Santé Canada recommande de mesurer le niveau de radon en saison de chauffage dans toutes les résidences car sa concentration est trop élevée dans 10 % des maisons québécoises. Si on dépasse sa ligne directrice de 200 Becquerels par mètre cube, le ministère recommande de prendre les moyens pour abaisser la concentration de radon au plus bas niveau possible. © Conseil national de recherches du Canada

NDLR : Selon Santé Canada, le radon serait responsable de 16 % des décès par cancer du poumon. En 2017, ce gaz aurait donc fait 1 072 victimes parmi les 6 700 décès rapportés au Québec par la Fondation québécoise du cancer. C’est trois fois plus que les 359 morts d’accidents routiers comptés par la Société de l’assurance automobile. Toutefois, en ignorant les cancers causés par le diésel, les autorités surestimeraient de 9 à 26 % le nombre de décès attribuables au radon, selon des chercheurs de l’Université Harvard (Cao et al, Plos One, 8 septembre 2017).
– André Fauteux

Gaz incolore, inodore et radioactif, le radon est la deuxième cause du cancer du poumon après le tabagisme, selon Santé Canada. Il est mesuré en becquerel (Bq), du nom de celui qui a découvert la radioactivité en 1896, Henri Becquerel. Ce gaz provient entre autres de la dégradation de l’uranium qui est un élément naturellement présent dans les sols, notamment là où il y a présence de granit. À cet effet, certains bâtiments construits avec du granit peuvent émettre des radiations assez significatives, comme c’est le cas de la gare Grand Central Station, à New York.

En juin 2007, Santé Canada a révisé ses lignes directrices sur le radon sur la base de récentes études épidémiologiques établissant un lien entre un risque accru de cancer du poumon et une exposition importante à ce gaz radioactif pendant plus de dix ans. Le ministère fédéral a alors abaissé de 800 à 200 Bq/m3 d’air la concentration de radon à laquelle il recommande de prendre des mesures correctives afin de l’abaisser le plus possible dans les aires normalement occupées d’un bâtiment. Notons que cette nouvelle directive est encore beaucoup plus permissive que celles émises par les États-Unis (150 Bq/m3) et par l’Organisation mondiale de la santé (100 Bq/m3).

La dépressurisation sous dalle est la méthode la plus efficace pour éviter l’accumulation de radon dans une maison. © SCHL

Toutes les régions sont à risque

Comme le radon est un gaz provenant entre autres de la décomposition de l’uranium, il peut être présent aléatoirement partout dans les sols. Il se faufile au travers les sols et les fissures pour remonter à la surface à l’air libre ou encore pour envahir nos sous-sols. Inoffensif à l’air libre, car les concentrations sont trop diluées, il peut être dangereux lorsque les concentrations sont trop élevées. Puisque le radon est plus dense que l’air, les concentrations de radon sont généralement plus importantes dans les sous-sols que dans le reste de la maison.

Certaines régions du Québec sont connues pour avoir des taux de radon importants. C’est le cas notamment de la région de Mont-Saint-Hilaire et de celle d’Oka. Par contre, une étude menée par Santé Canada pendant les trois mois d’hiver de la saison 2010-2011 révèle que 10,1 % des maisons québécoises, contre 7 % pour le reste du pays et sur les 14 000 habitations canadiennes étudiées, avaient des taux de radon qui excédaient les 200 Bq/m3. Donc ici, au Québec, une maison sur dix serait affectée par le radon. Est-ce qu’il y en a chez moi ? Est-ce qu’il y en a chez vous ? Est-ce qu’il y en aura dans le bâtiment que vous êtes en train de construire ? C’est inquiétant quand on sait qu’en 2012, Santé Canada estimait à 16 % les décès par cancer du poumon causé par une exposition au radon. Pour sa part, le gouvernement du Québec affirme toujours : « Au Québec, de 10 à 16 % des décès par cancer du poumon sont associés au radon. Il s’agit de plus de 600 décès par année. »

Mieux vaut prévenir…

Afin de prévenir l’exposition au radon, le Code de construction du Québec prévoit une protection contre les gaz souterrains à la sous-section 9.13.4. Par contre, le 1er paragraphe de l’article 9.13.4.1. stipule que « Sous réserve du paragraphe 2), tous les murs, toits et planchers en contact avec le sol doivent être conçus de façon à empêcher l’infiltration de gaz souterrains dans un bâti ment érigé à un endroit où il est reconnu que les émanations de gaz souterrains constituent un danger pour la salubrité et la sécurité des bâtiments. » Par la suite, le paragraphe 4 de ce même article stipule que « si une protection contre les gaz souterrains est exigée, la protection permettant de contrer les infiltrations doit satisfaire les conditions suivantes (voir alinéas a et b). » Mais puisque le radon se faufile aléatoirement un peu partout, comment faire pour savoir si notre bâtiment est à risque d’être contaminé par des taux excessifs de radon ? Des zones à risques sont répertoriées, mais ces zones dites à risques ne sont pas les seuls endroits où il pourrait y avoir du radon.

À l’opposé, les éditions 2010 et 2015 du Code national du bâtiment du Canada stipulent au paragraphe 2 de l’article 9.13.4.2. Protection contre l’infiltration des gaz souterrains que « Sauf si l’espace entre le système d’étanchéité à l’air et le sol est accessible pour permettre l’installation ultérieure d’un système de dépressurisation sous le plancher, les logements et les bâtiments enfermant des habitations doivent être équipés des canalisations nécessaires à la mise en place d’un système d’extraction de radon conforme à l’article 9.13.4.3. » Dans le même ordre d’idée, les bâtiments certifiés Novoclimat sont équipés d’un système de canalisation permettant l’extraction ultérieure du radon.

Des coûts moindres en construction

Afin de mettre en place un système permettant l’extraction ultérieure du radon, le guide illustré de l’utilisateur 2014 du CNB 2010 propose à l’article 9.13.4.3. Mise en place des moyens pour un système de dépressurisation sous le plancher l’un des moyens illustrés à la figure 9.13.-7 afin de pouvoir raccorder immédiatement lors des travaux de construction, ou ultérieurement si la présence de radon est détectée, un système permettant l’évacuation du radon vers l’extérieur tel qu’illustré à la figure 9.13.-8.

Mieux vaut donc équiper le bâtiment d’un système de canalisation permettant l’extraction immédiate ou ultérieure du radon lors des travaux de construction, comme le propose le CNB, puisque les coûts associés à ce système d’extraction seront beaucoup moins considérables que s’il est mis en place dans un bâtiment existant.

Il est important de rappeler que certaines municipalités pourraient avoir des exigences particulières concernant le radon.

© SCHL

Comme le présent article est à titre indicatif seulement, je vous invite à consulter les documents ci-dessous :

  • Code de construction du Québec, Chapitre I – Bâtiment, et Code national du bâtiment – Canada 2010 (modifié)
  • Code national du bâtiment – Canada 2010 et 2015
  • Guide illustré de l’utilisateur – CNB 2014 – Maisons et petits bâtiments (partie 9)
  • Exigences techniques Novoclimat (gouv.qc.ca)
  • Du radon dans votre maison (ca)

Article paru originalement dans le magazine Construire de l’Association de la construction du Québec, Vol. 33 No 2, printemps 2018.

acqconstruire.com/archives

Pour en savoir davantage

RadonCanada.ca

Radon (Association pulmonaire)

Le radon tuerait trois fois plus que les accidents routiers

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