Ventiler davantage aide les asthmatiques à mieux respirer

Un ventilateur récupérateur de chaleur. © www.fantech.net

Augmenter l’échange d’air dans les maisons réduit significativement la respiration sifflante chez les asthmatiques, probablement en abaissant les concentrations de formaldéhyde et d’autres polluants intérieurs. C’est ce que révèle la phase finale d’une étude sur les effets de la ventilation réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en collaboration avec le Conseil national de recherches du Canada (CNRC), le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) et la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

D’une durée de trois ans, l’étude portait sur 83 enfants asthmatiques de 3 à 12 ans vivant dans des maisons de Québec dont le taux de ventilation était en deçà de 0,35 changement d’air à l’heure, valeur cible moyenne pour une ventilation adéquate. Leurs symptômes ont été évalués avant que des spécialistes aient doublé le taux de ventilation en hiver grâce à l’installation d’un ventilateur récupérateur de chaleur (VRC) ou à l’optimisation d’un échangeur d’air existant.

Résultat : si le nombre de jours où des symptômes d’asthme étaient présents n’a pas diminué de façon significative, la proportion d’enfants dont la respiration sifflait a diminué, passant de 77,4 % durant l’année précédant les travaux à 42,5 % l’année suivante.

Moins de formaldéhyde
Les chercheurs canadiens ont postulé que la diminution du sifflement pourrait notamment s’expliquer par la réduction de 50 % de la concentration de formaldéhyde dans l’air intérieur obtenue en améliorant la ventilation. Gaz irritant pouvant déclencher l’asthme et reconnu cancérogène chez les travailleurs surexposés à long terme, le formaldéhyde est émis par un grand nombre de matériaux et produits domestiques. C’est le cas en particulier des produits de bois agglomérés à l’urée formol non homologués (E1, HUD ou CARB) pour leurs faibles émissions de formaldéhyde, comme certains panneaux de particules utilisés pour fabriquer des armoires, certaines moulures en fibres de moyenne densité (MDF) et certains planchers flottants laminés à des panneaux de fibres de haute densité (HDF).

Fait intéressant, l’étude a révélé qu’en été, les deux tiers des maisons excédaient la concentration limite de formaldéhyde (50 microgrammes par mètre cube d’air) recommandée par Santé Canada, comparativement à seulement un tiers des maisons en saison de chauffage. C’est que l’émission de composés organiques volatils polluants contenus dans les matériaux est amplifiée par la chaleur et l’humidité ambiante. La ventilation accrue a permis à toutes les maisons de respecter la ligne directrice en hiver et à très peu de l’excéder en été.

L’amélioration de l’échange d’air a aussi permis de réduire de façon notable la concentration de spores de moisissures pouvant déclencher des problèmes respiratoires. Les moisissures prolifèrent dans les parties les plus humides des maisons, particulièrement lorsque l’humidité relative excède les 50 %, d’où l’importance d’utiliser un déshumidificateur en saison chaude alors qu’elle atteint souvent les 70 %.

Humidité et étanchéité
En hiver, l’air extérieur a une humidité relative (quantité réelle d’eau contenue dans l’air indépendamment de la température) inférieure. Il est donc facile de déshumidifier les maisons en échangeant l’air. Toutefois, l’abaisser sous 30 % est également associé à des risques plus élevés de problèmes respiratoires, par exemple parce que l’air sec et froid favorise la survie du virus de la grippe.

Autre fait surprenant découvert dans le cadre de l’étude québécoise : plusieurs maisons étaient trop sèches en hiver, mais ce n’était pas dû à des fuites d’air majeures, car ces maisons étaient assez étanches et sous-ventilées pour requérir l’installation ou l’optimisation d’un VRC ou même d’un ventilateur récupérateur d’énergie (VRE) conservant une partie de l’humidité contenue dans l’air vicié évacué.

« Nous ne sommes pas arrivés à une conclusion définitive concernant la relation entre l’étanchéité et le taux d’humidité, commente le docteur en chimie environnementale Daniel Aubin du CNRC, responsable du volet technique de l’étude et secrétaire du Comité canadien sur la qualité de l’air intérieur et les bâtiments. Il y a plusieurs effets en jeu ici, comme le volume de la maison, le nombre d’occupants et leurs comportements en général (activités polluantes, ouverture des portes et fenêtres, usage de ventilation mécanique, etc.). Certaines maisons sous-ventilées peuvent être correctes s’il n’y a qu’un seul occupant qui fait attention et qui utilise peu de matériaux et de produits polluants. Chose certaine, un air intérieur très sec en hiver ne veut pas nécessairement dire qu’il est plus pur. »

Au début de l’étude, 63 % des maisons d’asthmatiques étaient déjà dotées d’un système de ventilation mécanique, comparativement à seulement 30 % dans la population en général, ajoute Dr Aubin. « Nous croyons que cela est dû au fait que les parents d’asthmatiques sont plus sensibilisés à l’impact de la qualité de l’air intérieur sur les symptômes de leurs enfants. »

Le problème, c’est que beaucoup de ces échangeurs d’air étaient mal calibrés et entretenus, d’où l’échange d’air insuffisant. D’ailleurs, la majorité des maisons québécoises sont sous-ventilées notamment à cause d’erreurs commises lors de l’installation des échangeurs d’air, comme l’a révélé en 2006 une enquête provinciale effectuée par le magazine Protégez-Vous.

Bref, il est sage non seulement d’installer un VRC ou un VRE dans les maisons modernes d’une certaine étanchéité mais aussi de faire mesurer et calibrer les débits d’air par un spécialiste et de suivre les conseils des fabricants en matière d’utilisation et d’entretien de ces appareils.

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