Les revêtements extérieurs en bois, délaissés pour le vinyle et l’aluminium pendant plusieurs décennies, reviennent graduellement envelopper nos maisons. Dans un monde où le développement durable occupe de plus en plus de place dans chacune de nos décisions, ce matériau noble devient une option de premier choix. Des spécialistes expliquent ses forces et ses limites. 

Le secret d’un revêtement de bois durable réside dans les détails architecturaux qui le protègent du soleil et de l’humidité, comme les débords de toit et les galeries couvertes, selon le directeur d’Écohabitation, Emmanuel Cosgrove.  © Isabelle Vinet/maisons-anciennes.qc.ca 

La conversion du bois en revêtement met en lumière la diversité naturelle de ses motifs et de sa texture. Dans cette perspective, les techniques de moulurage jouent un rôle essentiel en accentuant la singularité et l'unicité de chaque planche. Chacune se distingue par ses nœuds, sa texture et les multiples nuances de sa coloration naturelle. À cela s'ajoute le choix réfléchi de l'essence de bois qui composera le revêtement ainsi que la couleur finale appliquée. C'est cette combinaison qui confère une authenticité visuelle remarquable à un bâtiment revêtu de bois massif.  

Le bois comme écosystème

En outre, le processus québécois de transformation du bois serait durable et renouvelable, selon Justine Quenneville-Éthier, directrice générale du réseau de sylviculture Signature Bois Laurentides. « L’humain consomme. C’est un fait. On n’y peut rien. Bien entendu qu’idéalement on ne toucherait ni à la forêt ni aux autres ressources naturelles, mais on n’est pas fait comme ça, réfléchit-elle. Pour limiter notre impact, il faut des choix judicieux, renouvelables et locaux, et le bois comme revêtement est un excellent exemple. J’ai parfois l’impression qu’on est encore face au fantôme de L’erreur boréale [ndlr : film documentaire sur le « pillage » de la forêt boréale coréalisé par le chanteur Richard Desjardins], mais ça a changé énormément et ça ne touchait que certaines régions. C’est beaucoup plus complexe aujourd’hui. Ça reste une ressource publique et (…) il faut rappeler que l’aménagement durable de la forêt est une science. Au Québec, on a un régime forestier strict dans lequel il y a des balises claires. »

© barkhouse.com

Henri Jacob, qui a cofondé l’association Action Boréale avec Desjardins, a une autre vision. « La certification, même FSC [Forest Stewardship Council], ne peut garantir la pérennité des écosystèmes. L’utilisation du bois en construction demeure une option valable, mais il ne faut pas être naïf. La façon de gérer nos forêts publiques est déficiente, il y a très peu de considération pour les services écologiques et la biodiversité en déclin des multiples composantes de la forêt. Une plantation, ce n’est pas une forêt. Il dit qu’il faut donner le temps aux forêts publiques de se regénérer parce qu’on commence à manquer de bois. » Il faut selon lui 150 ans pour qu’une forêt maximise la captation du CO2 et développe une biodiversité plus complexe. « On devrait encourager les petits producteurs de bois de terres privées » (foretprivee.ca).

Local, durable et renouvelable

D’où provient le bois que l’on utilise en revêtement? Il existe plusieurs types de revêtements de bois disponibles sur le marché. C’est l’essence d’arbre qui déterminera le choix d’un consommateur qui a un souci d’approvisionnement de proximité. Cèdre de l’Est, épinette et pin proviennent bien souvent de nos forêts, alors que le cèdre de l’Ouest aura traversé le continent avant d’atterrir sur le chantier. Justine Quenneville-Éthier insiste sur ce circuit court qui rend le bois si attrayant. « Si on prend par exemple des entreprises comme Maxi-Forêt et Groupe Crête, on prend du bois qui provient de la forêt des Laurentides et qui est transformé ici. Donc quelqu’un de la région qui se tourne vers l’une ou l’autre de ces entreprises [il y en a d’autres] fait un choix durable et local. » 

L'architecte Roberpierre Monnier aime le revêtement de bois local et bien protégé.

« Dans la mesure où je suis convaincue que l’approvisionnement est local et que les usines qui le transforment sont à proximité des secteurs de coupe, c’est un excellent choix, contrairement à d’autres types de revêtements, explique-t-elle. C’est une matière qui est transformée en ne générant que très peu de déchets : cendre, écorce, copeaux, sciure, c’est tout un système qui vit de la même ressource. » Cycle optimisé, ressource renouvelable, durabilité impressionnante et matériau nécessitant peu de transformation : voilà quatre avantages indéniables pour un revêtement durable que l’on utilise ici depuis la colonisation.

En matière de développement durable, rappelons que la maçonnerie se positionne très bien. La matière à base minérale est résistante et peut durer plusieurs centaines d’années. Et même si son extraction, sa transformation et son transport peuvent générer beaucoup d’énergie en début de vie, notamment lors de la cuisson de la brique, sa résistance et sa longévité viennent faire le poids surtout dans des endroits fortement exposés aux intempéries. Le métal, que l’on utilise de plus en plus au niveau résidentiel, est très similaire : bien qu’il soit très énergivore en début de vie, il a une durabilité et une résistance comparable à celle de la maçonnerie.

