Solutions aux maisons neuves irrespirables

Le système mécanique était en marche durant le sablage des joints des murs, contaminant les conduits de poussière de plâtre. © Morris Charney

Le système mécanique était en marche durant le sablage des joints des murs, contaminant les conduits de poussière de plâtre. © Morris Charney

L’inspecteur préachat et architecte montréalais Morris Charney a récemment inspecté une maison neuve à haute efficacité énergétique avant que les acheteurs en prennent possession. Elle avait été construite par un entrepreneur qui en tant que membre du Groupe Sélect Novoclimat ne construit que ce genre de maison. « Le système mécanique était allumé durant la construction et l’intérieur de tous les conduits était couvert de fine poussière de plâtre. Et l’air était irrespirable dans la maison à cause d’une odeur âcre provenant de tous les matériaux. Le débit de l’échangeur d’air était trop faible pour y changer quoi que ce soit. Les acheteurs me demandaient si c’était normal. Le constructeur (qui m’a avoué ne rien connaître à la mécanique du bâtiment), après que son entrepreneur en ventilation lui eut assuré que tout avait été fait selon les règles de l’art, était furieux contre moi quand je lui ai demandé pourquoi le système mécanique était en marche durant le chantier. Il m’a raccroché la ligne au nez. » Cette mésaventure démontre une fois de plus que le facteur humain est à l’origine de la plupart des problèmes de pollution intérieure. « C’est à l’entrepreneur général de s’assurer de mettre de la laine de verre dans les conduits durant la construction pour empêcher que la poussière et les débris ne s’y amassent, explique le technologue en architecture Claude Blain, inspecteur Novoclimat dans les régions des Laurentides et de Lanaudière. On n’est pas obligé de les sceller dans le programme Novoclimat 2.0, mais la certification LEED l’exige et la plupart des constructeurs Novoclimat 2.0 le font, car ils sont méticuleux. » M. Blain ajoute que la poussière de plâtre est inerte et donc non polluante et ne favorise pas la croissance des moisissures. « Mais c’était une négligence de la part de l’entrepreneur. L’idéal serait de faire nettoyer les conduits. »

Des inspecteurs en désaccord

Ces remarques sont « vraiment alarmantes, commente Morris Charney. Suggérer de bloquer des conduits avec de la fibre de verre est non seulement ridicule, c’est irresponsable. La fibre de verre n’est pas un pare-air et elle ne devrait jamais être laissée exposée dans une maison, c’est un irritant respiratoire jadis soupçonné cancérogène qui n’est pas biodégradable dans les poumons. En fait, ce n’est pas juste une question de poussière de plâtre : les tests de qualité d’air que j’ai fait faire dans cette maison ont révélé des niveaux élevés de bactéries, de spores de moisissures et de smog, typiques de la plupart des chantiers de construction. M. Blain devrait savoir qu’une fois que l’intérieur de conduits de ventilation — en particulier ceux qui sont flexibles, ondulés ou isolés — sont salis par de la fine poussière, ils ne peuvent jamais être bien nettoyés. » Et Claude Blain de rétorquer : « Je considère ces commentaires un peu alarmistes et à la limite extrémistes.  C’est vrai que la fibre de verre n’est pas un pare-air, mais les filtres de fournaise ou d’échangeur d’air ne sont non plus des pare-air.  Quand j’explique qu’un entrepreneur utilise des retailles de laine de fibre de verre pour bloquer temporairement les bouches de chauffage et ventilation, il faut comprendre que ce bouchon temporaire est utilisé pour empêcher les gros débris de pénétrer dans les conduits. Après que les planchers ont été posés et que les joints de plâtre ont été sablés, on enlève ces bouchons qui auront retenu une grande partie des poussières et auront empêché les gros débris de se glisser dans les conduits. Comme ces conduits sont obligatoirement rigides dans le cadre du programme Novoclimat (mais pas dans les maisons régulières), la poussière ne va pas s’accrocher aux parois et les filtres de la fournaise et de l’échangeur d’air pourront être nettoyés après une purge de la maison à la fin du chantier. Vouloir remplacer tous les matériaux couramment utilisés sur les chantiers par des matériaux non-cancérigènes, exempts de COV, non polluants, hypoallergéniques, etc. relève de l’utopie.  Je suis d’accord qu’on doit viser à utiliser les matériaux les plus sains possibles et à réduire les déchets, mais de là à empêcher l’utilisation de laine de fibre de verre ou les panneaux de fibres de bois OSB, par exemple, je crois que l’industrie de la construction n’est pas encore rendue là.  Lorsque les acheteurs de maisons seront prêts à débourser le prix pour des matériaux plus sains et des techniques de construction plus écologiques, nous pourrons alors construire des maisons ayant moins d’impact sur l’environnement.  C’est ce que vise le programme Novoclimat, avec une réduction de la consommation d’énergie, une ventilation permettant de l’air de meilleure qualité, etc. »

