Gabriel Parent-Leblanc est biologiste et détenteur d’une maîtrise en gestion de l’environnement où il s’est spécialisé en construction écologique. Il décide en 2014 de fonder la toute première entreprise québécoise à se spécialiser dans la construction de minimaisons sur roues (tiny house), Habitations MicroÉvolution. À travers les années, il a aidé des milliers de personnes à concrétiser leurs projets de rêve grâce à la création de ressources pour les enthousiastes de minimaison, comme des formations, des conférences ainsi que son livre La grande révolution de la micromaison.

Karina Dastous habite dans une minimaison sur roues depuis près de quatre ans. Malgré sa très faible superficie (à peine 153 pi2), sa petite habitation lui a permis de troquer la vie moderne pour une vie au rythme alternatif où le stress s’est transformé en simplicité.

Pour cette détentrice d’une maîtrise en développement organisationnel ayant également fait des études doctorales en administration des affaires, la simplicité d’une micromaison (de moins de 400 pi2) représente effectivement la liberté dans un monde où tout va trop vite et est trop complexe. « Ça ne tient pas la route cette vie-là, d’être endetté, de travailler toute notre vie pour espérer payer notre maison », dit-elle.

Tout a changé pour elle en 2014 lors d’un périple sur les chemins de Compostelle, en France. « Je me suis promenée pendant des semaines avec toutes mes affaires dans un simple sac à dos. Ça m’a fait réaliser que je n’avais pas besoin de grand-chose pour être heureuse… À mon retour, ma vie me semblait bien trop compliquée, je n’avais pas besoin de tout ça! »

Le minimalisme et la simplicité volontaire ont donc continué à occuper de plus en plus de place dans la vie de Karina. En avril 2016, elle participe à une formation sur les minimaisons que j’ai organisée via mon ancienne compagnie, Habitations MicroÉvolution. Nos chemins se recroisent à l’été 2016 alors que j’avais besoin de bénévoles pour m’aider à présenter mes réalisations aux milliers de visiteurs du second festival des minimaisons, à Lantier. Lors de l’évènement, j’en présentais deux : celle que j’ai construite de mes propres mains et une autre au concept novateur, soit une coquille complète dont l’intérieur pouvait être fini selon les préférences du client. Avant le festival, j’avais bon espoir qu’un visiteur tomberait en amour avec la belle minimaison en cèdre rouge de l’Ouest et repartirait avec… Cependant, par une chaîne de curieux événements, ce fut bel et bien le cas, mais pas comme je l’envisageais : c’est Karina, qui avait passé une nuit dans la coquille avec sa fille, qui est repartie avec!

Après l’avoir fait finir en partie par un homme à tout faire et l’avoir terminée par elle-même, Karina a trouvé l’emplacement idéal en 2017. « Je cherchais un terrain pour installer la minimaison légalement… Après beaucoup de démarches infructueuses, j’ai fini par avoir l’idée d’appeler des campings annuels, dont le plus près d’où j’habitais à l’époque, celui du Lac Lafontaine, à Saint-Jérôme. L’endroit m’était destiné; ils avaient un terrain annuel vide, ce qui n’arrivait jamais, car la personne avait quitté avec sa maison mobile. Le terrain était donc vacant, une occasion unique! »

La minimaison de Karina au camping

Au fil des années, bien qu’elle fût parfaitement heureuse au camping, Karina ressentait néanmoins le besoin de quitter la ville. C’est ainsi qu’en septembre 2020 elle déplace sa minimaison de Saint-Jérôme vers Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière. Elle s’installe dans la cour de la maison que loue son frère. Loin des regards, en ne dérangeant donc aucun voisin, Karina occupe sa minimaison en comptant sur le fait que la Municipalité la considère comme étant une « roulotte ». Une solution moins qu’idéale certes, mais encore la seule disponible aujourd’hui considérant le flou juridique entourant les minimaisons sur roues en l’absence de réglementation . S’installer en catimini, ni vu ni connu, dans des zones où ils n’ont pas nécessairement le droit de le faire, c’est la solution de rechange qu’utilisent pratiquement tous les propriétaires de minimaison sur roues au Québec à ce jour.

