C’est confirmé : le cellulaire cause les mêmes types de tumeurs chez les rats que chez les humains

Les experts recommandent d’utiliser un casque d’écoute de type Air Tube ou le mode haut parleur et d’écourter les conversations pour éviter les effets thermiques et non thermiques des micro-ondes.

Traduit et reproduit avec la permission de l’auteur Louis Slesin, éditeur de Microwave News https://microwavenews.com/news-center/ntp-final-rf-report

« Nous pensons que le lien entre le rayonnement de radiofréquences (RF) et les tumeurs chez les rats mâles est réel », a déclaré John Bucher, ancien directeur adjoint du National Toxicology Program (NTP) des États-Unis.

Cette annonce accompagne la publication ce matin des derniers rapports du NTP concernant des études sur le cancer chez des rats et des souris exposés à des radiations de téléphones portables. Le projet de Bucher, le plus important de l’histoire du NTP, a coûté 30 millions de dollars et a duré plus de dix ans.

Le NTP a trouvé ce qu’il appelle « des preuves évidentes » que deux types différents de signaux de téléphone cellulaire, le GSM [protocole de deuxième génération ou 2G, introduit en 1991] et le CDMA [3G, utilisé pour transmettre les vidéos depuis 2001], ont augmenté l’incidence des tumeurs malignes dans le cœur des rats mâles au cours des deux années d’étude. Des incidences plus élevées de tumeurs cérébrales et surrénaliennes ont également été observées, mais ces associations ont été jugées un peu plus faibles. 

« Le NTP a maintenant montré ce que personne ne pensait être possible avant le début du projet », a affirmé à Microwave News l’ancien chercheur du NTP Ron Melnick. « L’hypothèse a toujours été que le rayonnement RF ne pouvait pas causer le cancer, a-t-il rappelé. Maintenant, nous savons que c’était faux. » Melnick a dirigé l’équipe qui a conçu les études sur les animaux. Il a pris sa retraite début 2009 après avoir travaillé près de 30 ans en tant que scientifique au NTP.

Schwannomes et gliomes

À l’examen attentif, les résultats du NTP concordent remarquablement avec une autre expérience animale récente et avec l’ensemble des études épidémiologiques existantes sur les utilisateurs de téléphones portables.

Les tumeurs dans le cœur des rats se sont développées dans les cellules de Schwann et sont connues sous le nom de schwannomes. Les cellules de Schwann constituent la gaine de myéline qui isole les fibres nerveuses et aide à accélérer la conduction des impulsions électriques. Elles constituent un élément clé du système nerveux périphérique et se retrouvent dans la plupart des organes du corps, chez la souris, le rat et l’homme.

Les schwannomes sont très rares et aucun n’a été observé chez les rats témoins non exposés. Pourtant, ces mêmes tumeurs malignes du cœur ont également été découvertes dans une autre grande étude sur les téléphones cellulaires chez les rats publiée plus tôt cette année (voir la publication «More than a coincidence»). Cette dernière étude a été réalisée à l’Institut Ramazzini de Bologne, en Italie.

Les tumeurs du nerf acoustique, qui relie l’oreille interne au cerveau, sont appelées neurinomes acoustiques. Ceux-ci se développent également dans les cellules de Schwann et sont connus sous le nom de schwannomes vestibulaires. Des taux plus élevés de neurinomes acoustiques ont été observés dans des études épidémiologiques menées auprès d’utilisateurs de téléphones portables au long cours.

Les tumeurs dans le cerveau des rats exposés se sont développées dans des cellules gliales, d’où leur nom de gliomes. Les cellules gliales sont étroitement liées aux cellules de Schwann. Comme le souligne le NTP dans son rapport final sur l’étude chez le rat : « Les schwannomes observés dans le cœur et les gliomes malins observés dans le cerveau proviennent d’un type de cellule fonctionnelle similaire. Les cellules de Schwann sont classées comme cellules gliales du système nerveux périphérique. »

Des gliomes ont également été signalés chez des utilisateurs de téléphones portables de longue date, notamment dans l’étude Interphone et des études épidémiologiques menées en France et en Suède.

Sous pression, le NTP revient à son avis originel

Le point de vue de Bucher sur le risque de cancer associé au rayonnement RF est maintenant bouclé. Il y a deux ans, lui et Linda Birnbaum, directrice du NTP, ont publié les résultats provisoires de l’étude sur les rats. Ils l’ont fait, ont-ils dit, en raison de la cohérence de leurs résultats avec les études épidémiologiques. « Nous avons estimé qu’il était important de faire passer le message », a déclaré Bucher lors d’une conférence de presse en mai 2016 (voir Cell Phone Radiation Boosts Cancer Rates in Animals). Bucher est actuellement chercheur principal au NTP.

Puis, en février dernier, Bucher a fait demi-tour et a minimisé ses propres résultats, affirmant que l’utilisation du téléphone cellulaire ne représentait « pas une situation à haut risque ». Sa pirouette fut l’objet de moultes spéculations mais n’a jamais été justifiée (voir What Changed at NTP).

