
Bien que les télécommunications soient de compétence fédérale, les municipalités ont le pouvoir de protéger leurs paysages.
Sommaire
• Les compétences municipales et le règlement de zonage de Val-David
• La directive d'exposition aux ondes de Santé Canada, un « désastre pour la santé publique »
• L'OMS et Santé Canada ne citent que les études qui font l'affaire de l'industrie
• Les symptômes et cancers liés au rayonnement des antennes
• Les symptômes de Suédois exposés au rayonnement de microantennes 5G
• L'avis sur l'électrohypersensibilité émis par l'OMS en 2005 fait fi de nombreuses études rigoureuses
Plus de 600 citoyens ayant signé une pétition contre l’installation d’une tour cellulaire de 30 mètres par Bell, au centre de ski Vallée Bleue de Val-David, jubilent. Le 20 janvier, le Conseil de cette municipalité des Laurentides a émis un « avis défavorable au projet pour des raisons d’urbanisme et de mobilisation citoyenne », tel que rapporté le 4 février dans l’hebdo L’info du Nord Sainte-Agathe.
Bien qu’étant sensibles aux craintes des citoyens quant aux risques de jusqu'à 10 % de dévaluation des propriétés pour la santé (risques connus depuis l’invention du télégraphe) des voisins que cette tour d’antennes cellulaires aurait pu engendrer, pour les élus municipaux c’était avant tout une question de réglementation, nous a expliqué en entrevue téléphonique le maire de Val-David, Jean-Claude Rocheleau. « Le zonage ne permet pas d’avoir des tours dans ce secteur, précise-t-il. Le plan d’urbanisme s’assure de préserver le patrimoine paysager. »
Le maire confie avoir beaucoup lu au sujet des symptômes multisystémiques éprouvés par les personnes disant avoir développé une électrohypersensibilité (EHS) aux champs électromagnétiques (CEM) de radiofréquences (RF)/micro-ondes émis par les technologies de communication sans fil : « Une personne EHS a assisté à la réunion du conseil. Tout ça a pesé dans la balance, dit-il. Des amis m’en ont parlé, c’est au point où ils ne peuvent pas avoir d’appareils sans fil dans leur maison. Il n’y a pas de raison de ne pas les croire, même s’il n’y a pas de preuves scientifiques indiscutables. »
Néanmoins, une municipalité ne peut pas interdire l’érection d’une tour cellulaire dans le but de protéger la santé publique. En 2016, la Cour suprême du Canada, dans l'affaire Rogers Communications Inc. v. Chateauguay, a statué que « le gouvernement fédéral — et lui seul — peut approuver ou rejeter l'emplacement d'une antenne de téléphonie mobile... »
« Toutefois, le ministère fédéral responsable de l'implantation des antennes-relais – Innovation, Sciences et Développement économique (ISDE)/Industrie Canada (IC) – a mis en place un processus par lequel l'autorité chargée de l'aménagement du territoire est habilitée à décider de son accord (consentement) ou de son désaccord (refus) », allègue Marg Friesen, une biologiste retraitée du gouvernement fédéral qui s’oppose à des projets d’antennes cellulaires depuis 20 ans. « Une municipalité peut encadrer l'implantation des tours en vertu de critères essentiellement esthétiques à condition d’adopter un règlement d'urbanisme avant la présentation d'une demande par une entreprise de télécom », spécifie cette conseillère de l’organisme Canadiens pour une technologie sécuritaire (C4ST), lequel est dirigé par l’ancien président de Microsoft Canada, Frank Clegg.

Mme Friesen a notamment rédigé le guide qui sert à expliquer comment empêcher l’installation d’une tour cellulaire. Ce guide est téléchargeable dans sa version anglaise à l’adresse c4st.org/fr/documents.php. Voir aussi le modèle de protocole d'implantation d'un système d'antennes proposé à la Ville de Bromont pas un groupe de citoyens dirigé par Pascal Gélinas, ancien réalisateur de l'émission scientifique Découverte, à la télé de Radio-Canada.
