https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2023-06-27/leur-reve-de-maison-ecoenergetique-vire-au-cauchemar.php

Être promoteur de maisons écosolaires usinées ne fait pas de vous un entrepreneur compétent et fiable, a appris à la dure un couple de retraités qui a fait confiance à un entrepreneur faisant l’objet de quatre dossiers de faillite en quatre ans, selon une enquête de La Presse.

La chroniqueuse Marie-Ève Fournier révélait cette semaine que Daniele Oppizzi avait édulcoré son CV et que la maison usinée à Val-David par son entreprise, Constructions ILAND, et installée en 2021 par le sous-traitant BRAVE Écoconstruction, était pleine de malfaçons, selon trois expertises différentes. Comme les deux entreprises ont déclaré faillite, Hélène Parent et Robert Lefebvre ne pourront pas récupérer les 56 000 $ qu’ils ont déjà payé de leur poche pour réparer des malfaçons urgentes (membrane décollée au pourtour de la toiture, fenêtres mal posées, infiltrations d’eau...) dans leur maison de Sainte-Mélanie, dans Lanaudière.

« À l'âge où on est rendus, on voulait une maison clés en main et profiter de nos dernières années de vie, explique la septuagénaire. Une maison correspondant à nos valeurs et à notre budget. On ne roule pas sur l’or… »

Selon l’article Le CV magnifié de Daniele Oppizzi, signé par Mme Fournier :  « D’ex-partenaires d’affaires et d’ex-collègues de travail ou employés racontent tous la même chose au sujet de Daniele Oppizzi : c’est un beau parleur, quelqu’un qui a beaucoup de bonnes idées, mais un piètre gestionnaire qui met toujours la faute sur les autres pour ses malheurs. « Il prétend que tout le monde est crosseur sauf lui », résume le syndic Sylvain Lapointe, responsable du dossier d’Iland chez Mallette. » La journaliste indique qu’Oppizzi recrute aujourd’hui des clients via sa nouvelle entreprise, atelier attitude.

https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2023-06-28/le-cv-magnifie-de-daniele-oppizzi.php

Sur le site Web de cet atelier d’architecture, il se défend notamment en disant : « Plusieurs compagnies dépendaient de Constructions ILAND Inc. et sont tombées à cause du manque d’activité. J’ai déposé plusieurs plaintes dont une au Département des crimes économiques de la Sécurité [sic] du Québec… En ce qui concerne les clients qui sont mentionnés dans l’article, j’ai bien sûr beaucoup de compassion pour eux et je comprends leur situation. Cependant, Constructions ILAND Inc. ne construisait que des modules en usine. Dès que ces modules quittaient l’usine ils devenaient la responsabilité de contracteurs RBQ par contrat. Les inspections relatées dans l’article font référence à des malfaçons des parties non construites en usine ou réalisées lors du jointage des modules par les contracteurs... »

Ce que conteste Hélène Parent. « L’inspecteur nous a dit qu’il y avait aussi des problèmes d’étanchéité aux modules, au niveau des solives de rive, des murs, des prises de courant et des plafonniers. Il y avait aussi des traces d'exfiltration au niveau des soffites et de la hotte de cuisine… »

L’un des rapports d’expertise recommande notamment : « Il ne semble pas y avoir de ventilateur de vide sous-toit d’installé sur la couverture… Nous avons plusieurs désordres et déficiences dans l’étanchéité de l’enveloppe du bâtiment… »

Tiré d'un des rapport d'expertbatiment.ca

Nous avons demandé à Mme Parent quelles leçons elle et son mari ont tiré de leur mésaventure. Pour ma part, je lui ai dit que je recommande toujours aux acheteurs de maisons d’embaucher un entrepreneur certifié Novoclimat qui fera homologuer leur chantier par ce programme gouvernemental ou selon le système d’évaluation indépendante LEED, ce qui n’était ni le cas d’ILAND ni de BRAVE. Le programme Novoclimat est assorti d’inspections gratuites (isolation, étanchéité et ventilation) et d’aides financières.

