Le revêtement extérieur a été fabriqué à la main.

Démarrée en novembre 2023, l’autoconstruction en ballots de paille de Mélanie et Luc tire à sa fin, si bien qu’ils ont décidé d’emménager sous peu dans leur maison de rêve. Ce neuvième témoignage raconte leur dernière année de travaux. 

Été 2025 : les jours de pluie nous travaillons à l'intérieur et les journées ensoleillées sont consacrées aux travaux extérieurs. C'est le temps de s’atteler à la finition extérieure. On peut comparer celle-ci  à l'épiderme de notre corps qui agit comme un coupe-vent. Trop souvent, nous avons vu des maisons neuves ou des agrandissements laissés sur le pare-air-pluie Tyvek plusieurs années, alors qu’il doit être recouvert le plus vite possible. Son fabricant affirme que cette membrane ne résiste aux rayons ultraviolets que durant 120 jours. Notre enduit de béton léger recouvrant nos ballots de paille est enveloppé d’une toile tissée retenue par des lattes de ¾ de pouce. Le mur peut ainsi diffuser la vapeur et il est protégé contre la pluie, la neige et le vent qui auraient pu causer des infiltrations d'eau dans notre isolant végétal putrescible. 

Fin mai 2025 marquait le début de la construction de notre séchoir à bois (12’ x 16’) qui nous assurera un accès constant à du bois de chauffage bien sec. La base est en billots de cèdre bien secs et sans écorce, déposés au sol sur une surface de gravier de rivière, tout comme les bases stables et drainantes des granges d'autrefois. La structure des murs est faite en colombages 2x4 et deux grandes poutres soutiennent le toit couvert de polycarbonate récupéré. Cet abri permet de stocker une douzaine de cordes de bois.

Et si l'on fabriquait la finition extérieure?

Comme si notre projet d’autoconstruction isolée aux ballots de paille n’était pas assez fou, nous avons décidé de fabriquer notre propre finition extérieure. Plusieurs solutions industrialisées s’offraient à nous, du plus naturel, comme le bois massif, tel le lambris Maibec, au plus artificiel, comme le vinyle. En excluant les 14 ouvertures (portes et fenêtres), nous avions 1 900 pieds carrés de murs à couvrir, sans oublier les moulures des coins et ouvertures.

Voici notre évaluation des prix avec les avantages et inconvénients de différents matériaux :

  • Vinyle : 8 000 $ à 9 000 $, l’option la plus économique, mais 100 % pétrochimique, en plus d’être léger et cassant l'hiver. Outre le fait d’être sans entretien et imputrescible, le prix est son seul avantage notable.
  • Lambris Maibec : 14 000 $ à 16 000 $, naturel, très beau, mais pour durer il doit être reteint aux 8 à 10 ans.
  • Fibrociment : frôle les 20 000 $, très durable, beau look mais très lourd, ce qui apporte encore plus de poids à une maison déjà très massive pour notre fondation.

Nous voulions évidemment un matériau très durable dans le temps, mais sans y sacrifier tout notre budget.

Pourquoi le faire soi-même 

L'idée de base est partie de l'observation d'un panneau de 4' x 8' x ½'' en copeaux de bois orientés (mieux connus sous l'acronyme anglais OSB), fixé il y a une dizaine d'années dans le fond d'une remorque de la même superficie et laissé sans protection à l'extérieur douze mois par année : aujourd'hui, il est à peine défraîchi! Et pourquoi pas utiliser ce matériau taillé en trois bandes de 16 pouces de long par feuille de 48 po de large afin de faire l’effet de planches larges, et même l'utiliser aussi pour fabriquer les moulures? Mais comment le rendre encore plus durable avec le bon enduit? Cette fois l'idée provient de l'observation d'une galerie que Luc avait restaurée pour une amie de Québec il y a douze ans! Il avait appliqué un enduit pour bois défraîchi bouchant les pores et trous de vis : l'année dernière¸ il était encore en bon état malgré plusieurs passages piétonniers et intempéries québécoises! Alors, imaginez la durabilité qui devrait en résulter si l’on l’utilisait pour finir ainsi nos murs! 

Luc l’ingénieux a confectionné un gabarit de coupe inspiré d'une scie à panneaux sur laquelle il avait déjà travaillé en usine et qui assurait des coupes très précises des panneaux. 