Les villes peuvent réglementer les antennes en milieu public
Par ailleurs, peu de gens savent qu’une décision plus récente de la Cour suprême, rendue le 25 avril 2025 dans la cause opposant Telus Communications à la Fédération canadienne des municipalités (FCM), a statué que les entreprises de télécommunications ne peuvent pas installer des antennes « petite cellule 5G » sur le mobilier urbain (poteaux, abribus) sans l'accord de la municipalité. « La décision d’aujourd’hui confirme la position de longue date de la FCM selon laquelle les entreprises de télécommunications doivent négocier avec les autorités municipales avant d’installer des antennes sur des propriétés publiques », déclarait alors la FCM qui offre également aux municipalités d'obtenir son propre modèle de protocole d'implantation de systèmes d'antennes qui comprendrait des « principes directeurs qui expriment clairement les préférences de la municipalité en matière d’emplacement et de conception ».
« Les avocats de la FCM ont réussi là où celui qui représentait la ville de Châteauguay a lamentablement échoué », commente Jean Hudon, collaborateur québécois de C4ST, webmestre du site de la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique (cqlpe.ca). Il administre aussi le groupe Facebook de l’Appel contre la 5G signé par plus de 20 000 Canadiens. Depuis cinq ans, il y a publié des dizaines d’articles étoffés sur l’électrosmog et des témoignages « sur les graves préjudices que subissent les personnes EHS dans notre société hyperconnectée ».
La pétition signée par 610 citoyens de Val-David et des environs fut initiée par trois parents dont Chantal Landry, qui souffre d’ailleurs d’EHS depuis la naissance du premier de ses deux jeunes enfants (visionnez notre entrevue sur YouTube). « Plusieurs personnes ont travaillé en coulisse et se sont mobilisées de manière engagée et soutenue, dont une dame extraordinaire qui a réuni environ 220 signatures! », relate-t-elle par courriel.
Mme Landry se dit « agréablement surprise » de l’avis défavorable émis par sa municipalité envers le projet de Bell. « Je trouve rassurante la grande ouverture (écoute) des élus. Ça donne de l’espoir pour changer les choses. Concernant les gens de Bell, je ne suis pas surprise de leur échec, compte tenu de leurs réponses frivoles à mes questions émises lors de la "période de consultation" et du fait que l’industrie se croit tout permis. Bell avait une assurance certaine d’installer cette tour. Ça m’a fait rire de constater qu’ils n’avaient même pas consulté la réglementation municipale! »
Elle précise : « Pour les antennes d'utilité publique, l'exigence de l'article 6.6 du Règlement de zonage [no. 601, de 2008] stipule que "les antennes détachées d’un bâtiment doivent être implantées à plus de cent cinquante (150) mètres de tout usage résidentiel, institutionnel, conservation ou récréatif". L'antenne proposée par Bell se trouvait à environ :
- 40 m de la résidence la plus proche;
- 60 m d'une ferme résidentielle;
- 20 m d'une piste de ski. »
Le maire Rocheleau affirme que Bell a commis plusieurs erreurs dans son document de consultation. « Au début, la tour devait être située en bas, puis ils l’ont déplacée près des maisons en haut de la montagne. Elle aurait été en pleine face des maisons, de l’autre côté de la rue. »
C’est déjà le cas de trois tours érigées au sommet du mont Alta, à quelques mètres de maisons sises rue Matterhorn. Ces tours accueillent 97 cellules (antennes) de Bell, Rogers et Vidéotron, dont certaines opèrent aux fréquences de la technologie cellulaire de cinquième génération (5G) sur des bandes variant de 600 à 3 500 mégahertz. Bell possède quatre autres cellules sur deux sites près de Vallée Bleue, soit, sur la route 117, deux microantennes installée sur un lampadaire, rue de l’Église, en face de la Caisse Populaire, et deux autres à l’angle de cette même rue et de la rue de la Sapinière. Selon le maire Rocheleau, une municipalité n’a pas le pouvoir d’ordonner le démantèlement d’antennes de télécommunication existantes.