 

Êtes-vous prêt à faire le saut?

Karina est une adepte de la simplicité volontaire, allant jusqu’à réduire sa superficie habitable (minimaison sur roues) et à modifier toutes ses habitudes de vie. C’est un changement extrême, mais qui l’a libérée d’un monde que de plus en plus de gens voient comme malsain. Voici un extrait de mon livre « La grande révolution de la micromaison » pour vous aider à déterminer si de telles transformations seraient bonnes pour vous aussi. « Posez-vous ces questions : 

  • Quels sont mes objectifs?
  • Qu’est-ce que je veux faire de ma vie?
  • Est-ce que ma vie actuelle répond à mes besoins et aspirations?

Cette introspection n’est pas évidente à faire, mais la faire de temps en temps est primordial. En effet, tellement de personnes effectuent leur train-train quotidien (métro, boulot, dodo) sans jamais prendre le temps de songer au but de tout cela. C’est évidemment une généralisation, mais il y a quelque chose de terriblement  malsain dans ce rythme de vie.

[…]

Si vous n’arrivez toujours à rien dans votre introspection, voici un exercice, tiré du livre « L’ABC de la simplicité volontaire », que je trouve très efficace.

«  Supposez un instant que vous venez de gagner le  gros lot  :  1,  5, 25 millions  de  dollars, à votre choix! Allez-vous, après quelques semaines ou mois de festivités, reprendre à peu près la même vie qu’avant? Ou allez-vous (enfin!) pouvoir changer  bien des choses de votre vie actuelle qui ne correspondent pas vraiment à vos besoins, vos valeurs ou vos désirs? »

Que changeriez-vous? Qu’est-ce qui vous empêche de faire ces changements actuellement?  Comme  c’est  le  cas  pour  la   micromaison,  la   simplicité volontaire  n’est pas une solution miracle : ce n’est pas en la pratiquant que tous vos soucis disparaitront du jour au lendemain! Mais éliminer le superflu et mettre toutes vos ressources précieuses vers un but précis vous permettront d’atteindre vos objectifs ou de vous en approcher. »

Vous retrouvez une panoplie d’astuces, d’idées et de ressources pour planifier votre minimaison de rêve dans mon livre « La grande révolution de la micromaison », disponible en format électronique et papier sur mon site web.

 

La minimaison Karina dans la cour de la maison que loue son frère

Le mouvement des minimaisons est encore marginal au Québec et il le demeure en raison du grand nombre de barrières quant à leur implantation. Bien que l’histoire de Karina soit inspirante, il se cache sous la surface une détermination inépuisable et une série de sacrifices importants. Cette femme, mon amie, a tout mon respect et mon admiration. Ceci, car la majorité des parties prenantes dans le dossier (municipalités, banques, etc.) refusent de s’adapter à la réalité actuelle et rendent le processus de construction, d’implantation et d’occupation beaucoup trop compliqué. Quelques courageux (ou hurluberlus, c’est selon votre perspective), comme Karina, moi-même et bien d’autres, vont de l’avant dans un tel projet. Mais pour la majorité des gens intéressés par le concept, vivre dans la marge, sans point de repère légal, est un sacrifice trop important.

 

Quant à moi, à l’automne 2020 j’ai fermé ma compagnie fondée en 2014 et vendu ma micromaison sur roues. En épuisement professionnel sévère après avoir passé des années à faire du bénévolat pour aider les gens intéressés et promouvoir ce concept d’habitation au Québec, passer à autre chose était plus que nécessaire.

 

Un constat d’échec

Après plus de six ans de travail acharné pour stimuler l’essor des minimaisons au Québec, je me dois d’admettre une réalité difficile à accepter : au final, les choses n’ont pas beaucoup évolué.

 

Qu’est-ce qu’une minimaison?

Beaucoup de personnes se demandent ce que constitue exactement une minimaison. Pour moi, c’est très simple, comme je l’explique dans mon livre « La grande révolution de la micromaison » :

« Micro – préfixe signifiant très petit. 