Étapes de fabrication

Nous avons donc transformé notre rez-de-chaussée en usine de fabrication. Luc l’ingénieux a confectionné un gabarit de coupe inspiré d'une scie à panneaux sur laquelle il avait déjà travaillé en usine et qui assurait des coupes très précises des panneaux. De son côté, après avoir bien installé les planches à l’horizontale sur des chevalets, Mélanie applique deux couches de teinture à plancher. Oui, c’est beaucoup plus long que d'acheter un matériau tout fait et plus de jus de bras, mais cette décision nous fait épargner une bonne somme d'argent nécessaire à la continuité du projet. Avant l'arrivée de l'hiver, le côté sud-ouest est entièrement fait, incluant la pose des nouvelles portes et fenêtres ainsi que les moulures. Rappelons que jusqu’alors, la maison avait des fenêtres d’occasion temporaires, et nous devions fermer les ouvertures l’automne pour protéger notre investissement et dur labeur. 

Pose des planches de finition intérieure.  

Correction structurale 

Une dépression de près de 2 pouces s’est peu à peu formée sur une partie du plancher de l’étage à cause d’une absence d’appui sous les poutrelles de 30 pieds de long. Il fallait poser des poutres pour corriger ce défaut. À la fin de l’hiver dernier, Luc est parti à la recherche d'un beau gros mélèze sur notre terre à bois. Par bonheur, il en a trouvé un beau en bordure du chemin. Comme elles demeureront apparentes, nos poutres de soutènement du plancher ajoutent un magnifique cachet à la cuisine et la salle à manger.

Luc utilise une technique européenne qui consiste à faire une incision de deux pouces de profondeur tout autour d’un arbre dont la sève ne circule que dans sa partie extérieure. Celui-ci pompe une grande partie de son humidité par son feuillage d'été puis commence à sécher debout. Début novembre, c'est le temps de récolter cet arbre d'une soixantaine de pieds et âgé d’environ 90 ans selon ses anneaux de croissance. Oui, juste à nous deux!!! Même si ce mélèze avait séché debout tout l'été, les deux premières longueurs de 11 pieds étaient extrêmement lourdes. Luc a donc fabriqué des leviers et rouleaux de bois pour les embarquer plus facilement dans la remorque. Ouf, une chance qu’il est inventif! Disons que nous l'avons gagné et la madame a eu chaud, et le monsieur aussi, lol!

Notre bon voisin Tommy Quirion, qui possède un moulin à scie portatif, transforme le mastodonte en poutres essentielles à notre structure. Absolument tout de cet arbre est récupéré en poutres et en planches d'un pouce d'épaisseur qui sont en train de sécher dans le séchoir à bois. Avec ses mille et un talents, Luc va nous confectionner avec ces planches une magnifique table de salle à manger qui accueillera parents et amis.

Le 20 décembre, les deux grosses poutres sont installées pour redresser le plancher, qui est maintenant bien droit et très solide. Au retour des fêtes, nous avons commencé avec beaucoup de hâte la finition du plafond du deuxième étage. Mélanie a alors choisi des planches de pin noueux pour celui-ci et les murs. Le plafond est teint de couleur noyer moyen et les murs sont tout blancs. La chambre d'amis recevra seulement une couche de peinture laissant transparaître les nœuds du bois. Tous les autres murs seront finis avec deux couches de blanc.

Les planches de pin noueux de la chambre d'amis a reçu seulement une couche de peinture laissant transparaître les nœuds du bois.

Bien que nous soyons essoufflés, notre projet continue d'avancer. Nous avons décidé de finir d’abord l’étage qui deviendra d'ici la fin de l'été un appartement temporaire! La salle de bain complète et le walk-in conservent leur vocation, la chambre d'amis sera notre chambre temporaire, notre future chambre servira de cuisine et l'espace bureau de Luc servira de salon! Pour gagner en confort et en énergie, nous allons installer une porte provisoire en haut de l’escalier afin de pouvoir occuper la maison plus rapidement tout en finissant le rez-de-chaussée.

Même si notre minimaison temporaire convient à nos besoins, nous serons bien moins à l’étroit et plus à l’aise. Cela fait deux ans et demi que nous construisons seuls notre maison de rêve tout en démarrant notre nouvelle entreprise d’huiles à massage thérapeutiques, La Princesse des bois. On s'en sort vraiment très bien, malgré tous les défis que nous apporte ce grand et beau projet de vie!