« Un désastre pour la santé publique »
La prolifération des antennes inquiète de plus en plus de citoyens et de scientifiques en raison de l’augmentation exponentielle du rayonnement de RF, classé dans la catégorie 2B « peut-être cancérogènes pour l’humain » en 2011 par le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS. Ceci en raison des preuves épidémiologiques « limitées » d’un risque accru de tumeurs cérébrales (gliome et neurinome de l’acoustique) chez les utilisateurs intensifs de téléphones sans fil. Le risque de gliome (le plus mortel des cancers du cerveau) augmente de 60 % chez les personnes ayant fait des appels sur un cellulaire durant plus de mille heures, soit une moyenne de dix-sept minutes par jour pendant dix ans, selon une méta-analyse de 46 études cas témoins parue en 2020 dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.
La dose de RF reçue des antennes cellulaires étant plus faible que celle reçue d’un téléphone, Mme Légaré de Bell se fait rassurante. « Nous veillons à respecter les exigences canadiennes en matière de sécurité des radiofréquences. Nos projets respectent tous les niveaux d’expositions permis par le Code de sécurité 6 (CS6) de Santé Canada en offrant une protection contre tous les effets sur la santé. »
C’est là où le bât blesse puisque cette ligne directrice sur l’exposition aux RF serait « un désastre pour la santé publique », Santé Canada étant « réticent ou incompétent à évaluer la littérature actuelle », affirmait en 2015 l’oncologue suédois Lennart Hardell dans le Journal de l’Association médicale canadienne. Quant à l’organisme C4ST, les directives du CS6 « sont obsolètes et ne protègent pas les enfants » parce qu’elles ne visent qu’à éviter les effets thermiques d’une exposition de six minutes au rayonnement RF. Cet avis est partagé notamment par l’Académie américaine de pédiatrie qui représente plus de 60 000 pédiatres. Dans une lettre écrite en 2013 et adressée au directeur de la Federal Communications Commission (FCC), dont les limites d’exposition aux RF ont inspiré celles fixées par Santé Canada, le président de cette association de pédiatres exhortait la FCC à adopter des normes de rayonnement qui :
- Protègent les enfants et les femmes enceintes.
- Reflètent les modes d'utilisation actuels.
- Fournissent des informations utiles aux consommateurs.
Selon le ministère ISDE, il y a plus d’un demi-million d’équipements radio déployés à l’échelle nationale par les fournisseurs de services sans fil. « Ceux-ci sont installés à plus de 47 000 emplacements GPS distincts, tels que des pylônes d’antennes, des bâtiments, des poteaux utilitaires, des châteaux d’eau ou des silos de ferme. Si vous souhaitez obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter l’extrait de données de site des licences de spectre terrestres qui se trouvent dans notre système de gestion du spectre », explique son relationniste Hans Parmar.
Malgré de nombreux appels à la prudence signés par des milliers de médecins et de scientifiques des ondes, la plupart des pays ont encore des limites d’exposition fondées uniquement sur l’effet thermique des RF. Tout comme l’OMS est accusée de manipuler la recherche en la matière, Santé Canada écarte systématiquement, dénonce C4ST, la vaste majorité des études sur les effets non-thermiques des CEM à long terme, études qui dérangent les entreprises de télécom et autres industries électriques. Les deux organismes sont ainsi accusés de ne citer que les études rassurantes financées par ces industries. Lire "Radiation Research" and The Cult of Negative Results sur Microwavenews.com.
