Un atelier sur la construction en chanvre organisé par TerraVie. www.terravie.org

Un atelier sur la construction en chanvre organisé dans les Laurentides par l’organisme TerraVie. www.terravie.org

En 2011, Alexandre Gravel a fondé à Montréal une entreprise de rénovation écologique après avoir travaillé dans le domaine de la construction dans l’Ouest canadien pendant une décennie. « C’est en travaillant sur de gros chantiers comme le Village olympique de Vancouver qu’il a pris conscience de l’ampleur de l’empreinte écologique d’une construction sur son environnement, explique le site Web de son entreprise, Pure Rénovation. Surtout, il avait la certitude qu’avec un peu d’efforts, il était possible de faire la différence. »

Pour devenir entrepreneur général, il a suivi le programme de Gestion d’une entreprise de la construction, d’une durée de huit mois, offerte par l’École des métiers de la construction de Montréal (EMCM). Cette formation porte notamment sur les aspects de santé et sécurité, la gestion des activités d’un chantier, la lecture de plans et devis, la gestion financière et la vérification de la qualité des travaux. Attestation de spécialisation professionnelle (ASP) en poche, M. Gravel précise que cette formation « exempte de devoir suivre l’examen de la Régie du bâtiment ». Par contre, en matière de construction verte, « c’était plus que faible, pratiquement inexistant », déplore-t-il. Pas un mot sur la gestion des rebuts de chantier, par exemple. « On a passé une demi-journée sur les programmes de maisons R-2000 et Novoclimat qui selon moi sont désuets [par rapport aux maisons LEED, passives, net zéro, vivantes, etc.]. J’ai fait toutes mes formations en écoconstruction chez Écohabitation. C’est génial », explique le récipiendaire d’une bourse qui lui a permis de visiter en 2012 le salon Batibouw, à Bruxelles en Belgique, où il a découvert de nouvelles techniques de rénovation et de construction respectueuses de l’environnement.

Très répandues depuis des décennies en Europe et à travers l’Amérique du Nord anglophone, les formations en habitation saine et écologique intéressent de plus en plus le grand public tout comme les professionnels tels les constructeurs, les architectes, les gestionnaires d’immeubles et même les courtiers immobiliers. Mais si les cégeps, les universités, le secteur privé et certains organismes à but non lucratif (OBNL) en traitent davantage que les centres de formation professionnelle, l’écoconstruction est le plus souvent enseignée chez nous sous l’angle du grand bâtiment CII (commercial, industriel et institutionnel). Et les compétences pratiques s’acquièrent essentiellement sur le terrain plutôt que dans les écoles, bien que l’on observe une demande croissante notamment pour les artisans des métiers d’art liés à l’architecture et au bâtiment, selon un dossier sur ceux-ci paru dans le numéro d’hiver 2014-2015 du magazine Esquisses, publié par l’Ordre des architectes du Québec. Peintre-décorateur, charpentier traditionnel, ébéniste et autres métiers qui font souvent appel aux matériaux écologiques d’antan… « Aucun de ces métiers ne s’enseigne, exception faite de quelques techniques traditionnelles qu’effleurent au passage les programmes de formation professionnelle », écrivait Martine Rioux dans son lumineux article Rafraîchir la mémoire.

Formation donnée par Emmanuel Cosgrove à Montréal. © Céline Lecomte, Ecohabitation

Formation donnée par Emmanuel Cosgrove à Montréal. © Céline Lecomte, Ecohabitation

Il en va de même pour les maisons écologiques, selon Emmanuel Cosgrove, fondateur et directeur général d’Écohabitation, OSBL qui répertorie depuis 2001 tout ce qui se fait dans ce domaine et propose une trentaine de formations sur l’impressionnant portail qui porte son nom (ecohabitation.com). « Il faut savoir que l’écoconstructeur-autoconstructeur doit être autodidacte et disposé à apprendre par lui-même, affirme M. Cosgrove. Car bien des cours offerts en habitation verte ne sont pas des cours pratiques, semblables à ce qui est offert dans les écoles des métiers de la construction où l’étudiant apprendra par exemple à bâtir un mur de a à z. »

Bref, si la plupart des formations théoriques constituent une bonne base d’initiation aux maisons vertes, il vous faudra compléter votre apprentissage par des ateliers pratiques ainsi que des stages en entreprise ou sur les chantiers d’autoconstructeurs. Examinons d’abord ce qui est offert dans les écoles classiques.

