Ignifugeants toxiques : comment se protéger

En plus de nous empoisonner à petit feu, les ignifugeants chimiques ne nous donnent même pas assez de temps pour fuir un incendie. © Shutterstock

En plus de nous empoisonner à petit feu, les meubles ignifugés ne sauvent même pas des vies, selon une enquête du Chicago Tribune. © Shutterstock

Des meubles rembourrés aux téléviseurs, une foule de produits contenant du plastique ignifugé contaminent l’air de nos maisons en libérant des retardateurs de flammes toxiques et inutiles. Même si bon nombre de ces retardateurs ont été interdits ou volontairement retirés du commerce, des milliers de produits vendus au Canada en contiennent encore. De plus, certains des ignifugeants de remplacement, censés être plus sécuritaires, se sont aussi avérés nocifs à faible dose. Comment s’en protéger ? Une chimiste américaine qui milite pour leur retrait des produits domestiques nous éclaire.

« Quand nous mangeons bio, nous évitons de très petites quantités de pesticides. Ensuite, nous nous assoyons sur notre divan qui peut contenir une à deux livres de produits chimiques appartenant à la même famille que des pesticides bannis », déplorait la chimiste californienne Arlene Blum dans une série-choc publiée dans le Chicago Tribune en mai 2012. L’enquête de ce quotidien américain a révélé que ces produits chimiques toxiques nous ont été imposés dans les années 1970 sous de fausses prétentions. L’industrie chimique s’est alors alliée aux lobbyistes de l’industrie du tabac qui était blamée pour le grand nombre de décès causés par des fumeurs endormis. Or, en plus de nous empoisonner à petit feu et de rendre les incendies encore plus toxiques, il s’avère que ces ignifugeants ne ralentissent même pas assez les flammes pour nous donner beaucoup plus de temps pour fuir un incendie, comme l’industrie le prétend encore aujourd’hui.

Un longue liste de méfaits

Les ignifugeants chimiques les plus utilisés sont les polybromodiphényléthers, mieux connus sous leur acronyme anglais PBDE. Ils sont liés à de graves problèmes neurologiques et hormonaux diagnostiqués chez des animaux de laboratoire exposés à de faibles doses. Les effets documentés, notamment par le Sénat californien, sont nombreux : problèmes de mémoire, d’apprentissage et de comportement comme l’hyperactivité, quotient intellectuel inférieur, retards de développement mental et physique, puberté précoce, perturbation de l’activité de la glande thyroïde, obésité, anxiété, fertilité réduite et cancer. « Il n’est pas insensé de soupçonner que l’augmentation des cas de déficit de l’attention [chez les enfants] est en partie liée à ce genre de composés », affirmait, en 2006, Thomas Zoeller, professeur de biologie à l’Université du Massachusetts, en entrevue au quotidien torontois Globe and Mail.

Le problème n’est pas banal, mais plutôt colossal! À cause d’un règlement californien adopté en 1975, les Canadiens et les Américains sont les peuples les plus exposés de la planète aux ignifugeants chimiques. De plus, le corps d’un bébé en contient cinq fois plus que celui de sa mère, proportionnellement à leur poids, selon une récente étude réalisée par des chercheurs de l’Université Duke (Caroline du Nord) et de l’Environmental Working Group (EWG). Jusqu’à 10 % de nos maisons contiennent des concentrations élevées de retardateurs de flammes, et de 5 à 10 % des Nord-Américains sont considérés comme des « super accumulateurs » : la concentration corporelle de retardateurs dépasse le seuil de risque observé chez les animaux, confiait au Globe and Mail Jake Ryan, l’ancien chercheur de Santé Canada qui a découvert le pot aux roses. Un récent échange avec ce ministère indique que ce dernier ne semble pas tenir compte de ces cas extrêmes : « Bien qu’il ait été déterminé que ces substances ne sont pas préoccupantes pour la santé humaine aux niveaux d’exposition actuels, un risque pour l’environnement a été déterminé » et par conséquent, le gouvernement a interdit leur fabrication au pays, explique la porte-parole Sara Lauer. Toutefois, les fabricants ont le droit d’acheter ces substances ailleurs et de les mettre dans nos produits, ce qu’ils font couramment.