Maison – bâtiment qui sert d’habitation, de logement. »

Bien que ces définitions semblent  évidentes, elles  nous  indiquent  tout  de même la nature du terme « micromaison », soit une très petite habitation. En général, les  acteurs du milieu ont tendance à les classer selon leur superficie, mais il faut cependant savoir qu’il n’y a pas de définition officielle, tout le monde utilise sa propre définition. Voici, tout de même, une façon objective de les classer, basée sur l’intégration des micromaisons dans le Code du bâtiment américain.

Micromaison : une habitation dont la superficie est inférieure à 400 pi2 (37 m2).

Minimaison | Petite maison : une habitation dont la superficie est de 400 à 1 000 pi2 (37 à 93 m2).

Maison conventionnelle : une habitation dont la superficie est supérieure à 1 000 pi2 (93 m2) ».

Il ne s’agit donc pas d’une question de forme, de matériaux ou de technique spécifique. La minimaison est avant tout caractérisée par sa taille et sa philosophie de vie (simplicité, bonheur, liberté).

Vous retrouvez une panoplie d’astuces, d’idées et de ressources pour planifier votre minimaison de rêve dans mon livre.

 

La majorité des problématiques présentes en 2014 le sont encore aujourd’hui. Je suis abonné à plusieurs groupes de partage en lien avec les minimaisons sur les médias sociaux et pratiquement toutes les semaines, je vois les mêmes questions et les mêmes expériences défiler : « Les minimaisons, ça m’intéresse vraiment beaucoup, je suis motivé, où puis-je m’installer? Quelles sont mes options pour la payer? Etc. »

La personne se renseigne notamment auprès de plusieurs municipalités. Elle se rend compte qu’elle ne peut s’installer nulle part… Si c’est pour une minimaison sur roues, la ville lui dit tout simplement non. Si c’est pour une minimaison sur fondation, elle impose une superficie minimale à respecter (habituellement supérieure à 700 pieds carrés) et le projet tombe à l’eau. Même chose pour le financement, difficile à obtenir à un taux d’intérêt décent. Souvent, on se fait proposer un prêt personnel, mais à 12 % d’intérêt, c’est non merci.

Tel que mentionné précédemment, pour les minimaisons sur roues, les gens s’installent un peu partout depuis les débuts du mouvement en dépit de l’autorisation des villes. Bien que ça soit une belle forme de désobéissance civile (que j’ai moi-même pratiquée pendant six ans), c’est stressant à la longue de ne pas être chez soi et de pouvoir se faire évincer si la municipalité où vous vous trouvez se rend compte que vous y êtes ou si les voisins portent plainte.

À ma connaissance, il n’y a toujours qu’un seul endroit où c’est complètement légal d’installer une minimaison sur roues : le Complexe de l’Érablière à Saint-Nazaire, au Saguenay. Comble de l’ironie, ce projet n’a pas du tout récolté le succès prévu.

Une minimaison sur roues installée au Complexe de l’Érablière © Complexe de l’Érablière

 

Comment l’écrivait Janick Émond, reporter à l’hebdo Le Lac-St-Jean, en septembre 2019 : « En lançant, à l’automne 2017 à Saint-Nazaire, le premier écoquartier de minimaisons sur fondation, sur roues et de maisons conventionnelles au Québec, le promoteur du projet Bruno Boily s’attendait à un plus gros engouement.

Près de deux ans après le début du projet, seulement douze terrains ont trouvé preneur, alors qu’il en reste encore un peu plus d’une quarantaine à vendre.

Depuis, la compagnie Vivre en mini a délaissé le projet, faute d’acheteurs et de clients sérieux. L’entreprise, qui était partenaire dans le développement de ce quartier, a d’ailleurs déclaré faillite.

« Il y a eu beaucoup de monde au début qui s’est montré intéressé, mais il n’y a jamais eu énormément de personnes sérieuses. Encore aujourd’hui, je me demande ce que ça prendrait pour attirer des gens, j’aimerais avoir les réponses et savoir pourquoi ça n’a pas levé », commente Bruno Boily.

 

Une solution facile pour l’implantation des minimaisons sur roues?

Représentation d’une UHA © Arpent

Les unités d’habitation accessoires (UHA) représentent un concept simple, mais très peu implanté ici au Québec. Fréquemment utilisé aux États-Unis et même en Ontario, il s’agit d’une « unité d’habitation secondaire intégrée à un lot déjà occupé par une résidence principale », selon un rapport de l’Arpent, une entreprise collective montréalaise qui offre des services en urbanisme et aménagement du territoire.

