Lorsque les ultra-conservateurs à bout d’arguments ne trouvent plus de bonnes raisons de s’opposer à un projet solaire, ils en inventent et à force de répéter leur «bulles», ils finissent par les croire. Certaines ont la vie dure. Comme pour les placards parfois, un ménage s’impose pour chasser les « mythes » avant qu’ils ne fassent trop de dommage.

Mythe numéro 1 : Un panneau photovoltaïque (PV) consomme plus d’énergie lors de sa fabrication qu’il n’en produira jamais.

Un argument aussi faux que coriace. Pourtant, toutes les études démontrent que les panneaux PV se rentabilisent du point de vue énergétique en moins de deux ans. De plus, le calcul inclut non seulement les modules solaires mais aussi le cadre d’aluminium (un métal très énergivore à produire) qui compte pour le quart de son énergie intrinsèque! Alors, pour un panneau qui dure au moins vingt ans, comment peut-on encore avoir réponse à ce genre d’argument absurde?

Mythe numéro 2 : Les modules solaires photovoltaïques sont très toxiques pour l’environnement.

Cet argument a deux origines possibles : le premier vient du fait que certaines cellules PV peu courantes utilisent du cadmium et le second relève d’un ancien procédé de nettoyage utilisé pour nettoyer les cellules de silicium avant le dopage (ajout d’impuretés à un semi-conducteur afin d’en modifier ses propriétés conductrices. Or, la très grande majorité des cellules PV utilisent essentiellement du silicium, la principale composante du sable naturel!

Si autrefois les procédés de fabrication des cellules PV et des puces électroniques utilisaient couramment des solvants pour le nettoyage, les méthodes actuelles ont été adaptées pour éviter les rejets et les solvants, et ce, depuis belle lurette! Que ceux qui se gargarisent de ces arguments lancent loin d’eux l’ordinateur qu’ils utilisent!

Mythe numéro 3 : On ne peut utiliser l’énergie solaire en climat froid car les journées d’hiver sont trop courtes.

Chaque pied carré de vitrage laisse entrer l’équivalent de deux litres d’huile à chauffage par saison (un vrai trésor aux prix actuels!), et avec la fermeture de volets la nuit, on double la production nette! De plus, cet apport est justement utile au moment où on en a le plus besoin. Des milliers d’immeubles solaires ont démontré leur rentabilité sous notre climat.

Sans compter que les habitudes de consommation d’énergie changent. Au Vermont par exemple, la demande électrique de pointe, que craignent tous les réseaux ayant atteint la limite de leur capacité de production et de distribution, n’est plus en hiver : elle s’est déplacée vers l’été avec le réchauffement de la planète. Or, le pic de climatisation coïncide maintenant avec les périodes où la production d’énergie PV est à son meilleur. Dans ce contexte, le PV n’a pas la même valeur! Au printemps, mon père disait: « Bon, y fait chaud, c’est le temps d’enlever les caleçons à grand manche, sa mère! » À moins de vouloir suer et les conserver pour l’hiver prochain… S’adapter, c’est survivre!

Mythe numéro 4 : Le solaire PV interconnecté au réseau constitue un grave danger d’électrocution pour les travailleurs d’Hydro-Québec.

On voudrait nous faire croire que si l’électricité est solaire, elle est extrêmement dangereuse… Pourtant, n’importe qui branche une génératrice à essence et comme par miracle, y’a pas de problème! Curieux, non? Les électrons solaires seraient-ils plus nocifs? Pourtant, dans la littérature, il est impossible de retrouver un seul cas où des travailleurs de l’électricité auraient été foudroyés et transformés en barbecue par de l’électricité solaire distribuée sur le réseau. De plus, les onduleurs – qui convertissent le courant continu (CC) produit par le PV en courant alternatif (CA) et qui dirigent le courant sur le réseau électrique – sont munis de plusieurs systèmes de sécurité redondants conformes aux mêmes normes que celles appliquées pour le réseau et qui se déconnectent en cas de pannes du réseau. Parfois, les normes sont encore plus sévères. Une vraie obsession sur les comités de normalisation (CSA) sur lesquels j’ai siégé! En cas de guerre, même la CIA ne pourrait pas utiliser le solaire pour faire parler ses prisonniers – quoi qu’avec une loupe ordinaire, si on est patient et si on supporte l’odeur…

Le solaire en solo est inutile car, de toute manière, il faut toujours ajouter un système conventionnel. C’est un problème de stockage d’énergie. Les systèmes conventionnels possèdent tous une forme de stockage (comme les bassins hydroélectriques) et il est souvent beaucoup moins coûteux de les utiliser pour cette raison que de construire un stockage complexe avec des piles.