Comme les retardateurs de flammes ne sont pas liés chimiquement aux différents produits, chaque fois que l’on s’assoit sur un divan ignifugé, la pression d’air qui en résulte projette ces composés organiques semi-volatils (COSV) dans l’air où ils se collent aux poussières que nous respirons et ingérons. Il est impossible de sceller parfaitement la mousse, selon la chimiste Heather Stapleton qui a enquêté sur les ignifugeants dans les matelas importés pour bébé. Plutôt que de s’atténuer avec les années, le problème s’aggrave, car la mousse se décompose en petites particules qui aboutissent sur nos aliments, nos objets, nos corps et la poussière qui s’accumule surtout au sol. Si bien qu’on en retrouve partout dans l’environnement, de l’eau potable au gras de poisson, d’autant plus que l’élimination sécuritaire des produits qui en contiennent n’est pas contrôlée.

Les personnes considérées comme des super accumulateurs d’ignifugeants sont jusqu’à mille fois plus contaminées que les personnes les moins exposées. Les plus à risque sont typiquement les gens de la classe moyenne et les familles à faible revenu qui vivent dans une maison ou un logement de petite dimension remplis de gadgets électroniques ou de vieux meubles dont la mousse de rembourrage s’effrite, selon la chimiste environnementale Miriam Diamond de l’Université de Toronto. Également interviewée en 2006 par le Globe and Mail, elle qualifiait alors les retardateurs de flammes de « bombe à retardement » potentielle.

Il est donc inquiétant de constater que l’on retrouve des ignifugeants chimiques non seulement dans la mousse de rembourrage en polyuréthane, mais dans une foule d’autres produits de plastique — isolants, circuits imprimés et boitiers d’ordinateurs, téléviseurs, sèche-cheveux et autres appareils domestiques, endos de tapis, matelas, couvre-planchers de vinyle et autres produits de PVC, etc. Bien que les enfants soient plus à risque car leur corps est encore en développement, 60 % des sièges d’auto pour bébés sont ignifugés, de même que 80 % des bassinettes, tables à langer, chaises hautes, selon un article du médecin américain Joseph Mercola.

Selon une étude publiée dans Environmental Science & Technology (Stapleton 2012), les fabricants américains ignifugent 85 % des divans avec du 1,3-dichloro-2-propyl (mieux connu sous le nom de phosphate de tris ou TDCPP), une substance bannie dans les pyjamas d’enfants dans les années 1970 grâce à la chimiste Arlene Blum car soupçonné cancérogène. Et avant 2007, tous les matelas américains étaient traités, car la loi exigeait qu’ils résistent à la flamme d’un chalumeau. Par contre, depuis 2007, il est peu probable que la mousse dans les matelas fabriqués aux États-Unis soit ignifugée chimiquement, selon le site d’Arlene Blum greensciencepolicy.org. Les matelas sont généralement protégés avec un matériau peu ou pas inflammable ou à l’acide borique, un ignifugeant peu toxique (classé « probablement reprotoxique chez l’homme », mais utilisé à faible dose comme antiseptique oculaire).

Toutefois, certains matelas fabriqués en Chine contenaient des ignifugeants interdits, selon l’enquête du Chicago Tribune. D’après le Dr Mercola, les retardateurs de flammes représentent jusqu’à 18 % du plastique utilisé dans les boitiers d’ordinateurs et on en met même dans des boissons : un ignifugeant nocif à base d’huile végétale bromée a longtemps été utilisé comme émulsifiant dans le Gatorade, et on le retrouvait encore en 2013 dans diverses boissons gazeuses comme le Mountain Dew, le Fanta Orange et le Fresca Original Citrus.