Formations professionnelles

Sur le portail L’inforoute de la formation professionnelle du ministère de l’Éducation, on trouve l’ensemble des formations professionnelles reliées au bâtiment et offertes aux niveaux secondaire et collégial (électricité, bois et matériaux connexes, pose de revêtements extérieurs, revêtements souples, etc.). Ces formations ont-elles su s’adapter aux nouvelles tendances de la construction saine et durable? Selon Édith Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation, du Sport et des Loisirs, la réponse est oui. « Le Ministère voit continuellement à améliorer l’offre de formation professionnelle, dit-elle. Les aspects relatifs à la construction écologique sont pris en compte lors de la révision d’un programme d’études. Par exemple, le programme d’études révisé Pose de revêtements de toiture tient compte de l’émergence de l’option végétale comme alternative écologique. »

Cette adaptation aux nouvelles tendances écologiques semble toutefois incomplète. Par exemple, l’examen du programme professionnel en Briquetage-maçonnerie permet de constater qu’aucun cours ne traite de la conception de murs en béton de chanvre. Même chose pour le programme Plâtrage qui ignore les techniques ancestrales (enduits à la chaux, à l’argile, etc.).

Il n’empêche que pour construire vert, c’est-à-dire durable à tous points de vue, il faut d’abord apprendre à construire selon les règles de l’art. Un diplôme d’études professionnelles (DEP) obtenu de l’École des métiers de la construction de Montréal ou de celle de Québec, est un point de départ important. logo novo LOGOS_CLIMAT_MASTER_COPIE TEST

Pour le perfectionnement, il faut se tourner vers les associations professionnelles et les entreprises et organismes de formation. Par exemple, la formation Novoclimat 2.0 pour les maisons et petits bâtiments multilogements fut dispensée en 2014 par la Garantie Qualité habitation et par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). Cette formation de deux jours comprend une journée sur la science du bâtiment et la seconde sur les exigences techniques Novoclimat 2.0. Elle est offerte tant aux entrepreneurs qu’aux autoconstructeurs. Au chapitre des ventilateurs récupérateurs de chaleur, la formation Novoclimat pour les spécialistes en ventilation est offerte aux membres de la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ) ou de la Corporation des entreprises de traitement de l’air et du froid (CETAF).

Cégeps

Par ailleurs, diverses formations sont offertes au niveau collégial. Par exemple, le programme de Technologie de l’architecture est offert dans huit cégeps, dont quatre situés dans la région de Montréal. Ce programme permet de développer des compétences pour intervenir à toutes les étapes de la conception et de la réalisation d’un projet de construction. On y acquiert notamment des notions liées à la science du bâtiment, à la connaissance des matériaux, aux styles architecturaux, à la capacité de produire des plans et devis architecturaux (notamment avec des logiciels spécialisés comme AutoCAD), ainsi que des notions de gestion et d’administration des chantiers. Le taux de placement des gradués dans ce domaine est de 100 % car il y a deux fois plus d’offres d’emplois que de finissants! Ce diplôme ouvre également des portes pour ceux et celles qui voudraient poursuivre des études universitaires en architecture, en génie du bâtiment, etc.

Visitez le Portail du réseau collégial du Québec pour découvrir tous les programmes de techniques physiques ayant trait au bâtiment et à l’environnement, dont Techniques de génie mécanique, Assainissement de l’eau, Environnement et Techniques d’aménagement et d’urbanisme.

