Image : Jean Hudon, Appel 5G Appeal

En augmentation et probablement sous-estimée, l'électrohypersensibilité (EHS) touche 12,6 % des adultes en moyenne, selon une nouvelle étude évaluée par des pairs. Basée sur 3 475 adultes interviewés en 2022 au Canada, aux États-Unis et en Australie, l'étude conclut qu'au total, dans ces trois pays, plus de 26 millions d'adultes seraient intolérants aux champs électromagnétiques de radiofréquences/micro-ondes émis par les appareils de télécommunication sans fil (cellulaires, Wi-Fi, compteurs intelligents, ordinateurs, antennes, etc.).

Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont des maux de tête, de l'insomnie, des troubles neurologiques et des problèmes cardiovasculaires. En Australie, la prévalence atteint 17,4 % des adultes, soit un sur six, selon cette étude publiée en ligne le 7 mars sur le site de la revue scientifique Next Research.

Certaines personnes sont si gravement touchées qu'elles ne peuvent plus travailler ni supporter d'aller dans des lieux publics et leur nombre est en augmentation, selon les trois expertes qui ont signé cette étude.

« Cette étude a révélé une prévalence de la sensibilité plus élevée que celle observée dans les études de prévalence menées précédemment dans d'autres pays. Cela s'explique peut-être par le fait que les personnes ont été exposées à davantage de rayonnements sans fil, sur une période plus longue et dans une gamme de fréquences plus large. Il a été démontré que l'intensité, la durée d'exposition et la modulation peuvent toutes influencer les effets biologiques d'un signal. »

Un problème méconnu des médecins et sous-estimé

Reconnue notamment par les académies européenne et américaine de médecine environnementale, et par l'Hôpital Women's College de l'Université de Toronto, cette condition émergente passe souvent sous le radar, selon les trois expertes qui ont signé cette étude : la docteure en science cognitive Julie E. McGredden, l'enseignante et auteure Lyn McLean et Anne Steinemann, professeur émérite au département d'ingénierie des infrastructures de l'université de Melbourne, en Australie. Elles expliquent pourquoi leurs résultats pourraient sous-estimer la prévalence réelle de cette affection émergente qui ne constitue pas un diagnostic médical reconnu, selon un avis publié en 2005 – et non mis à jour depuis – par l'Organisation mondiale de la santé. « Les personnes présentant des symptômes de sensibilité aux ondes sans fil peuvent ne pas reconnaître le rayonnement sans fil comme une cause possible. Les professionnels de santé peuvent ne pas prendre en compte ou diagnostiquer la sensibilité aux ondes/EHS. De plus, le format en ligne de l'enquête peut empêcher la participation de personnes souffrant de sensibilité aux ondes/EHS. D'un autre côté, les utilisateurs intensifs d'Internet peuvent être davantage exposés aux CEM, selon la technologie utilisée, et donc présenter des symptômes de sensibilité aux ondes/EHS. Par ailleurs, les personnes sensibles peuvent néanmoins être en mesure d'utiliser Internet grâce à d'autres moyens d'accès, tels que les connexions filaires. »

Aux États-Unis, en Australie et au Canada respectivement, 12,8 %, 17,4 % et 7,5 % des adultes sondés ont déclaré souffrir d'une sensibilité aux ondes, 10,0 % en moyenne ont déclaré souffrir d'hypersensibilité électromagnétique (EHS) diagnostiquée médicalement (soit 10,1 %, 14,9 % et seulement 5 % au Canada), et 14,0 % ont déclaré souffrir de l'une ou de l'autre, voire des deux (14,3 %, 18,9 %, 8,7 %). Fait notable, les hommes âgés de 25 à 34 ans ont déclaré la prévalence la plus élevée parmis les personnes ayant participé à l'étude. De plus, parmi les personnes atteintes d'EHS, 80,6 % ont également déclaré une sensibilité aux produits chimiques, 73,2 % ont déclaré souffrir d’asthme/ARC, 53,8 % ont déclaré souffrir d’un trouble du spectre de l'autisme et 84,8 % ont déclaré une sensibilité aux parfums. « Ces résultats soulignent la nécessité de mener des recherches supplémentaires sur les moyens de prévenir et de réduire les expositions ainsi que les effets indésirables associés », concluent les auteures. 

« Ces résultats soulèvent de sérieuses questions quant aux mesures actuelles de protection de la santé publique, alors que l'exposition quotidienne aux technologies sans fil augmente dans les foyers, les écoles et les lieux de travail », estime notre collaborateur Jean Hudon, sur sa page Facebook Appel 5G Appeal.

Hôpitaux accommodants

Depuis 2023, les quatre hôpitaux du groupe ontarien Quinte Health accommodent les patients électrohypersensibles, en leur fournissant sans frais une chambre privée « environnementalement propre », éloignée de déclencheurs potentiels comme les routeurs Wi-Fi et autres sources de CEM. « Si nécessaire, un écran de protection contre les ondes radio peut être installé dans la chambre du patient afin de bloquer les champs électromagnétiques », mentionne notamment son manuel sur l'accessibilité en matière de sensibilités environnementales.

Wireless sensitivity and co-morbidities: A prevalence study in Australia, Canada, and the United States, Next Research, Volume 8, juin 2026.