C’est la question que nous avons posée à divers spécialistes. Leurs préférences dépendent de la partie de la maison qu’il faut isoler. Voici leurs réponses.
(Pour découvrir les choix favoris de l’éditeur d’Environmental Building News Alex Wilson, voir le dossier Isolation dans notre numéro d’automne 2012.)

Le ComfortBoard IS, une laine de roche semi-rigide pour murs extérieurs, de Roxul.

Lucie Langlois, architecte, Alias architecture :

En général, pour une construction standard, nous spécifions de cette façon :

Combles : cellulose giclée; pas de problèmes d’affaissement en application à plat, possibilité d’en mettre épais, qualités écologiques.

Murs : laine de roche; facteur isolant intéressant, insonorisation, empreinte écologique moindre que la fibre de verre.

Fondations : coffrage isolant; bon facteur isolant, meilleur contrôle des ponts thermiques.

Dalle : polystyrène expansé; empreinte écologique moindre que le polystyrène extrudé.

Pour des projets plus performants, tels que ceux visant la certification Passive House, nous sommes en train d’étudier des alternatives, les points les plus critiques étant l’élimination complète des ponts thermiques, une enveloppe superisolée et le contrôle du point de rosée. Cela représente un beau défi !

Robin Gauthier-Ouellet, entrepreneur général LEED, Écohabitations boréales :

Plafonds plats : fibre de cellulose R-50; facile d’obtenir le facteur R désiré, produit local, recyclé, non toxique, etc.

Murs : laine de roche, si le budget le permet : fabrication locale, énergie grise raisonnable, non toxique, résistante aux dégâts d’eau; sinon, depuis environ deux ans, la laine de verre est intéressante : prix imbattable, fabrication locale, 100 % recyclée, sans COV (composé organique volatil); carton fibre haute densité : produit local, sans COV, 100 % recyclé, pare-vapeur ou pare-air intégré.

Béton et combles : polyuréthane; performance élevée en valeur R et en résistance à l’air, seul isolant pouvant convenir aux solives de rive, rapidité de pose, prix correct, pare-vapeur.

Alejandro Montero, b. arch., entrepreneur général, Tergos architecture + construction écologique :

Combles : cellulose ou autre isolant en vrac ; les isolants en vrac sont les seuls à pouvoir créer une couche continue d’isolant tout en faisant parfaitement le tour des membrures de fermes de toit, qui doivent nécessairement «traverser» cette couche isolante.

La cellulose est donc excellente pour l’efficacité énergétique. Elle est recyclée et traitée uniquement avec un minéral, le borax, contre le feu et les insectes. De plus, elle est très abordable et facile à trouver au Québec (Benolec, à Sainte-Julie, et Igloo, à Dorval).

Murs : la ComfortBatt de Roxul : à base de scories d’acier recyclées et de pierre volcanique, ignifuge, hydrofuge, bonne insonorisation, meilleur rendement que la laine minérale classique (de verre), relativement abordable à 0,75 $/pi2 (8 $/m2) et facile à trouver.

Sous une dalle : le polystyrène expansé haute densité est presque aussi efficace que l’extrudé, cependant sa composition chimique est beaucoup plus écologique, et son procédé de fabrication moins énergivore. Deux bonnes compagnies québécoises en produisent : Polyform, à Granby, et Isolofoam, à Sainte-Marie, en Beauce.

Dans le meilleur des mondes, nous aimerions installer de l’isolant en chanvre dans les murs et, dans le cas d’une habitation en bois lamellé-croisé ou d’une autre structure ayant un isolant appliqué à l’extérieur, un isolant rigide européen en pâte de bois comme ceux proposés par Pavatex ou Agepan. Ces produits sont malheureusement pour l’instant très difficiles à trouver et très coûteux (chanvre = 2 $/pi2 ou 21,53 $/m2) et pas encore homologués au Canada. En tant que professionnels du bâtiment, cela nous met dans une position difficile en matière de déontologie et de responsabilité.