Malgré tout, les systèmes PV sont rentables et on peut très facilement calculer les économies et le retour sur investissement. Nos lointains ancêtres chasseurs ne connaissaient pas le stockage, ils mangeaient quand ça passait et pour le reste, ils s’en passaient. Avec le temps, les chasseurs plus futés (ceux qui ont survécus!) ont appris à conserver des réserves (cuisson, graines, etc.) car, en climat nordique, l’hiver avait, en ces temps lointains, un grand effet stérilisateur sur les populations (surtout les végétariens…). Aujourd’hui, le chasseur moderne, en cas d’extrême urgence, n’hésite pas à faire appel au stockage et à ouvrir une boite de «Kam» entre deux orignaux… ce qui ne l’empêche pas d’avoir une préférence totalement excusable pour le goût plus fin et plus frais de la bête lumineuse… Quand le filet mignon solaire n’est pas au rendez- vous, pourquoi ne pas prendre ce qui est économiquement et facilement disponible… Évoluons bordel de…!

Mythe numéro 5 : Ça ne vaut pas la peine de développer le solaire car les océans sont remplis d’eau, une source inépuisable d’hydrogène, l’avenir en énergie renouvelable!

Parce que les piles à combustible produisent de l’électricité à partir de l’hydrogène contenue dans l’eau (H2O), certains pensent que l’hydrogène est une ressource d’énergie! Erreur, l’hydrogène est un vecteur énergétique, c’est-à-dire qu’il représente une forme de stockage et non pas une ressource énergétique renouvelable. L’hydrogène n’existe pas sous forme non-combinée à l’état naturel; pour le produire (ou le séparer), il faut dépenser beaucoup d’énergie. Alors que la majorité des gens pensent que l’hydrogène est le fruit d’une électrolyse de l’eau, il faudrait savoir que cette méthode demeure pour le moment plus coûteuse que la voie pétrochimique. L’hydrogène produit actuellement provient, pour des raisons purement économiques, de… combustibles fossiles…

Mythe numéro 6 : Chauffer au bois produit des gaz à effet de serre et devrait être interdit.

La biomasse constitue une ressource d’énergie solaire stockée et renouvelable. Certes, brûler du bois produit du CO2, un gaz à effet de serre, mais comme le cycle est naturel, ça n’en produit pas plus que si on le laisse pourrir. Pire, si le bois est sous l’eau, dans un marais ou en milieu hyper-humide, il produira du méthane, un gaz à effet de serre dix fois plus puissant que le CO2.

Par contre, ce sont les particules, la suie qu’il vaut éviter. Rassurons-nous cependant, les systèmes de chauffage au bois modernes répondent à des normes sévères. Tout comme le poisson vraiment frais ne pue pas le poisson, et lorsqu’il sent, on peut avoir des doutes… si on brûle du bois et que ça sent beaucoup autour, il est probable que le système de chauffage ne soit pas trop efficace (ou que le bois est humide)… Ce n’est alors pas le poêle à bois qui fera le travail de filtration, mais vos poumons!

Mythe numéro 7 : L’éolien tue les oiseaux.

Toutes les installations humaines dérangent les animaux : les automobiles, les lignes électriques, etc. Bien sûr, il faut éviter, lors de la construction d’un parc d’éoliennes, les corridors importants d’oiseaux migratoires. Mais en fait, on rapporte moins de mortalité aviaire en éolien que pour la plupart des autres activités humaines. Si on avait des statistiques, on pourrait certainement prouver que les grandes fenêtres en baie tuent annuellement plus d’oiseaux que les éoliennes. Au cours des dernières années, plus de cinq oiseaux ont percuté mes grandes fenêtres. Certains sont repartis d’eux-mêmes, d’autres ont malheureusement quitté dans le grand camion bleu de la ville…

Des études environnementales estiment que les pesticides détruisent les milieux vitaux et sont directement responsables de la disparition de plus de 67 millions d’oiseaux aux USA. Au Wisconsin, seulement les chats errants bouffent 37 millions de ces pauvres petits volatiles!

Mais le meilleur argument dont je me souvienne fut fournit par un biologiste du gouvernement canadien lors des audiences du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) sur le parc éolien Le Nordais, de Cap Chat. Cet ornithologue fort sympathique et compétent, qui avait travaillé sur la protection des espèces pendant plus de trente ans, avait alors déclenché le fou rire général en offrant une réponse inoubliable à une question sur le sujet. Après avoir expliqué à plusieurs reprises à un acharné qui voulait que le gouvernement lui paye un voyage en Europe pour voir par lui-même les «Zéoliennes» et les «ZoiZeaux», le digne représentant du fédéral expliqua, avec une infinie patience, que, selon son expérience d’ornithologue, le projet éolien ne présentait aucun risque pour les espèces d’oiseaux répertoriés dans le voisinage. Devant l’incompréhension manifeste de notre acharné de protestataire, il avait répondu à bout de patience en échappant un mot de trop : « Bon, ça fait cent fois que je vous le dit, selon moi, les oiseaux voient très bien les obstacles et les évitent. Car, ne les sous-estimez pas, ils sont intelligents… eux! »

Texte publié dans le bulletin Le Mercure Solaire, Volume 14, Numéros 3-4, Automne 2004 – Hiver 2005.

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