Le système politique américain rend l’interdiction des substances nocives très difficile sans preuves accablantes hors de tout doute. Pour contourner ce problème, en 2013 la Californie a tout simplement cessé d’exiger que les produits d’ameublement soient traités avec des produits chimiques ignifuges. De plus, le 30 septembre dernier, le gouverneur démocrate de la Californie, Jerry Brown, signait une nouvelle loi qui exige que les étiquettes des meubles rembourrés précisent désormais s’ils ont été ignifugés chimiquement. Comme la Californie compte plus de 38 millions d’habitants, on s’attend à ce que cette nouvelle loi ait un impact majeur sur le marché nord-américain. Selon l’EWG, « elle stimulera les forces du marché pour éliminer du mobilier les produits chimiques inutiles et dangereux, car les consommateurs vont sûrement opter de s’assoir (ainsi que leurs enfants et leurs animaux de compagnie) sur des canapés ou des fauteuils sans produits chimiques ». Nathalie Lessard, directrice des communications à l’Association des fabricants de meubles du Québec, en témoigne : « À court terme, seulement les fabricants de meubles québécois qui exportent en Californie seront touchés par cette règlementation. Par contre à moyen ou long terme, comme c’est souvent le cas, une règlementation qui émerge de la Californie envahit tout le territoire américain.  Nos fabricants s’y préparent déjà depuis plusieurs mois. »

Depuis janvier 2014, le règlement californien TB117-2013 permet de protéger l’ameublement contre le feu sans ignifugeants chimiques, comme le permettait déjà depuis 2007 la Loi canadienne sur la sécurité des produits de consommation (LCSPC). « Le règlement applicable en vertu de la LCSPC n’indique pas comment satisfaire aux exigences en matière d’inflammabilité. En conséquence, diverses options s’offrent aux fabricants, comme l’utilisation de matériaux qui sont peu inflammables (comme le polyester) ou qui sont résistants aux flammes intrinsèques (comme la laine), de systèmes coupe-feu, ou de produits chimiques ignifuges », explique Sara Lauer de Santé Canada. Toutefois, « la mention de la présence d’ignifugeants sur l’étiquette des meubles rembourrés n’est pas obligatoire au Canada », ajoute Mme Lauer.

Or plusieurs fabricants canadiens utilisent encore des retardateurs de flammes chimiques afin de pouvoir exporter leurs produits aux États-Unis, affirme Jack Dell’Accio, président du fabricant montréalais de matelas de latex Essentia. « Ils ne veulent pas fabriquer des produits juste pour le Canada. Nous, on met une barrière [ignifuge] de kevlar, sans émissions de composés organiques volatils, dans les produits que nous vendons aux États-Unis. » Si Arlene Blum affirme que les matelas nord-américains ne sont plus ignifugés depuis 2007, M. Dell’Accio affirme que ce sont les couvertures et les couettes qui le sont souvent! L’ignifugation est la méthode de choix des fabricants car c’est la plus facile et abordable de satisfaire aux exigences sévères de résistance au feu provoqué par une cigarette, selon l’institut indépendant américain The Green Guide.

Stratégie des cigarettiers

L’adoption par la Californie en 1975 du fameux Bulletin technique 117 a entraîné l’usage massif des ignifugeants chimiques. Cette norme de flammabilité exigeait que sauf pour les tissus de recouvrement, les matériaux incorporés aux meubles rembourrés, comme le polyuréthane, limitent l’expansion d’un feu déclenché par une cigarette allumée ou par une petite flamme semblable à celle d’une chandelle. Les fabricants d’ameublement ont respecté cette exigence en ajoutant aux matériaux de rembourrage un demi à un kilo d’ignifugeants organiques halogénés (classe chimique comprenant le chlore, le brome, l’iode et le fluor) : ils utilisèrent d’abord des biphényles polychlorés (BPC), interdits aux États-Unis en 1977 car classés neurotoxiques et cancérogènes, puis les fameux PBDE que l’on soupçonne aujourd’hui d’être cancérogènes et dont la structure moléculaire ressemble à celle des BPC. La Californie étant le 12e marché en importance au monde pour les produits domestiques, la plupart des fabricants ont adopté cette pratique. Même s’ils ont cessé d’utiliser certains PBDE dangereux, le marché mondial des ignifugeants chimiques a littéralement explosé ces dernières années. Il s’en est vendu 1,9 million de tonnes en 2011 et ce sera 2,6 millions de tonnes en 2016, prévoit le Freedonia Group, une firme de recherche américaine.

