Tout type de verre filtre plus ou moins la lumière visible ainsi que les rayons ultraviolets (UV) invisibles qui sont à la fois cancérogènes et bénéfiques.

Cette filtration partielle des UV explique d’ailleurs pourquoi il est presque impossible d’attraper un coup de soleil à travers une vitre.

Mais comme ils sont également bénéfiques pour la santé, il n’est pas nécessaire de filtrer les UV complètement et ce même s’ils font pâlir les tissus. Si l’on veut prévenir cette décoloration et réduire la surchauffe estivale, les rideaux, les stores et surtout les dispositifs d’ombrage extérieur sont de loin préférables aux vitrages à faible émissivité (Faible É) dispendieux éliminant virtuellement les gains solaires et les UV.

Les hypersensibles
Or, le verre clair serait préférable pour les personnes hypersensibles parce qu’il laisse passer des ondes bénéfiques qui sont filtrées par le verre à faible émissivité, selon la chimiste Virginia Salares. Au début des années 1990, alors qu’elle était chercheure à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Mme Salares avait fait évaluer divers matériaux et produits de construction par des personnes hypersensibles aux produits chimiques, dont la plupart souffrent également de divers problèmes de santé occasionnés par un manque d’exposition à la lumière naturelle. Dans le cadre de ces tests effectués en laboratoire, ces sujets avaient tous dit se sentir mieux en regardant à travers un verre clair qu’à travers un verre à faible émissivité.

Bien que la SCHL n’ait pas poursuivi ses recherches sur le sujet, Mme Salares recommande encore aujourd’hui l’utilisation du triple verre clair à faible teneur en fer, mais également rempli de krypton et doté d’intercalaires isolants afin de prévenir la condensation. Le vitrage à faible teneur en fer préserve davantage le spectre complet des diverses couleurs de la lumière solaire, nous a-t-elle expliqué par téléphone. « Il possède un taux de transmission spectral plus élevé. Ce n’est pas une question d’UV, mais d’ondes bleues filtrées par les pellicules à faible émissivité. On sait définitivement que le bleu a un impact positif sur la santé. » Par exemple, en plus d’être utilisée pour traiter la jaunisse chez les nouveaux nés, la lumière bleue revivifie les personnes affaiblies par la pollution, rapporte le cardiologue texan William J. Rea du Environmental Health Center, sommité américaine en traitement médical des hypersensibilités. De plus, le bleu sert à combattre l’agitation nocturne chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, selon des experts réunis par le Conseil national de recherches du Canada, ainsi que la dépression saisonnière, selon l’organisme britannique sad.org.uk.

Par ailleurs, le pionnier de l’éclairage à spectre complet (ou plein spectre), John Ott avait constaté l’impact de la qualité de la lumière sur les êtres vivants alors qu’il prenait des photos en accéléré pour la série de films Secrets of Life de Walt Disney. Il avait alors remarqué que les citrouilles qu’il cultivait à l’intérieur fleurissaient moins bien sous un éclairage fluorescent de type « blanc froid » que sous des tubes de type « lumière du jour », dont l’indice de rendu de couleur (IRC) se rapproche davantage du plein spectre solaire.

Nuances et conseils
Néanmoins, il faut comprendre que le meilleur traitement contre la dépression saisonnière, ou tout autre problème de santé causé par le manque de lumière naturelle, consiste à s’exposer au soleil au moins 30 minutes par jour à l’extérieur ou à la lumière d’une
lampe spéciale d’une très grande intensité lumineuse — jusqu’à 10 000 lux (lumens par mètre carré). Une autre solution consiste à installer des fenêtres légèrement plus grandes pour compenser le fait que le verre à faible É transmet moins de lumière que le verre clair. D’ailleurs, il a été maintes fois établi que dans les hôpitaux, une lumière naturelle abondante favorise la guérison des malades.

Soulignons également que les plantes poussent très bien derrière des vitrages à faible É, comme l’a démontré dès le début des années 1980 le physicien américain Amory Lovins du Rocky Mountain Institute : des bananiers fleurissent à volonté dans sa serre du Colorado aux vitrages dotés de deux pellicules faible É de marque Heat Mirror (ou CALORIverre qui a été rebaptisé au Québec Eco Verre HM). En fait, les diverses espèces de plantes ont des besoins en lumière bien spécifiques et il semble que la quantité de lumière soit un facteur plus critique que sa qualité3, selon le fabricant de vitrage Pilkington.

De plus, il est important de souligner que de nos jours, les verres à faible É sont beaucoup plus clairs que ceux d’autrefois. « Le vieux verre à faible É filtrait une plus grande partie du spectre solaire », confirme Ed Lowans, expert en bâtiments verts et co-auteur du guide Matériaux de construction pour les personnes hypersensibles à l’environnement, publié par la SCHL.M. Lowans confirme également qu’il n’existe aucune étude scientifique sur les présumés risques pour la santé présentés par les verres à faible É. D’ailleurs, l’experte américaine en hypersensibilité, Debra Lynn Dadd, nous a affirmé qu’elle n’en avait jamais entendu parlé. Et dans la 4e édition de son livre The Healthy House, l’auteur John Bower affirmait en 2001 : « Il y a des témoignages de quelques personnes hypersensibles incommodées par les revêtements à faible É, mais heureusement ce n’est pas un problème courant. »

Que faire alors?
« Si les gens sont préoccupés par cette question, je suggère qu’ils utilisent du verre clair uniquement dans les pièces où ils passent le plus de temps durant la journée », recommande Ed Lowans. Un bon compromis pour les gens moins exposés à la lumière solaire de l’extérieur, comme les nouveaux nés et les malades alités. Bref, en plus de rechercher un verre à haut rendement énergétique, l’idéal est d’en choisir un qui affiche la transmission spectrale la plus élevée possible.

Ressources

Vitrage à faible teneur en fer transmettant jusqu’à 91 % de la lumière visible :
Optiwhite de PIlkington et UltraWhite de Guardian
Plant growth behind Pilkington Energy Advantage™ Low-E Glass

Les solariums trois saisons
Une note de prudence concernant la tendance à vouloir utiliser un solarium 12 mois par année, par exemple en y installant des plinthes électriques alors que le produit acheté a été conçu pour une utilisation estivale ou sur trois saisons. « Une pièce hyper vitrée utilisée en hiver requiert une conception encore plus soignée — et probablement un investissement supplémentaire – que s’il s’agissait d’une simple extension classique avec porte et fenêtres, » précise l’ingénieur François Dubrous, chef des services techniques en habitation à
Ressources naturelles Canada. Selon les règles de l’art du design solaire passif, l’idéal est de doter un solarium d’un toit opaque et bien isolé et de vitrages énergétiques, surtout si on n’a pas l’intention d’isoler le solarium du reste de la maison avec une porte bien étanche et de la fermer quand le soleil n’est pas au rendez-vous.


 

 

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