Retour sur la première maison certifiée Neutre en carbone

« Ce sont les couleurs extérieures qui m’amènent mon décor qui change avec les saisons », dit la designer Julie Girard. © André Fauteux

En dessinant sa maison bâtie à flanc de montagne, Julie Girard rêvait avant tout d’une belle demeure. Mais finalement c’est l’une des plus vertes au pays! Construite en 2014-2015 et certifiée LEED Platine et Novoclimat 2.0, elle est aussi la première certifiée Neutre en carbone au Québec. La souriante jeune designer d’intérieur m’a accueilli chez elle en décembre, à l’écovillage Terre de la Réunion, établi à Sainte-Lucie-des-Laurentides.

Elle est très fière de recevoir ses clients dans cette maison de trois chambres, dont celle à l’entrée qui lui sert de bureau. « Je voyais ma maison avec une petite empreinte écologique, mais avec beaucoup d’espace et une vue sur l’extérieur, pour avoir l’impression de vivre avec la nature, relate Julie. C’est une boîte blanche neutre qui met en valeur la beauté de la nature, davantage que la beauté de l’architecture. Le blanc s’avère ma trame de fond, mon canevas. Ce sont les couleurs extérieures qui m’amènent mon décor qui change avec les saisons. Chaque semaine il y a subtilités selon la météo qui font en sorte que le décor de la maison se transforme. Vraiment agréable! »

© Roxanne Clément Gauvin pour Belvedair

Un design hors normes

Julie a retenu les services du constructeur Belvedair parce qu’il réalise des maisons écologiques abordables en conception intégrée avec ses sous-traitants, tel que l’exige la certification LEED. « J’avais besoin d’une équipe technique capable de trouver des solutions écologiques créatives, précisait-elle dans La Presse en 2016. Car il n’y a rien de standard dans ma maison et je ne voulais pas modifier mon design! »

C’est le président de l’entreprise, Benoit Lavigueur, qui l’a convaincue de convoiter les trois certifications et d’opter pour une enveloppe du bâtiment très étanche et à isolation supérieure (dalle R-16, toit R-60 et murs double ossature R-37, en cellulose injectée à haute densité en usine). Julie ne paie qu’environ 100 $ d’électricité 12 mois par l’année et ne brûle que 1 à 1,5 corde de bois par hiver, juste « pour couper l’humidité », précise-t-elle. Pour respecter son budget limité, l’empreinte au sol de la maison est de 760 pi2, mais avec la mezzanine mansardée (où se cachent les évents de la hotte de cuisine et du tuyau capteur de radon), l’espace de vie totalise 1 690 pi2. Le tout a coûté 207 $ du pi2 excluant le terrain, l’excavation, le puits et l’installation septique.

© Patrick Sanfaçon – La Presse

Ce prix « haut de gamme » s’explique notamment par son mur cathédrale orienté au sud-ouest. Entièrement vitré, il présentait des défis importants, dont l’érection et la pose de deux panneaux de verre supérieurs pesant 400 livres chacun. Pour prévenir la surchauffe solaire, l’entrepreneur a conservé les arbres à feuilles caduques qui poussent entre la maison et le lac Gravel, situé au bas de la pente. Pour accroître le confort en hiver, Benoit Lavigueur a aussi proposé de limiter la fenestration sur les autres murs et d’utiliser du verre triple pour le grand mur vitré. Julie en est ravie, en particulier quand le temps est froid et nuageux.

« C’est très confortable, assure-t-elle. Comme les journées plus fraîches sont souvent ensoleillées, je retire les bienfaits du soleil et également de la masse thermique du plancher en béton qui accumule sa chaleur durant la journée. » Ce qu’apprécie aussi sa colocataire, la gracieuse chatte Simone.