Ces experts indépendants qui dérangent
L’ingénieur physique et docteur en radiobiologie Igor Belyaev, chef du département de radiobiologie du Centre de recherche biomédicale de la République slovaque, m’a expliqué en entrevue les faiblesses des études citées par l’OMS selon lesquelles elle estime que rien ne prouve que les CEM déclenchent les symptômes d’EHS. Les études financées par l’industrie font toujours fi de nombreux facteurs qui font en sorte que l’exposition aux ondes peut être soit nocive, soit bénéfique : fréquence, largeur de bande, modulation, polarisation, dose, durée et cohérence du temps d'exposition et de non-exposition, environnement électromagnétique (dont le courant continu terrestre), densité des cellules, génétique, sexe, âge, différences individuelles et autres particularités physiologiques des sujets, présence de métaux lourds et de puissants antioxydants et de capteurs de radicaux libres, comme la mélatonine et le ginkgo biloba. Lire ici l’entrevue qu’il m’a accordée en 2015 à Bruxelles, dans le cadre d’un colloque médical sur les hypersensibilités environnementales.
J’y ai aussi interviewé le Dr Hardell qui est également une sommité en épidémiologie et auteur de 370 publications scientifiques parmi les plus citées sur les risques de cancer associés aux ondes cellulaires. Depuis la fin des années 1970, il fut aussi l’un des pionniers dans l’identification de la cancérogénécité des pesticides Agent Orange (2,4,5-T) contaminé aux dioxines et furanes ainsi que du glyphosate (le Roundup de Monsanto/Bayer), et des biphényles polychlorés (les fameux BPC).
En matière d’antennes, le danger ne réside pas dans la puissance de leur signal, mais dans l’exposition constante aux nombreuses basses et hautes fréquences employées et dont les voisins ne peuvent se soustraire à moins de déménager ou de blinder leur chambre ou leur habitation contre les RF.

Symptômes et cancers liés au rayonnement des antennes
En décembre 2010, la revue Environmental Reviews a publié un résumé de cent études sur les effets biologiques d’une faible exposition à court et à moyen terme au rayonnement des antennes cellulaires, étude signée par les chercheurs américains Blake Levitt et Henry Lai. La Dre Cindy Russell, du site de Physicians for Safe Technology, a pour sa part publié une mise à jour en 2024.
Citons par exemple le chercheur français Roger Santini qui a rapporté les symptômes éprouvés par 530 personnes selon la distance de leur habitation par rapport aux tours : « À moins de 10 m, les symptômes comprenaient des nausées, une perte d'appétit, des troubles visuels et des difficultés à se déplacer. Des différences significatives ont été observées jusqu'à 100 m en ce qui concerne l'irritabilité, les tendances dépressives, les difficultés de concentration, les pertes de mémoire, les vertiges et la baisse de libido. Entre 100 et 200 m, les symptômes comprenaient des maux de tête, des troubles du sommeil, une sensation d'inconfort et des problèmes cutanés. Au-delà de 200 m, la fatigue était significativement plus souvent signalée que dans le groupe témoin. »
En 2004, le chercheur allemand Horst Eger et ses collègues ont évalué les dossiers médicaux d'environ mille patients entre 1994 et 2004. « Les résultats ont démontré que l'incidence du cancer était significativement plus élevée chez les patients qui avaient vécu pendant cinq à dix ans à une distance maximale de 400 m d'une installation de téléphonie mobile en service depuis 1993, par rapport aux patients vivant plus loin, et que les patients tombaient malades en moyenne huit ans plus tôt que prévu. Entre 1999 et 2004, après cinq ans de fonctionnement de l'antenne, le risque relatif de développer un cancer avait triplé pour les résidents vivant à proximité de l'installation par rapport aux habitants vivant en dehors de la zone. » D’autres études, publiées notamment en Israël et au Brésil, vont dans le même sens; pour plus de détails, visitez le site de l’Environmental Health Trust. Sur la base de ces études, les experts tels ceux de la Commission du New Hampshire sur la 5G recommandent de ne plus installer de nouvelles antennes à moins de 500 m des lieux habités.