« Vous avez tout-à-fait raison quant à l'importance de choisir un entrepreneur certifié, dit-elle. Malheureusement, nous avons fait confiance à Daniele Oppizzi lorsqu'il nous a présenté BRAVE qu'il a "choisi pour ses valeurs". Nous croyions que les travaux seraient bien coordonnés puisqu'ils étaient habitués de travailler ensemble. Surtout qu'un document d'ILAND précisait qu'il pourrait refuser la livraison des modules s'il jugeait qu'un entrepreneur de notre choix n'avait pas exécuté les travaux selon ses spécifications. Or, il nous a obligés à accepter la livraison sur une fondation coulée depuis quatre jours, non drainée et non remblayée contrairement aux exigences du document et malgré notre demande de report. »

Selon elle, l'entrepreneur les a pris pour des andouilles. «  Il nous a raconté, lors d'une visite à l'usine, que deux entreprises de fabrication de gypse étaient passées au feu, ce qui expliquait la pénurie de matériaux. Vous vous doutez bien que cela aurait fait les manchettes. De plus, il oublie de mentionner que c'est lui qui nous a recommandé BRAVE et qu'à chaque fois qu'on tirait la sonnette d'alarme il le défendait disant que tout était conforme et que BRAVE n'avait pas intérêt à bâcler le travail... Un document obtenu de la RBQ nous affirme qu'ILAND n'aurait pas dû nous facturer l'escalier menant au sous-sol puisqu'il n'était pas construit en usine.

ILAND n'a pas insisté auprès de BRAVE pour qu'il installe les panneaux solaires, ce que nous avions entièrement payé. BRAVE prétendait qu'il ne le pouvait pas puisque nous n'avions pas construit le balcon.  Une fois nos travaux complétés, malgré leur promesse et une mise en demeure, ils étaient aux abonnés absents. Or, une entreprise spécialisée en installation solaire que nous avons sollicitée pour compléter les travaux laissés en plan, a affirmé qu'il était tout à fait possible d'installer les panneaux au mur sans qu'il y ait de balcon. La photo d'une installation réalisée par une autre entreprise le prouve. » 
Tiré d'un des rapport d'expertbatiment.ca

Elle ajoute : « Nous étions certains d'avoir bien fait nos devoirs en tenant compte des informations récoltées dans des articles de médias sérieux, en visitant l'usine trois fois, en posant des questions sur l'isolation et l'étanchéité, les matériaux utilisés, en lisant attentivement toutes les informations sur le site internet de ILAND, en vérifiant auprès de la Régie du bâtiment la licence de l'entrepreneur général BRAVE.  

À la lumière de ce que nous avons vécu, ce n'était pas assez. Entre nos visites à l'usine et la signature du contrat, ILAND avait modifié la technique d'isolation des modules (polystyrène plutôt que cellulose) et la membrane de toiture. Quelques semaines avant l'excavation, on nous annonce que le plan est modifié : un pouce sera ajouté sur la longueur des murs est et ouest, ceci supposément pour faciliter le "zippage" sur le chantier des deux modules.

Résultat, nous avons hérité d'une maison qui n'est ni écologique, ni écoénergétique et dont la valeur de revente est nettement réduite. Nous avons dû refaire la toiture, faire réinstaller toutes les fenêtres du sous-sol et en faire ajuster les battants, polir la dalle en payant le double du prix habituel, faire reconfigurer et construire à nos frais l'escalier menant au sous-sol (nous l'avions déjà payé au contrat), faire installer les ombrières solaires et brancher tout le système photovoltaïque à nos frais. C'est un gouffre financier.

Si c'était à refaire, nous vérifierions deux fois plutôt qu'une les compétences des entrepreneurs et de leurs employés. Il semble que n'importe qui puisse obtenir une licence d'entrepreneur général. L'inscription au Registraire des entreprises du Québec de l'ancienne entreprise du président de BRAVE (autrefois Deuxmax Écoconstructions), Nicholas Rousseau, démontre qu'elle était une entreprise de spectacle "Les productions Slickpunk". 

