Les AirPod et autres casques Bluetooth sont-ils sans danger pour la santé ?

« Ce qui me préoccupe pour les AirPod, c’est que leur placement dans le canal auditif expose les tissus de la tête à des niveaux relativement élevés de rayonnements radioélectriques », déclare Jerry Phillips, professeur de biochimie à l’Université du Colorado à Colorado Springs. © Neil Godwin/T3/Getty

Les experts ont des avis divergents quant à l’impact du Bluetooth sur la santé

Par Markham Heid Medium.com – 7 mars 2019

Apple a fait des vagues en 2016 en annonçant que les nouveaux iPhones n’auraient pas de port pour y brancher un casque audio. La plupart des concurrents d’Apple, dont Google et Samsung, ont depuis emboîté le pas. Il est encore possible de brancher des écouteurs filaires à ces appareils avec un adaptateur, mais le fait de se débarrasser du port audio est considéré par beaucoup comme une reconnaissance du fait que Bluetooth a remporté la bataille en ce domaine.

Sur la base de ces choix de l’industrie, on pourrait supposer que la sécurité du Bluetooth est établie depuis longtemps. Cette hypothèse est incorrecte. Certains experts qui étudient les technologies sans fil s’inquiètent de leurs effets sur la santé.

« Ce qui me préoccupe pour les AirPod, c’est que leur placement dans le canal auditif expose les tissus de la tête à des niveaux relativement élevés de rayonnements radioélectriques », déclare Jerry Phillips, professeur de biochimie à l’Université du Colorado à Colorado Springs. Il mentionne parmi les risques potentiels les tumeurs et d’autres maladies associées au fonctionnement anormal des cellules. Ces risques ne sont pas limités aux AirPod. Les preuves existantes « indiquent des préoccupations potentielles pour la santé humaine et le développement des enfants en lien avec toutes les technologies sans fil », a-t-il déclaré.

Dans le passé, les porte-parole d’Apple ont répondu aux inquiétudes suscitées par les AirPod en garantissant qu’ils respectaient les directives de sécurité en vigueur.

Le professeur Phillips n’est pas le seul à s’en inquiéter. Plus de 247 scientifiques de 42 pays ont signé en 2015 un Appel adressé aux Nations Unies et à l’Organisation mondiale de la santé exprimant leur «vives préoccupations» concernant les champs électromagnétiques non ionisants (CEM), qui sont le type de rayonnement émis par les appareils sans fil, y compris les technologies Bluetooth.

« De nombreuses publications scientifiques récentes ont montré que les CEM affectent les organismes vivants à des niveaux bien inférieurs à la plupart des directives internationales et nationales », indique leur Appel. Il mentionne notamment le cancer, les troubles neurologiques et les dommages à l’ADN parmi les effets nocifs possibles liés aux CEM. Il fait également référence aux conclusions du Centre international de recherche sur le cancer, qui a déterminé que les CEM sont « peut-être cancérogènes pour l’homme ».

Joel Moskowitz, directeur du Centre pour la santé familiale et communautaire de l’Université de Californie à Berkeley, est l’un des signataires américains de l’Appel. Selon le Dr Moskowitz, très peu d’études ont été réalisées sur le Bluetooth, mais des recherches plus approfondies sur les champs électromagnétiques semblent indiquer que le type de radiations émises par les écouteurs et les oreillettes pourraient avoir des effets néfastes sur la santé.

Il mentionne certaines des préoccupations de santé soulevées dans l’Appel – dont les troubles neurologiques et les dommages à l’ADN – et affirme que nous devrions tous faire preuve de plus de prudence avec ces appareils jusqu’à ce que davantage de recherches soient menées. « Nous naviguons essentiellement à l’aveugle », dit-il.

D’autres experts ne sont pas de cet avis et affirment que, lorsque toutes les recherches sur les champs électromagnétiques sont regroupées et analysées, les données indiquent clairement une absence d’effets nocifs.

« Il existe des milliers d’études de qualité et de pertinence variées pour la santé, qui vont dans toutes sortes de directions », explique Kenneth Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie, qui a étudié les effets des rayonnements sans fil sur la santé humaine. Bien que vous puissiez choisir exclusivement des données présentant sous un jour effrayant les technologies Bluetooth et autres technologies sans fil, « ces arguments n’ont aucune crédibilité », dit-il.

