© New West Gypsum. Les installations de recyclage à Sainte-Catherine.

Les usines CertainTeed d'Amérique du Nord recyclent les débris de gypse post-industriel et post-consommation « pour aider à réduire le carbone émis et à créer un environnement construit plus durable ». Au Québec, son partenaire New West Gypsum accepte depuis l'été 2025 les déchets de plaques de plâtre à côté de son usine de Sainte-Catherine, en Montérégie, où ils sont recyclés dans de nouveaux produits de gypse. L'enfouissement du gypse, pratique courante au Québec, contribue à la production et du rejet de gaz de sulfure d'hydrogène malodorant et nocif dans le voisinage, en plus d'occuper inutilement de l’espace dans les sites d’élimination. Le gypse est recyclable à l'infini et la matière première est importée de Nouvelle-Écosse et d'Espagne.

CertainTeed est le premier fabricant de gypse autorisé par le ministère de l'Environnement du Québec à recevoir jusqu’à 80 000 tonnes de débris de gypse par année. L’entreprise accepte tous les types de gypse de construction, rénovation, déconstruction ou démolition (CRDD), moyennant des frais selon le volume. Entreprise fondée en 1985 et qui a pris son envol à Vancouver, New West Gypsum est équipée pour retirer le papier enduit de peinture qui recouvre le gypse. Seule contrainte : si le gypse a été acheté avant 1990, son propriétaire doit obtenir (pour environ 60 $) une preuve d’analyse de laboratoire certifiant l’absence d’amiante provenant du composé à joint – sans parler de la peinture au plomb, retirée du marché résidentiel nord-américain en 1992 et qui peut contaminer les chantiers où l'on démolit les murs.

Depuis septembre 2025, l'usine agrandie de 40 % et modernisée de CertainTeed est la plus grande au monde à produire du gypse offrant jusqu'à 60 % de réduction d'empreinte carbone par rapport aux panneaux de gypse traditionnels. Ceci car les quatre marques de panneaux de la gamme Infinaé BasCarbone sont séchés dans un four électrique plutôt qu’au gaz naturel, une première nord-américaine. Le contenu recyclé post-consommation de certains panneaux n'est qu'à ses balbutiements, mais il augmentera sans cesse (lire notre article de mai dernier (Les fabricants de cloisons de gypse reprennent enfin vos retailles de chantier).

Habitable privilégie le gypse naturel sans fongicide et contenant le plus de gypse post-consommation. Source : https://informed.habitablefuture.org/product-guidance/2-drywall

Notez que le gypse synthétique, recyclé grâce au procédé de désulfuration des gaz de combustion émis par les centrales et usines carburant au charbon, est déconseillé par le résesau américain des bâtiments sains Habitable, car sa fabrication émet du mercure et son utilisation pourrait aussi poser problème. 

Comme l'explique Habitable : « Dans l'ensemble, l'utilisation croissante du gypse issu de la désulfuration des gaz de combustion a entraîné une augmentation des émissions de mercure provenant des usines de fabrication de plaques de plâtre. Consultez notre blogue pour plus d'informations. Le mercure est hautement toxique et, comme il est persistant dans l'environnement, il peut se propager sur de longues distances et avoir des répercussions considérables sur la santé humaine et l'environnement.

Les impacts potentiels sur les occupants des bâtiments ne sont pas clairement établis. Des données limitées suggèrent que l’utilisation de gypse issu de la désulfuration des gaz de combustion dans les plaques de plâtre pourrait entraîner des concentrations de mercure plus élevées dans les plaques finies que celles obtenues avec du gypse extrait des mines.[21] Dans les deux cas, la quantité de mercure présente dans les plaques de plâtre finies s’est avérée très faible. Des tests supplémentaires sur les émissions potentielles de mercure provenant des plaques de plâtre sont nécessaires pour comprendre les impacts potentiels lors de leur utilisation. »

Alexandre Lainesse, porte-parole de CertainTeed Canada, répond à nos questions ci-dessous. Certain Teed est une entreprise américaine fondée en 1904 et intégrée depuis 1988 au groupe français Saint-Gobain. Fondé en 1665, Saint-Gobain est le plus vieux fabricant de matériaux de construction au monde. 


La montagne de débris de gypse aacumulés sur le site acquis par Certain Teed ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir.

Est-ce bien 1 million de tonnes de gypse que vous avez recyclées au Canada depuis 1985?

Nous avons en effet annoncé en 2023 qu’à travers notre partenariat avec New West Gypsum à Vancouver, nous avons surpassé le 1 000 000 de tonnes de gypse post-consommation recyclé remis en production. Nous recyclons activement nos déchets de gypse sur tous nos sites de production de panneaux de gypse au pays et travaillons activement à l'expansion de nos activités de recyclage de gypse dans de nouvelles régions du Canada.