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La maison Kénogami de l’écoconstructeur Alain Hamel, l’un des premiers formateurs en bâtiment durable au cégep de Jonquière. © Mastera

Au chapitre de la formation continue, le Centre de formation continue Mastera, du Cégep de Jonquière, fait figure de pionnier. On y offre des cours sur mesure aux professionnels intéressés par le secteur du bâtiment (architectes, ingénieurs, courtiers immobiliers, gestionnaires d’immeubles, etc.). « Un cours appelé Prenez le LEED, d’une durée de 32 heures, prépare à obtenir la certification Associé Écologique LEED (acronyme du prestigieux programme nord-américain Leadership in Energy and Environmental Design qui certifie les bâtiments et communautés vertes). Cette formation est donnée par Josée Lupien, présidente de la firme Vertima spécialisée de la certification LEED.  Formatrice chevronnée cumulant plus de 20 ans d’expérience en spécification architecturale, Mme Lupien a analysé plus de 1 000 produits et matériaux de construction dans le cadre du service de validation indépendante des éco-déclarations offert par Vertima.

Le Cégep de Jonquière a aussi développé récemment le programme Bâtiment durable qui propose sept formations d’une durée de sept à quinze heures offertes par des spécialistes chevronnés comme l’ingénieur Alain Bouchard. Une formation de 15 heures porte sur la construction résidentielle en climat froid et les autres d’une durée de sept heures portent notamment sur les foyers de masse et les murs en ballots de paille, le bâtiment bioclimatique (solaire passif), la mécanique du bâtiment et les matériaux de construction durables. « Ces formations sont bien adaptées pour le grand public et intéresseront les autoconstructeurs, affirme Annie-Claude Laflamme, conseillère en formation au Cégep de Jonquière. Deux de ces formations, données en collaboration avec Emploi Québec, visent toutefois une clientèle particulière. Il s’agit du cours Matériaux de finition : les 50 nuances de vert,  adaptée aux vendeurs en quincaillerie, et du cours Bien construire pour mieux habiter, créé pour les courtiers et les inspecteurs. »

La courtière immobilière Guylaine Gagnon a suivi cette dernière formation et affirme en avoir retiré de grands bénéfices. « Le cours dure une journée complète et porte sur les technologies utilisées dans les maisons certifiées LEED, dit-elle. Il comprend la visite d’une maison LEED qui se déroule au cours d’une autre journée. Il m’a permis de mieux comprendre ce qu’est le programme LEED et me sera très utile pour bien conseiller un client qui serait intéressé à acquérir ce type de maison. »

Dans ce même Cégep, le programme TERRE sur les Technologies des énergies renouvelables et rendement énergétique est d’une durée de 2 340 heures, dont 315 heures en centrale-école hydroélectrique et 300 heures de stage en milieu de travail. Lancé en octobre 2014, cette formation permet aux étudiants de se familiariser avec tous les types d’énergies vertes (éolien, solaire, etc.) et d’acquérir une bonne connaissance de l’efficacité énergétique dans les bâtiments.

Divers autres cégeps offrent des formations en écobâtiment dont celui de Rimouski, avec son programme de 795 heures Bâtiment durable et écocollectivité.  « Les volets traités sont les suivants : conception, construction, mécanique et eau, énergies renouvelables, écocollectivité et systèmes d’évaluation. » Pour sa part, le Cégep du Vieux-Montréal offre la formation continue Stratégies LEED pour bâtiments durables et cours préparatoire à l’examen Associé écologique. Ce cours intensif de 36 heures, offert par le Conseil du bâtiment durable du Canada, s’adresse aux étudiants et professionnels qui veulent s’impliquer dans le marché du bâtiment et des collectivités LEED.

Universités

Le professeur Avi Friedman. © Université McGill

Le professeur Avi Friedman. © Université McGill

Dans les universités, plusieurs professeurs ont fait de l’habitation verte leur spécialité. C’est le cas d’Avi Friedman, professeur en architecture à l’Université McGill et directeur du programme sur les maisons éco-abordables (une maison construite à moindre coût et qui intégre des notions et des matériaux écologiques). « Nous donnons une session sur les maisons éco-abordables dans le cadre du baccalauréat en architecture et nous offrons aussi un programme de maîtrise sur le sujet, dit M. Friedman qui est également le co-inventeur du concept de la Maison évolutive vantée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et de sa version verte la Maison redécouverte. Mesurant typiquement entre 14 et 20 pieds (4,3 à 6,1 m) de large, ces maisons à deux étages qui misent sur une utilisation efficace de l’espace et une finition modeste sont peu coûteuses à construire (150 000 $, terrain inclus pour la Maison évolutive). Plus de 10 000 de ces maisons ont été construites au Québec et dans le monde.