Foster souligne que l’OMS et d’autres organisations de santé publique ont analysé la littérature sur le Bluetooth et les technologies sans fil et n’ont trouvé aucune preuve évidente de risques pour la santé à des niveaux d’exposition inférieurs aux limites internationales.

Mais certains chercheurs s’interrogent sur l’idée reçue selon laquelle des quantités plus importantes de CEM sont intrinsèquement plus risquées. Dans un article de 2018 intitulé Le Wi-Fi est une menace importante pour la santé humaine, Martin Pall, professeur émérite de biochimie à la Washington State University, affirme que les impacts potentiels d’un appareil sans fil sur la santé ne dépendent pas uniquement de la force ou de l’intensité de ses signaux radioélectriques.

Un gros problème, dit-il, est lié aux «impulsions» électromagnétiques, qui sont de rapides rafales d’énergie électromagnétique qui aident les appareils sans fil à communiquer. « Nous avons maintes études qui montrent clairement que les CEM pulsés sont, dans la plupart des cas, beaucoup plus biologiquement actifs que les CEM non pulsés de même intensité moyenne », explique-t-il. « Tous les appareils de communication sans fil communiquent, au moins en partie, par pulsations. Plus ils sont intelligents, plus ils pulsent. »

Il dit que la plupart des autorités sanitaires ne tiennent pas compte de ces facteurs. « Les soi-disant directives de sécurité ne sont pas un indicateur  les effets biologiques », assure-t-il.

Phillips réitère ce point. Les normes d’exposition sans fil actuelles sont « manifestement déconnectées » de la recherche, ajoute-t-il. « Nous ne savons toujours pas exactement ce qui constitue un seuil sécuritaire ou quels paramètres d’exposition sont importants », dit-il. « Il faut certainement davantage de recherche. »

Moskowitz pense que l’utilisation d’écouteurs mains libres filaires est un moyen simple et efficace de réduire l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les téléphones portables. « Le fait que les gens soient dépendants de ces appareils et qu’ils les adorent complique énormément les choses, car ils refusent toute information sur l’exposition aux fréquences pulsées qui mettent leur santé en danger », souligne-t-il. « L’ironie est que nous n’en avons pas vraiment besoin. »

– Cet article est tiré et traduit de https://medium.com/s/the-nuance/are-airpods-and-other-bluetooth-headphones-safe-214a0449e13a

Traduit par Jean Hudon

Note de la rédaction : Contrairement à ce que croient les toxicologues, la dose (chimique ou électromagnétique) ne fait pas toujours le poison car les plus faibles expositions passent souvent inaperçues, comme un cheval de Troie. Lire The Work of Leif Salford : ce neurochirurgien suédois a découvert que les dommages à la barrière hémato-encéphalique, sensée protéger le cerveau des microbes et toxines dans le sang, étaient plus importants quand le niveau d’exposition au rayonnement électromagnétique était réduit jusqu’à mille fois. C’est pourquoi je recommande le casque d’écoute Air Tube qui transporte le son dans l’oreille, comme un stéthoscope. André Fauteux

Voici une traduction de “The Work of Leif Salford” mentionné ci-dessus…

Depuis qu’Allan Frey, dont les travaux sont également soulignés ici, a découvert en 1975 que les rayonnements de micro-ondes rendent moins étanche la barrière hémato-encéphalique, au moins une douzaine de laboratoires dans le monde ont corroboré cet effet. La recherche la plus active de ce type est actuellement en cours à l’Université de Lund en Suède.

Le Dr Leif Salford est neurochirurgien à l’hôpital universitaire de Lund et directeur du département de neurochirurgie. Depuis 1988, il dirige une équipe de chercheurs qui ont exposé des milliers de rats de laboratoire à des rayonnements de micro-ondes de différentes sources. Depuis la fin des années 90, ils utilisent les téléphones mobiles comme source de ce rayonnement.

Leurs résultats sont cohérents et alarmants : non seulement les rayonnements émis par un téléphone cellulaire endommagent la barrière hémato-encéphalique, mais c’est également le cas lorsque le niveau d’exposition est réduit de mille fois. Ce qui est encore plus troublant, et contrairement à ce qui était anticipé, les dommages causés à la barrière hémato-encéphalique se sont aggravés lorsque les chercheurs ont réduit le niveau d’exposition. Cela implique que les indices de débit d’absorption spécifique (DAS) des téléphones cellulaires sont peut-être sans valeur et qu’il peut ne pas être possible de rendre les téléphones cellulaires plus sécuritaires en réduisant leur puissance d’émission.

