Le programme Novoclimat 2.0 est lancé

Novoclimat_2.0-logoWeb_01Le programme volontaire Novoclimat 2.0 pour les maisons neuves, qui entrera en vigueur le 1er octobre, permettra de construire des habitations dont le gouvernement québécois aura attesté des normes supérieures de qualité, de salubrité, de confort, de respect de l’environnement et d’efficacité énergétique par rapport aux maisons neuves conformes au nouveau Code de construction du Québec (CCQ). Le Code, rappelons-le, n’impose que des seuils minimums de qualité, bref, la note de passage à respecter en vertu de la Loi sur le bâtiment.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a lancé Novoclimat 2.0 – Volet maison le 21 septembre dernier dans le cadre du congrès annuel de l’Association provinciale des constructeurs d’habitation du Québec (APCHQ). « Le programme s’adresse aux entrepreneurs et aux propriétaires désirant faire certifier un bâtiment résidentiel, explique le site du ministère des Ressources naturelles (MRN). Des évaluations seront effectuées à différentes étapes de la construction afin de s’assurer du respect des exigences techniques du programme. »

Selon le Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques (BEIE) du MRN, une maison Novoclimat 2.0 aura une cote ÉnerGuide d’environ 80 à 82 (sur un potentiel de 100) et consommera environ 20 % moins d’énergie qu’une maison classique dont la cote est généralement de 78. Le surcoût d’une maison de 2 400 pi2 certifiée Novoclimat est estimé à environ 4 000 $.

Le MRN offre une aide financière de 2 000 $ pour promouvoir l’achat de maisons Novoclimat : 1 000 $ au constructeur et 1 000 $ au propriétaire, comparativement à 2 500 $ auparavant (500 $ au constructeur et 2 000 $ au propriétaire). « L’aide financière correspond toujours à environ 50 % du surcoût estimé, explique Louis-Philippe Thibault, conseiller technique principal du programme. En plus de ce montant le programme assume les frais des inspections et des tests, ce qui représente un montant substantiel. Dans d’autres programmes similaires (p. ex : LEED pour les habitations), ces frais sont entièrement facturés au client. De plus, les propriétaires bénéficieront des nombreux autres avantages qu’entraîne la certification, tels qu’une réduction de la facture énergétique, une amélioration de la qualité de l’air et du confort intérieurs, de même que la jouissance d’une habitation de caractère plus durable et plus responsable du point de vue environnemental. »

Voici les principales nouveautés introduites, par rapport au programme Novoclimat lancé en 1999.