Risques des antennes microcellulaires 5G
Depuis 2016, le Dr Hardell a cosigné huit études de cas de Suédois devenus électrohypersensibles et manifestant divers symptômes depuis l’installation d’antennes 4G ou 5G devant leur habitation. Ces personnes âgées de 4 à 83 ans ont développé ce qui est aussi appelé le syndrome ou la maladie des micro-ondes peu de temps après avoir été exposées à un rayonnement très élevé atteignant des maximums entre 2,5 et 3,18 millions de microwatts par mètre carré (M de μW/m2) dans trois des études de cas. Pour la fréquence 2 100 mégahertz, le CS6 permet que le public soit exposé à une densité de puissance de 5,35 W/m2 équivalant à 5,35 M de μW/m2.
Afin d’éviter des problèmes de santé à long terme aux enfants et autres personnes hypersensibles, l’Académie européenne pour la médecine environnementale clinique recommande de limiter l’exposition aux RF dans les chambres en-deçà de 1 μW/m2 pour les ondes cellulaires des antennes et téléphones 4G et sous 0,1 μW/m2 pour le rayonnement du Wi-Fi dont l’information est pulsée (codée) à la fréquence 10 Hz sur une onde porteuse de 2,4 ou 5,6 GHz.
Le Dr Hardell a évalué 41 problèmes de santé différents sur une échelle d’intensité. « Les plus fréquents et les plus graves étaient les troubles du sommeil (insomnie, réveil nocturne, réveil précoce), les maux de tête, la fatigue, l'irritabilité, les problèmes de concentration, la perte de mémoire immédiate, la détresse émotionnelle, la tendance à la dépression, l'anxiété/la panique, la dysesthésie (sensations tactiles inhabituelles), les brûlures et les lancinements cutanés, les symptômes cardiovasculaires (pouls élevé ou irrégulier transitoire), la dyspnée et les douleurs musculaires et articulaires (…). Dans la plupart des cas, les symptômes ont diminué et sont disparus peu de temps après que les personnes étudiées soient déménagés dans un endroit sans 5G. Ces cas cliniques sont des exemples classiques d'études de provocation. Ils soulignent l'urgence d'empêcher le déploiement de la 5G jusqu'à ce que davantage d'études sur la sécurité aient été réalisées. »
Le point sur l'électrohypersensibilité
L’OMS n’a toujours pas mis à jour son aide-mémoire sur l’hypersensibilité électromagnétique publié en décembre 2005. Elle y affirmait que cette condition ne constitue pas un diagnostic médical, car il « n'existe ni critères diagnostiques clairs pour ce problème sanitaire ni base scientifique permettant de relier les symptômes (…) à une exposition aux CEM. » Ces affirmations ont pourtant été maintes fois contredites, notamment par :
- Le chercheur de la Bibliothèque du Congrès américain, Christopher Dodge qui, dans les années 1960, a résumé les études soviétiques et d’Europe de l’Est sur les effets biologiques des CEM de RF/micro-ondes remontant à 1933.
- Le chercheur de la Marine américaine Zorach Glaser, qui rédigea au début des années 1970 une bibliographie de plus de 2 000 études et rapports décrivant les effets biologiques de ces mêmes ondes.
- L’étude de provocation à l’aveugle aux RF ou à un placebo dirigée par le Dr William J. Rea qui, en 1991, a réussi à reproduire des symptômes spécifiques chez des patients volontaires exposés aux fréquences spécifiques auxquelles ils réagissaient dans une phase préliminaire.
- Le classement de « l’intolérance électromagnétique » parmi les symptômes et maladies du travail en 2000 par le Conseil des ministres des pays nordiques européens dans un rapport qui affirmait que : « les symptômes disparaissent dans les environnements non-électriques ».