Pas parfaites, mais plus saines

Quant aux vapeurs chimiques que M. Charney trouvaient irrespirables, M. Blain précise que les maisons Novoclimat 2.0 sont plus saines que les maisons ordinaires : elles sont dotées d’un ventilateur récupérateur de chaleur installé selon les règles de l’art, et à la fin de la construction, les portes et les fenêtres doivent être ouvertes alors que la ventilation est actionnée à haut débit pour évacuer les principaux polluants avant l’occupation des lieux. Les exigences techniques de ce programme gouvernemental exige aussi que l’on privilégie « les produits à base d’eau, sans solvant, à faible toxicité et à faible émission de COV » (ou composés organiques volatils). L’entrepreneur doit aussi choisir au moins trois mesures de réduction des polluants à la source, comme l’usage de panneaux de gypse, de peinture et d’adhésifs à faible teneur en COV certifiés Green Seal, GREENGUARD ou ÉcoLogo. Toutefois, si le programme recommande d’utiliser des panneaux de meubles, armoires, comptoirs et tiroirs certifiés (E-1, HUD ou CARB ou E-1) « sans urée-formaldéhyde ajoutée », il ne les impose pas. Et ce, même si le formaldéhyde, un gaz à l’odeur âcre, est un puissant irritant respiratoire et un cancérogène reconnu. Ces options de dépollution ont d’abord été adoptées en 1994 par le programme fédéral des maisons R-2000 qui aujourd’hui vante les maisons à consommation d’énergie nette zéro. Or, elles ont seulement été introduites par le gouvernement du Québec dans les exigences techniques de la version 2.0 du programme Novoclimat, lancée en… 2012! Comme le dit Claude Blain, autant les maisons saines ne sont pas nécessairement les plus écoénergétitques, autant les maisons Novoclimat 2.0 ne sont pas nécessairement les plus saines. Cela dépend des exigences du client et de la compétence et de la vigilance du constructeur. « Au moins les programmes comme LEED et Novoclimat sont toujours en évolution, précise M. Blain. Quand on nous soulève de tels problèmes, nous envoyons une note technique à tous les entrepreneurs qui participent au programme. » Bref, si la qualité de l’air vous préoccupe, sachez que les finis humides comme les peintures et l’huile de décoffrage des fondations ainsi que le bois contenant de l’urée-formol sont les principaux responsables des odeurs fortes dans les maisons neuves (à part les sent-bons et autres produits de consommation introduits par les occupants). Les isolants sont peu polluants, d’autant plus qu’ils sont censés être cachés derrière les cloisons et que la fibre de verre est maintenant offerte sans liant de formaldéhyde. Il est donc préférable d’appliquer toutes les mesures de dépollution prescrites ou recommandées par les programmes d’élite comme Novoclimat. Encore mieux, évitez tous les produits comme le vinyle bannis dans la liste rouge du programme de « maisons vivantes » Living Building Challenge. Optez pour des peintures et autres finis naturels ou à tout le moins, à des peintures classiques « zéro COV », pigments inclus. Et en plus de sceller les conduits de ventilation sur votre chantier, assurez-vous de ventiler à haut débit — idéalement pendant deux à quatre semaines — avant d’emménager, surtout si un enfant ou une autre personne hypersensible y habitera. Bon hiver!

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Guide d’équipement mécanique pour un environnement intérieur sain

Effet sur l’asthme d’une amélioration du milieu intérieur résidentiel : Étude pilote

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