Rehaussement de la performance énergétique de l’enveloppe du bâtiment

  • Une meilleure isolation :  le niveau d’isolation minimal, qui était autrefois fixé en termes de résistance thermique nominale, est dorénavant remplacé par une cible calculée en résistance thermique effective. « Celle-ci permet de refléter plus fidèlement l’isolation réelle du bâtiment, en prenant en considération les divers points faibles de l’enveloppe thermique (p. ex : ossature, portes, fenêtres) dans son calcul, contrairement à la résistance thermique nominale qui n’est que la somme des valeurs isolantes des matériaux contenus dans l’assemblage, ne tenant ainsi pas compte des multiples ponts thermiques », soutient Louis-Philippe Thibault. La cible de résistance thermique minimale des composantes de l’enveloppe est ainsi rehaussée. Par exemple, dans le Sud québécois, le niveau d’isolation Novoclimat d’un toit ou d’un plafond en pente avec comble passe d’une valeur nominale de R-41 à une valeur effective (tenant compte des portes et fenêtres et de l’ossature) de R-58,5 (soit environ R-61 nominal). Pour les murs hors sol, elle passe de R-24,5 nominal à R-23,5 effectif (environ R-30 nominal).
  • Une étanchéité à l’air supérieure, soit de 1,5 changement d’air à l’heure (CAH mesuré par test d’infiltrométrie simulant une pression de 50 pascals [Pa]) dans le cas d’une unifamiliale détachée ou de 2 CAH à 50 Pa pour une maison jumelée ou en rangée. Jusqu’ici, le programme imposait une étanchéité minimale de 2,5 CAH à 50 Pa, mais la plupart des constructeurs de maisons certifiées Novoclimat atteignaient un taux moyen de 1,5 CAH à 50 Pa, selon M. Thibault qui précise que dans le cas des maisons classiques il oscille entre 3 et 3,5 CAH à 50 Pa. Peu d’économies sont donc à prévoir à ce chapitre par rapport aux maisons Novoclimat de première génération. Toutefois, l’imposition de nouvelles mesures de scellement devrait permettre d’améliorer encore davantage l’étanchéité des habitations. L’étanchéité supérieure, en limitant les pertes de chaleur et l’infiltration d’air froid, assure non seulement un plus grand confort et de plus faibles coûts de chauffage, mais réduit également l’infiltration des bruits et autres polluants extérieurs ainsi que le risque de condensation favorisant la prolifération de moisissures dans l’enveloppe. Par ailleurs, lorsqu’un matériau pare-vapeur (d’une perméance à la vapeur sous 60 ng/Pa·s·m2, soit la perméance en nanogrammes divisée par la multiplication de la pression en pascals, du temps en secondes et de la superficie en mètres carrés) est installé dans la partie froide de l’enveloppe, les propriétés et l’emplacement des divers matériaux doivent respecter les conditions particulières énoncées à l’article 9.25.1.2 du Code national du bâtiment (CNB) et du Code de construction du Québec (CCQ), afin de permettre, par exemple, à de l’eau qui s’infiltre dans un mur de sécher vers l’intérieur ou vers l’extérieur de la maison.
  • Toujours au chapitre de l’étanchéité, Novoclimat 2.0 emprunte une exigence du programme LEED pour les habitations et du nouveau Code national du bâtiment (CNB 2010). Les planchers en contact avec le sol doivent désormais être munis d’un dispositif permettant le raccordement d’un système d’évacuation du radon, gaz radioactif souterrain reconnu comme la deuxième cause de cancer du poumon. Ce système consiste essentiellement en une canalisation de 4 pouces de diamètre traversant le plancher sur sol et qui doit être scellée sur tout son pourtour et être munie d’un couvercle parfaitement étanche à l’air et clairement étiqueté pour identifier sa fonction. Si jamais une mesure révélait que la concentration de radon dans la maison excédait la ligne directrice de Santé Canada, établie à 200 Becquerels par mètre cube d’air, la canalisation serait raccordée à un ventilateur d’extraction pouvant dépressuriser l’espace sous le plancher sur sol, bref aspirer et évacuer le radon. Le CCQ exige déjà que les principales voies d’infiltration du radon, comme les jonctions entre les composantes en contact avec le sol, les fissures, les avaloirs de sol et les puisards, soient étanchéisées à l’aide de produits de scellement ou de couvercles étanches à l’air.
  • Les fenêtres et portes extérieures doivent être homologués ENERGY STAR pour la zone climatique dans laquelle ils sont installés. Pour le sud du Québec (zone climatique B), il s’agit essentiellement de fenêtres à vitrage triple rempli de gaz inerte (argon ou krypton), dotées d’intercalaires isolants et d’au moins une pellicule à faible émissivité (Low E). En plus de devoir être installées selon les règles de l’art (dans la partie chaude du mur et de façon étanche), les superficies vitrées orientées à l’est, à l’ouest ou au sud doivent être dotées d’un dispositif d’ombrage lorsqu’elles représentent plus de 15 % de la surface de plancher des pièces où elles sont installées.

Des systèmes mécaniques plus performants

  • Les ventilateurs récupérateurs de chaleur (VRC) doivent désormais respecter les exigences du programme nord-américain ENERGY STAR. «  Cela signifie que pour le sud du Québec, l’efficacité de récupération de chaleur sensible du VRC (le pourcentage de l’énergie de l’air vicié récupéré pour préchauffer l’air frais, mesuré lors d’un essai effectué à -25 °C), est maintenant fixée à 60 % plutôt que 54 % dans le cadre réglementaire, et à 65 % lorsqu’elle est mesurée à 0 °C, explique M. Thibault. Aucune cible n’était auparavant fixée à cette température de référence, mais elle est particulièrement importante puisqu’elle permet d’assurer une efficacité supérieure du VRC pendant tout la saison de chauffe plutôt que seulement en période de froid intense, la température extérieure ne chutant qu’à de rares occasions sous -25 °C. »
  • L’efficacité énergétique des appareils de chauffage de l’air et de l’eau ainsi que de la climatisation est également rehaussée. La plupart de ces appareils doivent désormais être certifiés ENERGY STAR.
  • La biomasse forestière résiduelle est ajoutée aux formes d’énergie admissibles.

Exigences complémentaires et liste de choix

  • Novoclimat 2.0 s’inspire du programme fédéral R-2000 qui en 1994 introduisait diverses exigences en matière de développement durable ainsi que du programme nord-américain LEED pour les habitations.
  • « Un certain nombre de critères doivent être respectés parmi une liste de choix (exemples : matériaux sains, recyclés ou de provenance locale; gestion écologique des déchets sur le chantier; conception favorisant l’énergie solaire passive; construction compatible avec l’utilisation de l’énergie solaire; construction favorisant le branchement de véhicules électriques; gestion efficace de l’eau, etc.). »

Depuis 1999, plus de 45 millions de dollars ont été attribués en aide financière à plus de 21 000 propriétaires de maisons construites selon les normes de ce programme. Plus de 16 500 maisons, 8 250 logements et 950 plex ont été certifiés, et plus de 1 700 entreprises du domaine de la construction ont été attestées Novoclimat, ce qui représente une réduction de 80 000 teC (tonnes équivalent carbone [CO2]).

