L’architecte allemand Helmut Ziehe a initié les Nord-Américains aux 25 règles de la bau-biologie, dont la réduction de l’exposition aux champs électromagnétiques. Il nous a malheureusement quitté le 17 janvier 2013. Nos sincères condoléances à sa famille et ses nombreux amis.

L’architecte fondateur de l’Institut International de Bau-biologie et d’Écologie (IBE), Helmut Ziehe, a récemment été honoré lors d’une conférence toute spéciale célébrant le 25e anniversaire de cet institut basé en Floride. J’étais la seule Québécoise présente à cet événement qui s’est déroulé du 12 au 16 octobre 2012 à Chantilly, en Virginie, à quelques kilomètres de Washington, D.C.

Il me fait donc plaisir de vous offrir ce compte-rendu.

Du béton dans le désert

Helmut Ziehe est né en Allemagne en 1937. Il devient architecte et ingénieur et obtient une maîtrise à l’École d’architecture de Londres. Il étudiera ensuite la bau-biologie en Allemagne avec Anton Schneider, co-fondateur en 1983 de l’Institut pour la Baubiologie et l’Écologie, établi à Neubeuern.

En 1980, il part travailler en Afrique du Nord, une aventure qui changera sa vie. Il devait y concevoir une ville de 90 000 habitants au milieu du désert, en leur offrant des maisons en béton, matériau qui ne convenait absolument pas à ce climat. C’est là qu’il comprend la pertinence et la nécessité de la Bau-biologie. Après cette expérience, il déménage au Royaume-Uni pour y fonder l’Institut anglais de Bau-biologie, après avoir traduit lui-même les textes des 23 cours qui sont enseignés en Allemagne.

En 1987, il s’établit en Floride où il fonde et développe l’Institut international de Bau-biologie et d’écologie. Il y formera des biologistes du bâtiment par centaines, dont des dizaines de professeurs qui répandront sa bonne nouvelle. Mais qu’est-ce que la Bau-biologie?

Le mot allemand bau signifie habitat. La biologie est la science qui étudie les êtres vivants. La Bau-biologie, qui fêtera ses 50 ans en 2013, étudie la relation entre les êtres humains et leur habitat. Cette science est enseignée tant aux professionnels du bâtiment et de la santé qu’au grand public. Ses Instituts affiliés établis dans plusieurs pays forment et certifient des consultants BBEC (Building Biology Environmental Consultant). Ceux-ci sont habilités à diagnostiquer et à corriger les diverses sources de pollution biologique, chimique et électromagnétique, aussi bien dans les bureaux que dans les résidences.

Dès ma première année de formation en architecture, j’avais compris qu’il m’était impossible d’exercer ce métier sans prendre en considération non seulement la santé de la planète, mais aussi celle des êtres humains. J’ai donc décidé d’y consacrer ma thèse de maîtrise en aménagement. Mais à l’époque, cette approche était inhabituelle et on trouvait encore relativement peu de données sur tous les impacts des bâtiments sur la santé.

Helmut à Québec

Helmut Ziehe testant le voltage corporel de Robert Châteauneuf, au congrès solaire tenu à Québec en 1993. Photo et texte publiés dans la Maison du 21e siècle en juin 1995.

J’ai rencontré Helmut pour la première fois en 1993, à Québec, à l’occasion du congrès annuel de la Société d’énergie solaire du Canada. En l’entendant parler de Bau-biologie, j’ai été très intriguée. Malgré mon scepticisme naturel, peu de temps après, je suis devenue biologiste du bâtiment puis certifiée en tant que consultante BBEC.

Ma formation en Bau-biologie m’accompagne tous les jours de ma vie parce qu’il s’agit d’une discipline globale. Elle reconnaît que les êtres humains font partie de la nature, modèle sur lequel reposent ses 25 principes. Par exemple, elle considère à la fois les rayonnements telluriques et cosmiques à la base de la formation de la vie sur cette planète, les champs électromagnétiques (CEM) créés par l’homme, l’ionisation de l’air et la radioactivité des matériaux naturels, pour ne citer que ceux-là.

Ces thèmes sont absents de la formation d’architecte, des codes du bâtiment et des programmes d’élite comme LEED. Des sujets pourtant essentiels. Helmut est un homme courageux, «parti de rien ». En 25 ans, il a formé 2 000 étudiants.

