Comment éliminer les moisissures sans se ruiner

Comment éliminer les moisissures sans se ruiner

 

Pour éliminer les moisissures, il faut avant tout régler les sources d'humidité. © Thinkstock

Inutile de tenter de tuer les moisissures, il faut avant tout régler les sources d’humidité, laver les matériaux souillés et se débarrasser de ceux qui ne sont pas nettoyables. © Thinkstock

Victimes d’inondations et de dégâts d’eau, méfiez-vous des entreprises de nettoyage incompétentes et malhonnêtes. « Malheureusement, la plupart des gens se font avoir. Ils paient trop cher, n’obtiennent pas ce pour quoi ils ont payé, et la moisissure est encore présente », écrit Daniel Stih, auteur du récent ouvrage Mold Money : How to Save Thousands of Dollars on Mold Remediation and Make Sure the Mold is Gone (L’argent des moisissures : comment épargner des milliers de dollars en correction des problèmes de moisissure et s’assurer qu’elle est éliminée), publié en 2015. Spécialisé en biologie du bâtiment depuis 2002, cet ingénieur en aérospatiale américain partage tous ses trucs dans ce petit bijou de 148 pages dont la lecture devrait être obligatoire avant d’embaucher une entreprise pour décontaminer une maison.

Dans Mold Money, il explique comment on se débarrasse des moisissures pour de bon. À l’instar de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, il déconseille notamment l’eau de Javel et tout autre biocide. (Selon la Ville de New York, l’eau de Javel diluée n’est utile que dans les endroits où il est impossible de contrôler l’humidité.) Voici ses principaux conseils et explications.

Le temps presse

• Si vous voyez de la moisissure, comme elle prolifère très rapidement sur les matériaux humides, il faut l’éliminer sans tarder en la nettoyant dans les 48 heures avec un détersif non parfumé et de l’eau et en jetant les matériaux trop souillés. Inutile de payer pour des tests de qualité de l’air : ils sont peu instructifs, coûtent cher et font gaspiller du temps précieux. Le plus urgent consiste à régler la source d’humidité et d’assécher les matériaux.

• Ne cherchez pas à la tuer avec des produits chimiques (potentiellement toxiques de surcroît). Même morte, la moisissure peut être allergénique et toxique. Attaquée chimiquement, elle peut même riposter en produisant des levures nocives pour se reproduire.

• Les scellants, l’ozone et les ultraviolets sont tout aussi inefficaces et dangereux pour les mêmes raisons, de même que l’huile essentielle. Celle-ci ne fera que masquer l’odeur de la moisissure résiduelle et dégagera des hydrocarbures qui peuvent incommoder les personnes plus sensibles et contaminer les matériaux de son odeur persistante. Comme certaines huiles essentielles possèdent des propriétés antimicrobiennes, à la limite on pourra en diffuser prudemment seulement quand la présence et les causes de la moisissure auront été éliminées.

Il faut agir sans tarder car des moisissures nocives peuvent s'implanter rapidement sur les matériaux mouillés.  © Thinkstock

Il faut agir sans tarder car des moisissures nocives peuvent s’implanter rapidement sur les matériaux mouillés.
© Thinkstock

• Évitez aussi de recouvrir la moisissure de peinture — et encore moins d’une peinture certifiée comme fongicide par l’US EPA (Environmental Protection Agency) : elle contient un pesticide qui pourrait vous rendre malade. Méfiez-vous également des reprises bancaires. Les murs souvent moisis de ces maisons peuvent être masqués par de la peinture.

• Vous pourrez probablement éliminer vous-même une contamination de petite dimension, par exemple de moins d’un mètre carré. Avant de faire quoi que ce soit, il faut porter un habit jetable, des lunettes et un masque à particules fines coté N95, idéalement un respirateur couvrant la moitié ou l’ensemble du visage, fourni par exemple par Aramsco. Traitez la moisissure avec respect, comme si c’était de l’amiante : elle peut parfois être très toxique.

• La deuxième étape, surtout s’il s’agit d’une contamination importante, consiste à isoler l’espace contaminé à l’aide de polyéthylène scellé hermétiquement (au ruban gommé) du mur au plafond. En plus d’éviter que la moisissure se répande dans le reste de la maison, cela vous permettra d’y habiter durant les travaux.