Le bois, quant à lui, en plus d’être renouvelable, a l’avantage d’être pratiquement carboneutre. Selon EcoTree, une entreprise française qui acquiert des forêts dont elle assure la gestion sylvicole pour ses clients individuels et corporatifs, un arbre emmagasine de 10 à 40 kg de CO2 par année, soit l’équivalent de ce que génère la production d’un téléphone intelligent, et cette quantité ne sera libérée que s’il se décompose. Il est facile à recycler, à revaloriser sous forme d’énergie ou, en dernier recours, à composter.

Une pose garante de durabilité 

https://library.fpinnovations.ca/en/permalink/fpipub7434

En 2017, FPInnovations publiait la première édition de son Guide des meilleures pratiques d’installation du revêtement extérieur en bois massif. L’organisation sans but lucratif, qui se spécialise dans la création de solutions scientifiques pour soutenir la compétitivité du secteur forestier canadien à l’échelle internationale, s’est attardée aux différentes avancées en recherche appliquée, aux codes et normes ainsi qu’aux guides d’installation des manufacturiers pour produire un document abondamment illustré et simple d’utilisation, tant pour les professionnels que pour les propriétaires.

C’est en lisant la préface que l’on comprend l’importance de la pose dans la durabilité du revêtement : « […] au-delà de toutes les améliorations majeures qui ont été apportées par les manufacturiers, il reste encore une étape cruciale à franchir, soit celle de la pose rigoureuse et adéquate du produit sur l’immeuble auquel il est destiné. C’est dans cet esprit collaboratif que les principaux manufacturiers et commerçants de revêtement en bois massif ont cru bon de se réunir pour concevoir ce document de référence sur la base de leur expertise et de leur expérience commerciale mutuelle. » On y explique notamment comment appliquer les trois lignes de défense contre la détérioration du bois : la déviation et le drainage de la pluie ainsi que la ventilation de la face et de l’arrière du revêtement.  

Le bon matériau au bon endroit 

L’absence de débords de toit réduit la durée de vie du bois de 30 à 40 %, selon l’architecte Roberpierre Monnier qui aime beaucoup le revêtement teint en usine ou de pruche provenant d’une scierie locale.

C’est bien de suivre les bonnes pratiques de pose, mais encore faut-il choisir de l’installer au bon endroit, avec une protection adéquate. Emmanuel Cosgrove, cofondateur et directeur général d’Écohabitation, insiste sur l’importance des débords de toit, un allongement du toit existant qui procure une certaine protection au mur extérieur, lorsqu’on choisit un revêtement en bois. « Pour un mur sans débord, ça risque de se dégrader rapidement. Mais avec un débord, une marquise ou un balcon de deux pieds et plus qui le protège, ça peut durer cent ans. » Pourtant, on voit souvent ces maisons d’inspiration scandinave ou contemporaine, pour lesquelles on a utilisé le bois sur un mur sans protection au niveau du toit. Ce à quoi M. Cosgrove répond qu’il ne faut pas s’attendre à des miracles avec une installation qui ne respecte pas les bonnes pratiques : « Il faut avant tout connaître son site et les microconditions pour faire le bon choix de matériau lorsqu’on rénove ou construit une maison. On suggère de lire sur la durabilité des matériaux et les combiner en conséquence. Par exemple, pour un mur parapet, très exposé, on utilise le métal ou la maçonnerie qui sont très résistants. Et pour les côtés moins exposés aux intempéries, on choisit le bois. » 

Une telle approche a été choisie pour la maison Éco-Habitat S1600 que propose Écohabitation. Fruit d’une collaboration entre PARA-SOL Architecture et le fabricant Bâtiment Pré-Fab, cette habitation prête-à-monter illustre un parfait mariage entre style et fonctionnalité : « On a un toit de métal et comme il n’y a presque pas de débord de toit sur les deux versants, on a poursuivi le revêtement de tôle de la même couleur que le toit sur ces deux murs. Les côtés lucarnes, avec débords, sont en cèdre de l’Est, un bois qui a une bonne résistance innée aux intempéries, c’est-à-dire même sans traitement. » 

Prendre soin de son bois

L'entretien régulier d'un revêtement extérieur en bois est aussi essentiel pour prévenir sa détérioration et accroître sa durabilité. Yves Rondeau de Construction Rondeau et Fils, à Val-Morin (Laurentides), travaille avec le bois massif depuis plus de trente ans. La maîtrise parfaite de ce matériau noble l’a amené à réaliser des projets en Allemagne, au Japon et en Israël. Fort de son expérience, il recommande d'effectuer une inspection visuelle chaque année afin de vérifier l'état général du revêtement, repérant ainsi tout signe de moisissure, d'usure prématurée ou d'infiltration d'eau.

