Éditorial paru en juin 2001 dans La Maison du 21e siècle

Pesticides et enfantsQue le gouvernement provincial, ou alors le fédéral, n’ait pas encore banni l’usage des pesticides à des fins purement cosmétiques, cela bafoue l’entendement ! Le risque de leucémie est pourtant quatre à sept fois plus élevé chez les enfants dont les parents utilisent ces poisons couramment à la maison.

Depuis les années 70 aux États-Unis, il y a presque deux fois plus de cas de lymphome, un cancer qui touche le système immunitaire et qui est relié à l’exposition au 2,4-D, l’herbicide le plus utilisé. Au Canada, où l’on n’a pas de bonnes données pour comparer l’évolution du cancer depuis 30 ans, le droit de s’enrichir en intoxiquant la population prévaut sur le droit individuel à la santé : les ventes de pesticides comptent pour un milliard par année au pays, mais ne sont pas suivies par Ottawa.

Pressé par les compagnies pharmaceutiques, Santé Canada, qui régit aussi les pesticides, force ses scientifiques à rapidement approuver des médicaments dangereux, tout en tentant de baillonner ses employés qui s’en plaignent (détails : http://www.cybersciences.com/cyber/4.0/2001/05/OGM_boeuf.asp). L’approbation des pesticides, souvent fabriqués par les mêmes compagnies pharmaceutiques, suit-elle les mêmes consignes ?

Environnement Québec achète des pubs sur les dangers des pesticides à la radio et paie l’organisme Nature-Action Québec (1 800 214-1214) pour former les villes en gestion écologique des espaces verts. Excellent ! Mais le Ministère devrait plutôt interdire l’usage des pesticides en milieu urbain, sauf en cas d’infestation grave. Au lieu, une trentaine de municipalités (sur 1400) ont dû adopter des règlements à la pièce. Dont l’Île-Bizard et Vaudreuil-Dorion, municipalités de l’ouest de Montréal qui viennent d’interdire, à de rares exceptions près, l’usage des pesticides. Normand Marinacci, maire de l’Île-Bizard, a reconnu que sa ville compte un des taux de cancer infantile les plus élevés au Québec.

Tous les regards sont maintenant tournés vers la Cour suprême, devant laquelle en sont rendues les compagnies Chemlawn et Spraytech qui contestent le droit d’une ville (Hudson), de bannir l’usage des pesticides.

Le Canada mal informé

En mars dernier, la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie déclarait que le sous-financement de la recherche sur les risques associés à l’utilisation des pesticides et autres produits chimiques empêchait le gouvernement fédéral de prendre des décisions éclairées.

En mai 1999, le commissaire fédéral de l’environnement du développement durable Brian Emmett déclarait, au sujet des pesticides : « Nous payons le prix en termes de santé et de l’héritage que nous léguons aux générations futures. » Le ministre de la Santé, Allan Rock, a promis de réévaluer les pesticides en tenant compte, pour la première fois, de la sensibilité des enfants et des femmes enceintes. Il faut l’en féliciter. Mais cela ne sera pas assez.

Il devrait plutôt convaincre son gouvernement de financer massivement l’agriculture biologique et d’adopter le Projet de loi qui interdit l’usage de pesticides à des fins non essentielles, de la députée Libérale de NDG-Lachine, Marlene Jennings. Le comité des Communes sur l’environnement recommandait d’ailleurs, en mai 2000, qu’Ottawa impose un moratoire sur l’usage cosmétique des pesticides.

Dans le cadre actuel de la mondialisation, je doute fort que cela se produise : au sortir du Sommet de Québec, Jean Chrétien s’est dit d’accord pour que les compagnies poursuivent un État dont les lois environnementales briment le droit de commerce. Allan Rock dit manquer de temps et d’argent pour agir rapidement. Les multinationales qui nous intoxiquent, elles, ont amplement les moyens de nous refiler leurs poisons… À preuve, il y a quelques années, une boîte de relations publiques employée par plusieurs fabricants de produits chimiques a réussi à convaincre la Société américaine du cancer, à qui elle offrait ses services gratuitement (!), de dénoncer un reportage télé portant sur les dangers que les pesticides représentaient pour les enfants, raconte Bill Moyers, animateur à la télé publique américaine. Celui-ci a découvert que plusieurs fabricants sont prêts à mentir, tout comme l’ont fait les cigarettiers à l’époque, pour cacher la toxicité de leurs produits chimiques. Détails au site du réseau PBS : www.pbs.org/tradesecrets/transcript.html

Un scandale pire que celui du tabac

Pour la dermatologue June Irwin, qui traite régulièrement des victimes de pesticides dans son bureau de Pointe-Claire, le dossier des pesticides est un bien plus grand scandale que celui du tabac. Elle demande que le gouvernement enquête sur l’empoisonnement chronique des Canadiens et finance des centres de diagnostic et de traitement du problème.

Sur 38 000 produits chimiques coura-ment utilisés, seulement 43 % ont été testés en vue de mesurer leur toxicité pour les humains, expliquait à Bill Moyers le Dr. Philip Landrigan, qui dirige l’École de médecine préventive Mont Sinaï, à New York (www.childenvironment.org). Il semble sage de réduire le plus possible notre exposition aux produits chimiques non nécessaires. Les alternatives naturelles et non toxiques aux pesticides sont efficaces, rentables, meilleures pour notre santé et l’environnement, en plus de créer des emplois durables. À mon avis, le seul réel pouvoir dont dispose les citoyens dans ce débat est d’organiser un boycott des pollueurs.

Pour en savoir davantage, lire ce guide publié par Équiterre

Guide pratique des trucs et conseils en horticulture écologique

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