augmenter de 1,1 à 6,1 °C d’ici la fin du siècle. Certains experts appréhendent d’ailleurs une hausse globale de 2,4 degrés d’ici 2020, ce qui pourrait provoquer des pénuries alimentaires mondiales en raison de la sécheresse.

L’année 2010 fut la plus chaude jamais enregistrée, dépassant 2005 et 1998, et fut aussi l’une des plus meurtrières et coûteuses depuis 20 ans : 373 catastrophes naturelles ont alors fait 297 000 morts et plus de 207 millions de personnes sinistrées, provoquant pour 109 milliards $ US de dommages, selon l’Organisation des Nations unies. Bien que les catastrophes naturelles aient toujours existé, les changements climatiques en augmentent la fréquence et la sévérité. « Si nous n’agissons pas aujourd’hui, nous subirons de plus en plus de catastrophes causées par l’urbanisation non planifiée et la dégradation de l’environnement », a expliqué aux médias la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour la prévention des risques de catastrophes, Margareta Wahlström.

Les enfants africains et asiatiques de moins de cinq ans comptent déjà pour 80 % des 350 000 morts présentement attribuables aux changements climatiques, lesquels pourraient coûter la vie à un million de personnes par année à compter de 2030. C’est ce qu’estime le premier Bilan de vulnérabilité climatique, réalisé par les îles Maldives avec l’organisme scientifique DARA, basé à Madrid.

Perspectives québécoises
Au Québec, les experts prédisent que d’ici 2050, les températures moyennes augmenteront davantage en hiver, soit de 2,5 à 3,8 °C dans le sud de la province et de 4,5 à 6,5 dans le nord. En été, les hausses se situeraient entre 1,9 et 3 °C dans le sud et entre 1,6 et 2,8 °C dans le nord.

Il n’est donc pas surprenant qu’Ouranos affirme que le Nunavik, région arctique située au nord du 55e parallèle et où l’hiver dure de 9 à 10 mois par année, subira les plus grandes pertes en valeur absolue. Comme la plupart des bâtiments y sont construits sur des pieux ou des chevalets, ce sont les aéroports et les routes qui y sont particulièrement menacés par la fonte du pergélisol. Dans cette région, la terre s’est réchauffée de 1,9 °C à 4 m de profondeur entre 1994 et 2007, ce qui provoque déjà des tassements et des fissures du sol.

La santé humaine sera forcément affectée par les conséquences des changements climatiques, dont les feux de forêt ou de friche ne sont que la pointe de l’iceberg : on devra composer aussi avec un taux d’humidité plus élevé, des vagues de chaleur, des îlots thermiques urbains, la pollution atmosphérique accrue (pollen, ozone et particules en suspension), des tempêtes estivales et hivernales plus violentes, l’exposition accrue aux rayons ultraviolets, une hausse de l’incidence des maladies zoonotiques et des variations dans la quantité et la qualité de l’eau.

Les côtes malmenées
Plus au sud, en zone côtière, le réchauffement global accentue l’érosion des berges depuis une décennie. Ceci augmente les risques de submersion dans quelque 110 municipalités québécoises où plus du quart de la population — au-delà de 100 000 personnes — vit à moins de 500 mètres des berges. Le Québec compte 3 000 km de littoral dans les régions maritimes (Côte-Nord, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie et Îles-de-la‑Madeleine), qui s’étendent de l’estuaire fluvial au golfe du Saint-Laurent. Depuis quelques années, les vagues déferlantes et les inondations y font déjà les manchettes.

Bien que le nombre de tempêtes pourrait diminuer avec les années, la disparition des glaces augmentera le nombre total de vagues de tempête : une étude publiée en 2007 (Senneville et Saucier) prévoit que « la saison des glaces de mer diminuera des deux tiers d’ici 2050 et que les glaces hivernales auront complètement disparu avant la fin du siècle dans le golfe du Saint-Laurent », explique le rapport d’Ouranos. C’est d’autant plus inquiétant que la fonte des glaciers entraîne une augmentation du niveau de la mer, ce qui pourrait faire en sorte que l’eau salée contamine l’eau douce de certaines rivières et nappes phréatiques.

En outre, la disparition des glaces et la hausse du niveau de la mer génèrent des vagues plus grosses et plus nombreuses en hiver. C’est pourquoi nos côtes friables s’érodent de plus en plus facilement, d’autant plus que le vent et la pluie des tempêtes hivernales se font parfois plus intenses, toujours à cause des changements climatiques. C’est ainsi qu’on voit déjà s’éroder les dépôts meubles de sable deltaïque sur la Côte-Nord ainsi que les falaises de schistes argileux et de grès en Gaspésie et aux Îles-de-la‑Madeleine. Dans ces deux dernières régions, les éboulements et les glissements de terrain sont devenus des phénomènes communs.

