Arbres, eau et fondations

 

Mon premier chantier

Nous avons vendu notre maison de type “canadienne” en février 1998. Après avoir interviewé plusieurs experts en maisons écologiques durant neuf ans, j’allais enfin m’en faire construire une ! Le 1er avril suivant, nous déboisions notre terrain de Sainte-Adèle, acheté en juin 1997. Une superbe terre de 110 000 pieds carrés (10 000 m2) au bord d’un petit lac tranquille, à 5 minutes de l’autoroute des Laurentides. Nous avons conservé les arbres les plus beaux et les plus en santé, et mis de côté la plupart de ceux que nous avons dû abattre: le bois dur pour alimenter notre foyer, les gros résineux transformés, grâce à une scierie portative, en charpente pour notre cabanon. Importante concession: nous avons évidemment préservé un superbe pin blanc, presque centenaire, qui nous fait ombrage à l’heure du midi. Trop beau, trop majestueux pour être sacrifié au nom du rendement solaire optimal de notre maison.

Une eau abondante… mais chère

L’aqueduc municipal ne se rendant pas sur notre terre, nous avons fait creuser un puits artésien. Après avoir coupé trop d’arbres à mon goût pour le chemin, la maison et le champ d’épuration (des eaux usées), j’ai donc insisté pour creuser à un endroit déjà déboisé, malgré le fait que le pendule de notre puisatier ne semblait pas indiquer la présence de source souterraine importante. Ce fut ma seule erreur majeure : l’eau était à 450 pieds (135 mètres) de profondeur et le puits nous a coûté 6 800 $ (avant taxes). Heureusement, le débit est abondant et la qualité de l’eau, impeccable. (Comme la fosse septique et le champ d’épuration coûtent 3 000 $ de plus, je me dis aujourd’hui que nous aurions plutôt dû investir 12 000 $ dans un système captant les eaux de pluie et traitant les eaux usées, système démontré efficace dans la Maison saine autonome de la SCHL à Toronto (présenté dans notre édition d’août 1995 et au site http://www.cmhc-schl.gc.ca/schl.html). Mais il est toujours plus simple de réécrirel’histoire que de la faire!)

Écon’eaumisons!

Appréciant cette eau non chlorée dont nous bénit généreusement Dame nature, nous la conservons sans affecter notre confort: nul besoin d’arroser notre pelouse de trèfle et de fleurs sauvages, nos toilettes ne consomment que 6 litres par chasse (4, en fait, grâce au plus petit économiseur d’eau, l’Éc’eau, présenté dans notre édition de juin 2000) et notre pomme de douche (TESP, décrite dans le même numéro), 9 litres par minute. Enfin, nous installerons bientôt un système (prototype) récupérant la chaleur des eaux grises et un jour, une citerne devrait remplacer les barils récupérant l’eau de pluie descendant des gouttières, pour arroser notre potager de culture biologique.

Bois séché au four

Parlant de pluie, nous avons été choyés par un printemps particulièrement chaud et sec, en 1998. Ainsi, nous avons pu construire rapidement et déménager le 1er juillet, la pluie ne pénétrant que légèrement dans la maison une seule fois, avant la pose du toit et des portes et fenêtres. Sans causer de dommage, d’autant plus que tout notre bois d’ossature était séché au four (teneur en humidité maximale: 19 %). Celui-ci coûte 20 % plus cher, mais il est très droit et ne fend pas les joints de placoplâtre en rétrécissant, comme c’est le cas lorsque sèche le bois dit “vert”, traité aux fongicides pour éviter qu’il ne pourrisse.

Fondations

La charpente a été érigée sur des fondations de béton très standard, à quelques exceptions près. D’abord, deux géobiologues nous ont juré que nous construisions à un endroit sécuritaire, libre de failles et de rivières souterraines; celles-ci créent des perturbations dans le champ magnétique terrestre qui peuvent être nocives pour les êtres vivants (Société américaine des sourciers). Ensuite, nous avons demandé au “coffreur” de ne pas huiler les coffrages en contreplaqué dans lesquels il coulerait le béton. C’est qu’une étude fédérale a démontré que l’huile (à moteur) de décoffrage est un des plus importants polluants de l’air d’une nouvelle maison. Comme on nous demandait 200 $ de plus pour le temps de décoffrage plus long, j’ai coupé la poire en deux et nous n’avons fait huiler que le coffrage (donc que le mur) extérieur. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que la compagnie W.R. Meadows fabrique un agent de décoffrage à base d’eau, à faibles émanations (ou “émissions”) gazeuses. Par contre, nous avons fait appel aux produits d’étanchéisation de cette entreprise pour aménager un sous-sol bien au sec.

Des membranes hydrofuges

Sous la dalle de béton, nous avons posé un véritable pare-vapeur, soit la membrane hydrofugeprémoulée, sur le gravier recouvrant un isolant de polystyrène extrudé de deux pouces d’épaisseur (R-10). D’environ un seizième de pouce d’épaisseur, cette membrane de feutre saturé d’asphalte est composée à 80 % de bardeaux d’asphalte rejetés à l’usine parce que non conformes. À l’extérieur des fondations, nous avons posé la membrane hydrofuge préencollée Mel-Rol: elle se déroule et se colle facilement sur le béton une fois appliqué un apprêt assurant une adhérence optimale. Composée d’une pellicule polymère collée à un polyéthylène réticulé, cette membrane est presque dix fois plus épaisse qu’un polyéthylène ordinaire (6 mls). Bien posée, elle peut réduire de 95 % l’infiltration d’eau à travers le mur et sa durée de vie minimale est de 100 ans, précise le fabricant. On la pose les joints chevauchés et on la recouvre d’un panneau protecteur, dans notre cas un polystyrène extrudé de 2,5 pouces (R-12,5) vissé dans le béton (en isolant de l’extérieur, on peut bénéficier de la masse thermique du béton, qui emmagasine et réémet la chaleur vers l’intérieur). Hors sol, le polystyrène est recouvert d’un crépi acrylique appliqué sur une mèche de fibre de verre. Ces deux produits d’étanchéisation nous ont coûté environ 1400 $ pour sceller la dalle et le carré de notre maison, qui fait 24′ x 27′ (650 pieds carrés). Une fois ces membranes posées, nous pouvions ériger la maison en toute confiance, sachant que nous venions d’éliminer les principales sources d’humidité.

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