Yves Perrier, b. arch., expert-conseil en bâtiment, Guide Perrier :

Personnellement, j’ai arrêté de recommander un isolant contre un autre. Cela me paraissait parfois ridicule. L’isolant fait toujours partie d’un système-mur, d’un système-fondation, d’un système-toit, d’un système-enveloppe et même d’un système thermique incluant le chauffage et la climatisation.

Je compare des systèmes d’enveloppe en fonction de leur durée de vie, de leur efficacité, de leur résistance au feu et à la moisissure, de leur coût incluant parement, pare-air, pare-pluie, structure, pare-vapeur, finition intérieure, entretien, design…

Par exemple, j’aime bien l’idée d’isoler les fondations par l’extérieur avec le polyuréthane dans l’esprit de conserver le béton apparent à l’intérieur avec un simple fini cimentaire qui remplace le gypse. Le polyuréthane fait à la fois le drainage et l’imperméabilisation, le béton devient une masse thermique et adieu tout problème relié à la moisissure ou à des inondations. Dans ce contexte, bien sûr, le plancher demeure aussi au béton (avec fini cimentaire ou céramique) avec chauffage radiant hydronique, qui réchauffera aussi les fondations de béton apparentes, sans oublier le polystyrène de 2 po (5 cm) d’épaisseur sous la dalle.

Mais pour les mêmes fondations, il y a d’autres stratégies et d’autres produits comme le coffrage isolant qui pourraient être mes préférés si la masse thermique était moins importante dans la stratégie énergétique globale de l’immeuble et les risques d’inondation peu importants.

Don Fugler, chercheur retraité de la Société canadienne d’hypothèques et de logement :

Je crois qu’il y a peu de matériaux isolants qui sont vraiment répréhensibles du point de vue écologique. S’ils sont stables, efficaces et éconergétiques, ce sont de bons isolants. Les différences mineures du point de vue de leur fabrication me semblent très secondaires. Par exemple, je préférerais avoir de la fibre de verre avec des traces de formaldéhyde dans mes murs que du bran de scie (un rebut mais un mauvais isolant qui est sujet à l’affaissement et aux moisissures).

Morris Charney, architecte, urbaniste et inspecteur en bâtiment :

Ma préférence va au polyuréthane à base de soja pour le sous-sol (murs de fondations et salles d’entreposage à froid en particulier). Je le préfère à toutes les formes d’isolant rigide de polystyrène qui doit être collé ou vissé au mur et dont les joints doivent être scellés. Lorsque les murs de fondations deviennent humides, ce qui est inévitable, la plupart des adhésifs donnent des résultats médiocres et le matériau devient lâche avec le temps.

Avec une épaisseur suffisante, le polyuréthane agit comme une barrière à l’humidité, ce qui améliore la cote de porosité des fondations en béton plus anciennes. La meilleure solution est d’avoir une membrane de drainage à l’extérieur, comme la Delta MS, et du polyuréthane à l’intérieur.

Je préfère aussi un isolant de polyuréthane dans un comble serré (intérieur ou extérieur d’un toit plat ou cathédrale), mais cela exige un certain degré de connaissances sur les toitures. Dans la dernière inspection de condo neuf que j’ai faite dans le très chic Plateau Mont-Royal, j’ai été surpris d’entendre le constructeur mentionner qu’il pulvérise du polyuréthane entre les solives du toit et sous une base de terrasse en Aspenite (panneaux de copeaux orientés). Il n’a pas laissé d’espace d’air ni ventilé le toit. Avec le temps, ce toit se décomposera de même que le polyuréthane. En outre, il y avait une membrane élastomère bicouche collée à la torche sur le toit-terrasse. Cela aurait pu causer un feu car le polyuréthane est un combustible. C’est un super produit pour isoler un comble serré, car il laisse assez de place pour la ventilation. Cependant, vous devez savoir ce que vous faites.

Alain Migneault, président, Les services ACM :

Je préfère les isolants soufflés ou giclés pour les combles du fait qu’ils sont monolithiques et épousent les formes souvent complexes dans les résidences neuves. La fibre cellulosique offre un facteur R plus élevé par pouce d’épaisseur que les laines minérales, elle offre une meilleure performance dans les endroits restreints et son coût est intéressant pour l’entrepreneur.