© Roxanne Clément Gauvin pour Belvedair

Seule déception : des surcoûts d’excavation imprévus ont conduit Julie à renoncer à l’installation d’un système de chauffage radiant à eau chaude sous les dalles de béton des deux planchers. L’inconfort se produit surtout au rez-de-jardin, où sa chambre et sa salle de bains reposent sur une dalle de quatre pouces d’épaisseur. Depuis trois ans et demi qu’elle y vit, elle trouve cette dalle trop froide à l’année, malgré qu’elle soit coulée sur la même épaisseur de polystyrène expansé. Julie y a déposé quelques carpettes, mais elle serait une bonne candidate pour l’achat d’un revêtement de sol en liège ou de radiateurs muraux qui chaufferaient le béton.

© Roxanne Clément Gauvin pour Belvedair

Certification carboneutre

Outre la beauté et la durabilité de sa maison, la designer est surtout fière du message envoyé par sa certification Neutre en carbone, conçue par l’organisme montréalais Planetair à la demande de Belvedair qui en a assumé les frais. Depuis plusieurs années, Planetair offrait déjà aux individus, entreprises et organisateurs d’événements la possibilité de calculer et de compenser les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par leurs déplacements terrestres ou aériens ainsi que la consommation d’énergie des bâtiments. Ses crédits carbone certifiés Gold Standard, les plus renommés sur le marché, sont parrainés par la Fondation David Suzuki et le Fonds mondial pour la nature (WWF). Ils servent à financer des projets de reboisement urbain et semi-urbain au Québec ainsi que des projets d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique, de gestion des matières résiduelles, de reforestation, d’amélioration de la production agricole et d’accès à l’eau potable qui changent la vie de communautés partout sur la planète.

L’analyse de cycle de vie

© Roxanne Clément Gauvin pour Belvedair

Planetair a utilisé le logiciel d’analyse de cycle de vie du Athena Sustainable Materials Institute pour développer le protocole permettant de comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre générés par la production des matériaux, la construction, l’usage (dont la consommation d’énergie), l’entretien et même la démolition de la maison de Julie sur une période de 60 ans. La compagnie sœur de Belvedair, Synergis, a calculé que l’empreinte carbone de cette maison est de 43,03 tonnes de CO2, calculs ensuite validés par Planetair. Pour calculer et compenser cette empreinte, la certification a coûté 3 000 $, incluant 1 150 $ pour les crédits carbone. Belvedair a aussi obtenu cette certification pour son chalet Missisquoi, construit dans les Cantons-de-l’Est.

« Sur la base de ces deux projets pilotes, on peut dire combien une maison écologique génère de gaz à effet de serre, explique Julie Girard. On sait qu’en budgétant entre 40 et 50 tonnes de carbone, on éponge l’empreinte carbone d’une maison sur 60 ans. À partir du moment où on a ces données-là, est-ce que ça vaut encore la peine de payer des gens qui vont faire toute la démarche exhaustive — et en rodage — de calcul? questionne-t-elle. Ce qui est clairement intéressant, si on n’a pas trois ou quatre mille dollars pour cela, c’est d’au moins prévoir 1 100 $ à 1 500 $ pour acheter des crédits carbone en fin de projet. Vous serez sûrs d’entrer dans les chiffres et d’avoir un impact concret et réel sur la planète. Il faut reconnaître que ce que l’on prend en énergie et ressources pour construire, la planète aura besoin de le compenser pour nous si on ne le fait pas. »

© Roxanne Clément Gauvin pour Belvedair

Selon Benoit Lavigueur, en Europe la tendance est de valoriser la compensation carbone davantage que l’efficacité énergétique. « Avec les enjeux planétaires actuels, ça devrait se retrouver dans nos priorités également dans chaque choix que l’on fait dans nos vies. »

Bref, ce service permet de compenser en partie les dommages causés à la nature par le fait de construire une maison. Mais Julie Girard rappelle que la compensation carbone est un dernier recours : « Ce n’est pas un free pass [passe-droit] pour faire une plus grosse maison qui consomme plus de carbone! »

Pour en savoir davantage

belvedair.ca

juliegirarddesign.com

planetair.ca

terredelareunion.com

La maison de Julie Girard construite par Belvedair.
© Roxanne Clément pour Belvedair

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