Lueur d’espoir à l’horizon cependant, car la Ville de Québec veut consulter sa population sur son intention d’autoriser 400 minimaisons ou logements accessoires de 400 à 800 pieds carrés dans les arrière-cours ou sur des terrains prévus à cet effet, comme le rapportait le Journal de Québec en octobre dernier. « Ça ouvre bien des perspectives en termes de densification douce », a précisé au Journal le maire Régis Labeaume. Il n’est pas impossible qu’il y ait un projet pilote ou qu’on cible des secteurs où on sait que les minimaisons seront « plus acceptables », pour débuter. Car le maire anticipe des réticences de la part de voisins qui ne verraient pas d’un bon oeil l’arrivée d’une petite habitation près des limites de lot. « On cherche la façon la plus acceptable. On sait qu’il y a un défi d’acceptabilité sociale. »

Pour en apprendre davantage sur le sujet, je vous conseille la lecture de l’excellent Guide sur les unités d’habitation accessoires – Grands principes et bonnes pratiques. Rédigé à l’intention des municipalités et financé par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), il a été publié par L’Arpent en 2018. On y apprend notamment que les UHA « existent depuis longtemps et que leur essor récent répond aux besoins changeants en logement de la population canadienne ». Ce rapport ajoute que « les expériences passées démontrent qu’un cadre réglementaire habilitant concernant les UHA, s’il est bien ficelé, permet aux municipalités d’optimiser leurs infrastructures, de générer des revenus supplémentaires, de répondre aux besoins démographiques changeants, de créer du logement abordable à faible coût, d’encourager les arrangements intergénérationnels et d’amorcer une transition vers des villes et collectivités plus durables ».

https://www.larpent.ca/projets/#analyse-et-recherche

 

Fermeture et ouverture des villes

L’implantation des minimaisons sur roues tombe dans une zone grise que les municipalités devront tôt ou tard gérer. Le statu quo actuel est bien malheureux parce que les gens qui veulent une minimaison sur roues veulent juste un petit chez soi abordable, où vivre simplement et paisiblement… Mais les villes ne veulent rien savoir de ce concept.

L’intérieur de la minimaison sur roues que j’ai construit en 2014 et habité pendant plusieurs années

À priori, je pense que le fait que ces habitations soient sur roues les insécurise – les propriétaires vont-ils toujours être là et payer leurs taxes demain? De même, les villes considèrent que les revenus potentiels que ces petites habitations rapporteraient en taxes seraient trop bas pour que ça vaille la peine. En effet, il ne faut pas se leurrer, la non-réceptivité des villes à cette nouvelle tendance est d’abord et avant tout une question d’argent…

Enfin, je me dis que si les municipalités avaient le moindre intérêt envers les minimaisons sur roues, depuis six ans (2014-2020) on aurait vu au moins quelques autorisations, annonces ou ouvertures… Mais le message semble assez clair, elles n’en veulent pas. Et plutôt que de réglementer pour les accepter, elles risquent d’agir dans le sens contraire en les interdisant. La direction que cela prend est vraiment décevante et triste. J’ai déjà eu vent de quelques cas où les villes demandent à des propriétaires de minimaisons sur roues de quitter les lieux. Et j’ai bien peur que cela ne soit que le début…

Les minimaisons sur fondation, quant à elles, sont plus accessibles et plus facilement acceptées par les municipalités. Effectivement, depuis quelques années, le nombre de complexes de minimaisons à travers le Québec augmente tranquillement, mais sûrement. Le problème, c’est que dans la grande majorité des cas, ce sont des développements immobiliers de gros promoteurs qui ont totalement récupéré le concept populaire des minimaisons, mais sans le comprendre. On se retrouve avec des lotissements de minimaisons collées les unes sur les autres, construites avec des matériaux polluants et de basse qualité, sans arbres ni nature autre que la tourbe et les platebandes typiques des banlieues. Des maisons qui peuvent coûter 250 000 $ et offrir peu ou pas de caractéristiques saines et écologiques.