Réactions de l’APCHQ

Selon le directeur technique de l’APCHQ, André Gagné, les premières séances de formation Novoclimat 2.0 ne seront offertes aux entrepreneurs qu’à partir de novembre. L’impact du programme ne se fera donc sentir qu’en 2014 et il sera marginal à court terme, selon lui. « Beaucoup de nos entrepreneurs attendaient le nouveau programme car ils sont membres du Groupe Sélect Novoclimat, c’est leur produit standard. Mais nous aurions aimé que le lancement soit reporté d’un an, car nos membres n’ont pas encore avalé la partie 11 (Efficacité énergétique, en vigueur depuis le 30 août 2012) du nouveau Code. »

La vaste majorité des maisons construites l’automne dernier ont été exemptées des nouvelles exigences du Code qui imposaient l’essentiel de la cible énergétique Novoclimat originelle : la réglementation les exemptait à condition que les plans et devis soient déposés avant le 30 août 2012 auprès d’une municipalité aux fins d’obtention du permis de construire et que la première pelletée de terre soit faite avant le 28 novembre 2012. « Nous n’avons sorti la recette de base pour respecter le nouveau Code que le printemps dernier, dit André Gagné. Ce sera donc beaucoup plus clair pour les entrepreneurs cet automne. »

Selon lui, les nouvelles exigences du Code ont accru le coût des maisons neuves classiques d’environ 5 000 $ à 6 000 $ et on ne connaîtra pas leurs économies d’énergie réelles avant le printemps prochain. Le gouvernement estime qu’elles seront de 20 % par rapport à l’ancienne réglementation qui était en vigueur depuis 1983. Comme les maisons ordinaires seront désormais déjà très étanches et isolées et dotées d’appareils à haute efficacité énergétique, M. Gagné dit qu’il reste à démontrer qu’une Novoclimat 2.0 procurera une économie d’énergie additionnelle de 20 % par rapport aux maisons conventionnelles. « Il faudrait faire des études mesurant la consommation réelle de 200 à 300 maisons Novoclimat, ce qui n’a jamais été fait. Un article paru dans Energy Design Update a révélé que des maisons passives américaines avaient consommé plus d’énergie que prévue. Les simulations ont toujours tendance à surestimer la consommation réelle car elles ne tiennent pas compte des comportements des gens. »

L’APCHQ s’inquiète surtout du fait que les maisons sont de moins en moins abordables alors que les mises en chantier connaîtront une diminution de 23 % en 2013 et une diminution supplémentaire de 4 % en 2014. « Plusieurs facteurs nuisent à la construction d’habitations : le resserrement des conditions d’emprunt instauré en 2012, la croissance économique décevante, la faible création d’emplois anticipée pour 2013 et 2014 et une hausse attendue (et déjà amorcée) des taux hypothécaires. L’APCHQ note aussi qu’un ensemble croissant d’obligations exercent des pressions accrues sur les coûts de construction, laissant peu de marge de manœuvre aux constructeurs d’habitations. Enfin, les stocks sont considérables, mais demeurent sous contrôle. » C’est sans parler du coût croissant des terrains, les hausses de taxes et l’endettement des ménages. Selon la principale association québécoise de constructeurs de maisons, il faut maintenant plus de dix ans pour accumuler la mise de fonds nécessaire à l’achat d’une première propriété, comparativement à un délai de cinq ans en 2001.

Ce constat a d’ailleurs incité l’APCHQ à lancer, en septembre dernier, une campagne publicitaire télé sans précédent au Québec pour sensibiliser le public aux effets négatifs de la dégradation de l’abordabilité, contrer le poids excessif de la réglementation sur le prix des maisons et, ultimement, inciter le gouvernement à mettre en place une politique nationale d’habitation, d’où le registre d’appui sur le microsite MissionGenerations.ca. « Tous ensemble, il faut agir maintenant pour que chaque Québécois trouve à se loger convenablement selon ses besoins, sa capacité de payer et ses choix », estime Jean-Paul FiIion, directeur des communications, du marketing et du développement des affaires de l’APCHQ.