L’équipe de Salford a démontré qu’une fuite de la barrière hémato-encéphalique se produit après seulement deux minutes d’exposition chez des rats de laboratoire. De plus, il a été démontré qu’une seule exposition de deux heures au rayonnement d’un téléphone portable, même à puissance réduite, endommageait ou détruisait jusqu’à 2% des cellules du cerveau d’un animal.

Lors d’autres expériences menées dans le laboratoire de Salford, l’exposition à long terme de rats à un téléphone cellulaire a provoqué une altération de la mémoire, et une seule exposition de six heures à des niveaux de puissance extrêmement faibles a provoqué des dommages génétiques. L’exposition à un champ magnétique de basse fréquence (les téléphones portables émettent également des basses fréquences) a provoqué des perturbations du transport du calcium dans les cellules.

Salford estime que l’utilisation de téléphones portables par des êtres humains constitue « la plus grande expérience biologique jamais réalisée », et il a qualifié les conséquences potentielles des résultats de son laboratoire de « terrifiants ». « Ceux qui auraient normalement souffert de démence à un âge avancé en raison de la maladie d’Alzheimer pourraient en subir les effets beaucoup plus tôt », a-t-il dit. « Peut-être que s’appuyer sans cesse un téléphone portable sur la tête pourrait s’avérer ne pas être une bonne chose à long terme. »

Voici enfin la traduction d’un extrait de Clear Sound, Sleek Styling, and Microwave Radiation offert comme référence dans l’article en lien avec les assurances d’innocuité des AirPod fournies par Apple…

(…) Joel Moskowitz, directeur du Centre de santé publique pour la famille et la communauté de l’École de santé publique, a averti que le rayonnement de la technologie Bluetooth dans les AirPod (et autres casques d’écoute) posait un risque pour la santé.

Plus d’une douzaine d’études ont montré qu’un rayonnement de micro-ondes de faible intensité, similaire à celui émis par Bluetooth, peut ouvrir la barrière hémato-encéphalique, une couche de cellules qui empêchent les agents pathogènes et les toxines de pénétrer dans le cerveau. Cela pourrait conduire à des conditions telles que l’autisme, la démence et le cancer du cerveau, dit Moskowitz.

« Quand j’ai entendu parler des AirPod, cela m’a beaucoup préoccupé », dit-il. « Nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que ces écouteurs sans-fil sont dangereux, mais sur la base des recherches qui ont été effectuées sur des types de rayonnement similaires, il y a de bonnes raisons de penser que cela posera problème à long terme. »

(…) Jerry Phillips, professeur de biochimie à l’Université du Colorado, qui a étudié les effets sur la santé des rayonnements de fréquences similaires à celles du Bluetooth, déclare que cette norme n’est pas robuste. Les niveaux de sécurité du DAS reposaient sur l’hypothèse que les rayonnements provenant de sources telles que le Bluetooth, le Wi-Fi et les téléphones portables étaient sans danger sauf s’ils chauffaient les tissus. « Cela s’est avéré être un non-sens absolu. Des effets biologiques ont été démontrés avec des DAS très faibles, au point où il n’y a pas d’augmentation mesurable de la chaleur », a déclaré Phillips. Il ajoute que nous ne savons pas si les effets d’une telle exposition pourraient s’additionner avec le temps.

Sur la base de ses propres recherches, Phillips s’inquiète du fait que les AirPod et autres appareils du genre, en plus d’affaiblir la barrière hémato-encéphalique, pourraient endommager l’ADN. Certaines de ses recherches ont été financées par Motorola, qui, selon lui, lui a demandé de ne pas publier ses résultats et a cessé de financer ses travaux après la publication d’un article important sur le sujet.

« Ce qui me dérange le plus avec les AirPod, c’est qu’ils font pénétrer le signal un peu plus profondément dans la tête que ce n’est le cas pour les téléphones portables. C’est une quantité importante d’énergie délivrée encore plus proche du cerveau. Cela n’a aucun sens », dit-il.

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