- L’adoption de la résolution 1815 (2011) de l’Assemblée parlementaire du Conseil d’Europe intitulée Le danger potentiel des champs électromagnétiques et leur effet sur l’environnement, qui recommandait notamment « de porter une attention particulière aux personnes "électrosensibles" atteintes du syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques et de prendre des mesures spéciales pour les protéger, en créant par exemple des "zones blanches" non couvertes par les réseaux sans fil ».
- Plus de 5 000 études sur le sujet, répertoriées par l’association consultative scientifique sur les radiofréquences d’Océanie (ORSAA);
- L’avis récent de la Commission internationale sur les effets biologiques des champs électromagnétiques (ICBE-EMF) qui affirme que l’EHS est « une crise humanitaire qui nécessite une réponse urgente ».
Dans son témoignage d’avril 2015 devant le Comité permanent de la Santé de la Chambre des communes, le président de C4ST Frank Clegg parlait des symptômes d’EHS ressentis autrefois par les opérateurs de radar qui étaient exposés aux mêmes fréquences que celles utilisées aujourd’hui pour le Wi-Fi : « Jusqu'à 3 % de la population, soit un million de Canadiens, ont des symptômes de sensibilité électromagnétique qui sont si graves qu'ils ne peuvent pas fonctionner dans notre monde moderne, a-t-il dit. De plus, 35 %, soit dix millions de Canadiens de plus, affichent des symptômes de légers à modérés. Ces symptômes ressemblent à ceux du vieillissement, et c'est pourquoi j'appelle la sensibilité électromagnétique le syndrome du vieillissement rapide.
« Mes recherches montrent que le rayonnement des radiofréquences d'un téléphone sans fil à des niveaux bien inférieurs à 1 % des niveaux du Code de sécurité 6 provoque un rythme cardiaque irrégulier ou rapide chez les personnes sensibles. C'est ce qu'on appelle la tachycardie. »
Silence radio chez Bell
Richard Duquette, propriétaire de la pension pour animaux Ferme Duquette située à 60 mètres du site convoité par Bell, a informé le conseil municipal du projet le 18 novembre, en déposant sa propre pétition signée par 20 opposants. Il fut parmi six propriétaires informés du projet par la firme CPC Consultation, mandatée par Bell pour consulter les citoyens tel qu’exigé par la réglementation fédérale.
« Beaucoup de gens nous ont écrit à ce sujet-là… Bell n’a pas informé la Ville, on n’était pas au courant », affirme le maire Rocheleau. Pourtant, chez Bell, la gestionnaire des communications, Éliane Légaré, nous a affirmé par courriel : « Au début de son processus, Bell contacte toujours le représentant de l’Autorité Responsable de l’Utilisation du Sol (l’ARUS) et c’est à ce moment que les différentes informations sur le zonage et la réglementation municipale nous sont transmises. »
Bell a-t-elle donc demandé à la Ville de recevoir les détails du zonage? « Non, pas à notre connaissance », réitère le maire Rocheleau qui a appris que Bell convoiterait désormais un autre terrain dans la municipalité voisine de Val-Morin.
Bref, quand les citoyens et les élus se tiennent de bout, les entreprises de télécom cherchent des sites où les gens sont moins au courant de leurs pouvoirs.
Par Jean Hudon cqlpe.ca
Comme les études de provocation (exposition de volontaires aux ondes) citées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se basent sur une durée trop courte d'observation des réactions des personnes électrohypersensibles (EHS), l'absence de symptômes rapportés dans un délai de quelques minutes ne doit pas permettre de conclure que ce problème est d'ordre psychosomatique (imaginaire), comme l'OMS le prétend.