« L’amélioration de l’efficacité énergétique, tout le monde est pour ça à partir du moment où c’est un choix, dit André Gagné. Mais la courbe de réduction rentable de la consommation énergétique atteint ses limites. Tous les calculs ont démontré qu’il faut 30 ans pour récupérer le coût de l’isolation R-5 d’une dalle, qui est davantage une question de confort. Les nouvelles politiques de densification urbaine, le manque de terrains et de budget font que les mises en chantier d’unifamiliales détachées ont diminué de façon importante. On verra de moins en moins de maisons à 400 000 $ ou 500 000 $. Ce n’est pas pour rien qu’on s’en va vers des construction de 4 à 6 étages en ossature de bois. Dans vingt ans, on va encore compter sur les doigts d’une main les maisons à consommation nette zéro d’énergie (que le gouvernement canadien prédit devenir la norme). A-t-on vraiment besoin de ça et de construire de nouvelles éoliennes quand on connaît les surplus énergétiques accumulés par Hydro-Québec? Pourquoi vise-t-on toujours d’abord les unifamiliales plutôt que les grands bâtiments où le potentiel d’efficacité énergétique est supérieur? »

Enfin, André Gagné s’est dit déçu que le gouvernement n’offre que 1 000 $ d’aide directe aux acheteurs de maisons certifiées Novoclimat. « Novoclimat 1.0 a pris énormément de temps à démarrer. Les gens y étaient moins intéressés car au début aucune subvention n’était offerte. On a certifié 21 000 maisons en 14 ans en offrant 2 500 $ à 3 000 $ de subvention. »

Le conseiller technique du programme, Louis-Philippe Thibault, a bien voulu répondre aux commentaires de M. Gagné.

Au sujet de la répartition de l’aide financière, il explique : « La nouvelle répartition des montants repose sur des études de marché et des consultations menées auprès de l’industrie. Dans ce cadre, il a été identifié que l’aide financière n’avait que très peu d’influence sur la décision finale du client d’opter ou non pour une habitation Novoclimat. Cette décision repose plutôt sur les autres bénéfices offerts par le programme, tels que les économies d’énergie générées, la qualité et le confort supérieurs de l’habitation, ainsi que sur le caractère plus durable et responsable du bâtiment d’un point de vue environnemental. »

Au sujet de l’impact du programme Novoclimat sur le marché des maisons neuves. « Les quelque 21 000 maisons certifiées font de Novoclimat le programme d’efficacité énergétique le plus populaire au Canada avec une part du marché de l’ordre de 15 %. De plus, ce chiffre ne représente que les maisons officiellement inscrites au programme, mais l’impact réel du programme va bien au-delà de cette frontière. En effet, la grande majorité des constructeurs qui ne voulaient pas participer au programme, pour des raisons qui leur appartiennent et que nous respectons, se sont tout de même inspirés des lignes directrices du programme afin d’offrir des constructions « comme Novoclimat ». L’objectif de transformation du marché du programme a donc été atteint par cette première version du programme. »

En effet, de nombreux entrepreneurs ayant suivi la formation Novoclimat ne font pas partie des plus de 2 650 constructeurs présentement accrédités au programme. Ce nombre représente environ la moitié des constructeurs d’habitations de faible hauteur. Parmi le membres de l’APCHQ, qui construisent environ 80 % des maisons québécoises, 4 021 entrepreneurs construisent des habitations de moins de 5 étages.

M. Thibault explique par ailleurs que l’économie d’énergie prévue de 20 % fut établie en effectuant des simulations « à l’aide du logiciel HOT2000, en s’assurant d’utiliser des bases comparatives similaires et cohérentes entre Novoclimat 2.0 et la nouvelle réglementation (partie 11 du CCQ). Quatre modèles différents de simulation et trois régions climatiques distinctes ont été utilisés afin de valider les résultats. Nous avons également utilisé les crédits énergétiques (version 2013) officiellement publiés par Ressources naturelles Canada afin de quantifier l’apport fourni par les mesures d’optimisation énergétique présélectionnées dans la liste de mesures au choix. »

Enfin, il n’a pu préciser combien de maisons Novoclimat le MRN espère certifier l’an prochain et au cours des prochaines années. « Ces chiffres sont malheureusement confidentiels. Par contre, je peux vous dire que nous envisageons des résultats positifs, mais réalistes, c’est-à-dire que nous sommes conscients qu’une période d’adaptation du marché sera nécessaire au départ. Les résultats devraient donc être inférieurs lors de la première année d’opération du nouveau programme. Par contre, nous sommes persuadés que les chiffres remonteront rapidement à des niveaux comparables à ceux qui existent actuellement, une fois que l’industrie se sera approprié le nouveau standard. »

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