Cela inclut un programme pilote avec la ville de Sainte-Catherine au Québec, avec l'intention d'élargir le programme de manière plus large dans la province de Québec pour détourner le gypse des sites d’enfouissement. Des discussions actives sont en cours avec Recyc-Québec et le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques et de la Faune et des Parcs pour mettre en place un tel programme.

Au Canada, le gypse synthétique représente quel pourcentage de vos panneaux vs ceux en gypse naturel?

Nous ne produisons que des panneaux avec des matières premières provenant de sources de roches de gypse naturelles ou de gypse recyclé au Canada. D’ailleurs Saint-Gobain a complété la construction de sa nouvelle mine de gypse Kootenay West, à Canal Flats en Colombie-Britannique en septembre 2025 afin de desservir nos opérations de Vancouver et Calgary. Nous travaillons également sur un projet de mine de gypse en Nouvelle-Écosse pour fournir nos opérations du nord-est de l’Amérique du Nord et contribuant à réduire considérablement les émissions de carbone portée 3 dues au transport de matières premières.

GlasRoc® Sheathing Infinaé™ BasCarbone résistant aux intempéries et haute performance est conçu pour une résistance supérieure à l’humidité et à la moisissure, avec jusqu’à 60 % moins de carbone intrinsèque (du berceau à la barrière) qu’un produit équivalent traditionnel, tout en conservant la même qualité et la même performance – une première dans l’industrie.

Où peut-on se procurer vos panneaux de gypse à bas carbone Infinaé?

Depuis l’inauguration en septembre dernier, nous sommes en période de transition afin de progressivement distribuer les différents produits à mesure que l’usine augmentera sa production pour atteindre une capacité annuelle complète.

À l’heure actuelle, nous travaillons activement afin de rendre disponible les produits Glasroc chez RONA en Ontario, au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

Les liens vers ces produits sur notre site sont ci-dessous. L’accès aux produits Infinaé BasCarbone par l’entremise des magasins de détail comme RONA se fera par vagues successives au courant des prochaines semaines.

Avez-vous des plans pour les vendre chez BMR et Canac?

Nous travaillons activement à distribuer nos produits Infinaé BasCarbone à l’ensemble des détaillants. Pour le moment, le déploiement des produits Glasroc est en cours pour l’ensemble des trois régions (Ontario, Québec et Atlantique) et ce, pour tous nos clients.

Ce produit coûte-t-il plus cher au consommateur?

Les produits Infinaé et les produits mentionnés précédemment demeurent disponibles à des prix similaires ou comparables à ceux du produit équivalent précédemment vendu.  

Que signifient les types de gypse de portée 1 et 2? 

La mention de notre usine de Sainte-Catherine étant inaugurée comme la première usine de panneaux de gypse zéro carbone (portées 1 et 2) en Amérique du Nord et la plus importante en son genre au monde, réfère aux émissions directes et à la consommation d’énergie.

Pour plus de contexte, établi à la fin des années 1990, le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol) a été la première norme internationale permettant aux entreprises des secteurs public et privé de mesurer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). C’est dans le cadre de ce protocole que les portées 1, 2 et 3 ont été définies.

Portée 1 : émissions directes

Cette première portée, la plus restreinte, mesure les émissions de GES générées directement par l’entreprise, sur ses sites, dans ses installations et à travers ses activités.

Portée 2 : consommation d’énergie

La portée 2 couvre l’ensemble de consommations d’énergie secondaire (électricité, vapeur, chaleur, froid) afin d’évaluer les émissions indirectes de GES associées. Ce sont les émissions liées à la production de l'énergie achetée et consommée par l'organisation.

Portée 3 : émissions indirectes

Il s’agit de la portée la plus large, car elle prend en compte les émissions indirectes de GES tout au long du cycle de vie d’un produit : approvisionnement et extraction des matières premières, transport, chaîne d’approvisionnement, gestion des déchets, recyclage, etc.

 

Quelles aides financières avez-vous profité pour mettre en branle votre initiative de recyclage et de production de gypse bas carbone au Québec? 

Le projet a bénéficié d’un soutien financier de la part du programme ÉcoPerformance du Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques et de la Faune et des Parcs (MELCCFP à hauteur de 40 millions $ pour contribuer à la complétion de cet important projet de transition et d’efficacité énergétique d’une enveloppe de 160M $.

Le soutien et la contribution d’Hydro-Québec a été importante tout au long du processus, non seulement par l’octroi d’un bloc d’énergie, mais également à travers son expertise et de la consultation pour réaliser une transition énergétique industrielle réussie.

Sur vos 46 usines canadiennes, combien produisent du gypse, de l’isolant et autres matériaux?

