Des clés pour contrôler l’humidité dans les sous-sols

Des clés pour contrôler l’humidité dans les sous-sols

 

Sous Sol Humide Copie

© JEF

En collaboration avec André Fauteux

Deux anciens formateurs de la SCHL font le point sur une nuisance très répandue.

Autrefois, le sous-sol d’une maison était essentiellement un vide sanitaire qui servait de chambre froide pour conserver les aliments. L’humidité qui pouvait y régner n’avait guère d’importance. Il en va tout autrement aujourd’hui alors que les sous-sols sont aménagés et devenus des pièces de vie. « Comme autrefois le vide sanitaire était non chauffé, il y avait peu d’évaporation de l’humidité du sol, et le peu de cette humidité qui montait dans les maisons peu étanches était évacué par les fuites d’air, explique Ken Ruest, ancien chercheur à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Or, dans nos sous-sols chauffés, l’humidité du béton et de nos activités qui s’évapore dans l’air ambiant peut s’avérer une source importante de l’humidité ambiante dans une maison moderne, plus étanche à l’air. »

Aujourd’hui, dans nos sous-sols, des enfants dorment dans les chambres, la famille s’y réunit devant la télévision ou la console de jeux et tous risquent de respirer un air rendu malsain par la moisissure nourrie par l’humidité du sous-sol. Outre la dégradation matérielle qu’elle engendre, l’humidité soulève donc un enjeu de santé et il faut la contrôler. Cela implique de remonter à la source, de visualiser le cheminement de l’eau dans le terrain, les fondations, les murs ainsi que le plancher ou le plafond du sous-sol pour détecter les failles et intervenir aux bons endroits. Et comme mieux vaut prévenir que guérir, le contrôle de l’humidité devrait être toujours pris en compte, qu’il s’agisse d’une maison neuve ou existante.

Afin de démystifier ce problème tant répandu, nous avons fait appel à M. Ruest et à l’architecte André Bourassa. Pendant des années, ces deux comparses et leur collègue Charles Morrissette, technologue en architecture, ont formé plusieurs spécialistes du bâtiment dans le cadre d’un cours d’investigateurs en qualité de l’air intérieur autrefois offert par la SCHL.

30 S Sol Projet Nicolas Copie

© Les Projets de Nicolas

Les symptômes, premiers indices du problème

Cette humidité, on la voit parfois suinter à travers un mur ou perler sur la tuyauterie. On la sent aussi. Ces symptômes sont des indices qui nous mettent sur la piste du problème. Globalement, l’humidité dans les sous-sols a trois origines distinctes : l’humidité relative de l’air ambiant, celle du terrain qui s’infiltre à travers les murs ou le sol dénudé d’un vide sanitaire ou l’eau qui provient d’une fuite de plomberie ou une infiltration de l’enveloppe (toit, murs, portes ou fenêtres).

L’humidité (ou vapeur d’eau) de l’air ambiant se condense sur les surfaces froides dont la température est égale ou inférieure à son point de rosée (le niveau où la vapeur se condense en eau). L’eau qui perle sur la tuyauterie d’eau froide et sur les vitrages est un signe de cette condensation. Cette humidité ambiante sera aussi absorbée par des matériaux poreux comme le bois, le béton, le carton et les tissus qui prendront une odeur de renfermé. « Un des premiers symptômes d’humidité, c’est l’odeur de la literie, des draps et de tout ce qui est papier et carton. Ça sent la cave », indique André Bourassa, architecte fondateur de la firme Bourassa Maillé Architectes, à Victoriaville. Pire, les rebords de fenêtres en bois peuvent pourrir et de la moisissure se former dans les coins (souvent plus froids car moins chauffés et mal isolés) ou sur les boîtes de rangement en carton.