Le mois suivant, un comité de pathologistes invités a conclu que le lien entre le facteur radiofréquence et le cancer était plus solide que ne le reconnaissait le NTP. Le panel a recommandé que sept évaluations différentes soient actualisées – et conseillait au NTP de revenir à ses conclusions initiales (voir : Clear Evidence’ of Cell Phone Cancer Risk, Say Leading Pathologists).

Le NTP a maintenant accepté les recommandations du groupe d’experts et est revenu à son avis d’il y a deux ans.

Et après?

Une autre des conclusions du NTP qui ajoutent de la cohérence à l’image globale réside dans le constat que des cassures d’ADN ont été trouvées dans le cerveau des rats exposés. Cela devra être reproduit dans de futures études, a déclaré Bucher. Le mois dernier, le NTP a présenté un document lors d’une réunion de toxicologie génétique indiquant que les radiations des téléphones portables peuvent causer des dommages mesurables à l’ADN.

Au Japon et en Corée, des responsables planifient leur propre étude de type NTP, mais à une plus petite échelle – le plus souvent avec des rats mâles.

La FDA (Food and Drug Administration) et la FCC (Federal Communications Commission) ont été informées des nouvelles conclusions du NTP, a indiqué Bucher. Ces deux agences fédérales sont chargées de la réglementation des radiations des téléphones portables. (La FDA a demandé pour la première fois l’étude sur le NTP en 1999.) À ce jour, aucune des deux n’a montré le moindre désir de mettre en garde le public contre les risques pour la santé. Toutes deux sont restées silencieuses il y a deux ans lorsque le NTP a publié ses conclusions intérimaires et se sont dites préoccupées par les implications découlant de la publication.

« Une leçon importante qui devrait être tirée des études du NTP (…) est que nous ne pouvons pas supposer qu’une technologie sans fil actuelle ou future est sécuritaire sans réaliser des études adéquates, a affirmé par voie de communiqué Ron Melnick, aujourd’hui conseiller scientifique de l’Environmental Health Trust. Dans l’intérêt de la santé publique, les agences gouvernementales doivent utiliser les résultats de ces études bien menées sur les effets sanitaires et émettre des recommandations claires au public sur comment réduire les expositions à des agents nocifs. Les études du NTP démontrent clairement que les ondes non ionisantes peuvent causer des cancers et autres effets néfastes sur la santé. » (Lire sa lettre publiée sur le site washingtonien The Hill.

 

Dr Marc Arazi conteste l’interprétation du NTP

« Concernant l’exposition humaine, le NTP considère que les niveaux de débit d’absorption spécifique (DAS) du corps en entier (1,5, 3 et 6 W/kg) et les durées d’exposition (24 mois) auxquels ont été soumis les animaux dans cette étude sont plus élevés que ceux reçus par les utilisateurs de téléphones portables. Évoquant de plus que les rats et les souris ont reçu des ondes sur l’ensemble de leur corps à la différence des expositions localisées lorsqu’un téléphone se trouve dans une poche ou à côté de la tête.

Nous contestons fermement cette analyse. Nous avions d’ailleurs témoigné là-dessus en mars 2018 en apportant des preuves pour expliquer que du fait d’une totale faillite de la réglementation internationale, les humains sont beaucoup plus exposés que les rats et les souris de cette étude. Comparé aux normes FCC en vigueur aux USA et aux Canada, certains modèles dépassent de dix fois et parfois plus les normes règlementaires européennes établies pour les débits d’absorptions spécifiques (DAS) pour le corps (tronc et membres), soit plus de 20 W/kg », affirme le fondateur de l’association de scientifiques Alerte Phonegate qui exige le retrait de 250 modèles hors normes utilisés en France mais aussi au niveau international (phonegatealert.org/actualite). Nommé ainsi par le journaliste Pierre Le Hir du quotidien français Le Monde, le scandale Phonegate désigne la commercialisation de cellulaires ne respectant pas les normes liées DAS.

Alerte Phonegate et son partenaire américain, l’Environmental Health Trust, réclament un meilleur encadrement réglementaire des limites d’exposition qui soient basées à la fois sur les effets thermiques mais aussi sur les effets biologiques de doses non thermiques de micro-ondes. Les limites DAS actuelles de la FCC visent seulement à éviter de chauffer d’un degré Celsius un gel conducteur contenu dans un demi mannequin de fibre de verre exposé pendant six minutes au rayonnement d’un cellulaire placé à 1 cm. Or 85 des premiers 95 modèles testés par l’ANFR en 2015 présentaient des niveaux thermiques très élevés lorsque l’appareil était placé au contact direct de la peau contre les membres ou le tronc, bref dans les conditions réelles d’utilisation.

Pour limiter l’exposition aux micro-ondes des appareils sans fil, plusieurs pays et tout récemment en décembre 2017 le Département de santé californien, recommandent de privilégier les connexions filaires, d’utiliser un casque d’écoute de type Air Tube ou le casque d’écoute [en éloignant le plus possible l’appareil du corps, notamment de votre glande thyroïde] et d’écourter les conversations. »
– Dr Marc Arazi, président de l’Association Alerte Phonegate

Pour en savoir davantage
Dix moyens pour se protéger des ondes du cellulaire

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