Nous opérons à partir de 80 sites à travers le Canada, dont un peu plus de 40 sites industriels et comptons près de 4 000 employés au pays. Nous avons des opérations très variées, incluant la production de panneaux de gypse, d’isolation de fibre de verre, d’isolation de fibre de bois, de revêtements extérieurs de vinyle et d’aluminium, de bardeaux d’asphalte, de systèmes structuraux en métal, de pigments pour le béton, de produits pour la chimie de la construction et même des mines de gypse.

 

Le consultant Gilles Bernardin, ing. MBA, président de Valorisation Bernardin et ancien pdg du Regroupement des Récupérateurs et des Recycleurs de Matériaux de Construction et de Démolition du Québec, est chargé de liaison – marketing et relations externes chez New West Gypsum Recycling. Il a aussi répondu à nos questions.

Combien de débris de gypse New West Gypsum va-t-elle recycler par année à Sainte-Catherine? 

L’objectif est de répondre à la demande des entreprises/organismes qui feront appel aux services de gestion des débris de gypse de NWG sur la base que ces débris de gypse seront conformes aux critères de réception qui ont été établis. Il est peu probable que le tonnage de 80 000 tonnes indiqué dans l’autorisation que CertainTeed a obtenu du MELCCFP sera atteint avant quelques années. D’autre part NWG a entrepris une campagne d’information auprès des publics cibles qui sont générateurs de ces débris afin de leur faire connaître cette filière de gestion des débris de gypse en circuit fermé.  

Rappelons qu’à la demande de RECYC-QUÉBEC, la firme Deloitte a produit en 2018 le rapport Étude sur le gypse résiduel au Québec - ANALYSE DE LA FILIÈRE DE RECYCLAGE dans lequel il est rapporté qu’entre 45 000 à 75 000 tonnes de retailles et découpe de gypse provenant de chantiers de construction neuve et qu’entre 130 000 à 155 000 tonnes de débris de gypse post utilisation seraient générés annuellement au Québec.  On peut donc estimer qu’environ 200 000 tonnes par année de débris de gypse seraient disponibles et 80 000 tonnes représente quand même 40 % de ce tonnage.  

Quel pourcentage du gypse de construction, rénovation et démolition est actuellement recyclé au Québec et quels sont les objectifs pour les prochaines années? New West dessert-elle à la fois Certain Teed et son concurrent montréalais, CGC?

Dans le passé les entreprises Recycle Gypse située à Delson et Gypse du Fjord au Saguenay ont exploité des centres de traitement de débris de panneaux de gypse mais ces deux entreprises ont cessé leurs opérations de sorte que présentement, il n’y a à toute fin utile aucun recyclage de gypse autre que les quantités qui ont été gérées dans le cadre du projet pilote de CertainTeed et d'un projet pilote présentement en cours chez CGC. Les installations de NWG au Québec sont uniquement destinées à l’approvisionnement de gypse recyclé pour CertainTeed. 

Quel est le volume actuel de la montagne de résidus de gypse humide sur place à Sainte-Catherine et quel est le scénario de réemploi de ces résidus sur quelle période?

Je ne saurais évaluer le volume historique qui est en place : NWG est en mesure de traiter les résidus en place ainsi que le tonnage provenant des chantiers au rythme où CertainTeed est en mesure de réintégrer ces tonnages dans la fabrication de nouveaux panneaux. Le réemploi des résidus en place demeure une priorité de sorte que cet inventaire n’existera plus d’ici environ un an. À noter que le jumelage de débris secs de chantier lors du conditionnement des résidus humides en inventaire facilite le conditionnement de ces débris humides par NWG ainsi que la reprise de ce mélange dans les opérations de CertainTeed 

Quel volume de résidus est typiquement généré par la construction et la rénovation d’une unifamiliale moyenne et par unité multi résidentiel? Et quels sont les coûts typiques de livraison et d’acceptation de ces résidus chez New West.

Les retailles provenant de la construction d’une maison unifamiliale typique représenteraient environ 10 à 15 % de la quantité de panneaux utilisés sur ce type de chantiers. NWG propose des frais d’accueil de 85 $ la tonne FOB 1 Sainte Catherine, ce qui devrait être concurrentiel à l’alternative que sont les tarifs d’enfouissement en rappelant que les tarifs d’accueil pour l'enfouissement doivent être majorés d’une redevance à l’élimination qui est présentement de $36 la tonne.  En principe les coûts de transport au site de Sainte Catherine devraient être comparés au coût pour les acheminer à l’enfouissement lorsque ces débris ont été triés sur chantier (ce qui est préconisé) et cette comparaison est donc influencée par la distance entre le chantier-Sainte Catherine versus le chantier- site enfouissement.