Au début des années 1990, les fabricants suédois furent les premiers en Europe à cesser volontairement d’utiliser les PBDE, car leur toxicité était devenue de plus en plus évidente et leur concentration dans le lait maternel et le sang avait doublé aux cinq ans depuis 1972. En 2004, l’Union européenne a interdit leur utilisation dans les matelas et les ordinateurs, et certains États américains ont fait de même. Certains types de PBDE sont encore couramment utilisés en Amérique du Nord, où la contamination du lait maternel est dix fois plus élevée qu’en Europe.

Au Canada, le gouvernement a aussi interdit les produits les plus dangereux : « Santé Canada a récemment interdit les produits destinés aux enfants de moins de trois ans qui sont composés, en tout ou en partie, de mousse de polyuréthane (MPU) contenant du PTCE (phosphate de tris [2-chloroéthyle]) », un cancérogène qui peut aussi causer l’infertilité, ajoute la porte-parole Sara Lauer. Toutefois, certains fabricants et distributeurs violent les lois et nos gouvernements investissent de moins en moins dans l’inspection et l’inculpation des pollueurs.

Par ailleurs, quand des ignifugeants dangereux sont interdits ou retirés volontairement du marché, l’innocuité des produits de remplacement n’est pas assurée. Le temps a souvent prouvé le contraire : plusieurs de ces substances sont toxiques à faible dose. Par exemple, le Firemaster 550, introduit en 2003 comme solution de rechange au PBDE dans les meubles, matelas et autres produits de mousse, contient un mélange de phtalates bromés et d’organophosphates. Il a été associé à des problèmes d’anxiété, d’obésité et de puberté précoce chez les rats exposés à de fortes doses. On retrouve beaucoup d’organophosphates dans la poussière domestique et leurs métabolites sont couramment mesurés dans l’urine humaine. Dans une étude parue en novembre 2014 dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives, cet ignifugeant a été associé  pour la première fois à la perte osseuse, condition qui augmente le risque de fracture.

Selon l’enquête du Chicago Tribune, ce sont les manufacturiers de cigarettes qui nous ont « vendu » ces poisons. Au début des années 1970, on parlait peu des risques de cancer associés au tabagisme. Le sujet de l’heure était plutôt les nombreux incendies mortels causés par les fumeurs. Les fabricants auraient pu réduire les risques et sauver des vies en commercialisant des cigarettes qui s’éteignaient d’elles-mêmes, mais ils craignaient qu’elles soient impopulaires. Ils ont préféré nous faire oublier cette situation en finançant des campagnes de peur pour vanter l’efficacité des produits ignifuges. Leur témoin vedette devant les législateurs californiens, le médecin David Heimbach, expert en brûlures, a finalement admis avoir inventé de toutes pièces l’histoire d’un bébé pleurant dans une maison en feu. Les cigarettiers ont même mis sur pied le Citizens Fire Safety Institute, leur groupe de pression qui payait le Dr Heimbach. Ils ont même payé secrètement le soi-disant « bénévole » qui a fondé l’Association nationale des commissaires des incendies américains pour neutraliser les efforts des associations de pompiers et autres organismes qui faisaient la guerre au tabagisme.