Daniel Pearl, professeur agrégé à mi-temps à la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, est un autre enseignant très impliqué en habitation verte. Il s’est notamment fait connaître pour la rénovation écologique de l’ensemble architectural de 237 logements Benny Farm à Montréal (Prix d’excellence en habitation de la SCHL en 2006). Ce projet de rénovation intégrait une panoplie de technologies vertes telles que la géothermie. M. Pearl donne le cours Architecture verte et un cours d’écologie urbaine intitulé Atelier formes et contextes. Divers autres professeurs de l’Université de Montréal sont experts en environnement et bâtiment durable depuis plusieurs années, dont Roger Bruno Richard et Giovanni De Paoli.

À Québec, l’École d’architecture de l’Université Laval n’est pas en reste avec ses nombreux enseignants pour qui le développement durable est une spécialité : Pierre Thibault (réputé pour ses maisons en symbiose avec l’environnement), Myriam Blais (habitation et conservation du patrimoine), André Casault (habitat abordable, architecture vernaculaire et coopération internationale), Pierre Côté (habitat sain et solaire), Claude MH Demers (architecture adaptable, éclairage naturel et artificiel), Carole Després (collectivités viables) et le directeur GianPiero Moretti (design urbain et densification).

Le professeur Andreas Athienitis devant l'école de commerce John-Molson, dotée d'un mur solaire qu'il a conçu. © Université Concordia

Le professeur Andreas Athienitis devant l’école de commerce John-Molson, dotée d’un mur solaire qu’il a conçu. © Université Concordia

Pour sa part, le département de génie civil, environnemental et du bâtiment de l’Université Concordia est réputé mondialement pour son expertise en efficacité énergétique et énergie solaire. Le professeur Andreas Athienitis est le grand spécialiste des toitures et façades qui intègrent des capteurs solaires photovoltaïques (PV)-thermiques, produisant à la fois de l’électricité et de la chaleur avec le soleil. Il possède une maison dotée d’une telle toiture et il a conçu le mur solaire PV-thermique de l’École de commerce John-Molson de la même université. Il est également directeur scientifique du Réseau de recherche stratégique du CRSNG [Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada] sur les bâtiments intelligents à consommation énergétique nette zéro, qui regroupe 29 chercheurs oeuvrant dans 15 universités.

Enfin, à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), une partie du corps enseignant est spécialisé en énergie éolienne. Un programme court de 2e cycle, comprenant trois cours, a été développé dans ce domaine. « Le programme s’adresse notamment aux électriciens, aux architectes, aux ingénieurs intéressés par l’installation d’un système éolien dans les résidences, affirme Jean-Louis Chaumel, professeur à l’UQAR. Cependant, en raison des bas coûts de l’énergie au Québec, l’installation de tels systèmes s’effectue surtout dans des résidences ou des chalets non reliés au réseau d’Hydro-Québec. »

L’entreprise ATI-Éolien, à laquelle M. Chaumel est associé, a aussi développé des trousses pédagogiques destinées aux niveaux scolaires primaire et secondaire ainsi qu’à l’enseignement professionnel. « Ces trousses, vendues aux écoles ou aux commissions scolaires, permettent de monter une éolienne,  dit M. Chaumel. Le travail de montage se complexifie selon le niveau scolaire. » Par exemple, le kit destiné à l’enseignement professionnel comprend notamment trois éoliennes et un guide d’exercices.

Écoles privées et OBNL

En parallèle aux formations offertes dans les institutions publiques d’enseignement, on retrouve un vaste éventail de programmes de formations dans le secteur privé et dans les OBNL.

Dans le privé, Contech est depuis 39 ans le joueur majeur dans le secteur du grand bâtiment. « Nos formations continues sont offertes sur place, et certaines à distance, dit Kenza Faik, responsable du marketing chez Contech. La grande majorité de notre clientèle est composée de professionnels oeuvrant dans le bâtiment (architectes, designers, gestionnaires d’immeubles). » Les formations sont toutes dispensées à Montréal, elles durent une ou deux journées et au moins six d’entre elles ont un rapport direct avec l’habitation écologique. Parmi celles-ci, notons Bâtiments performants et durables, Choisir les bons matériaux écologiques et Toits verts.