Dans les faits, afin de disposer d'une méthode de diagnostic fiable pour déterminer si une personne se disant EHS l'est véritablement, le professeur Dominique Belpomme et ses collègues ont identifié divers marqueurs biologiques permettant d'avoir des données médicales objectives pour diagnostiquer ce qu'il appelle le « syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques » (SICEM) au lieu de ne se fier qu'à la description des symptômes non spécifiques rapportés pouvant aussi s'appliquer à d'autres pathologies et ainsi porter à confusion. Il utilise notamment l'encéphaloscan pour objectiver une hypoperfusion (mauvaise irrigation sanguine) de certaines zones cérébrales et des analyses de sang et d'urine montrant des réactions spécifiques, les données ont été publiées notamment en 2015-2016 dans la revue Reviews on Environmental Health. Les trois chercheurs ayant publié cette étude ont notamment identifié un taux histamine sanguin anormalement élevé, signe d'une inflammation chronique, chez 40 % des 521 personnes électrosensibles étudiées et un déficit en mélatonine, hormone du sommeil qui lutte aussi contre le cancer, chez tous les participants examinés. En outre, parmi les 50 personnes du groupe de contrôle dans cette étude dont l'état de santé est normal (non électrosensibles), seule une très faible proportion d'entre elles ont rapporté avoir déjà éprouvé neuf des vingt-six symptômes cliniques rapportés par les personnes EHS, alors qu'une forte proportion de ces dernières ont rapporté avoir éprouvé la plupart de ces symptômes. Pour en savoir plus, lire Electrohypersensitivity as a Newly Identified and Characterized Neurologic Pathological Disorder : How to Diagnose, Treat, and Prevent It, ainsi que leconsensus de Belpomme et 31 coauteurs paru en 2021, The Critical Importance of Molecular Biomarkers and Imaging in the Study of Electrohypersensitivity.
Toutefois, étant donné les préjugés négatifs généralisés à l'égard des personnes EHS et vu la croyance tenace, renforcée par les affirmations erronées de l'OMS, que ces gens imaginent leurs problèmes, l'idée qu'un diagnostic fondé sur des données médicales probantes puisse être émis a été plutôt froidement accueilli par la communauté scientifique. Une seule étude, même si elle est bien conçue, ne peut changer des décennies de profonde incompréhension du phénomène d'électrosensibilité. Qui plus est, le professeur Belpomme s'est attiré les foudres de son ordre professionnel, et ce, malgré sa longue carrière de professeur en cancérologie et sa solide réputation en matière de médecine environnementale. En 2017, il a fait l'objet d'une procédure disciplinaire de la part de l'Ordre des médecins en France en raison de deux manquements en lien avec le diagnostic du SICEM, non reconnu par la communauté scientifique et médicale, un fait rapporté par un autre médecin qui, face à l’afflux de certificats médicaux de « contre-indication à la pose » de compteurs Linky, a donné l’alerte. Une situation semblable s'est produite aux Québec où des médecins ayant posé le diagnostic d'électrohypersensibilité se sont également attiré les foudres de leur ordre professionnel.
Cette controverse se poursuit toujours et n'est pas près de se terminer puisqu'une reconnaissance officielle d'un lien de causalité entre les CEM-RF et l'EHS obligerait tous les États du monde à imposer des normes d'exposition nettement moins laxistes que les normes actuelles, et à fournir de l'aide et divers accommodements aux centaines de millions de personnes affectées à divers degrés par ce syndrome. Si cela arrivait, on imagine aisément les coûts économiques à supporter par les gouvernements, les entreprises de télécommunication et les fabricants d'appareils sans fil. Tout comme les puissants lobbys des entreprises responsables des réseaux de distribution électrique ayant réussi jusqu'ici à protéger le statu quo officiel face aux impacts sur la santé des CEM émis par leurs équipements, y compris les lignes à haute tension dont la preuve de leur rôle dans le déclenchement de la leucémie infantile a été clairement établie, le poids du lobby des télécoms et des Apple de ce monde a suffi à persuader les organismes réglementaires de continuer à fermer les yeux sur le sort peu enviable réservé aux personnes électrosensibilisées par les technologies d'un monde accro au sans-fil.