Pour les murs, je suis toujours vendu à ma technique Poly-Cel (polyuréthane-cellulose). C’est tellement mieux, facile d’installation par nos professionnels de l’industrie, installé de l’intérieur à l’abris des conditions météo, sans échafaudages. Sa performance sur l’étanchéité à l’air dépasse les exigences de la norme R-2000, sa résistance thermique est élevée : R-26 et plus en assemblage de 2 x 4 et 2 x 2, et plus de R-30 en assemblage de 2 x 6  et 2 x 2. Cette technique donne une isolation  monolithique ayant une continuité par rapport à la structure de bois, même au niveau des solives de rive, et une insonorisation supérieure en matière de bruits aériens.

Commentaire fait par l’expert L. Hugh Ward de Forum Habitation, le 24 juillet 2012 :

« Ta technique d’isolation de murs rencontre parfaitement les exigences de la nouvelle réglementation qui est basée sur Novoclimat. »

Pour les sous-sols :
Sous la dalle de béton et sur la roche ¾ po (19 mm), un polyuréthane giclé EcoBay de Fransyl, 1 ½ po (38 mm) d’épaisseur de préférence du fait qu’il est monolithique et scelle les périmètres des fondations et assises. En deuxième choix, un isolant rigide tel le polystyrène expansé Izodal de Fransyl.

Pour les murs de fondations, j’opte pour le coffrage isolant fabriqué par Fransyl. L’isolation du béton à la fois des côtés intérieur et extérieur protège les fondations des mouvements du sol. Autres choix : le polyuréthane EcoBay (2 ½ et 3 po [64 et 76 mm] sur les solives de rive en tenant compte du fait qu’on isolera aussi le côté extérieur de la solive de rive) ou un polystyrène expansé tel que Izol THR de 3 ¾ po (95 mm).

Pour en savoir davantage :

Tableau comparatif des caractéristiques des divers isolants, paru dans le magazine français
La Maison écologique :
https://maisonsaine.ca /wp-content/uploads/2012/09/Tableau-LME67.pdf

Rénovation « nette zéro » d’une résidence bâtie il y a 60 ans à Toronto
www.cmhc-schl.gc.ca/fr/prin/dedu/maeq/noho/index.cfm

Les isolants thermiques naturels : construction verte et efficacité énergétique (École de technologie supérieure de Montréal) : www.t3e.info/pdf/Publications/2011_CIFQ_Chicoutimi_Isolants.pdf

What Type of Insulation Should You Use?
http://greenspec.buildinggreen.com/content/what-type-insulation-should-you-use

The Global Warming Potential of Insulation Materials – New Calculator http://www2.buildinggreen.com/content/global-warming-potential-insulation-materials-new-calculator

Auteur

Dernières publications


Vous aimeriez aussi
Notre Maison à Ormstown : un projet vert éducatif et communautaire
Penser la toiture autrement (réservé)
Collectivités viables : les modèles selon Emmanuel Cosgrove (réservé)
Des clés pour contrôler l’humidité dans les sous-sols (réservé)

4 Responses

  1. Daniel B

    Cet été j’ai visité Habitat07 à Baie-Saint-Paul dans Charlevoix. J’ai été épaté par l’isolation à la laine de mouton. Je ne connaissais pas ses propriétés plus qu’enviables.

    – Imputrescible
    – Très peu coûteuse
    – Propriétés isolantes comparables aux matériaux communs
    – hypoallergénique

    J’ai appris qu’au Québec les éleveurs de moutons creusent des trous sur leurs terres pour y enfouir la laine des moutons faute de marché. Personne semble s’y intéresser sérieusement – dommage.

    Le seul inconvénient de cet isolant est son odeur lors de l’installation. Pour éviter ce désagrément, il suffit de la nettoyer avec du Borax et la laisser sécher.

    Voilà

  2. agfauteux

    En fait, la compagnie Matériaux écologiques pour la maison (www.memvegetal.com) songe à vendre de l’isolant de laine de mouton l’an prochain.

Laisser un commentaire