Écohabitation

Écohabitation est devenu la référence québécoise en habitation durable. Sur son portail ecohabitation.com, on trouve une panoplie de formations offertes aux consommateurs et aux professionnels un peu partout au Québec et portant sur des sujets très variés. Toutes ne sont pas données par l’organisme mais ce portail en est le point de chute. Certaines sont aussi données en partenariat, telle la nouvelle attestation d’études collégiales en Bâtiment durable et écocollectivités offerte par le Cégep de Rimouski.

©Samuel Pépin-Guay

©Samuel Pépin-Guay

Parmi la trentaine de cours dispensés par Écohabitation, Construction écologique, offert depuis 10 ans, est certes l’un des plus populaires. « Ce cours d’une journée permet de faire le tour de la construction d’une maison, explique le directeur de l’organisme, Emmanuel Cosgrove. Le cours est axé sur la pratique mais on ne montre pas comment installer les matériaux de a à z. » Écohabitation organise périodiquement des cours d’une journée destinés aux particuliers, comme Rénovation écologique, Habitat écosolaire, Intérieur sain et écologique et Foyer de masse, ainsi que des formations plus pratiques s’étalant sur quelques jours, comme Charpenterie traditionnelle en bois massif offert en novembre dernier. L’OBNL organise ou promeut aussi des ateliers-visites de maisons écologiques, notamment sur la construction isolée aux ballots de paille.

Durant la saison estivale, une formation plus longue est dispensée. Il s’agit du cours École d’été en bâtiment écologique, d’une durée de cinq jours. L’entrepreneur en informatique Steven Lachance a suivi cette formation l’été dernier. « Je suis très intéressé par la construction écologique et je projette de me lancer éventuellement dans le domaine », dit-il. Ce cours où l’on traite notamment des matériaux, de l’isolation, de l’autoproduction énergétique et des meilleures pratiques est selon lui une bonne initiation à la construction écologique. « J’ai beaucoup aimé la combinaison de théorie et de pratique, » dit-il. Cette formation comprend une visite aux Jardins de l’écoumène, dans la région de Lanaudière. Jean-François Lévesque, semencier bio et pépiniériste, s’y est construit une maison solaire hors réseau.

L’organisme de promotion de la bioconstruction Archibio, intégré à Écohabitation, offre diverses formations sur les peintures naturelles et les enduits à la chaux, les enduits d’argile sur lattis, le foyer de masse, la construction en chanvre coffré, l’isolation aux ballots de paille, de même qu’une formation et accréditation d’ÉcoEntrepreneur. Malheureusement, par manque de subventions, rien n’était prévu pour 2015 au moment d’écrire ces lignes.

Parmi les nombreux services et programmes offerts par Écohabitation, l’organisme est responsable de la certification LEED [Leadership in Energy and Environmental Design] pour les habitations au Québec. Elle propose un atelier d’une journée d’introduction à ce système d’évaluation de la durabilité d’une maison ainsi qu’une formation avancée. Enfin, Écohabitation permet également aux professionnels de se perfectionner, notamment grâce au cours Hyperperformance pour les pros. S’inspirant de la norme allemande des maisons passives, celui-ci enseigne comment « créer des enveloppes hyperperformantes pour atteindre une consommation énergétique en chauffage nulle ou faible ».

Solution ERA

© Earthship Biotecture

© Earthship Biotecture

Dans la bucolique région de Lanaudière, Solution ERA offre des formations d’un type particulier. Depuis l’été 2013, l’organisme fondé par Francis Gendron enseigne les grands principes de l’habitat sain et écologique, en premier lieu le très écolo concept de l’Earthship. Il s’agit d’une maison autosuffisante en énergie, dotée de murs en pneus récupérés remplis de terre comprimée. Francis s’est initié à ce type d’autoconstruction inventée par l’architecte Michael Reynolds à son Earthship Biotecture Academy, sise au Nouveau-Mexique.