Radon SCHL

© Santé Canada/SCHL

Si l’eau ne perle pas mais semble suinter à travers la dalle de béton ou les murs de fondations (un drain de périmètre bloqué peut tacher l’intérieur des fondations à environ 6 po de hauteur du plancher), il faut penser à une infiltration venant de l’extérieur. Le béton, les joints entre un mur de pierres et à fortiori un sol en terre battue constituent des matériaux poreux dans lesquels l’eau peut s’infiltrer et même remonter par capillarité. Tout comme le radon, gaz radioactif présent dans le sol et deuxième cause de cancer du poumon, l’humidité du sol s’infiltre particulièrement par les ouvertures présentes dans et autour des dalles de sous-sol. De même, des taches blanches qui apparaissent sur un mur de béton sont un indice d’un mouvement d’humidité par capillarité provenant du sol. Il ne s’agit pas de moisissures mais d’efflorescence, soit des sels minéraux apportés par l’eau d’infiltration.

Plus insidieuse, l’infiltration d’eau se cache souvent derrière les murs de gypse ou entre le plancher de béton et les semelles sur lesquelles reposent les murs des fondations. Des infiltrations importantes sont propices au développement de la moisissure et aux mauvaises odeurs qui devraient nous inciter à investiguer leur origine.

L’observation minutieuse des symptômes permettra de déterminer si la source du problème d’humidité est intérieure ou extérieure. Garder en tête que ces deux problèmes peuvent être indépendants. Ils peuvent survenir de façon concomitante, mais se traitent différemment. Résoudre l’un ne règle pas l’autre.

L’humidité relative

L’humidité de l’air ambiant a cette fâcheuse caractéristique de se condenser sur les surfaces froides. Ken Ruest évite de parler d’humidité excessive, parlant plutôt d’humidité relative, car son point de rosée varie en fonction du taux d’humidité et de la température. Il cite en exemple de la moisissure qui prolifère sur un mur de chambre d’une maison habitée par une seule personne et où il n’y a pas de sources importantes d’humidité.

« Le taux d’humidité relative peut être aussi bas que 30 %, mais s’il fait -27 °C à l’extérieur et que cette personne, par souci d’économie d’énergie, ne chauffe pas les pièces de sa maison adéquatement, ça ne prend pas un taux d’humidité relative élevé pour causer de la condensation dans les coins d’une pièce froide. Même chose pour ceux qui s’amusent en yoyo avec leurs thermostats : ça produit des surfaces froides à un certain moment de la journée, ce qui entraîne ce type de problème. En général, les taux d’humidité relative maintenus à l’intérieur en hiver doivent être plus bas qu’en été à cause des surfaces froides dues à l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieure. En été, c’est au sous-sol que le taux d’humidité relative est le plus critique dû au fait que les surfaces des murs de fondations et de la dalle de béton sont plus froides que les murs des pièces hors sol. » M. Ruest ajoute que de toute façon, les gens ne mesurent pas le taux d’humidité relative partout dans leur maison. « Ils comprennent mal que le taux d’humidité relative varie grandement entre le centre d’une pièce et le bord d’une fenêtre en hiver ou dans un coin du sous-sol au printemps quand le béton est à son plus froid de l’année. De plus, la précision des hygromètres domestiques varie beaucoup et peut induire en erreur. »

Bref, pour minimiser les risques, il faut à la fois minimiser les sources de l’humidité dans l’air, éviter les surfaces froides et favoriser la circulation de l’air pour réchauffer toutes les surfaces.

Les sources d’humidité

D’où vient alors l’humidité de l’air dans les sous-sols? Nous avons déjà vu qu’elle peut provenir de l’évaporation de l’humidité qui se diffuse du sol en terre battue ou à travers le béton, mais elle est aussi tout simplement générée par les occupants de la maison et leurs habitudes de vie. Entreposer du bois de chauffage ou faire sécher du linge va nécessairement faire augmenter le taux d’humidité dans l’air. De même pour une douche en sous-sol sans extracteur d’air ou une sécheuse sans évacuation extérieure.

