Maisons passives : construire sans compromis

Maisons passives : construire sans compromis

 
31

Enveloppe conçue et réalisée par Landmark Passivhaus et finition par Luc Bombardier, sa conjointe Danièle St-Martin, et quelques bons amis. Photos © Luc Bombardier et Jim Iredale

Enveloppe conçue et réalisée par Landmark Passivhaus et finition par Luc Bombardier, sa conjointe Danièle St-Martin, et quelques bons amis. Photos © Luc Bombardier et Jim Iredale

La construction d’une maison passive réserve toujours des surprises.

L’automne dernier, Jim Iredale a ouvert deux fenêtres et allumé une chaufferette de 3 000 watts (W) avant de rentrer chez lui par un vendredi soir. Il voulait ainsi accroître l’échange d’air et accélérer le séchage des matériaux après la pose des portes et fenêtres et l’isolation de l’enveloppe de la maison passive Bombardier/St-Martin qu’il construisait à Mont-Tremblant. Comme la chaufferette n’avait pas de thermostat, elle a chauffé à pleine puissance toute la fin de semaine. Au retour, le lundi matin, dans la maison de 1 728 pieds carrés (160 m2) habitables sur deux étages, il faisait 45 degrés… Celsius (113 °F)!

« Les gens parlent toujours des surcoûts des maisons passives, oubliant la vraie question : combien ça coûte, le confort? Une maison passive procure le confort total une fois pour toutes », assure le propriétaire de Landmark Passivhaus.

Jim Iredale

Avec la la méthode conception-construction, « es travaux se paient ponctuellement sur présentation des factures, majorées d’un pourcentage (le bénéfice de l’entrepreneur) entendu entre les deux parties. Le constructeur ne se trouve pas responsable des surcoûts, ni de l’échéance, ni de l’assurance des biens livrés sur le chantier pour les fins de construction. Un constructeur à cost plus n’agit pas comme un entrepreneur, car il ne prend aucun risque. Pas de risque égale moins d’engagement vers la bonne gestion du chantier. Le travail à l’heure qui reviendrait moins cher, c’est une menterie totale », s’offusque Jim Iredale.

Contrôle de la qualité et des coûts
L’histoire débute il y a plus de 40 ans. Jim fréquente l’école secondaire et étudie le dessin technique. Il tombe en amour avec… l’architecture. Au cégep, il se perfectionne en génie mécanique industriel. En 1972, à 18 ans, il commence à travailler les étés à titre de menuisier sur des chantiers de construction. Quatre ans plus tard, il rencontre le maître québécois des maisons en bois rond, Jacques Larivière, puis un autre expert, Doug Lukian, avec qui il construit quelques maisons. Mais il réalise à quel point elles sont inefficaces du point de vue énergétique. Jim part à son compte en 1981 sous la raison sociale Maisons Landmark. Depuis, il a construit une soixantaine de résidences, certaines d’une valeur de trois millions de dollars.

Il les a presque toutes conçues et construites lui-même, de A à Z. Et toujours à prix fixe (forfaitaire) basé sur ses plans et devis. « C’est la seule manière sérieuse de travailler, soutient-il. Je ne commence mes dessins qu’après avoir signé un protocole d’entente concernant les coûts avec le client. Les paiements se font avec un premier dépôt et ensuite selon un calendrier de paiements progressifs. Les augmentations ou diminutions du prix sont établies par ordre de changements aux plans et devis, et signées par le client avant d’effectuer les changements. Toute erreur ou perte tombe sous la responsabilité de l’entrepreneur. Quand ça fonctionne selon la méthode cost plus [du contrat en régie], il n’y a pas de prix établi, parfois un estimé, mais le constructeur n’est pas tenu de le respecter.