Parmi les matières enseignées par Solution ERA (l’ère des solutions en anglais) : leadership, serres solaires passives, micromaisons, permaculture, chanvre, poêles rocket et COB, technique de construction en sable, paille et argile popularisée ici notamment par l’ingénieur Jean-François Ng. « À la fin de leur formation, les étudiants peuvent opter pour le type d’habitat qui leur convient (ex. : maison en ballots de paille ou en chanvre), affirme Julien Watine, responsable des communications-marketing chez Solution ERA. Plusieurs des personnes qui viennent ici ont déjà un projet d’écoconstruction en tête. »

« Les formations sont surtout données l’été à l’extérieur sur le site de l’Es-Cargo, première maison Earthship québécoise, à Chertsey, et l’hiver à l’intérieur, poursuit M. Watine. Nous offrons différents cours (ex. : Technologies du futur et Écoconstruction et résilience) selon différentes formules. Ainsi, le cours Écoconstruction peut être suivi soit sur deux jours, cinq jours ou 11 jours, nourri et logé. Les gens dorment dans des tentes sur le site. »

Solution ERA offre aussi des stages de quatre mois et demi. « Ces gens viennent ici, participent à la construction des habitats ou des jardins et en contrepartie, ils peuvent suivre toutes les formations gratuitement, dit M. Watine. Ils sont nourris et logés. » Cette année, l’organisme propose pour la première fois un certificat en design de bâtiment écologique d’une durée de six fins de semaines. Parmi les formateurs, l’ingénieur et ancien constructeur Luc Muyldermans (sommité québécoise en maisons solaires passives) et l’éditeur du magazine La Maison du 21e siècle André Fauteux (maisons saines).

Étudiant en génie à l’École Polytechnique, Alexandre Paradis Michaud a suivi le stage de Solution ERA durant l’été 2014. « J’ai réalisé pour eux une étude de modélisation énergétique de la maison Earthship en échange de quoi, j’ai assisté à leurs cours gratuitement, nourri et logé sur le site, dit-il. Les deux tiers du temps, j’étais à Montréal à travailler sur la modélisation et l’autre tiers, j’étais sur le site à Chertsey. J’ai aussi participé à la construction de la serre de permaculture de Terra Perma [un développement écologique de 200 acres sis dans les Laurentides], à Harrington. » Il dit avoir « adoré » son expérience.

Le GREB

L'écohameau de La Baie est doté exclusivement de maisons isolées aux ballots de paille chauffées par un foyer de masse. © GREB.ca

L’écohameau de La Baie est doté exclusivement de maisons isolées aux ballots de paille chauffées par un foyer de masse. © GREB.ca

Du côté du Saguenay, le Groupe de recherches écologiques de la Baie (GREB), situé à l’Écohameau de la Baie, donne depuis des années des formations, à Montréal et à Québec, sur la construction en ballots de paille (une technique que le GREB a raffinée) et sur les foyers de masse. C’est ce même organisme qui donne les formations au cégep de Jonquière. Les formateurs sont Patrick Déry et Pierre Gilbert, respectivement président et vice-président du GREB. « Nous sommes en cours d’élaboration d’une série de formations qui seront inspirées des résultats de nos 25 ans de recherches au GREB et à l’écohameau de la Baie, dit M. Gilbert. Ces formations porteront notamment sur l’habitation, la vie sociale en communauté et la permaculture. Elles devraient être dispensées en ligne et sur le site de l’écohameau à partir du printemps 2015. »

Terravie

Autre lieu formidable pour les formations : le domaine protégé de 350 acres (142 ha) acquis par le Fonds foncier communautaire Terravie à Montcalm, dans les Laurentides. « Depuis 2003, des spécialistes y donnent des formations sur les murs en chanvre, en chaux, en ballots de paille ou en argile, affirme Paul Casavant, cofondateur de Terravie et président du conseil d’administration. Nos formations sont axées sur la pratique. On y bâtit des structures sur le site de Terravie. » Si, en 2014, la majorité des formations portaient sur l’horticulture et l’architecture du paysage, plusieurs autres étaient axées sur les technologies vertes en habitation (ex. : foyer de masse de type rocket stove, récupération des eaux de pluie, plancher en terre crue, design solaire passif). Les ateliers durent d’un à deux jours de fin de semaine.