 

Qu’est-ce qui se passe avec le Petit Quartier?

Dans le secteur Virginie-Laflamme de l’arrondissement Fleurimont, à Sherbrooke, Le Petit Quartier est l’un des projets phares du mouvement des minimaisons. Première communauté urbaine de minimaisons au pays, l’initiative a effectivement beaucoup à offrir et c’est personnellement l’une de mes préférés. Le projet prévoyait l’implantation de 73 minimaisons sur fondation de 480 pi2 selon un aménagement inspiré des pocket neighbourhoods américains, avec quatre grappes de minimaisons desservies par des espaces communs (jardins, parcs, piscine) et six bâtiments communautaires. Cet aménagement charmant doit permettre aux copropriétaires – le projet est entièrement géré par une coopérative de propriétaires et non par un promoteur privé – de conserver la nature sur 60 % de la superficie du terrain.

Cependant, le projet ne semble pas aboutir. Après son annonce officielle en 2016, les premières unités du Petit Quartier devaient être construites au printemps 2018, année de fondation du Mouvement québécois des mini-maisons. Depuis, le projet accumule les délais, si bien qu’au moment d’écrire ces lignes (avril 2021), aucune minimaison n’avait encore été implantée[1].

Le promoteur Richard Painchaud, qui a consacré bénévolement pas moins de 5 000 heures à concevoir et à gérer ce projet, m’a expliqué en entrevue les embûches auxquelles la coopérative a été confrontée.

  1. Plusieurs résidants voisins du terrain boisé ciblé par le Petit Quartier ont lancé un registre pour bloquer le projet. Ceux-ci craignaient que les minimaisons fassent baisser la valeur de leur propriété, ce qui ne se produira pas selon une étude réalisée par la Ville. Certains avaient même « étiré » leur cour en squattant plusieurs centaines de mètres du boisé en question. Cette levée de boucliers a retardé d’un an la première approbation de ce projet particulier par les élus sherbrookois, en septembre 2017.
  2. Une fois bien avancée dans le processus, la coopérative de propriétaires a eu une autre mauvaise surprise : après réception du devis final par les ingénieurs, le prix des infrastructures avait doublé! Les membres ont donc dû effectuer plusieurs modifications au plan d’implantation pour réduire les coûts. Ces changements ont fait en sorte qu’ils ont dû repasser par le processus du PPCMOI (projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble) avec la Ville. Un autre retard d’un an.
  3. Finalement, son unité de démonstration devait être construite en mars 2020. Vous connaissez la suite : pandémie, confinements, retards, etc. En raison de tout le chaos que cela est venu engendrer, la coopérative a vu son nombre de membres diminuer dangereusement : alors qu’avant la pandémie, ils avaient 66 maisons sur 73 de réservées par un dépôt de 1 000 $ et une lettre d’intention, ils ont perdu plus de la moitié de leurs membres – il n’en restait plus que 27 au pire moment! Ceci est venu encore une fois retarder le processus, mais heureusement, la coopérative a depuis réussi à trouver d’autres intéressés (plus de 40 unités sur 73 étaient réservées au moment d’écrire ces lignes, selon M. Painchaud.

Malgré cette série d’embûches importantes, les membres de la coopérative de propriétaires continuent leur travail acharné et l’installation des infrastructures devrait débuter en mai ou juin 2021, la construction des premières unités étant prévue pour l’automne 2021.

Espérons que ce soit la bonne, cette fois!

[1] Une maison modèle a été construite à l’automne 2020 et est présentement installée dans le stationnement d’un centre commercial de Sherbrooke, pour des visites et en prévision d’un tirage pour la Fondation du CHUS.

Aménagement potentiel du Petit Quartier © A3 DESIGN services d’architecture inc.