Les revêtements de bois sont pour la plupart garantis 25 ou 30 ans, parfois même jusqu’à 50 ans, dans la mesure où l’on respecte les consignes de pose transmises par le fournisseur. De plus, il est important de noter que les garanties peuvent être invalidées si le propriétaire utilise une méthode de nettoyage interdite par le fabricant, comme le recours à un nettoyeur à haute pression qui peut endommager le revêtement. Le bois brut demandera une attention particulière, mais sera moins susceptible au gonflement et au gauchissement que le bois recomposé, qu’il s’agisse de copeaux orientés ou de fibre de moyenne densité. S’il est peint, il faut aussi penser aux retouches annuelles pour éviter la dégradation. 

Jean-Paul Boudreau, professeur-chercheur invité à la Chaire Fayolle-Magil Construction de l’Université de Montréal, est l’un des nombreux architectes québécois qui apprécient le service personnalisé du fabricant de revêtement Juste du Pin. « Dans notre climat, dit-il, la maçonnerie demeure le matériau idéal, mais j’aime beaucoup le bois massif de Juste du pin. Ils ont de beaux produits et c’est une entreprise très sérieuse. » Ce manufacturier de Lanaudière privilégie la teinture opaque ou deux tons qui dure beaucoup plus longtemps qu’un fini à l’huile, explique sa directrice générale, Judith Pelletier. « Notre fini Ecobleach, sur cèdre blanc ou rouge, est tellement populaire. Il prend une teinte argentée au contact du soleil et il est concu pour disparaître au fil des années pour devenir un look bois de grange vieilli ou Cape Cod. »
Photographie : Juste du Pin / Collection AKTA / Bois sélect / 2 Tons / 2 3/4'' couvrant © Charles Lanteigne pour Thellend Fortin Architectes

L’entrepreneur cite en référence les maisons centenaires que l’on retrouve aux quatre coins de la province dont le revêtement est en bois : « Ça n’a jamais été changé, mais ça a été entretenu. Avec une bonne canalisation de l’eau, un dégagement de 8 à 10 pouces du sol, une installation selon les bonnes pratiques et une ventilation adéquate, on peut le faire durer très longtemps. Les secrets de ce matériau sont l’entretien et la récurrence de l’inspection. Il faut suivre son matériau dans son vieillissement. »

Quel avenir pour les autres revêtements?

Pour Emmanuel Cosgrove, le choix du bois comme revêtement en construction et en rénovation est le plus recommandable. Moins dispendieux que la maçonnerie, rapport qualité/prix avantageux en comparaison avec les revêtements synthétiques et une très faible empreinte écologique : « C’est un choix très concurrentiel pour des maisons sans obligation de maçonnerie, comme c’est le cas dans certaines municipalités. » Il n’est donc pas surprenant de voir son utilisation gagner en popularité, selon Emmanuel Cosgrove et Yves Rondeau.

D’autant plus que selon Écohabitation, les heures du vinyle pourraient être comptées. « On en voit de moins en moins dans les rénos, pour des raisons esthétiques. Il faut ajouter que le début et la fin de vie du vinyle sont une véritable catastrophe environnementale et même de santé publique à cause de sa toxicité. » Puis le jour où l’on proscrira le vinyle, c’est le bois d’ingénierie qui se retrouvera en tête de liste des revêtements les moins dispendieux. Fait à 95 % de fibre de bois (sciure et cellulose) et mélangé à une résine qui tient lieu de liant, il n’a toutefois pas la même durée de vie ni la même empreinte que le bois brut.

Dans la quête de matériaux naturels, le bois se distingue comme une option cohérente et séduisante. Non seulement l'élégance naturelle et la durabilité font du bois un choix incontournable pour une esthétique authentique, mais c’est aussi une décision en accord avec les enjeux climatiques d’aujourd’hui, fièrement d’ici. 

Liste de vérification annuelle pour un revêtement de bois

État du revêtement 

Est-ce que le lavage annuel a été effectué?

À distance moyenne (5 m), est-ce que le revêtement paraît dégradé :

- Finition anormalement érodée ou écaillée? Si oui, contacter votre fabricant.

- Finition pâlie? Il est normal que le fini ait pâli avec les années, mais se référer à la garantie du fabricant avant de procéder à une remise en teinte.

- Planche soulevée? Si oui, vérifier la cause et réinstaller le matériel.

- Cernes résiduels dus à l’accumulation de neige? Brosser les cernes avec une brosse non métallique et rincer avec un boyau d’arrosage à faible pression.

À proximité du revêtement (1 m), est-ce que des dommages sont perceptibles :

- Égratignure du fini?

- Éclat à la suite d’un choc ou un impact? Appliquer du produit de finition sur le bois à nu.

État des joints calfeutrants

- Joints secs et lâches, laissant paraître un jour ou moisis? Enlever les joints endommagés et les remplacer.

Source :  Guide des meilleures pratiques d’installation du revêtement extérieur en bois massif, fpinnovations.ca