Formation Courant continu

© Formationcc.ca

© Formationcc.ca

Pour les adeptes des énergies vertes, l’entreprise lavalloise Formation Courant continu (FormationCC) offre des ateliers pratiques (de trois heures à deux jours) adaptées aux gens qui veulent installer eux-mêmes des systèmes de production d’énergie solaire ou une éolienne sur leur propriété. « Lorsqu’ils terminent la formation d’un weekend, les gens sont en mesure d’en faire l’installation, dit l’électricien Rémy Prat, propriétaire de FormationCC qui enseigne la pose de systèmes photovoltaïques depuis 25 ans. S’ils ne se sentent pas suffisamment à l’aise pour le faire, je peux agir à titre de consultant pour eux. » L’installation de ces systèmes est surtout intéressante pour les résidences hors-réseau.

Nicolas Greco, qui œuvre dans le domaine de la rénovation résidentielle, a suivi la session intensive. Son but était de mieux comprendre le fonctionnement des accumulateurs et le calcul de la charge maximale. « Mon père a une ferme hors-réseau dans la région de Pontiac, alimentée en partie par 48 panneaux photovoltaïques d’une puissance de 35 kW, raconte-t-il. Grâce au cours, je serai en mesure de l’épauler dans son projet d’optimiser son installation. »

Énergie Solaire Québec

Toujours dans le domaine des énergies renouvelables, Énergie solaire Québec organise depuis plusieurs années des soupers-conférences, des ateliers pratiques et des visites de maisons solaires ou d’habitations écologiques. On y traite par exemple de chauffe-eau solaires, d’éoliennes, de systèmes photovoltaïques, d’architecture solaire passive, de collecteurs solaires à air chaud, de financement innovateur, de programmes comme le Living Building Challenge (la norme la plus sévère au monde en matière de bâtiments verts), etc. En devenant membre de cette association fondée en 1983 et dirigée depuis plusieurs années par Benoît Perron, vous recevrez gratuitement copie du Répertoire québécois des énergies renouvelables regroupant tous les experts, fournisseurs et entrepreneurs du domaine.

Écobâtiment

Plusieurs autres organismes et entreprises offrent des formations de base et de perfectionnement en matière de bâtiment durable. Par exemple, Écobâtiment est établi dans le premier bâtiment commercial québécois doté d’un mur en ballots de paille. Fondé en 2004, cet OBNL de Québec est notamment un lieu d’expérimentation de nouvelles technologies vertes et il offre des formations d’une durée d’une demie-journée à une journée. « En collaboration avec le Centre de l’environnement, nous avons installé sur le toit du bâtiment un concentrateur solaire qui sert à chauffer l’eau, relate Paul Dupas, coordonnateur de projets à Écobâtiment. Notre centre offre une gamme variée de formations (introduction au bâtiment durable, enjeux du bâtiment durable, etc.) et beaucoup de formations sur mesure. Nous nous adressons surtout aux professionnels qui oeuvrent dans les secteurs institutionnel, commercial et industriel du bâtiment. En ce moment, nous développons un projet appelé Vers des habitats collectifs durables en collaboration avec l’organisme Vivre en ville. Il sera assorti d’une formation qui sera donnée à partir du printemps 2015. »

Guillaume Couillard, chargé de projet en architecture à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, a suivi la formation Rénovations écologiques à Écobâtiment. Cette formation d’une demi-journée lui a permis de se mettre à jour au chapitre de la gestion des déchets et des matériaux de rénovation écologiques. « Comme je fais partie du comité en écoresponsabilité à mon travail, je voulais connaître notamment la façon dont les déchets étaient gérés au centre de tri, dit-il. La formation m’a permis de clarifier cet aspect et de changer ma façon de faire avec les entrepreneurs. Je leur demande dorénavant de me fournir un bon de confirmation, m’assurant ainsi qu’ils ont bel et bien apporté leurs déchets au centre de tri. »

Enfin, il existe divers autres spécialistes québécois offrant des formations en écoconstruction au Québec, notamment :

terracines.ca : permaculture et autoconstruction de maisons solaires isolées aux ballots de paille

ecoledelaterre.com : géobiologie (cosmo-tellurisme, ondes de forme, pollution électromagnétique, etc.)