L’industrie des produits chimiques et ses façonneurs d’image ont ajouté de l’huile sur le feu en citant une étude qui aurait conclu que grâce aux retardateurs de flammes utilisés par les fabricants d’ameublement, les gens avaient 15 fois plus de temps pour évacuer un immeuble incendié. « Déformation grossière », selon l’auteur de cette étude, Vytenis Babrauskas, ancien chercheur au National Bureau of Standards américain. En entrevue avec le Chicago Tribune, il a affirmé que son étude n’était pas représentative d’un réel incendie de maison. Sa conclusion : nos meubles contiennent suffisamment d’ignifugeants pour mettre notre santé en péril, mais pas assez pour nous sauver la vie, « le pire des deux mondes possibles ». En 2013, un reportage diffusé sur la chaîne de télé américaine CNN montrait que moins d’une minute après avoir pris feu, un fauteuil ignifugé et un fauteuil non ignifugé sont dans un état à peu près identique. Lors d’un incendie réel, le tissu de recouvrement, non ignifugé, prend feu en premier, puis les flammes sont si grosses qu’elles consument rapidement la mousse, comme l’ont confirmé plusieurs experts, dont Inez Tenenbaum, présidente de la U.S. Consumer Product Safety Commission. Le plus triste, c’est que la fumée produite par les ignifugeants — en particulier les halogénés à base de chlore et de brome — est plus toxique pour les citoyens et les pompiers, car elle produit beaucoup de monoxyde de carbone, de cyanure d’hydrogène, de dioxines et de furannes toxiques. Or, il est bien connu que la fumée est la principale cause de décès durant un incendie – elle tue généralement les gens bien avant qu’ils soient brûlés. Il y a plusieurs années, le toxicologue industriel d’origine québécoise Yves Alarie, professeur émérite de santé environnementale et au travail à l’Université de Pittsburgh, m’expliquait par ailleurs que les plastiques (pétrochimiques) omniprésents dans nos maisons accélèrent les incendies et les rendent plus toxiques. « Cinq onces de polyvinyle chloré (PVC) qui brûle dans une chambre de taille moyenne tuera ses occupants en dix minutes », disait-il au New York Times en 1983.

Comment se protéger

Malheureusement, les consommateurs n’ont pas accès à des tests de laboratoire pour tous les types d’ignifugeants, selon la chimiste californienne Arlene Blum qui milite pour leur retrait dans les produits résidentiels. Voici les conseils qu’elle prodigue sur son site Web pour réduire votre exposition à ces retardateurs de flamme chimiques.

L'étiquette de cette causeuse en cuir achetée au Québec il y a deux ans précise — et uniquement en anglais — que les coussins de polyuréthane satisfont aux exigences californiennes d'inflammabilité. Selon la chimiste Arlene Blum, c'est une garantie qu'elle a été ignifugée chimiquement!

L’étiquette de cette causeuse en cuir achetée au Québec il y a deux ans précise — et uniquement en anglais — que les coussins de polyuréthane satisfont aux exigences californiennes d’inflammabilité. Selon la chimiste Arlene Blum, c’est une garantie qu’elle a été ignifugée chimiquement!

• Comme la mousse de polyuréthane émet davantage d’ignifugeant en se désagrégeant avec les années, songez à remplacer les produits domestiques qui risquent d’en contenir. Rappelons que selon la revue Environmental Science & Technology, c’était le cas de 85 % des divans rembourrés achetés aux États-Unis entre 1985 et 2010 et de 80 % des produits pour bébé testés (sièges d’auto, chaises hautes, bassinettes, coussins de table à langer, coussins d’allaitement, tapis de sieste, positionneurs de sommeil, etc.). Les meubles, matelas et oreillers fabriqués avant 2005 contiennent le plus de PBDE, selon le Dr Joseph Mercola qui recommande d’éviter de remplacer vous-même la mousse de vos meubles, pour éviter de vous exposer davantage à de la poussière toxique.

