Histoires de têtes de lit et d’un comptoir radioactifs (réservé)

Histoires de têtes de lit et d’un comptoir radioactifs (réservé)

 

Lecteur Radalert appuyé contre des dalles de granite. © healthybuildingscience.com

Lecteur Radalert appuyé contre des dalles de granite. © healthybuildingscience.com

Un jour, l’hygiéniste industriel américain et consultant en biologie du bâtiment John Banta installa des lecteurs électroniques de radon à divers endroits dans une maison que son client souhaitait acheter. Les lectures furent étonnamment différentes : 7 picocuries par litre d’air (pCi/L, mesure de radon utilisée aux États-Unis) dans la salle familiale, 12,5 pCi/L dans la salle à manger et… 27 pCi/L sur une table de nuit dans une chambre d’invités. Comme 1 pCi/L équivaut à 37 becquerels par mètre cube (Bq/m3), 27 pCi/L équivaut à 999 Bq/m3. Rappelons que le radon est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme et qu’il tuerait environ 16 % des gens atteints du cancer du poumon (soit 1 136 Québécois en 2016), selon Santé Canada.

Le radon est un gaz radioactif issu de la décomposition de l’uranium présent partout dans le sol. Toutefois, il peut aussi être émis par certains matériaux de construction. Bien qu’il soit rare que ceux-ci en exhalent des concentrations dangereuses, cela peut se produire dans environ 5 % des échantillons, notamment selon leur provenance, souligne Nicolas Michel, expert en radioprotection au ministère français de la Transition écologique et solidaire. (Plus de détails sur le radon ici.)

Dans le cas de la fameuse chambre d’invités, le rayonnement provenait de deux têtes de lit en granite! John C. Banta a mesuré avec un compteur Geiger (de medcom.com) la radioactivité qu’elles émettaient. « Alors que les niveaux normaux du bruit de fond dans la maison tournaient autour de 12 comptes de radioactivité par minute, les comptes près des têtes de lit s’élevaient à plus de 300. Il était clair que les têtes de lit constituaient au moins une des sources de radon dans la chambre », écrivait-il en page 155 de son livre Prescriptions for a Healthy House (Prescriptions pour une maison saine), écrit en collaboration avec l’architecte Paula Baker-Laporte et le médecin de l’environnement Erica Elliot. « La pierre peut être un matériau de construction superbe, ajoutait-il, mais qui devrait toujours être testé avant d’être utilisé pour la rare possibilité de radiation. »

Banta et Baker-Laporte sont des consultants certifiés par l’International Institute for Building-Biology & Ecology (IBE), établi au Nouveau-Mexique. J’ai eu le plaisir de collaborer (un texte sur les politiques en matière d’électrosmog) à la troisième édition de leur livre (New Society, 2008), tout comme plusieurs autres de leurs collègues bau-biologistes (biologistes du bâtiment).

John C. Banta y raconte aussi l’histoire d’une femme qui a coupé des légumes plusieurs heures par jour pendant plus de trente ans, pour une émission de télévision, avant d’apprendre que son comptoir était radioactif. La tuile de couleur orange du comptoir était glacée avec de l’oxyde d’uranium, une substance hautement radioactive qui faisait tellement réagir le compteur Geiger qu’il était impossible de compter! Informée de la radioactivité du comptoir, la cliente lui confia qu’elle venait de se faire enlever une lésion précancéreuse de l’intestin. « Sa cicatrice chirurgicale était située au niveau où elle s’appuyait contre le comptoir en cuisinant, écrit Banta. La cliente fut avisée de remplacer son comptoir. Son médecin était d’accord. »

Simple test maison

Radalert Healthybuildingscience

En guise de contrôle, on peut aussi mesurer la radioactivité à l’extérieur. © healthybuildingscience.com

En page 2010 du même livre, Banta explique comment mesurer la radioactivité des matériaux de construction. Les plus radioactifs se mesurent simplement en tenant un compteur Geiger contre les matériaux, ce qui est plutôt rare. Pour les faibles niveaux d’émissions, il faut prendre des mesures de plus longue durée dans des conditions contrôlées. Voici sa recette.

« Placer au moins une livre du matériau en question dans un bocal de verre avec un instrument de mesure de la radioactivité. Un lecteur utile pour cela est le Radalert 100, dont la petite taille permet de l’insérer dans un bocal d’un gallon avec le matériau à tester. Régler l’instrument pour mesurer les comptes totaux et laissez-le mesurer pour une période chronométrée de 12 à 24 heures. En guise de contrôle, le test doit être effectué de la même façon, au même endroit, mais avec le bocal vide [sans matériau]. Répéter les deux tests plusieurs fois pour vous assurer que les rayonnements émis par les éruptions solaires ou des évènements cosmiques à court terme n’ont pas interféré avec les résultats. Pour obtenir un compte moyen par minute, diviser le nombre totaux de comptes enregistré par le nombre de minutes de la durée du test. Une substance mesurant moins de 10 % de plus que le résultat du test contrôle est considéré comme sans radiation. Des lectures plus de 20 % plus élevées sont considérées comme significatives. »

Enfin, en page 266 de cette œuvre phare, l’ingénieure en électricité Vicky Warren précisait : « Les matériaux de construction tels le béton, les tuiles glacées et les comptoirs de granite peuvent montrer des niveaux de radioactivité de beaucoup supérieurs aux niveaux ambiants. Sélectionnez les matériaux avec le moins de radiation. Toute exposition au rayonnement [ionisant cancérogène] devrait être aussi basse que raisonnablement atteignable (le principe ALARA pour As Low As Reasonably Attainable). Même les plus faibles expositions au rayonnement devraient être évitées. Toutes les maisons et sites devraient être testés selon les lignes directrices de l’EPA (US Environmental Protection Agency). »

Elle ajoute qu’un compteur Geiger compare l’effet ionisant de la radioactivité au bruit de fond naturel. Pour établir ce bruit de fond, il faut prendre plusieurs mesures à divers endroits afin d’éviter diverses sources potentielles de radiation. Recommandation de l’IBE et de l’institut allemand de la bau-biologie, fondé en 1976 : éviter une augmentation de 70 % du niveau de rayonnement par rapport au bruit de fond, idéalement une hausse de moins de 50 %.

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