• permacultureinternationale.org : Bernard Alonzo, expert québécois de la permaculture (l’art de cultiver la terre pour la rendre fertile indéfiniment et d’aménager le territoire durablement), donne des ateliers dans de nombreux pays

Formations hors Québec

Enfin, pour ceux qui veulent élargir leurs horizons, ce n’est pas l’offre qui manque hors Québec. Voici quelques exemples nord-américains parmi les organismes et institutions les plus réputés :

Canada 

ecobuildings.net (Alberta) : constructeur de maisons solaires isolées aux ballots de paille depuis 1979, l’entrepreneur et architecte de formation Jorg Ostrowski a donné des ateliers sur le sujet à travers le pays — 120 000 personnes ont visité sa maison de Calgary

ecohome.net (Ontario) : partenaire canadien d’Écohabitation.com

• endeavourcentre.org (Ontario) :  design, construction et rénovation durables

flemingcollege.ca (Ontario) : design et construction durable

georgebrown.ca (Ontario) : collège torontois axé sur la recherche et la formation en bâtiments verts

ourecovillage.org (Colombie-Britannique) : permaculture, écovillages, construction écologique

pacenet.homestead.com (Ontario) : l’expert en hygiène électromagnétique Andrew Michrowski donne des formations d’une fin de semaine

• passivehouse.ca (Ontario) : institut canadien des maisons passives (90 % autonomes en chauffage)

États-Unis

•  bluehouseenergy.com : formation en ligne sur la science du bâtiment conçue sur mesure pour les industries canadienne et américaine

buildingbiology.net : International Institute for Building Biology and Ecology, chapitre américain de l’institut allemand de Baubiologie Neubeurn, La référence mondiale en maisons saines — cours par correspondance (en français via baubiologie.fr) et formations données par des professionnels à travers l’Amérique du Nord, portant sur la qualité de l’air intérieur, les champs électromagnétiques, la construction et la rénovation saines

• buildinggreen.com (Vermont) : maison d’édition américaine la plus réputée dans le bâtiment vert, ses dirigeants sont des conférenciers et formateurs recherchés

• cobcottage.com (Oregon) : maisons en bauge, mélange de terre-sable-paille (cob en anglais)

cordwoodmasonry.com (New York) : Earthwood Building School, école de construction en bois cordé, enfouies et en poutres et poteaux fondée en 1981

earthship.com (Nouveau-Mexique) : Earthship Biotecture Academy, Mecque des earthships

Robert Laporte conçoit des maisons en poutre et poteau isolée avec un mélange d'argile et de paille broyée coulé dans des coffrages. © econest.com

Robert Laporte conçoit des maisons en poutre et poteau isolée avec un mélange d’argile et de paille broyée coulé dans des coffrages. © econest.com

• econest.com (Oregon) : le constructeur Robert Laporte et l’architecte baubiologiste Paula-Baker Laporte offrent diverses formations pratiques d’une à 18 journées. Leurs ateliers pratiques portent sur les détails de la construction de leur concept Econest (nid écologique) : ces superbes maisons naturelles sont dotées d’une charpente de bois massif, de murs coffrés remplis d’un mélange d’argile et de paille hachée, de finis naturels et parfois même de planchers de terre.

• mha-net.org (Arizona) : Masonry Heater Association of North America, introduction théorique et pratique de 32 heures sur la construction d’un foyer de masse (offerte notamment en Ontario une fois l’an)

• the-bac.edu (Massachusetts) : Boston Architectural College, formations professionnelles de pointe en architecture, design et construction durables

•  yestermorrow.org (Vermont) : plus de 100 ateliers sur le design et la construction écologique donnés par des professionnels d’expérience

Ce tour d’horizon, bien que non exhaustif, donne un bon aperçu de la panoplie des formations offertes en habitation saine et écologique en Amérique du Nord. N’hésitez pas à nous écrire si vous en connaissez d’autres qui sont dignes de mention. À vous maintenant de choisir!

Pour en savoir davantage

Métiers, salaires et centres de formation québécois de la construction 

Pour la France et l’Europe :
Sociétés coopératives et participatives (SCOP) Bois-Terre-Paille
La Maison écologique (magazine français)

Dossier préparé en collaboration avec André Fauteux

 

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