• Exigez que vos meubles rembourrés portent l’étiquette TB 117-2013, la nouvelle norme californienne qui permet l’ignifugation sans produits chimiques. Mais comme cette norme n’interdit pas leur usage, demandez au fabricant une preuve écrite qu’il n’en utilise pas.

• Si l’étiquette affirme qu’un meuble respecte la norme californienne TB 117, celui-ci contient presque certainement des ignifugeants chimiques, selon Arlene Blum. Même sans cette étiquette, un meuble contenant de la mousse de polyuréthane devrait selon elle en contenir.

• Pour vous simplifier la vie, évitez les meubles content du polyuréthane. Habituellement, le duvet, de laine et de polyester ne contient pas d’ignifugeants chimiques, tout comme les meubles en bois et en rotin.

• La deuxième meilleure stratégie consiste à réduire les niveaux de poussière dans votre maison. Passez souvent un aspirateur doté d’un filtre de type HEPA (High Efficiency Particulate Arrestor), un aspirateur central à évacuation extérieure ou une vadrouille humide, et dépoussiérez avec un chiffon humide. Surtout, lavez souvent vos mains, encore plus souvent celles de vos enfants, tout particulièrement avant de manger.

Les matelas

Les matelas fabriqués depuis 2007 ne sont pas sensés contenir d'ignifugeant, mais on en a retrouvé dans des produits importés de Chine. Par ailleurs, le fabricant de matelas de latex Essentia souligne que les couettes et couvertures sont souvent ignifugées. © myessentia.com

Les matelas fabriqués depuis 2007 ne sont pas sensés contenir d’ignifugeant, mais on en a retrouvé dans des produits importés de Chine. Par ailleurs, le fabricant de matelas de latex Essentia souligne que les couettes et couvertures sont souvent ignifugées. © myessentia.com

• Remplacez votre vieux matelas. Les mousses des matelas fabriqués depuis 2007 ne contiennent habituellement pas d’ignifugeants chimiques, selon Arlene Blum, mais il y a des exceptions : l’enquête du Chicago Tribune a révélé que des matelas pour bébé fabriqués en Chine contenaient des ignifugeants appartenant à la famille du tris chloré (phosphate de tris ou TDCPP). Ce produit neurotoxique et cancérogène fut interdit dans les pyjamas pour bébé dans les années 1970. Or, il est encore couramment utilisé dans les divans et plusieurs produits rembourrés pour bébé. C’est l’ignifugeant qu’on détecte le plus dans la poussière domestique.

• Alors que les fabricants protègent habituellement les matelas avec du coton traité à l’acide borique ou avec des matériaux peu inflammables (comme le polyester) ou naturellement résistants aux flammes (comme la laine), aujourd’hui les couvertures et  couettes sont souvent ignifugées chimiquement, affirme Jack Dell’Accio, président du fabricant montréalais de matelas de latex Essentia.

• Évitez les matelas pour bébé portant l’étiquette TB 117, car ils contiennent probablement un ignifugeant chimique. Et même si ceux fabriqués depuis 2014 sont plus sûrs, demandez une preuve écrite au fabricant.

• Faites de même pour les autres produits pour bébé contenant de la mousse de polyuréthane. Sur 101 produits testés par Arlene Blum, 80 % contenaient des retardateurs de flamme chimiques comme le tris chloré (jusqu’à 12 % du poids de la mousse).

• Les housses n’empêchent pas la migration des retardateurs de flamme dans l’air intérieur. Si elles étaient étanches, nos coussins et matelas éclateraient comme un ballon quand on les comprimerait, soulignait la chimiste Heather Stapleton dans le Tribune.

Tapis et appareils

• Les endos de tapis au polyuréthane (85 % des endos fabriqués aux Étas-Unis) contiennent le même type de retardateur de flamme ajouté aux mousses des meubles. Arlene Blum recommande d’opter pour un endos de laine, de caoutchouc naturel, de fibre ou de feutre. Avant d’arracher un vieux tapis, le Dr Mercola recommande d’isoler le reste de la maison pour éviter de la contaminer puis de nettoyer avec un aspirateur à filtre HEPA.

