Pourquoi ne pas semer un pré fleuri? Photo : Édith Smeesters

Pourquoi ne pas semer un pré fleuri?
Photo : Édith Smeesters

Plus de 60 % des services essentiels fournis par la nature sont en déclin depuis 40 ans, rapportait le Fonds mondial pour la nature en septembre 2014. Entre 1970 et 2010, la Terre a perdu en moyenne la moitié de ses populations d’espèces sauvages : pas moins de 39 % de la faune terrestre et marine, et 76 % de la faune d’eau douce ! Notre mode de vie axé sur la consommation débridée ravage particulièrement les pays en développement : ils consomment cinq fois moins de ressources que nous mais leurs pertes d’espèces sauvages sont de 58 % depuis 40 ans. Mais chez nous aussi, l’urbanisation, la foresterie, l’agriculture et l’industrialisation menacent sans cesse les habitats sauvages qui purifient notre air et notre eau, captent le dioxyde de carbone, rafraîchissent l’air, fournissent des plantes médicinales, nous protègent des inondations en absorbant les pluies diluviennes, nous fournissent un havre de plaisirs et de ressourcement, et abritent une multitude d’espèces sauvages. Le botaniste André Sabourin explique pourquoi et comment protéger notre abondante mais précaire biodiversité québécoise. A.F.

On peut dire que la biodiversité commence dans sa cour ou dans son environnement immédiat. Par exemple, une pelouse où n’y pousse qu’une ou deux espèces de graminées n’est pas biodiversifiée. Si on y ajoute simplement du trèfle et qu’on lui laisse le temps de fleurir, des insectes comme les abeilles pourront venir y butiner. Encore plus, si on remplace la pelouse monospécifique par un pré fleuri, on aura fait un très grand pas en attirant une grande diversité d’insectes utiles. Et si nous plantons des arbres ou arbustes fruitiers, ce seront les oiseaux qui viendront s’y nourrir. Si il s’agit d’espèces indigènes, c’est la biodiversité québécoise qui en profitera. Ainsi, nous bénéficierons des multiples couleurs, pas seulement d’un vert pur, tout en prenant un peu conscience de notre environnement.

Étant plus conscients localement, nous serons alors plus préoccupés par la conservation de la nature de façon plus globale. Alors, lorsqu’il y aura des projets de développements anarchiques et destructeurs de l’environnement, dans des boisés ou des milieux humides de notre municipalité ou de notre région, on sera plus en mesure d’appuyer les groupes environnementaux qui travaillent à les protéger. Car ce sont les associations et les regroupements de citoyens qui sont les plus efficaces pour protéger ce qui reste des milieux naturels. Bien sûr, il y a des individus exceptionnels, comme Frédéric Back, qui ont beaucoup travaillé à la conscientisation pour le respect de la nature, mais ils sont peu nombreux. La plupart des personnalités qui luttent dans ce sens sont membres et porte-parole de groupes environnementaux. Certains sont connus internationalement ou à l’échelle nationale, mais il y en a aussi qui sont impliqués localement. Citons des exemples, pour leur efficacité, de ces groupes qui y ont réussi. Éco-Nature, fondé à Laval en 1985 et qui gère le Parc de la Rivière-des-Mille-Îles, a réussi à protéger des milieux humides, des berges, des îles et des forêts riveraines riches en biodiversité. Nature-Action Québec, fondé à Beloeil en 1987, qui travaille à conserver les dernières grandes forêts de la rive-sud de Montréal.

Il y a de ces exemples dans toutes les régions du Québec et il faudrait au moins les appuyer. On a vu récemment la Coalition pour la préservation du mont Kaiïkop, à Sainte-Lucie-des-Laurentides, qui a amassé des milliers de signatures au bas d’une pétition s’opposant à des coupes forestières sur ce deuxième plus haut sommet des Laurentides (nord de Montréal) et attrait touristique d’envergure.

La faune et la flore connaissent des déclins importants à cause de notre envahissement continuel des milieux naturels. Le combat pour les préserver ne fait que commencer chez nous et il concerne notre futur à tous. Ne sous-estimez pas votre pouvoir : les gouvernements ont souvent été « obligés » de se soumettre aux pressions locales. C’est un enjeu primordial pour la suite du monde vivant, auquel nous appartenons. L’économie, ce n’est pas seulement l’exploitation des ressources naturelles, c’est aussi la conservation des beautés naturelles et de leur diversité qui attirent les touristes et qui  favorise aussi notre santé personnelle qui est la base de la vie. L’économie doit s’associer à l’écologie.

Botaniste, André Sabourin est coauteur du guide Plantes rares du Québec méridional, édité aux Publications du Québec en 2009.

Pour en savoir davantage :

www.ecocorridorslaurentiens.org

www.fondationdelafaune.qc.ca

www.naturequebec.org

www.natureconservancy.ca/fr 

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