Nous nous assurerions qu'il a une expérience pertinente en charpenterie-menuiserie et que les employés ont leur carte de compétence dans leur domaine respectif. Nous porterions attention à ce que tous les détails soient mentionnés au contrat : matériaux, technique d'isolation, d'étanchéité, etc. Probablement que nous engagerions un inspecteur pour surveiller les travaux aux étapes cruciales. Il semble que GCR [Garantie Construction Résidentielle, organisme mandaté par le gouvernement] ne soit pas encore très efficace sur ce point. De nombreux témoignages faits à l'émission La Facture le démontrent.

Nous porterions aussi une grande attention à tous les détails lors de l'inspection finale, quitte à utiliser un ruban à mesurer et un niveau. »

Elle souligne également : « Je tiens à préciser que j'ai fait valider plusieurs recommandations des inspecteurs par Écohabitation et pour la toiture par un maître couvreur de 40 ans d'expérience. Ceci afin de constituer un dossier béton en vue d'une poursuite judiciaire. La faillite des deux entreprises a mis fin à ces démarches entreprises par notre avocat. J'ai aussi fait appel à la communauté SolutionERA à quelques reprises.

En plus des anomalies constatés dans ces documents, d'autres problèmes ont été mentionnés à ILAND, sans qu'il en tienne compte, entre autres : la porte coulissante de la salle de bain ballotte et se décroche souvent; le mur derrière la douche s'est soulevé de 1/4 po; la douche a coulé à cet endroit; de l'eau dégouttait des soffites au printemps; la pluie coulait abondamment entre la bordure du toit (fascia) et les gouttières à plusieurs endroits. Les panneaux solaires déjà installés n'ont pas le même filage d'un module à l'autre et ne sont pas assez longs pour rejoindre le panneau électrique.  

De plus, le rapport HOT2000 remis mentionne que le degré d’étanchéité à l’air devait être de 1,5 CAH [changement d’air à l’heure à 50 pascal] alors que le test d'infiltrométrie atteste que c'est plutôt 2,39. Il y a une différence entre les valeurs d'isolation de l'entretoit selon que nous nous référons à HOT2000 (RSI 8,81) ou à la plaque signalétique du QAI Laboratories Certification Testing Inspection (10,21). Le test d'infiltrométrie a été effectué sur les modules seuls, toutes les ouvertures menant au sous-sol ayant été soigneusement calfeutrées. ILAND contestait les résultats du 1er test qui avait été réalisé pour l'ensemble de la maison et ne faisait état que des problèmes d'étanchéité sans mentionner le CAH. Nous l'avons donc fait refaire. Je détiens toutes les preuves de ce que j'avance. »

Elle conclut en racontant une autre anecdote : « Lorsque je leur ai parlé de problèmes d'exfiltration aux soffites et d'eau qui dégouttait des soffites par manque de ventilation, ce qu'ils m'ont répondu m'a complètement décontenancée. ILAND m'a d'abord dit qu'il ne faisait plus de toiture ventilée parce que c'est trop de trouble. Puis les deux ont affirmé qu'en hiver, il est normal que de la condensation se forme sur l'isolant, que ce n'est pas grave puisque le tout sèche en quelques mois durant l'été. Il me semble que ça n'a ni queue ni tête, mais je ne suis pas spécialiste.  J'ai donc préféré me fier aux recommandations de l'inspecteur et d'Écohabitation et fait installer des Maximums sur la toiture. »

En fin de journée, M. Oppizzi nous a répondu par courriel : « Le client a agit de son côté pour faire certains travaux qui ont créé des problèmes dans les étanchéités... Les problèmes relatés - fenêtres, plancher.... - sont tous des travaux du contracteur. Comme nous avons fait les plans, nous avons été aussi mêlés à l'inspection et à la plainte... » Il n'a pas répondu pourquoi ses maisons, sensées être solaires et à haut rendement énergétique, n'étaient pas installées par un entrepreneur certifié Novoclimat.

On n’a pas fini d’entendre parler des maisons mal construites à la hâte en pleine pandémie, au plus fort de la pénurie de matériaux et de main-d’œuvre compétente…
Tiré d'un des rapport d'expertbatiment.ca