Les populations côtières sont déjà en mode d’adaptation et il faut s’attendre à ce que le degré d’érosion s’accentue au fil des années. C’est que, jusqu’ici, tous les scénarios moyens de prévision des changements climatiques se sont avérés trop conservateurs et ont été largement dépassés. Si bien que certains experts prédisent que le niveau de la mer pourrait s’élever de 0,8 m en moyenne au Québec d’ici 2100 plutôt que du 0,34 m prévu initialement. Globalement, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis (NOAA), le niveau de la mer augmentera inexorablement de 0,4 à un catastrophique 1,9 m, dépendamment des niveaux de gaz à effet de serre (en équivalent CO2) accumulés dans l’atmosphère — entre 450 et 1 000 parties par million (ppm), alors qu’ils se situent présentement à 385 ppm. Pour sa part, le directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, James Hansen, prédit des « effets catastrophiques irréversibles » si les niveaux atmosphériques de CO2 ne sont pas réduits sous 350 ppm.

Le plus triste, c’est que les changements climatiques provoqués par les émissions de gaz à effet de serre causées par l’humain se poursuivraient pendant mille ans même si ces émissions devaient complètement cesser.

Résultat : il faut s’attendre à ce que les primes d’assurance augmentent significativement alors que de plus en plus de plages, de terrains, d’immeubles et d’infrastructures seront abîmés ou disparaîtront carrément. « Pour l’ensemble du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent, on peut estimer à plusieurs centaines de millions de dollars les pertes potentielles. Il faut ajouter à cette estimation les coûts liés à la perte d’habitats critiques pour la faune aviaire et piscicole » ainsi que la diminution de la valeur des terrains et bâtiments et les frais associés à l’indemnisation des sinistrés. « Enfin, sur le plan social, la menace constante de perdre le patrimoine bâti, privé ou public, est source d’anxiété et de frustration… Dans certains cas, le développement de certaines communautés est menacé par la nécessité de déplacer une bonne partie des citoyens ou par la disparition d’infrastructures essentielles (routes, quais, etc.). »

Il est clair qu’en région côtière, il faudra contrer l’érosion de plusieurs manières, allant d’une révision en profondeur des politiques et règlements, notamment en matière de zonage municipal, au retrait préventif des infrastructures, en passant par les travaux de protection (enrochement, etc.).

Le sud ne sera pas épargné
Comme nos immeubles et infrastructures n’ont pas été conçus pour résister au climat actuel et futur, il faut s’attendre à ce que les coûts de l’adaptation aux changements climatiques soient de plus en plus élevés dans le sud du Québec également. Les inondations répétées, telles que celles du rond-point l’Acadie, à Montréal, les nids-de-poule toujours plus nombreux et profonds ainsi que les bris des réseaux d’eau potable et d’eaux usées sont parmi les exemples qui se manifestent déjà. Par ailleurs, avec les températures plus chaudes et les précipitations plus faibles dans le sud, il faut s’attendre à ce que le niveau du fleuve diminue d’un mètre à Montréal d’ici 2050. L’assèchement des sols dans les régions argileuses comme Montréal et l’Outaouais « pourrait aggraver les problèmes de lézardes dans les fondations ». De plus, les vents très forts et les pluies intenses qui suivront des accumulations de neige importantes pourraient provoquer l’affaissement des ponceaux, toitures et autres structures.

En conclusion, le consortium Ouranos prévoit que le climat provoquera une accélération du rythme d’usure des matériaux, comme les mortiers et les métaux, et que bon nombre de bâtiments deviendront très inconfortables en période de chaleur intense. Par conséquent, il faudra réfléchir davantage au choix de l’emplacement de nos immeubles, ajouter des facteurs de sécurité (résistance aux charges, degré d’étanchéité, d’isolation et d’ombrage, etc.) au moment de la construction et investir davantage dans l’entretien et la réhabilitation de nos immeubles et infrastructures.

La mise en garde est limpide. Quiconque ne la prend pas assez au sérieux pour passer à l’action risque un jour de souffrir de sueurs froides!

Source : Consortium Ouranos, Savoir s’adapter aux changements climatiques, 2010.

Hausses moyennes annuelles du niveau de la mer
20e siècle : 1,8 mm
1993-2003 : 3,1 mm
21e siècle : 3,8 mm

Source : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2007).

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