• Les vieux ventilateurs, électroménagers, téléviseurs, télécommandes, cellulaires et autres appareils électroniques de plastique contiennent typiquement du DECA, une forme très toxique de PBDE interdite dans plusieurs pays. Si l’on ne peut pas se débarrasser de tous nos appareils électroniques de plastique, le Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE) propose de les retirer des chambres des enfants et de « faire des pressions auprès des fabricants pour qu’ils interdissent les retardateurs de flamme ». Évitez surtout que bébé mette une télécommande ou un cellulaire dans sa bouche.

• Optez pour des produits qui résistent naturellement au feu, comme la laine, le cuir et le coton, et des meubles et matériaux présentés comme étant sans retardateurs de flamme.

Isolants

• Les isolants de plastique (panneaux et mousses) contiennent également des retardateurs de flamme, et ce, malgré qu’ils soient souvent enfouis et que le Code national du bâtiment exige qu’ils soient protégés par une barrière thermique, comme un panneau de gypse d’un demi-pouce qui résiste au feu pendant 15 minutes. Au Conseil national de recherches du Canada, on affirme n’avoir aucune donnée sur les types d’ignifugeants employés dans les isolants ni sur leurs taux d’émission dans l’air intérieur. Les émissions sont certes réduites par le fait que ces isolants sont rigides : contrairement aux mousses de rembourrage, ils ne se dégradent pas substantiellement avec les années et ne peuvent pas se comprimer, lorsque l’on s’assoit sur un divan, par exemple. De plus, ils sont censés être cachés dans l’enveloppe du bâtiment et sont souvent installés à l’extérieur des murs. À part des microfuites, ils sont donc peu exposés à l’air intérieur, mais on ignore à quel point ils peuvent contaminer les maisons. De plus, les pompiers se plaignent qu’ils rendent les feux plus toxiques, hormis le fait que la combustion de plastique dégage du cyanure d’hydrogène qui s’accumule aussi dans leur corps. Enfin, les ignifugeants sont très persistants dans l’environnement et contaminent tôt ou tard la chaîne alimentaire, rappelle l’architecte Peter Syrett, de la firme Perkins+Will, dont la Precautionary List les déconseille, alors que le programme Living Building Challenge les interdit carrément.

• La chimiste Arlene Blum et cinq autres chercheurs ont analysé les risques sanitaires et environnementaux des isolants plastiques dans une étude parue en novembre 2012 dans Building Research & Information. Leur conclusion : il faut autoriser la pose d’isolants plastiques sans retardateurs de flamme dans le sol et derrière les barrières thermiques, car on sait depuis les années 1970 que ces substances chimiques n’apportent aucun avantage supplémentaire en cas d’incendie. « La modification des codes de construction pourrait prévenir les dommages en matière de santé et d’environnement dus à la toxicité de ces substances sans réduction de la sécurité incendie… Ce changement alignerait les codes américains sur les règles des codes en vigueur en Suède et en Norvège et garantirait la sécurité incendie tout en améliorant les incidences sur la santé et l’environnement. » Le problème, c’est que les fabricants ne veulent pas fabriquer deux produits différents (avec et sans ignifugeant) et qu’ils craignent les incendies provoqués avant la pose du gypse, selon Alex Wilson, éditeur d’Environmental Building News (EBN).