Jim préfère de loin la méthode conception-construction (design-build). « La plupart des designers et architectes n’ont aucune connaissance des vrais coûts de construction. Moi, je suis proche de mon design, j’ai le nez dedans. Mes maisons de millionnaires, je les ai presque toutes dessinées. Avant tout, il ne faut pas faire d’erreur. Une erreur de 10 % sur une maison de trois millions représente 300 000 $. Perdre de l’argent, c’est une chose, mais se faire poursuivre, ça, ça te tue! Moi, j’ai encore toutes les clés des maisons de mes clients. »

La beauté des maisons Landmark et la fiabilité de l’entrepreneur lui ont valu de réaliser des œuvres prestigieuses, dont la structure en panneaux sandwich (stress skin) du toit du restaurant Le Grand Manitou, situé au sommet du mont Tremblant. « À 20 000 pieds carrés [1858 m2], c’était à l’époque le plus gros du genre en Amérique du Nord. »

Conversion à la norme Passivhaus
Puis, en 2013, le propriétaire de Landmark fait partie de la première cohorte de professionnels canadiens à suivre une formation en maison passive. Il apprend que celle-ci consomme jusqu’à 90 % moins en chauffage qu’une maison neuve classique. Ça le renverse. « J’ai eu la chance et le bonheur de toujours travailler avec de bons clients et de bons matériaux. Je pensais construire comme il faut, j’étais très fier de mes maisons. Mais avec ce que j’ai appris sur les maisons passives, j’ai compris que je ne “livrais pas la marchandise” dans le passé, avoue Jim Iredale. La maison passive se montre à l’épreuve du futur : elle est faite pour durer 100 ans. Il ne faudra pas changer ses fenêtres ou son isolation dans 25 ou 30 ans ou avant d’avoir fini de payer l’hypothèque. »

La bergerie © LOEUF/Adelson design

La bergerie © LOEUF/Adelson design

Il s’initie à la construction passive en 2011. Stephen Bronfman l’embauche alors pour ériger la structure en bois massif et compléter l’enveloppe performante de sa maison passive de 2 800 pi2 (260 m2) conçue par 16 architectes et technologues de la firme montréalaise L’ŒUF, à La Conception. Après avoir suivi sa formation de designer de maison passive avec le logiciel Passive House Planning Package (PHPP), il conçoit l’enveloppe thermique de la maison Bombardier/St-Martin pendant plus d’un an, puis il l’érige à l’automne 2015.

Image 3D de la maison Bombardier/St-Martin.

Image 3D de la maison Bombardier/St-Martin.

Luc Bombardier, son propriétaire et copain de ski alpin depuis les années 1970, veut la finir lui-même. Jim accepte alors pour la première fois de ne pas livrer une maison clés en main. S’il l’avait fait, elle aurait coûté 400 000 $ taxes incluses pour 1 728 pi2 (160 m2) de superficie intérieure chauffée. « C’est 8 % de plus qu’une maison standard de qualité, précise le constructeur. Or, l’évaluateur de la banque, qui se doit d’être conservateur, a calculé qu’au prix du marché à la baisse, elle vaut 425 000 $, terrain inclus. Le surcoût hypothécaire mensuel de 8 % s’avère moindre que les économies d’énergie prévues par le PHPP. Par ailleurs, l’augmentation du prix de l’électricité, personne ne parle de ça en calculant la rentabilité. »

Un surcoût justifié

Le pare-air et le carton-fibre ont été percés, pour injecter la cellulose à haute densité, puis ont été scellés à nouveau.

Le pare-air et le carton-fibre ont été percés, pour injecter la cellulose à haute densité, puis ont été scellés à nouveau.

Ça rebute la plupart des gens quand ils apprennent qu’une maison passive est typiquement dotée de murs R-60, alors que le Code de construction du Québec exige un minimum de R-24,5. Ils calculent que ce n’est pas rentable. Mais, selon Jim, les surcoûts d’une maison passive se récupèrent facilement. « Si ta maison coûte 8 % de plus, il suffit de faire un design 8 % moins grand et de faire un choix de matériaux un peu plus modeste. Bien de mes maisons coûtent cher à cause des comptoirs de granite ou autres matériaux de finition de haute gamme, mais les gens ne s’informent jamais sur le rendement de cet investissement. Aujourd’hui, je leur dis : “Mets donc un comptoir en laminé et investis l’économie sur l’enveloppe. Dans dix ans, tu changeras tes comptoirs.” Tout ce qui est tape-à-l’œil peut être facilement changé sans coût élevé, mais refaire l’isolation des murs, c’est très coûteux. Et si t’as un bon constructeur, tu n’as pas besoin de payer un architecte pour la surveillance du chantier. »

Pour assurer l'étanchéité de l'enveloppe, on accède au grenier par l'extérieur.