En 2004, il a subi un accident vasculaire cérébral et a dû réapprendre l’anglais. La première phrase qu’il a prononcée lors du dîner donné en son honneur était : « Je peux dire maintenant que je parle anglais! »

Ce soir-là, il a été admis au temple américain de la renommée environnementale pour l’ensemble de son œuvre. La National Sustainability Association lui a décerné son Lifetime Achievement Award 2012, un prix prestigieux accordé précédemment à des célébrités comme les acteurs Harrison Ford et Pierce Brosnan ainsi qu’à l’architecte William McDonough. Cette récompense lui a été attribuée non seulement pour son courage de pionnier, mais aussi pour son travail immense, sa passion, sa vision, sa persévérance et sa dévotion. Le visage rayonnant de joie, il s’est exclamé : « Je n’y crois pas, je n’y crois pas! »

Électrosmog : 80 % des consultations

La conférence du 25e anniversaire de l’IBE a attiré une panoplie de participants vedettes d’horizons divers qui s’intéressent tous à la Bau-biologie : médecins, chercheurs, scientifiques, femmes d’affaire et avocats. Plusieurs de ces conférenciers se sont d’ailleurs penchés sur le sujet de l’heure, la question des CEM et de leur électrosmog qui nous irradie quotidiennement. La Bau-biologie est la seule discipline à former des experts dans ce domaine appliqué aux bâtiments.

Selon ces spécialistes, 5 % de la population mondiale est hypersensible aux CEM, mais 30 à 35 % de l’humanité en serait déjà affectée à son insu. Des experts comme Martin Blank (1), ancien professeur de physiologie à l’Université Columbia, estiment que la surexposition aux champs électromagnétiques peut causer une foule de problèmes neurologiques, dont la maladie d’Alzheimer. Les CEM peuvent réduire le nombre et la mobilité des spermatozoïdes, voire endommager notre code génétique, comme en témoignent les études scientifiques répertoriées sur le site britannique powerwatch.org.uk.

La surexposition à ces champs pendant la grossesse est liée au développement de l’asthme, de l’obésité, du déficit de l’attention et de la leucémie chez l’enfant à naître. Ce problème est tellement répandu que tous les BBEC présents à cette conférence s’entendaient pour dire qu’aujourd’hui 80 % de leur travail d’assainissement consiste à corriger les CEM chez leurs clients. Selon le Dr Lisa Nagy, médecin de l’environnement, l’exposition aux moisissures peut déclencher l’hypersensibilité autant chimique qu’électromagnétique. Une femme enceinte surexposée à des moisissures peut donner naissance à un enfant autiste. La prévalence de l’autisme double à tous les 5 ans, ce n’est vraiment pas normal! Le Dr Nagy, elle-même hypersensible à l’environnement, sait de quoi elle parle.

Apprendre à la dure

Plusieurs des professionnels de la Bau-biologie ont eux-mêmes réglé leurs problèmes de santé grâce à la biologie de l’habitat.

Plusieurs professionnels sont devenus BBEC et ont contribué à populariser le travail de Helmut Ziehe après s’être eux-mêmes guéris en appliquant les 25 règles de base de la Bau-biologie.

C’est le cas de l’architecte Paula Baker-Laporte, qui enseigne à l’IBE, ainsi que du Dr Susan Lange, une hypersensible qui a fondé une clinique de santé basée sur ces principes. Nous savons tous que notre santé est mise à rude épreuve par la pollution de l’eau, de l’air et de la terre.

Pourquoi ne pas choisir de vivre dans un environnement sain aussi bien à la maison qu’à notre travail? Il existe un cours d’introduction par correspondance que tous peuvent suivre. Intitulé IBE 101, il présente les fondements de cette science. Le message final d’Helmut est le suivant : « Je suis tout à fait conscient qu’une personne ne peut le faire à elle seule. Pour pouvoir répandre une bonne dose de connaissance, la collaboration de plusieurs personnes s’emparant de la même mission est nécessaire. Continuez, continuez! » Je suis encore étonnée d’être la seule représentante du Québec (et la seule Québécoise certifiée BBEC) à avoir assisté à cette conférence. Je suis convaincue que notre survie en tant qu’espèce exige que nous adoptions les sages principes de la Bau-biologie à grande échelle. L’être humain a toujours cru qu’il pouvait contrôler la nature. Il se pensait supérieur à elle. Pourtant, l’ouragan Sandy nous a démontré que la nature a finalement toujours le dernier mot. L’être humain doit donc changer sa façon de penser, adopter un nouveau paradigme. Il doit apprendre à travailler avec la nature et non contre elle. Or c’est exactement ce que fait la Bau-biologie. Helmut Ziehe est l’un de mes mentors, un modèle et mon héros. Merci, Helmut!

Pour en savoir davantage

• DVD commémoratif de 60 minutes : The Visionary Life of Helmut Ziehe, The Man who Brought Building Biology to America : www.hbelc.org

• Lire le livre Dirty Electricity : Electrification and the Diseases of Civilisations, publié en 2010 par l’épidémiologiste américain Sam Milham
(1) Ancien président de la Bioelectromagnetics Society, Martin Blank a rédigé le chapitre sur les protéines de stress du fameux rapport BioInitiative sur l’impact sanitaire des CEM, et il a édité le numéro spécial de la revue Pathophysiology sur les CEM, paru en mars 2009.

 

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