• Il faut ensuite dépressuriser l’espace avec un ventilateur évacuant l’air à l’extérieur. Pour éviter de contaminer la maison (même de l’extérieur), il doit être doté d’un filtre de type HEPA (High Efficiency Particulate Arrest). Pour les petits espaces, Daniel Stih recommande l’appareil portable PAS600 d’Abatement Technologies. Il évacue 600 pieds cubes d’air par minute. Il vous faudra acheter un tuyau flexible avec raccord et préfiltres à particules grossières et fines. Il vous faudra aussi un aspirateur de type HEPA, par exemple de Nilfisk (modèle GM80). Si vous devez faire appel à une entreprise de décontamination, avant le début des travaux, Stih recommande de filtrer l’air avec un épurateur Health Pro Plus, d’IQAIR, selon lui plus performant qu’un appareil HEPA. L’air qu’il rejette ne contient aucune particule, certifie l’auteur, qui a effectué des mesures au compteur de particules laser.

Comment détecter et éliminer toutes les moisissures

• En général, la vaste majorité des moisissures se cachent dans les murs et plafonds. Mais ne coupez pas de gros trous pour les détecter, vous risquerez de les répandre. Stih utilise plutôt un outil appelé WallChek qui permet de prélever un échantillon d’air dans une cavité en faisant un petit trou du diamètre d’un stylo. Comme certains inspecteurs disent que cet instrument peut donner des résultats erronés, il a contacté son inventeur pour apprendre à s’en servir adéquatement.

• Au moment de nettoyer, il faudra jeter les matériaux poreux moisis (y compris les conduits en panneaux de fibre de bois), impossibles à restaurer. Coupez le gypse à deux pieds — ni plus, ni moins — au-dessus de la ligne d’eau ou de moisi. La masse et le marteau sont à proscrire, ils risquent aussi de volatiliser spores et levures. Utilisez une lame de rasoir ou une scie en simultané avec l’aspirateur HEPA (idéalement intégré à la scie). Dévissez les vis et utilisez la pince-monseigneur (jimmy bar) au besoin, mais avec prudence.

• Le bois sec moisi doit être nettoyé avec une brosse d’acier ou du papier sablé (toujours en aspirant) puis lavé à l’eau savonneuse tout comme les autres matières moisies. Nettoyez idéalement vos biens à l’extérieur, d’abord avec une souffleuse à feuilles ou de l’air comprimé puis essuyez au linge humide. Recrutez vos proches pour cette tâche fastidieuse, inutile de payer un professionnel pour cela! Asséchez le tout en ventilant et en chauffant. Jetez les matières trop contaminées et réglez la ou les causes d’humidité.

Comment choisir un entrepreneur

• Vous n’êtes pas obligé d’embaucher le sous-traitant recommandé par votre assureur. L’important est qu’il soit certifié en inspection et en remédiation microbienne (tous les hygiénistes industriels ne le sont pas). Certains de ces entrepreneurs certifiés sont recommandés par le CAA Québec. L’entrepreneur doit respecter la norme S500 du Guide de référence pour une restauration professionnelle des dommages causés par l’eau, publié par l’Institute of Inspection Cleaning and Restoration Certification.

• Fuyez toute entreprise qui garantit le plus bas prix, qui offre aussi des tests de qualité d’air (un conflit d’intérêts) et qui garantit contre le retour des moisissures « après traitement », ce qui signifie qu’elle utilise un produit chimique ou autre substance inutile, coûteuse et potentiellement nocive.

• Dans le contrat, faites-lui garantir qu’un test de labo indépendant indiquera l’absence de toute moisissures à la fin des travaux. Il faut évidemment éteindre le ventilateur HEPA la journée du test, ce qui vous épargnera également son coût de location (typiquement de 100 $ par jour).

• Pour éviter de payer pour leurs erreurs, exigez que votre assureur et votre entrepreneur communiquent toujours avec vous par écrit. Notez les dates, les noms des employés, leurs diagnostic et recommandations, le compte de particules au test de qualité d’air après travaux.

• Pour prévenir le retour des moisissures, scellez toutes les fissures et ouvertures dans l’enveloppe du bâtiment et testez l’étanchéité au boyau d’arrosage avant de refermer les murs. Dans les endroits humides, privilégiez le gypse recouvert de fibre de verre sur les deux côtés plutôt que de papier, tel le DensArmor fabriqué par Georgia Pacific. Laissez toujours un espace d’un quart de pouce entre le bas des murs de gypse et le plancher pour éviter que l’humidité ne remonte par capillarité en cas de dégât d’eau. De toute façon, votre gypse ne devrait pas faire partie du système pare-air.

Dans son livre, Stih donne plusieurs autres conseils importants sur le choix d’un entrepreneur en décontamination et surtout comment le superviser pour vous assurer qu’il règlera le problème de moisissure sans vous rouler.

En espérant que ces bons conseils vous aideront à régler votre malheur et à retrouver votre paix d’esprit!

Pour en savoir davantage
Problèmes liés à la moisissure, prévention et méthodes de nettoyage

 

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