Pour assurer l’étanchéité du plafond, on accède au grenier par l’extérieur.

Aujourd’hui, l’entrepreneur de Mont-Tremblant est si convaincu que la maison passive représente l’avenir qu’il ne veut construire aucun autre type de maison. Il a même rebaptisé son entreprise Landmark Passivhaus, reprenant le nom allemand du Passive House Institute (PHI) qui les certifie. Et il a bon espoir que la maison de son ami Luc sera certifiée.

Formé par le programme Novoclimat 2.0, Jim a décidé de ne pas bâtir de telles maisons qui économisent environ 20 % en chauffage par rapport à des maisons neuves respectant les exigences minimales du Code de construction du Québec. « Novoclimat 2.0, ça revient à faire les choses à moitié, c’est un petit pas vers le futur. La maison passive, ça fait longtemps qu’on devrait faire des maisons comme ça. On a un retard d’au moins dix ans par rapport aux régions européennes où c’est devenu la norme. L’énergie ne coûte pas cher, mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas bâtir des maisons saines, silencieuses et avec confort total. Quel entrepreneur garantira des coûts de chauffage qui ne dépasseront pas 200 $ par année?

« Du point de vue économique, il s’agit de la seule voie logique pour aller vers des constructions à consommation énergétique nette zéro qui sont belles. Tapisser des murs de brique de panneaux solaires commandités, on prétend que c’est de l’argent bien dépensé, mais ça ruine l’architecture. C’est du greenwashing [de l’écoblanchiment] à son mieux », dénonce-t-il. Jim a d’ailleurs installé une tuyauterie reliant la salle mécanique à la toiture au cas où Luc Bombardier voudrait y installer des panneaux solaires photovoltaïques (PV) un jour afin d’en faire une maison nette zéro.

Les murs très épais et très étanches assurent un grand confort.

Les murs très épais et très étanches assurent un grand confort.

Et bien que les panneaux PV ne servent pas au chauffage, l’isolation accrue aide les autoproducteurs qui bénéficient de l’option tarifaire Mesurage net d’Hydro-Québec, explique le constructeur : « Dans un tel cas, pour arriver à une consommation annuelle nette zéro, il faut envoyer autant de watts solaires sur le réseau qu’on en achète. Peu importe à quoi sert l’électricité consommée dans la maison, le nombre de kilowattheures (kWh) envoyés sur le réseau dépend du nombre de panneaux PV requis pour annuler les achats d’électricité. Bref, puisqu’il faut si peu de PV pour balancer l’équation dans une maison passive, ça tombe sous le sens d’ajouter de l’isolant pour réduire le nombre de panneaux, d’autant plus que ceux-ci coûtent plus cher. »

De plus, le propriétaire de Landmark Passivhaus  estime que Ressources naturelles Canada erre en calculant que les capteurs solaires photovoltaïques (PV) et thermiques ainsi que les systèmes géothermiques produisent des kilowattheures à meilleur coût que des murs isolés au-delà de R-39 (tableau dans notre édition du printemps 2016, page 51). « Ils ne tiennent pas compte des coûts d’entretien de ces systèmes qui ne performent pas toujours tel que promis par les logiciels. De plus, ils ont une énergie intrinsèque [requise par leur fabrication] bien plus élevée que celle de l’isolant de cellulose, et leur durée de vie utile est bien plus courte que celle de ce dernier. Rien ne bat de simplement construire une enveloppe à l’épreuve du futur et de réduire les besoins de PV au minimum. »

bombardier-5770

Pour en savoir davantage

landmarkpassivhaus.com

lamaisonpassive.fr (critères techniques)

maisonpassivequebec.com/fr/formations

passiv.de

Vidéo : L’enveloppe de la maison passive Bombardier/St-Martin

Vous aimeriez aussi
Comment assurer la longévité d’une installation septique
Cours d’introduction aux maisons solaires (14 octobre 2017 à Sainte-Adèle)
En kiosque : printemps 2017
Des aliments ciblant la santé intestinale

Laisser un commentaire