Merci, Boucar!

 

L’amour — de soi, des autres et de la nature, notamment — est le plus beau cadeau qu’un parent peut cultiver chez un enfant. Et parmi les moyens à notre disposition pour y arriver, la lecture de ce petit bijou de livre devrait être incontournable. Loin d’être une corvée, ce sera plutôt un délicieux plaisir pour tout enfant de 7 à 107 ans.

Dans Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres (Éditions La Presse, 2015), l’océanographe et humoriste d’origine sénégalaise Boucar Diouf offre à ses compatriotes québécois ce qui l’inspire profondément : les messages que lui ont légué les arbres. Ces arbres à qui il parlait dans son enfance et qui, de toute évidence, lui ont répondu ! Dans « … ce livre où se croisent la biologie, la poésie et l’humour », explique la quatrième de couverture, « ce grand humaniste nous parle de la vie, de la mort, de sa famille, de sa relation intime avec les plantes et de ce qu’elles peuvent nous apprendre. » Il donne la parole aux arbres sous forme de conte car, selon lui, « nous sommes programmés génétiquement pour nous émouvoir de leur poésie ».

Des parents doués et généreux

Ancien berger dans la savane sénégalaise, Boucar a compris tôt que les arbres étaient des êtres extraordinaires. Les scientifiques savent aujourd’hui que les racines des arbres d’une même espèce plantés à proximité les uns des autres forment un réseau qui leur permet de partager non seulement des nutriments mais aussi des informations. Notamment, les arbres peuvent se dire qu’il est temps de produire un poison pour se protéger des prédateurs ! Comme lui explique dans ce livre touchant un grand balboa comme un parent qui parle à son enfant : « J’ai la profonde certitude, mon fils, que vos anciens savaient par instinct que les plantes étaient douées d’une forme de sensibilité que la science commence seulement à élucider. »

En période de sècheresse, un arbre situé près d’une source d’eau la partage avec ses semblables moins fortunés, même la souche d’un arbre abattu ! Un peu comme « tous ces immigrants qui doivent se sacrifier au travail pour gagner de quoi nourrir toute la famille restée au pays », explique ce grand humaniste qui n’a jamais oublié ses racines.

Pour Boucar, les arbres sont des parents car ils sont intimement liés à sa famille. Ils souffrent tous de la dégradation extrême de l’environnement. « Je suis certain que la nostalgie et la tristesse habitent nos parents les baobabs, écrit-il. J’ai bien dit ”nos parents” parce que je partage un lien de sang — ou de sève — avec ces arbres. Le simple fait de les regarder me bouleverse, c’est parce que certains de mes ancêtres sont enterrés à côté de ”la Mère” », nom qu’il donne à cet arbre géant qui nourrissait sa famille (le baobab se mange dans son entièreté, des racines aux feuilles).

Toutefois, les graines ne sont pas plus importantes que les racines et encore moins les souches, s’empresse-t-il de préciser après nous avoir présenté des photos de ses deux enfants, Anthony et Joellie, et leur belle maman québécoise, Caroline Roy. Il ne manque d’ailleurs jamais d’occasion d’utiliser la sagesse des arbres pour nourrir l’harmonie sociale. « Quand une société commence à s’accrocher aux restes d’un arbre rompu, l’agonie n’est pas trop loin », écrit Boucar. Il ajoute que «… pendant que nos racines se chamaillent dans le sol, il arrive que nos feuillages, nos branches et nos fruits se touchent, s’entremêlent et s’embrassent dans les hauteurs. C’est peut-être le signe annonciateur d’un début d’harmonie dans une société multiculturelle. »

Respect, solidarité, collaboration

Le dernier chapitre du livre est le plus inspirant. L’auteur révèle sa sensibilité profonde et partage son respect pour tous les êtres de la nature, grands et petits. « Bien des gens ignorent que la baleine doit sa grandeur à une algue verte invisible à l’oeil nu tout comme le gros baobab descend d’un grain de pollen. »

Il s’agenouille particulièrement devant la grandeur et la puissance des bactéries qui sont à l’origine de toute vie. Même si certaines sont nocives (l’une d’elle a coûté un pied à son père), il nous met en garde contre l’usage abusif des antibiotiques « qui ne font pas toujours la différence entre les bonnes et les mauvaises bactéries ». Or, comme les bactéries sont beaucoup plus résilientes que les humains et que la surprescription d’antiobiotiques les rend de plus en plus résistantes à ceux-ci, Boucar leur propose sagement un pacte de non-agression.

La loi de la jungle « commence à perdre en prestige », décrète notre Boucar national par le biais du baobab qui lui fait la leçon. « Le succès des plantes repose, par exemple, sur une alliance avec les champignons microscopiques et les bactéries du sol, lesquels colonisent leurs racines et facilitent l’élaboration et le transport de la sève qui est notre sang. »

C’est ainsi qu’il nous propose une voie de salut pour assurer la durabilité d’une communauté. Une solution aux torts énormes causés par notre incessante course effrénée vers les sommets — que ce soit de la pyramide ou, dans ce cas-ci, de l’arbre. Une course au changement qui fait de nous des éternels insatisfaits qui surconsomment et nuisent aux plus faibles, comme si on piétinait ceux qui voudraient grimper sur notre branche. « Tout comme il existe dans la nature des papillons qui boivent les larmes des tortues pour leur goût salé, dans vos sociétés dites modernes, c’est souvent avec les larmes des ouvriers que les grands de ce monde remplissent leurs piscines. » Cette course, nous le savons trop bien, rend fou : « si le pouvoir et l’argent poussaient au sommet des arbres, certaines personnes n’hésiteraient pas à épouser des singes ! »

© Philippe Béha

© Philippe Béha

LA voie salutaire vers une société durable, conclut Boucar Diouf, c’est celle de la collaboration solidaire. C’est ce que nous enseigne la nature, en fait notre nature profonde que nous n’écoutons plus. C’est la voie de l’entraide qui redonne espoir au genre humain. « Celui qui prête assistance à une famille dans le besoin doit attendre la nuit et déposer ce qu’il peut devant leur porte », dit-il, afin que ces indigents « ignorent l’identité de leur bienfaiteur. Ainsi, chaque personne rencontrée le lendemain sur le chemin devient possiblement ce donateur. »

Ma seule déception, c’est que ce livre ne fasse que 130 petites pages, dont certaines sont illustrées de magnifiques photos d’arbres africains et québécois ainsi que des dessins ludiques de Philippe Béha. À bien y penser, le format et le contenu se savourent comme un dessert fruité irrésistible pour quiconque a l’âge de raison.

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