La laine de roche est naturellement incombustible. © Roxul

La laine de roche est naturellement incombustible. © Roxul

• Une telle modification des codes de construction est appuyée par une pétition lancée par Safer Insulation Solution, une coalition américaine de professionnels de la santé et du bâtiment (dont Alex Wilson), de fabricants, d’écologistes, de scientifiques, de pompiers et d’experts en prévention des incendies. Le US Green Building Council appuie aussi un projet de loi californien qui va dans le même sens. En plus de rendre les isolants plastiques plus écologiques, le retrait des ignifugeants permettrait même de réduire leur prix. « Cette approche est très logique, mais les comités qui développent et révisent les exigences du Code sont lourds et peu innovateurs, explique François Lalande, directeur du marketing et du support technique chez le fabricant québécois d’isolant de polyuréthane Demilec. Les exigences sont faciles à inclure mais très difficiles à enlever. »

• En septembre 2013, l’Agence de protection de l’environnement (EPA), aux États-Unis, recommandait d’ailleurs de remplacer l’hexabromocyclododécane (HBCD), essentiellement employé dans le polystyrène expansé (de 0,5 à 0,7 % du poids) ou extrudé  (2,5 % du poids), et rarement dans les produits textiles et électroniques. Cette recommandation s’alignait sur celle de la convention de Stockholm des Nations unies sur les polluants organiques persistants, qui, en mai 2013, demandait que le HBCD soit interdit, ce que l’Union européenne compte faire en 2018. «  En ce moment, l’industrie canadienne travaille avec Environnement Canada sur la migration vers le nouvel agent retardateur de flamme PFR (Polymeric Flame Retardant), explique Jessica Lacasse, responsable du marketing chez le fabricant Isolofoam. À l’heure actuelle, ce produit n’est offert qu’en très petite quantité, les usines de fabrication n’étant pas prêtes à produire des quantités suffisantes pour toute l’industrie. Nous suivons ce dossier de près afin d’être en mesure de faire le transfert vers ce nouvel agent dès que possible. »

• Quant à la mousse de polyuréthane giclée et aux panneaux de polyisocyanurate (polyiso), ces isolants sont spécifiquement ignifugés avec un produit contenant 33 % de chlore, le tris (1-chloro-2-propyl) phosphate (TCPP), indique Alex Wilson. Il représente typiquement 4 % du poids du polyuréthane à cellule fermée. Chez Demilec, on confirme que l’on n’utilise pas de retardateur de flamme bromé. « Bien que les retardateurs de flamme bromés inquiètent davantage du point de vue de la santé et de l’environnement que ceux à base de chlore, les deux posent problème selon les experts », nuance Alex Wilson dans le guide Insulation Choices publié par buildinggreen.com. « L’équilibre des besoins de performance (incluant la durabilité) de l’enveloppe) et de protection de l’environnement est un exercice complexe, commente François Lalande en ajoutant que la mousse Airmetic Soya de Demilec est certifiée Greenguard Gold pour ses faibles émissions de composés organiques volatils. Si ce ne sont pas tous les bâtiments qui passent au feu, tous les bâtiments ont besoin d’une enveloppe performante et durable 24 heures sur 24, 365 jours par année. »

• En juin dernier, Wilson annonçait dans EBN que le fabricant de panneaux de polyisocyanurate Johns Manville répondait à la nouvelle demande en lançant le panneau de toiture ENERGY 3.E, remplaçant le TCPP par un monomère organo-phosphonate non halogéné qui existe depuis 50 ans. Sans donner de détails sur sa formulation exacte ni sur sa toxicité, le fabricant a précisé qu’il est lié chimiquement à la résine du panneau et le rend plus fort.

• Quant à l’isolant de cellulose (de journaux recyclés), il est traité à l’acide borique, un retardateur de flamme récemment classé en Europe comme potentiellement toxique pour le système reproducteur. Toutefois, il est recommandé par le répertoire GreenSpec de BuildingGreen, car c’est un nutriment biologique utilisé comme pesticide peu toxique en agriculture biologique et parce qu’il n’est ni bioaccumulateur ni persistant dans l’environnement.

• Selon le projet Pharos du Healthy Building Network, les gens qui désirent éviter les ignifugeants chimiques peuvent se tourner vers des isolants qui sont intrinsèquement ignifuges, comme la laine de verre ou la laine de roche.

Référence québécoise sur les perturbateurs hormonaux : sabotage-hormonal.org

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