L’humidité peut bien sûr provenir de l’air extérieur, en particulier de l’air humide des chaudes journées de printemps et d’été. Ce n’est alors pas le meilleur moment pour ouvrir les fenêtres ni d’échanger l’air mécaniquement en continu tout l’été. Ken Ruest met en garde également contre la tentation d’ouvrir les fenêtres à l’arrivée des premières journées chaudes du printemps pour renouveler l’air du sous-sol. « Il faut se rappeler que les murs du sous-sol restent froids plus longtemps que les murs hors sol. En ouvrant les fenêtres, on laisse entrer un air printanier humide qui ira se condenser sur les murs encore froids du sous-sol. Ce n’est pas intuitif de chauffer le sous-sol jusqu’en juin, convient l’ancien chercheur de la SCHL, mais il s’agit parfois de la solution pour minimiser les problèmes de condensation. » Pour éviter d’avoir des surfaces froides au printemps, il faut donc penser à ne pas éteindre le chauffage trop tôt au sous-sol. Le soleil qui entre par les fenêtres peut aussi contribuer à chauffer l’air et à réduire la condensation, souligne André Bourassa, à condition que celles-ci soient de grande dimension et préférentiellement au sud. Mais comme le dit Ken Ruest, les fenêtres des sous-sols sont généralement de trop petite dimension pour avoir un impact significatif sur la température intérieure.

Le chauffage ne sera toutefois pleinement efficace pour lutter contre la condensation que si l’air circule. « Le problème avec les sous-sols réside dans l’entreposage de toutes sortes de choses qui gênent le mouvement de l’air chaud », prévient M. Ruest. « Il faut éviter les boîtes de rangement, le sofa et autres meubles appuyés contre les murs extérieurs. Même s’il y a en général une bonne circulation d’air dans la pièce, derrière les meubles, ce n’est pas le cas et l’humidité peut s’y trouver plus élevée qu’au milieu de la pièce », complète André Bourassa.

L’isolation

Une autre solution essentielle est d’isoler les surfaces froides, qu’il s’agisse de murs ou de tuyaux. Pour les murs, le choix devra porter sur un isolant rigide. Il faudra aussi veiller à ne pas laisser d’espace entre l’isolant et le béton ou le gypse où pourrait se loger de l’eau d’infiltration ou de la condensation, ce qui favoriserait le développement de moisissures. Dans le même ordre d’idées, Ken Ruest et André Bourassa ne recommandent pas d’installer un pare-vapeur qui retiendrait à l’intérieur du mur l’eau d’infiltration. « Il vaut mieux isoler avec du polyuréthane qui ne laisse pas d’air entre le béton et la fondation et qui constitue en lui-même le pare-vapeur », estime M. Bourassa.

Le déshumidificateur

Malgré toutes ces précautions, le contrôle de l’humidité ambiante dans les sous-sols reste délicat. « C’est comme combattre les éléments de la nature, compare Ken Ruest : on a un trou dans le sol qui est relativement frais à longueur d’année et de l’air chaud et humide qui entre durant les saisons chaudes. » On doit presque inévitablement se résoudre à recourir à un déshumidificateur au sous-sol du printemps jusqu’à l’automne, en prenant soin de raccorder le conduit de condensat à une évacuation d’eau usée ou de penser à vider le bac plein du condensat.

« En visant un point de consigne de 50 %, un déshumidificateur peut généralement réussir à abaisser le taux d’humidité relative à 60 % ou 55 % en été, ce qui est suffisant », précise Ken Ruest. Le déshumidificateur aura aussi l’avantage de fournir un peu de chaleur par son compresseur. Mais l’installation de cet appareil ne dispense pas de devoir laisser les fenêtres closes, prévient André Bourassa, « sinon, on va tenter de déshumidifier l’extérieur! » En saison de chauffage, l’échangeur d’air suffira à assécher la maison, l’air extérieur se trouvant alors généralement plus sec. « Comme les murs des fondations se sont réchauffés au cours de l’été, le problème de condensation de l’air humide au sous-sol s’avère moins problématique à l’automne », ajoute M. Ruest.

Exclusif à nos abonnés : Comment régler les problèmes d’humidité au sous-sol

Vous aimeriez aussi
Votre échangeur d’air pollue-t-il votre maison? (réservé)
Pourquoi Bourcier Ventilation préfère parfois le système Minotair
Colloque Défis Bâtiment Santé 2017 : surprises et déception
Changer d’air et contrôler l’humidité (réservé)

Laisser un commentaire