Source : Santé Canada

Les sensibilités d’origine environnementale (SOE) sont une des énigmes médicales du 20e siècle. Les médecins et les scientifiques ont en effet beaucoup de difficulté à en préciser les causes et les symptômes ou à formuler une description clinique acceptée de tous.

Bien que les personnes atteintes semblent réagir à des doses anormalement faibles de l’agent ou des agents en cause, les SOE diffèrent des allergies classiques, car leurs effets ne se manifestent pas de la même façon. La vingtaine de désignations différentes de ce syndrome – dont polysensibilités aux produits chimiques, allergie universelle et maladie environnementale – témoigne de la confusion qui existe au sein du corps médical. Cet état a en outre de nombreux points en commun avec le syndrome de fatigue chronique.

Symptômes et diagnostic
Une des difficultés liées à l’identification et au traitement de cette maladie tient au vaste éventail de symptômes – souvent subjectifs, donc non observables – qu’elle provoque. Anxiété généralisée, palpitations, tremblements et transpiration, douleurs musculaires et thoraciques, maux de tête, picotements dans les membres, respiration sifflante, rhinite, eczéma, éruptions cutanées, etc.. Les personnes se plaignent souvent de fatigue ou de difficulté à se concentrer; elles deviennent confuses, ont des pertes de mémoire immédiate ou elles sont en proie à des crises de larmes.

Les praticiens en médecine du travail signalent parfois le cas de malades ayant contracté une pneumonie à la suite d’une exposition à un déversement de produits chimiques. Après une amélioration temporaire de l’état du malade et une radiographie normale, l’essoufflement et les douleurs thoraciques s’intensifient. À la maison, les symptômes s’aggravent en présence d’odeurs de produits chimiques. De retour au travail, exposé de nouveau aux vapeurs, le travailleur est repris de symptômes aigus. À ce stade, même des produits d’usage domestique ou des contaminants courants peuvent causer des symptômes respiratoires débilitants. Selon les « écologistes cliniciens », le malade est « sensibilisé », de sorte que même une faible exposition à la substance ou à une substance analogue provoquera une réaction.

Les personnes sensibles à l’environnement peuvent également manifester des réactions indésirables à des aliments, lesquelles ne se produisent parfois que plusieurs heures, voire des jours, après l’ingestion. Il est alors très difficile de déterminer avec précision la ou les substances responsables. Pour y arriver, on peut donner au malade un régime alimentaire très contrôlé et le garder dans un milieu contenant peu de produits chimiques puis, après quelques jours, réintroduire de façon sélective les substances soupçonnées d’être en cause.

Médecins de l’environnement
Les écologistes cliniciens, des médecins qui souscrivent entièrement à l’hypothèse voulant que la cause du syndrome soit d’origine environnementale, ont mis au point des chambres de simulation du milieu pour le traitement et l’évaluation des sujets sensibles à l’environnement. Il s’agit de milieux « purs » dans lesquels peuvent être gardés les malades pendant quelques jours pour éliminer les effets des substances en cause. Le médecin introduit ensuite les substances de façon très contrôlée, pour tester la réactivité du sujet. Dans la plupart des cas, les effets des SOE ne sont pas assez graves pour nécessiter un isolement complet. Ainsi, les personnes sensibles peuvent continuer de vivre ou de travailler dans un milieu contenant une ou plusieurs substances offensantes. Cependant, il peut arriver dans certains cas que le syndrome devienne complètement débilitant et qu’il provoque des symptômes émotifs et une dépression incapacitante.

Prévention et traitement de la maladie
La prévention est l’aspect le plus important et le plus simple de ce problème, lorsque l’agent en cause peut être identifié. Il s’agit alors d’éliminer ou de cesser d’utiliser à la maison les allergènes ou autres agents offensants (phanères animaux, acariens, produits chimiques ménagers). Il faut aussi étudier et contrôler, dans la mesure du possible, les facteurs déclenchants non spécifiques susceptibles d’aggraver l’état des personnes sensibles (fumée de cigarette, vapeurs constantes, variation de la température et du degré d’humidité). Dans les cas persistants, il peut même s’avérer nécessaire de revoir la structure de base de la maison, les systèmes de chauffage et de refroidissement (le chauffage électrique est plus propre que le chauffage au mazout) et de s’attaquer aux problèmes potentiels d’humidité et de moisissure dans la salle de bain et au sous-sol. Il faut porter une attention particulière aux chambres à coucher, où les enfants et les personnes âgées passent beaucoup de leur temps.

Au travail, une ventilation adéquate, le port de vêtements de protection et de respirateurs appropriés, et l’application de bonnes techniques d’élimination des déchets permettront d’éviter la contamination des travailleurs par les produits chimiques. Le Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT), établi en collaboration avec les gouvernements, l’industrie et les syndicats, est utile à cet égard.

On peut aussi accélérer le rétablissement en réduisant la charge totale sur le système immunitaire. Par exemple, si les aliments constituent un important agent offensant, on peut recommander un régime d’élimination des allergènes, administré sous surveillance médicales étroite. De même, lorsque des poussières, du pollen ou des moisissures sont en cause, une immunothérapie spécifique peut être utile.

La compassion
En mai 1990, le Laboratoire de lutte contre la maladie, une division du ministère fédéral de la Santé, a organisé un atelier sur les SOE. Étaient présents à cette rencontre des spécialistes de la médecine, des chercheurs et des représentants de l’Association de l’information sur les allergies, de l’Association allergie, santé et environnement, de la Canadian Society for Environmental Medicine, de la Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique, de l’Association canadienne de santé publique et de l’Association médicale canadienne. Ce groupe, jugé représentatif du courant de pensée actuel sur les SOE, en est arrivé à la conclusion qu’il faut d’abord admettre l’existence de cet état avant de poursuivre les recherches et que le diagnostic de maladie psychologique ne doit être posé qu’en dernier recours. Les recommandations formulées lors de cette rencontre ont mis en branle un processus positif et pro-actif pour l’étude et le traitement des SOE. Professionnels et administrateurs s’entendent pour dire qu’il faut coordonner les efforts afin d’éduquer le public et les professionnels et de fournir l’information nécessaire à tous les groupes concernés.

Ils recommandent notamment, vu l’absence d’une base solide pour le diagnostic des sensibilités d’origine environnementale, d’étudier chaque cas isolément, en admettant avant tout l’incapacité ou le dérèglement dont souffre la personne et en faisant preuve de compassion à l’égard du malade.

(Source: Série Actualités, Santé Canada, 23 décembre 1991.)

Texte paru dans l’édition d’août-septembre 1996 du magazine La Maison du 21e siècle

Pour plus de détail, voir l‘avis médical et la politique de la Commission canadienne des droits de la personne sur les hypersensibilités environnementales et les recommandations du Comité permanent de la Santé de la Chambre des communes faites le 17 juin 2015 dans le rapport Le rayonnement électromagnétique de radiofréquences et la santé des Canadiens.  

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