Il faut dire que pour ces promoteurs, c’est une occasion d’affaires en or! Ils n’ont qu’à inclure le terme « minimaison » dans leurs brochures, tout en gardant tous les éléments polluants des développements immobiliers classiques et le tour est joué! Cette façon de faire parasite plus de 90 % des complexes de minimaisons actuels au Québec. Je n’affirme pas cela pour dénigrer qui ou quoi que ce soit, je l’indique seulement pour que vous soyez rigoureux lors de vos recherches. Voici quelques questions de base qui vous permettront de distinguer à coup sûr les vrais pionniers des cancres en la matière :

  • Qu’est-ce que ce promoteur fait pour protéger la biodiversité? 
  • Quelle est la composition des murs de la maison du fabricant? 
  • Puis-je m’autoconstruire ou choisir le constructeur de ma maison dans le complexe de ce promoteur? 
  • Propose-t-il une charte écologique, régissant ce que les membres s’engagent à respecter pour protéger la nature et l’environnement? 

Qui plus est, presque tous ces développements se trouvent à être concentrés dans des quartiers distincts. La Ville accepte l’implantation de minimaisons, mais seulement dans un développement bien précis, pas partout sur son territoire. Cette technique d’implantation est probablement utilisée de manière à éviter une levée de boucliers des citoyens qui pourraient craindre une baisse de la valeur foncière de leur habitation, comme nous l’avons vu dans le cas du Petit Quartier. Soyons réalistes et arrêtons ce nombrilisme profond : comme l’a démontré l’étude de la Ville de Sherbrooke, une minimaison sur fondation de 150 000 $ ne fera pas baisser la valeur d’une maison conventionnelle voisine à 400 000 $. Ce sont deux propriétés ayant des caractéristiques et des installations distinctes pour des budgets différents.

Je pense qu’il est temps pour toutes les parties prenantes, que ce soit les constructeurs, les acheteurs, les rêveurs, les autoconstructeurs, les villes, le gouvernement, etc., de se regarder dans le miroir et de se demander :

Est-ce bien cela que j’entrevois pour le mouvement des minimaisons?

Un petit espace pour prendre soin de soi et de la terre © Stéphanie Juneau du Cohabitat Mont Otis

Cette question est purement subjective, alors vous pourriez avoir une vision totalement différente de la mienne et c’est tout à fait acceptable, mais j’envisageais tellement plus pour ce mouvement… Je voyais des communautés de beaux êtres humains vivre en harmonie entre eux et la nature qui les entoure… Je voyais des projets d’autosuffisance, tant au niveau de l’alimentation que de l’énergie… Je voyais des hommes et des femmes libres de la spirale de l’endettement, vivant dans une alternative à un système oligarchique complètement déshumanisé. Peut-être suis-je trop idéaliste? Les faits sont pourtant cruels et inéquitables, le modèle classique rend l’accession à la propriété de plus en plus difficile.

Pas surprenant que le mouvement des minimaisons continue d’attirer de plus en plus de personnes. Avec raison, car avec l’augmentation indécente du marché immobilier et du coût de la vie en général, ces petites habitations écologiques et abordables représentent une solution tout à fait logique. Selon Michel Girard du Journal de Montréal (Un marché immobilier fou raide), les économistes de Desjardins prévoient qu’en deux ans (2020-2021), le prix moyen des maisons québécoises aura augmenté de 39 %, soit de 126 000 $ en moyenne!

Malheureusement, l’état du mouvement des minimaisons en 2021 est décourageant : fermeture d’esprit complète des différents paliers de gouvernance, promoteurs immobiliers gourmands et sans scrupules, écoblanchiment à la pelletée et j’en passe. Le tableau est très laid et les quelques courageux qui se lancent dans un projet de minimaison doivent s’armer de patience et d’une détermination à tout casser.

À noter que je n’ai pas les réponses ni de plan pour faire évoluer les choses positivement. Après m’être donné corps et âme pour le mouvement pendant plus de six ans, il est temps pour moi de passer le flambeau à d’autres. Et je suis très heureux de constater qu’il y a une multitude de personnes qualifiées et enthousiastes dans le milieu pour la suite des choses. Je suis persuadé qu’ils réussiront là où j’ai abandonné! Mais pour le moment, je pense que le domaine au grand complet a besoin d’une prise de conscience.

 

Auteur

Dernières publications


Vous aimeriez aussi
Des tonnes de vidéos
En kiosque : Printemps 2018
Solution Era lance une série vidéo sur l’habitation écologique
Minimaisons : plus d’avantages que de limites

Laisser un commentaire